‹ Conducteur général de l'étranger a ParisChapitre 29 sur 114 · NEUVIEME ARRONDISSEMENT · texte numérisé non relu

NEUVIEME ARRONDISSEMENT

Ile Saint-Louis.

Hôtel-de-Ville.

Cité. |

Arsenal.

ÉDIFICES, LIEUX ET CURIOSITÉS REMARQUABLES

lia basilique Motre-Dame. — L’31ôtel-de- Ville. — L’Hglise Saint - Servais. — l’Église Saint-Paul- Samt-Louis. — La Fontaine de la Bastille.

(Succursales.

Saint-Louis, en l’ile.

Saint-Gervais.

Saint-Paul-Saint-Louis.

Mairie , rue Geolfroy-l’Asnier, n° 2S.

Pont au Change.

^ î,e*e.sul" bords de la Seine qui coule au nord de la Cité; il est sur la même direction que le pont oaint-Michel. Son nom lui vient des changeurs qui occupaient, vers 1 140, les maisons dont il était garni. De 10Ô9 a 1 047, il fut construit en pierre tel qu’on le voit aujourd’hui. Les maisons qui l’encombraient disparurent en 1788. lia 447 pieds de long et 10 A de large. Ce pont est le plus large de Paris.

Marché aux Fleurs.

Immédiatement avant d’entrer sur le pont au Change, on voit à droite le marché aux Fleurs : c’est tout simplement un quai un peu plus large qu’à l’ordinaire,

Quartiers.

planté d’arbres et orné d’une fontaine au i marché tient tous les mercredis et samedis.

milieu. Le

Font Marie.

Ce pont est au bout de la rue de la Juiverie et près du marché aux Fleurs. Il doit son origine a Christophe Marie, qui contribua à sa première construction, en i635 11 fut reconstruit en 1708, et débarrasse de maisons en 1788. Il a 3oo pieds de long et 78 de large.

Font d'Arcole.

En marchant sur le même quai, on rencontre ensuite le pont qui établit la communication entre la place ce Grève et la Cité : ce pont est suspendu a des chaînes de fer: lesdeux culées sont à l’ordinaire -, vers le milieu le pont est soutenu par une pile sur laquelle est elevee une espèce de porte sous laquelle passent les piétons.

Ce pont doit son nom à un jeune Parisien nomme d’Arcole, qui perdit la vie en allant planter le drapeau tricolore sur le milieu du pont, à travers la mitraille des soldats de Charles X, qui détendaient l’Hotel de Ville le 28 juillet i83o.

Font de la Cité.

Au bout de l’ile est un pont de bois par lequel ou communique de la Cité à l’ile St-Louis. Ii a été cons truit plusieurs fois. Il n’est accessible qu’aux piétons.

Font de l’ Archevêché.

Un peu au-dessous de la pointe de l’île est un pont en pierre à deux arches, sur lequel 011 passe pour aller au port aux Tuiles. Ce pont, qu’on vient de terminer, est assez joli. Pourquoi ne l’a-t-on pas tait tout dioit . les abords s’y prêtaient.

Eglise métropolitaine de Notre-Dame.

Maintenant que nous avons fait le tour de l’île de la Cité, il nous reste à nous occuper de l’église de JNotre-

occuper

Dame. . . , -,

L’ile de la Cité étant pour ainsi dire le noyau de la

capitale , il est raisonnable de croire que c’est dans cette partie de la ville que s’est trouvé de tout temps le principal temple. En effet, des fouilles que l’on a faites au-dessous de l'église actuelle, ont fait découvrir des monumens qui avaient appartenu a un temple païen.

Les fondations de Notre-Dame furent jetées en n63, par l’évêque de Paris, Maurice de Sully : sous Philippe-Auguste, l’ouvrage fut repris ou continué jusqu’en i45o; de sorte que la construction de ce monument a duré près de 200 ans.

Notre-Dame est dans le genre gothique ; c’est un édifice fort remarquable relativement à sa grandeur et aux dépenses qu’ont dû nécessiter tant de sculptures, si multipliées et si bizarres.

Le plan de cette église est une croix latine ; au bout du plus long bras est le portail principal; les deux bras latéraux sont aussi terminés chacun par un portail ; le choeur est dans le sommet de la croix.

Le corps principal est divisé en trois nefs par deux rangs de piliers et d’arcades en ogives : rien de bizarre comme l’assortiment de ces piliers ; les ornemens des arcades et les bas-côtés portent des tribunes; ils sont en outre environnés de chapelles.

Le chœur a été revêtu de marbre. Dans cet embellissement, on s’est écarté un peu du genre qui domine en général dans toutes les parties de l’édifice.

Le maître autel est orné d’une descente de croix en marbre par Coustou. De chaque côté sont représentés , à genou , les rois Louis XIII et Louis XIV offrant leur couronne à la mère de Dieu (1).

Le chœur est intérieurement revêtu de sculptures en bois très-riches : il est fermé par une grille de fer poli, exécutée sur les dessins de M. Fontaine, parVavin, serrurier. Cette grille, qui est d’ailleurs fort régulière', a le défaut d’être eu peu grêle; elle n’est nullement empreinte du goût qui règne dans tout l’édifice. Le gothique devait dominer ici comme dans tout le reste.

A l’extérieur du chœur sont des bas-reliefs représentant la vie de Jésus-Christ; rien de plus risible que l’habileté du Phidias qui sculpta cet ouvrage. Il s’appelait Jean Vavy.

(1) Ces statues ont été enlevées depuis la révolution de juillet.

Dans une des chapelles qui sont derrière le choeur, est placé le monument du cardinal de Belioy, archevêque de Paris, sculpté par Deseine.

Quoique cette église fourmille d’irrégularités, elle présente, étant vue d’auprès de la porte d’entrée, un coup d’oeil imposant et qui n’est pas sans agrément. La hauteur et la légèreté des voûtes, l’éclat, la variété des couleurs des vitraux nous prouvent que, sans avoirreçu des principes à la bonne école, on peut, avec du génie , se concilier des suffrages honorables.

Ce que Notre-Dame a de plus remarquable à l’extérieur, ce sont ses tours*. Elles ont 204 pieds de hauteur-, elles sont de forme carrée, un peu massives, et surtout trop rapprochées l’une de l’autre. O11 s’est demandé , il y a long-temps, pourquoi les églises gothiques de quelque importance ont généralement de grosses tours de chaque côté de leur porte principale. On a obsesrvé que les temples d’Egypte ont aussi quelquefois leur porte d’entrée fortifiée par deux énormes massifs de forme carrée. La meilleure raison que l’on puisse donner de cette disposition , qui d’ailleurs choque le bon goût, est que les temples antiques étant quelquefois exposés à être pillés par les étrangers , on eut la précaution de bâtir deux forts à côté de la porte principale. De là l’usage de placer des tours à l’entrée des églises gothiques, dont l’architecture a pris naissance dans l’Orient.

On monte dans les tours de Notre - Dame par une petite porte percée au nord de la tour de gauche , moyennant une rétribution de 20 cent. Dans la tour de droite ou méridionale , est le fameux bourdon , grosse cloche du poids d’environ 18,000 kilog. Le son qu’elle rend est sourd et un peu cassé. Quoiqu’elle ait été fondue sous Louis XIV) en i685 , et qu’on la sonne rarement, le battant a singulièrement déprimé tes deux endroits de la batterie ou il touche ; il est probable que vers ces endroits le métal de la cloche est félé, et que c’est là la cause qui lui fait rendre des sons cassés. Le dessus des tours est couvert en plomb. On peut y monter et s’y promener.

L’église est aussi couverte en plomb : 011 évalue le poids île cette couverture à plus de 200,000 kilog.-, la charpente qui la soutient est en châtaignier.

Le portail de la cathédrale offre trois portes qui se ressemblent à peine ; elles étaient autrefois chargées de statues et d’ornemens gothiques ; il en reste 'encore beaucoup; autour de celle du nord, on distingue les signes du zodiaque ; celui de la Vierge est au milieu de la porte; on aurait tort de croire que cet ouvrage est une réminiscence de quelque usage emprunté au paganisme ; c’est tout simplement un hommage particulier que le sculpteur a voulu rendre à la mère de Dieu en la couronnant d’un zodiaque.

Les murs de ce temple sont couronnés de pyramides sculptées et d’autres ornemens; des arcs-boutans souliennentà l’extérieur les voûtes de la nef et du chœur.

Notre-Dame est bâtie sur pilotis; sa longueur dans œuvre est d’environ i28mètres; sa largeur, entre la nef et le chœur, de 4 6 mètres 4 décimètres; la hauteur de la voûte, au-dessus du pavé, est de 33 mètres a^décimèr. La largeur du portail contient 39 mètres. Les rosaces ont 12 mètres de diamètre.

Autrefois il fallait monter i3 marches pour entrer dans cette église; le soi s’est tellement exhaussé qu’aujourd’hui 011 y entre de plein pied.

Hôtel de la Préfecture , ci-devant Hôtel-de-Ville.

Cette construction , dont le plan , l’élévation , la façade s’écartent complètement des règles, fut refaite a peu près comme 011 la voit aujourd’hui, en i6o5.

La face principale de cet hôtel se compose d’un grand corps de bâtiment flanqué à ses extrémités de *41eûx avant-corps percés d’une arcade; sur le milieu s’élève une grande lanterne dans laquelle sont suspendus les timbres d’une horloge dont le padran principal indique l’heure sur la place. Cette horloge, exécutée vers la fin du dernier siècle par Lepaute , passait naguère pour un chef-d’œuvre. Les pivots des roues roulent sur des pierres dures; le pendule qui oscille seulement une fois en deux secondes, a plus de 6 mètres de long; il est chargé d’une lentille qui pèse plus de i5o kilog. ? cette machine marche avec beaucoup de régularité ; c’est un des meilleurs régulateurs de la capitale.

Au-dessus de la porte principale est un bas-relief représentant Henri IV à cheval ; en venant de la place ?

on arrive, après avoir monté plusieurs marches , tant à l’extérieur qu’à l’intérieur , dans une cour de figure carrée assez régulière, ornée d’arcades et de colonnes ioniques : sous l’arcade qui fait face à la porte d’entrée est placée une statue pédestre en bronze, représentant Louis XIV vêtu à l’antique et coiffé de la perruque de son siècle. Cette statue, échappée heureusement au vandalisme révolutionnaire , fait honneur , tant pour la pureté des contours que pour l’excellente compositon du bronze, aux talens de Coizevox.

Si l’extérieur de l’hôtel de ville est détestable, il renferme néanmoins des pièces fort remarquables , tant parleur étendue que parles ornemens qui les décorent; ce sont les salles du trône, du zodiaque, etc. On peut les voir facilement.

La bibliothèque de la ville est distribuée dans une suite de salles situées sur le derrière de l’hôtel ; elle est ouverte les jours non fériés depuis midi jusqu’à quatre heures; elle abonde en ouvrages relatils à l’histoire des villes.

La municipalité de la ville de Paris a, dit-on, le projet de faire construire un nouveau palais de la préfecture; il s’étendra le long du port au Blé depuis le pont Saint- Bernard jusqu’à la place de Grève, sur l’emplacement occupé maintenant par la construction de la rue de la Mortellerie. Cet édifice communiquera avec l’hôtel de ville actuel par un pont jeté sur la rue qui passe sous l’arcade Saint-Jean.

Place de Grève.

Cette place servit de champ de bataille au combat le plus acharné, qui eut lieu en juillet 1850, entre les troupes de Charles X et les libéraux. Les maisons environnantes, le pont d’Arcole portent encore de nombreuses marques des biscaiens et des boulets qui endommagèrent leurs murailles, leurs portes, ou les barreaux de leurs fenêtres. Voir la grille d’un marchand de vin, rue du Mouton.

Église Saint-Gervais.

{Paie du Monceau-Saint- Geivais ) .

Cetle église fut reconstruite sous Charles VI; on en

lit la dédicace en 1420; elleest d’architecture gothique ; ses voûtes, très-légères et très-élevées ont cela de remarquable que les arcs doubleaux se détachent de la voûte au point de leur réunion pour faire cul de lampe. La chapelle de la Vierge est singulièrement remarquable sous ce rapport, la clef de sa voûte est une véritable construction du haut en bas.

Les vitraux, peints par Pinglé et Jean Goujon, méritent d’être observés.

Cette église reçut les cendres de Scarron, de Philippe de Champagne, du poète Crébillon, et autres moîuimens funèbres.

Le portail St-Gervais, ouvrage de Debrosses, auteur du palais du Luxembourg , a passé dans le dernier siècle pour un chef-d’œuvre. Voltaire l’a signalé comme tel dans son Temple du goût ; il a beaucoup perdu de son importance depuis que des études plus approfondies des monumens de l’antiquité ont ramené l’architecture aux principes du bon sens et des convenances. Néanmoins on ne peut pas refuser une certaine estime à l’œuvre de Debrosses: les masses en sont bien équilibrées ; ses profils ont de la force, de la correction ; l’ensemble enfin a quelque chose d’imposant, qui plaît.

Ce portail se compose de trois ordonnances superposées, dorique, ionique , et corinthienne.

Le premier ordre contient huit colon nés; les quatre du milieu forment avant-corps, couronné d’un Ironton angulaire dont on blâme la trop grande saillie; les autres colonnes sont engagées; néanmoins elles forment ressaut ainsi que leurs entablemens. Ces huit colonnes étant inégalement espacées, il en résulte nécessairement que les triglyphes ne sont pas distribués suivant les règles.

L’ordre ionique est distribué comme le dorique; sa frise a cela de singulier, c’est qu’elle est bombée.

L’ordre corinthien consiste en quatre colonnes seulement; il est coiffé d’un fronton circulaire.

On blâme dans ce portail trop de saillie et de ressauts. Sa trop grande hauteur, ou plutôt la multiplicité de ses étages, est assez justifiée par la hauteur de l’église, qu’il {allait masquer à tout prix.

Église Saint-Eiouis.

( Rue et île Saint- Louis , iY° i5. \

Ce temple, bâti à la moderne, est fort médiocre : son intérieur est orné de pilastres corinthiens ; à l’extérieur on voit au-dessus du clocher une sorte de pyramide percée de trous circulaires assez singuliers.

Eglise Saint-Paul, ou des Jésuites.

( Rue S aint- Antoine , N° 120. )

Le portail de cet édifice se compose de trois rangs de colonnes corinthiennes superposées; c’est une mauvaise imitation du fameux portail St.-Gervais.

L’intérieur de l’église est divisé en trois nefs par deux rangs d’arcades; les voûtes qui couvrent les nefs latérales sont d’une solidité , ou plutôt d’une lourdeur extrême.

Le plan de St. -Paul est une croix dont les bras proprement dits ont fort peu de longueur; un dôme,cîont la voûte est à faire, et qui du reste n’est pas même médiocre , pèse sur quatre piliers ornés de deux pilastres qui en forment presque toute la masse. Ce dôme occupe le centre de la croix.

En somme, l’église de St. -Paul est une mauvaise réminiscence de St. -Pierre de Rome. Elle fut bâtie de 1627 à 1641, sur les plans du P. Derraud, jésuite. Son portail a 144 pieds de haut au-dessus du perron.

Place de la Bastille.

Entre la ville et le faubourg Sr.-Antoine existait autrefois un gros château appelé Bastille , flanqué de cinq tours. Le 14 juillet 1789, le peuple de Paris s’empara de cette forteresse , qui servait depuis long-temps de prison d’état; plus tard elle fut démolie, et les pierres entrèrent dans les constructions de la prison de Sainte- Pélagie.

Du terrain qu’occupait la Bastille et d’autres lieux environnans on forma une yaste place au centre de la-

quelle devait jaillir une abondante fontaine ornée de la ligure d’un éléphant colossal eu bronze. Le quadrupède avec le trône qu’il devait porter, aurait eu 40 pieds de haut ; on serait monté sur le monument par un escalier pratiqué dans une des jambes de l’éléphant.

Ce projet , dont on voit encore je modèle en plâtre sur les lieux, est abandonné, et les connaisseurs applaudissent ; il est hors de doute , en effet , qu’un éléphant, quelque bien imité qu’il fût, ne serait toujours qu’une grosse masse sans vie, sans grâce et sans proportions agréables.

Il fut décidé par les gouvernails qui prirent les rênes de l’état après la révolution de juillet, qu’un mausolée serait élevé sur remplacement de la fontaine de l’éléphant en l’honneur des braves qui succombèrent en combattant les troupes de Charles X. Le 28 juillet i83i, le roi Louis-Philippe alla solennellement poser la première pierre de ce monument: c’est la seule qu’il ait reçue depuis.

Les mécontens , trop disposés sans doute à méconnaître les bonnes intentions, le fort vouloir du gouvernement qui a succédé à celui de Charles X, prétendent que le monument funéraire de la Bastille ne sera jamais commencé ni fini, et quand bien même il le serait, ils vous disent nettement qu’ils sont disposés à le mépriser, par la raison qu’il reposerait sur les fondations déjà existantes de la fontaine, misérable îésinerie, et puis ils vous rappellent Rome naissante élevant une statue à Clélie; le petit peuple d’Athènes se cotisant pour immortaliser Armodius et Aristogiton, et le silence de la courtisane Léo (Lionne), qui fut transmis à la postérité sous l’emblème d’une lionne en marbre sans langue.

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