LA FUITE
A d'autres moments, au contraire, il se redresse ; il est pris d'un besoin impérieux d'agir, de se mouvoir, de lutter contre le destin et de sauver son existence. Son asile lui semble une prison, il aspire à s'en évader, à se sentir libre. Dans la dernière ^de ses lettres. M™* de Condorcet supplie déjà son mari de renoncer à son projet de fuite, de rester chez M"'" Vernet. « Je me jette à tes pieds pour que tu y restes ; il y a impossibilité absolue à ce que tu ne tombes entre les mains de tes ennemis... Rendsmoi le peu de vie et de paix qui me restent, en me jurant de rester où tu es, en me mandant si on t'y voit du même œil... Ne veux-tu plus avoir soin de ta vie * ? » Condorcet céda une première fois aux instances de sa femme; mais à peine avait-il promis de demeurer dans son refuge, qu'il éprouva de nouveau le désir impérieux de le quitter. Le Tableau historique était loin d'être terminé ; les quatre fragments publiés aujourd'hui, un certain nombre de notes encore inédites sur la liberté, l'égalité, voilà tout ce qu'il avait rédigé. Son anxiété était trop grande pour qu'il piit désormais travailler utilement : dès la fin de février, il ne pense plus qu'à une chose, se sauver.
LA MOKT
Il mit son projet à exécution à la fin du mois de mars, vraisemblablement le 5 germinal an. II (25 mars 1794). Pourquoi, comment s'enfuit-il ce jour-là ? Nous sommes mal documentés sur ce point : des différentes versions qui circulent, celle de Sarret nous semble par sa date et par sa précision, la phis voisine de la réalité. D'après Sarret, M"'' Vernet avait été menacée depuis quelque temps de visites domiciliaires ; mais elle ne s'en affectait pas trop; un de ses amis (probablement Marcoz) devait l'avertir en temps opportun. Le 4 germinal, elle reçut la visite d'un individu qui demanda à voir un logement vacant. Après quelques mots d'entrée en matière, l'inconnu se prit à faire à