AU COMITÉ DE DÉFENSE GÉNÉRALE
IV . — C'est peut-être à cette attitude que Condorcet dut d'être élu, le 25 mars, au comité de défense générale. La situation s'aggravait : Tarmée de Dumouriez évacuait ses conquêtes, la frontière du Nord était menacée. La Convention jugea qu'il fallait confier à un nouveau comité le soin et la responsabilité d'organiser la défense du territoire. Les nouveaux élus se mirent à l'œuvre avec ardeur : ils se préoccupèrent tout d'abord de connaître la situation exacte des affaires, et résolurent de demander des renseignements précis et catégoriques aux administrations compétentes. Condorcet fut chargé de dresser le questionnaire auquel devait répondre le ministre de la marine *. De plus, le comité, avant de prendre aucune décision, invita ses membres à indiquer par écrit les mesures qu'ils jugeaient les plus expédientes ^. Bien que le procès- verbal soit muet sur son compte, nous croyons que Condorcet s'était préparé à exposer ses vues ; il existe en effet à l'Institut ' un rapport volumineux qui a été certainement écrit à la fin de mars ou au début d'avril. L'auteur a-t-il subitement renoncé à le produire ? La dissolution du comité l'a-t-elle surpris, avant qu'il ait pu lire son œuvre à ses collègues? Il est inutile de s'attarder à ces questions insolubles ; il faut au contraire insister quelque peu sur le mémoire lui-même ; car, à supposer qu'il n'ait point de caractère officiel, et qu'il n'ait point été destiné au comité, il nous renseigne fidèlement sur les idées et sur les projets politiques que Condorcet nourrissait à cette époque.
La situation extérieure et la situation intérieure d'un pays sont solidaires l'une de l'autre : Condorcet se refuse à les séparer. La situation intérieure de la France laisse beaucoup à désirer. Tout d'abord « la République n'a pas de constitution, et par consé-
congés, retraites; Z° Habillement, équipementy vivres, transports; i** Artil lerie et génie; 5** Comptabilité générale. La réunion des 5 directeurs formera le conseil de guerre {Chronique de Paris, 1793, I, 121-122).
Condorcet s'explique sur le compte de Pache dans le n" du 21 février. « Ses singeries patriotiques et son dévouement servile à une cabale méprisable exigent au contraire que les incroyables désordres commis pendant son administration soient soumis à l'examen le plus sévère, u (Chronique de Paris, ibid., 202.)
1. Auiard, Actes du Comité de Salut public, II, 562. Condorcet fut chargé le 28 mars de s'entendre avec le comité des finances pour rédiger un projet de décret accordant secours et asile aux Belges qui voudraient venir en France {ibid., 553-554).