‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 403 sur 520 · L\ GUERRE LIMITÉE · texte numérisé non relu

L\ GUERRE LIMITÉE

(l'une fièvre belliqueuse ; elle voulut, dans un accès de mysticisme philosophique et patriotique à la fois, la guerre sainte, Taffranchissement universel des peuples, Teffondrement universel des rois. Les Girondins, logiques avec eux-mêmes, se mirent à la tète du mouvement guerrier de septembre, comme ils s'étaient mis à la tète de celui de janvier 1792. Brissot se distinguait entre tous ses amis par son enthousiasme et son exagération ; il acceptait, il désirait la lutte à outrance, d'où devait sortir un univers régénéré. Condorcet se montre beaucoup plus réservé et hésitant. La guerre ne Ta jamais séduit ; il ne s'est résigné à la réclamer (|ue lorsqu'il n'a plus vu d'autre moyen de sauver la France des intrigues et des trahisons de la cour. Le résultat convoité est désonnais acquis an lendemain de Valmy : la République a triomphé. Les événements ont montré que l'armée était désorganisée ; la patrie a été en péril; et les échecs subis ont provoqué d'épou- \anta blés catastrophes. La Prusse ne semble point encore décidée à abandonner TAutriche ; Condorcet sait, de source certaine, que le ministère britannique garde une « neutralité froide », et que Georges 111 désire une rupture, un casus belli*. Si les hostilités reprennent, s'étendent, il faut s'attendre, en cas d'insuccès, à assister à de nouveaux massacres, et, en cas de victoire, à voir un général victorieux menacer la liberté publique. Aussi Condorcet ne peut-il approuver la politique de ses amis. Il voudrait (|ue la France s'arrêtât, tâchât de dissoudre la coalision, et de conclure une paix dont elle a besoin. Le 28 septembre, Danton s'était opposé à ce que l'Assemblée s'engageât immédiatement à protéger tous les peuples qui se révolteraient. Condorcet approuve hautement l'intervention du grand tribun ; il déclare que le vote d une semblable motion effrayerait les rois, et condamnerait la France à une guerre incessante *.

Le salut public exige plus encore ; il ne suffît pas de n'effrayer ni les souverains, ni les peuples ; il faut encore rassurer les uns et les autres: c'est à quoi Condorcet s'emploie, et les documents atlribuent à son action une importance beaucoup plus grande qu'on ne daignait ordinairement le croire. Il compose, au début

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