‹ Conducteur général de l'étranger a ParisChapitre 22 sur 114 · PALAIS-ROYAL · texte numérisé non relu

PALAIS-ROYAL

{Rue Saint-Honoré , près du Louvre.)

Cet édifice, qui n’a de remarquable que son étendue et l’affluence de gens de toute espèce que Ton y voit continuellement, fut bâti par le fameux cardinal de Richelieu, sous Louis XIII. On en jeta les fondemens en 1629 sur un terrain occupé ci-devant par deux ou trois hôtels. Une portion des murs et des fossés formaient alors la clôture de Paris.

Le cardinal fit orner sa nouvelle demeure avec tout le luxe dont on était capable à cette époque. Le palais Cardinal (tel fut d’abord son nom) renfermait des galeries de tableaux, des salles de bal, deux salles de spectacle; la chapelle n’était pas la pièce la moins intéressante : tous les vases servant aux divers offices ou cérémonies, comme encensoirs, burettes, calices, etc. étaient d’or massif enrichi de diamans. Ces précieux objets se voyaient avant la révolution dans le gardemeuble de la couronne.

Des deux salles de spectacle, une contenait 500 spectateurs seulement j elle était réservée aux personnes

favorisées ; la plus grande destinée aux curieux, pouvait recevoir 3000 personnes.

Le luxe du Cardinal qui, dit-on, s’allouait 4,000,000 f. par an pour sa dépense, ayant excité la jalousie de Louis XIII, il lui fit don de son palais. Après sa moi't, arrivée en 1642, le roi alla avec la reine en prendre possession le 7 octobre, et dès lors il prit le nom de j Palais-Royal, qu’il a tou] ours conservé, quoique l’on ait voulu lui imposer ceux de Palais- Cardinal, à la sollicitation de la famille de Richelieu ; Palais- Egalité, Palais du Tribunat , du temps de la république.

Louis XIY permit à Molière et à sa troupe, en 1660, de jouer dans la grande salle de spectacle. Après la mort de ce grand homme, on y joua des opéras.

Les bâtimens du Palais-Royal proprement dit, considérés comme morceaux d’architecture, sont détestables ou tous médiocres. Au rez - de - chaussée se rencontre partout une espèce de dorique bâtard dont les entre-* colonnemens trop espacés , font ressortir la pauvreté des colonnes. Vu du côté de la place, le palais présente deux avant-corps sur chacun desquels se détache un portique surmonté d’un fronton angulaire soutenu par quatre colonnes très - espacées : les deux avantcorps sont joints entre eux par une galerie découverte, percée d’ouvertures par lesquelles on entre dans une cour, et l’on a en face un grand bâtiment couvert d’un comble et d’un pavillon, au-dessus duquel répond un avant-corps couronné par un fronton circulaire; de là on passe dans une seconde cour dont on a prétendu orner la façade qui la domine du côté du midi, par deux lourds pavillons très - rapprochés , décorés de colonnes ioniques , dont les chapiteaux sont ornés de guirlandes. Des statues sont placées au-devant de l’attique. On ferait beaucoup de chemin avant de trouver une construction plus grotesque , plus sottement prétentieuse, plus barbare que cette façade du Palais-Royal. Ce qui n’est pas moins singulier , c’esfi que l’architecte Fontaine, qui a d’ailleurs quelque talent, a fait restaurer et achever cette façade suivant Ib plan de ses prédécesseurs, avec un scrupule vraiment, digne d’éloges. C’est encore le même architecte qui a multiplié, dans tous les changemens ou augmentations

qu’il a faits dans ce palais, le dorique bâtard dont il a trouvé le type dans les anciennes constructions. Il règne autour de la seconde cour des galeries nouvelles élevées sur l’emplacement occupé naguère par les hideuses galeries de bois qui sont aussi décorées du

même ordre. . . r

Le Palais-Royal contient une galerie de tableaux tort

intéressans.

Jardin du 2?alais-I5a>yal.

L’ancien jardin du Palais-Royal, plus vaste que celui d’aujoui d’hui, comprenait Remplacement occupe par les trois ailes de bâtimens qui l’entourent. Outre le sol des rues Valois , Montpensier, Beaujolais, il avait pour tout ornement des allées d’arbres sous lesquelles

se rendaient les oisifs du quartier. ,

Madame de Genlis raconte dans ses mémoires que, vers 1778, le duc d’Orléans se trouvait tellement endetté qu’il ne voyait d’autre moyen pour se tirer d’affaire que de se déclarer insolvable. Le frere de cette dame suggéra au prince l’idée de faire exécuter de grandes constructions dans son jardin du Palais-Royal, Rassurant qu’il en retirerait ensuite de grands benlices en les vendant en detail a des particuliers. ^

Ce conseil fut trouvé bon, et dès le 1er août 1781, les arbres furent abattus et les fondations furent jetees l’hiver suivant, malgré les clameurs des proprietaires des maisons voisines qui souffraient avec peine qu’on les privât pour toujours de la vue d’une belle promenade. . . . . ,.

Les trois ailes de bâtimens qui environnent le jardin

du Palais-Royal sont, à l’extérieur, tout-à-fait ordinaires. Quant aux faces qui regardent le jardin, elles sont toutes trois composées absolument des memes élémens ; au rez-de-chaussée, c’est une rangée d’arcades parfaitement égales entre elles. Leurs piédroits sont ornés d’un grand pilastre cannelé d’ordre corinthien , cet ordre de pilastres s’élève jusqu’au second étage. L’entablement est percé d’ouvertures et couronné d’une balustrade en pierre. De petites feneties sont aussi percées dans l’attique qui est au-dessus, et un peu en arrière. Les combles eux - mêmes sont

éclairés par des lucarnes, de façon qua tout est habité dans cet édifice, depuis les caves jusqu’au-dessus des

toits

Les cent quatre-vingts arcades du rez-de-chaussée éclairent trois galeries contiguës qui, avec la nouvelle galerie que l’on vient de construire , formeront une promenade couverte sous laquelle on peut circuler à l’abri du soleil et du mauvais temps.

11 est fort heureux pour lesgaleries du jardin du Palais- Royal qu’elles aient été construites par le même architecte (Louis), sans quoi il est à croire qu’elles n’auraient pas l’uniformité et la régularité qui sont leur principal meiite, neanmoins il y a assez d’accord et 'de proportion entre les divers membres d’arhitecture. Les arcades ne sont point écrasées par les étages supérieurs comme dans la rue de Rivoli ; les détails et les ornemens, d’assez mauvais goût, sont grossièrement terminés. Il règne dans tout cet édifice une foule de défectuosités qui attestent la parcimonie et la précipitation avec laquelle il fut bâti. Louis aurait dû couper ses galeries par des avant corps, ec en placer même aux angles, comme il a été pratiqué dans la cour des Invalides.

Le jardin est aujourd’hui planté de jeunes marronniers formant plusieurs allées. Au. milieu sont deux pièces de gazon , séparées par un bassin, du milieu duquel s elancent plusieurs jets d’eau formant gerbe; dans l’une des pièces de gazon on voit une copie de l’Apollon du Belvédère, en bronze; et dans l’autre une copie de Diane à La biche , aussi en bronze.

Au nord du jardin on voit un cadran solaire éaui— noxsal; l’explosion d’un canon, placé à l’extrémité opposée, annonce le passage du soleil au méridien.

Le Palais-Royal, qu’on a appelé Ja capitale de Paris, jouit d’une grande réputation, il est connu dans toute 1 Euiope : il doit cette renommée à sa position auprès du Louvre, des Tuileries, de plusieurs théâtres, à son jaidin et a ses galeries couvertes , dont les boutiques passaient autrefois pour des merveilles. Les nouveaux d^ebai ques lui rendent visite en descendant de voiture; c est le rendez-vous des filous, des joueurs, des faiseurs d^fîaires, des femmes de mauvaise vie : on y

trouve tout ce qu’il est permis de désirer dans le reste de la ville : restaurans à tous prix, cafés, marchands de comestibles rares, des libraires, des cabinets de lecture , des marchands d’habits tout faits , des changeurs , etc.

Cette promenade n’est pas plus dangereuse qu’une autre , puisque l’on peut trouver ailleurs tout ce qu’elle renferme de vicieux; néanmoins un peu de défaveur accompagne ordinairement ceux qui passent pour des habitués du Palais-Royal.

Théâtre-Français.

La salle où l’on joue maintenant la comédie française fait partie du Palais-Royal; son entrée principale est rue Richelieu , no 6 : ce bâtiment est tout-àfait commun. Autour de l’entrée règne une galerie couverte , soutenue par le dorique bâtard dont nous avons déjà parle. Le vestibule est de figure elliptique, il est sontenu par plusieurs colonnes doriques ; on y voit la statue de Voltaire, l’intérieur de la salle est décoré de deux rangs de colonnes de mauvais goût. Cette salle peut contenir environ 1800 spectateurs ; on y joue des tragédies , des comédies , des drames. Sous le lappoit de l’art dramatique, ce théâtre est le premier de 1 Europe, tant pour la richesse de son répertoire que pour les talens des artistes qu’on y a tant de fois applaudis, tels que Talma, Lafond , Michaud, Michelot ; mesdames Duchenois, Mars, etc.

Cet édifice, bâti en 1787, par le sieur Louis, était destine aux comédiens des Variétés amusantes ; ils y jouèrent jusqu’en 1799. L’Odéon, où jouaient alors les comédiens français, ayant ete incendié, ils se tranporterent dans la salle du Palais-Royal où ils sont encore.

Théâtre du Palais-Royal.

A l’extrcmité de la grande galerie du couchant, on vient d’ouvrir une petite salle de fort bon goût à l’intérieur; elle occupe l’emplacement du café de la Paix, qui Iui-meme avait succédé à la salle Montensier.

Bibliothèque du Boi.

( Rue Richelieu, n° 55.)

Les anciens rois d’Egypte et de Pergame avaient formé de grands dépôts de livres, appelés bibliothèques ; les empereurs romains en eurent aussi. Dans le moyen âge il s’en est formé eri Italie 5 mais aujourd’hui la France est, en cela comme en Lien des choses, le plus riche pays du monde, et la bibliothèque du roi est la première de l’univers.

Le roi Jean passe pour le fondateur de cette bibliothèque. Elle se composa d’abord de huit à dix volumes. Charles V la porta à un millier de volumes , et la plaça dans une des tours du Louvre. La collection fut transportée à Blois sous Louis XII , puis à Fontainebleau sous François Ier, qui commença la fameuse collection connue sous le nom de Cabinet de médaillés . Henri II, son fils, rendit une ordonnance qui obligeait tout libraire de déposer à la bibliothèque un exemplaire en vélin de tout ouvrage qu’il imprimerait par privilège.

Henri IV ordonna que la bibliothèque de Fontainebleau fût transportée à Paris ; elle fut placée dans le collège de Clermont, rue Saint- Jacques, puis elle fut transférée rue de la Harpe. Par les acei’oissemens successifs qu’elle avait reçus, elle se composait déjà de 16 000 volumes, tant manuscrits qu’imprimés. Sous Louis XIV, elle fut transférée rue Vivienne ; sous la régence du duc d’Orléans, on acheta un vaste bâtiment appelé l’hôtel de Nevers, rue Richelieu, qtie l’on destina à la bibliothèque, où elle est maintenant.

L’édifice de la bibliothèque est tout-à-fait simple ; il se compose de plusieurs ailes de bâtimens disposées autour d’une cour déserte. A la droite de la porte d’entrée on voit un escalier orné d’une rampe assez remarquable comme ouvrage de serrurerie ; il conduit au premier étage, dans lequel sont les principales galeries. Ces pièces n’ont rien qui les distingue, elles sont éclairées d’un côté par des fenêtres, sur le côté opposé sont des armoires contenant les livres : elles sont grillées vers le bas.

On trouve dans ces vastes salles un relief repré-

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