DIXIEME ARRONDISSEMENT
La Monnaie.
Saint-Thomas-cf Aquin. Invalides.
Faubourg Saint-Germain.
ÉDIFICES, LIEUX ET CURIOSITÉS REMARQUABLES
l'Hôtel des Monn aies. — le Palais des Arts. — l’Eglise Saint-Germain-des Prés.- — les bâtîmens des Petits- Augustins. — la Fontaine de la rue Grenelle. — le Palais de la légion-d’ISonnenr. — le Palais Pourbon et sa Place. — l’Hôtel des Invalides. — l’École Militaire et le Ghamp-de-Mars. — le Musée d’ Artillerie.
'' Succursales.
Paroisse. j L’Abbaye-aux-Bois.
Saint-Thomas-d’ Aquin, j Les Missions-Étrangères.
( Sainte-Valère.
Mairie , rue de Verneuil, no 13.
Hôte! des Monnaies.
( Quai Conti.)
Les procédés pour extraire, fondre, purifier les métaux s’étant perfectionnés successivement, il en esnésulté que les peuples modernes possèdent des quantités d’or, d’argent, de cuivre , etc. bien plus considérables que les nations de l’antiquité. De là multiplicité du numéraire ; de là aussi la nécessité d’établir de vastes la* briques de monnaies conduites et surveillées par des administrations spéciales.
L’hôtel des monnaies de Paris était autrefois situé rue de laMonnaie,sur remplacement occupé aujourd’hui par les rues Boucher et Etienne. Sous le règne de LouisXV, il fut décidé qu’un nouvel hôtel des monnaies serait bâti place Louis XV" ( aujourd’hui Louis XVI ). L’ouvrage
était déjà commencé lorsqu’on arrêta que l’édifice pro-
jeté serait construit définitivement sur l’emplacement de l’ancien hôtel de Conti.
L’architecte Jacques-Denis Antoine fut chargé de la direction de ces bâtîmens , dont on posa la première pierre le 3o mai 1 771. La façade la plus intéressante de ce palais est celle qui est tournée vers la rivière; elle a près de 120 mètres de longueur ; sa hauteur est divisée en trois étages , chacun desquels est percé de 27 fenêtres. Pour rompre l’uniformité de cette façade, l’architecte la divisa en deux parties égales , par un. avant-corps assis, comme tout le reste, sur un soubassement en bossages et décoré d’un portique de six colonnes ioniques , dont les ehapitaux, pour le dire en passant, sont, fort mauvais à cause des ornemens superflus dont on les a chargés ; néanmoins cette façade est très - imposante, et si elle était accompagnée de deux pavillons à ses extrémités , et si en outre elle était précédée d’une place convenablement étendue, elle serait une des plus intéressantes de l’Europe.
Du côté du couchant, les constructions sont inachevées et se perdent derrière des maisons particulières.
La face du même édifice , qui fait partie de la rue Guénégaud, est complète; elle présente à ses bouts deux corps de bâtimens élevés , symétriques , dont un est à l’extrémité de la façade du nord dontil vient d’être parlé: les constructions intermédiaires sont plus basses; un pavillon d’un volume considérable les divise en deux moitiés; ce côté des bâtimens de la Monnaie n’est pas sans intérêt , mais il manque d’unité ; les membres intermédiaires touchent, mais ne s’attachent point aux avant-corps extrêmes.
L’intérieur de cet hôtel contient huit cours: la première, que l’on trouve en entrant du côté du quai, est la plus belle; l’entrée de la salle des balanciers, ornée de quatre colonnes doriques, s’ouvre par cette cour.
Au dessous de la porte d’entrée commence, à gauche , un magnifique escalier orné de colonnes, par lequel on arrivé dans une salle plus magnifique encore, soutenue par 20 colonnes d’ordre corinthien en stuc: au-dessus de leur entablement régnent des galeries qui ont vue dans l’intérieur de la salle ; les armoires de cette salle renferment des instruinens de physique, de.
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chimie et des modèles d’outils propres à l’exploitation des ruines.
On conserve dans cet hôtel une collection de carrés qui commence à François I et se contienne jusqu’à nos jours sans interruption.
Pour être admis dans les ateliers, il faut être accompagné d’une personne attachée à la maison.
Collège Mazarin ou des ^uatre-Nations, maintenant Palais des Beaux-Arts.
Le cardinal Mazarin ordonna, par son testament, en 1661, qu’il serait fondé à ses frais un collège dans lequel seraient élevés gratis soixante jeunes nobles des pays de Pignerol ou des états du pape, de Flandres, d’Alsace et de Roussillon, provinces nouvellement réunies à la couronne. Ce furent les motifs qui firent appeller le collège du nom de Quatre-Natioüvs.
Les bâtimens "de ce collège, construits sur les dessins de Breau, qui avait aussi donné des plans pour le Louvre, s’annoncent à l’extérieur, du côté de la rivière , par une façade en fer à cheval, terminée à ses deux extrémités par deux gros pavillons de figure carrée ; sur le milieu s’avance un mauvais portique servant d’entrée à l’église, composé de colonnes rondes et carrées d’ordre corinthien •, un fronton angulaire couronne cette composition. Un peu en arrière domine, au-dessus du tout, un petit dôme circulaire à l’extérieur, et de figure ovale à l’intérieur: c’est au-dessous de ce dôme que l’institut de France tient ses assemblées solennelles.
Le palais des Beaux-Arts n’a rien à l’intérieur, quant
ux bâtimens, qui soit digne d’attention ; mais il renferme d’ailleurs des choses fort intéressantes, comme la bibliothèque dite Mazarine, ouverte au public les jours non fériés , excepté le jeudi; elle est peu fournie d’ouvrages modernes ; on y voit un beau globe terrestre en cuivre, qui fut exécuté , dit-011, par ordre de l’infortuné Louis XVI. Il est suspendu sur son axe, tout nu, et privé de ses accessoires.
Dans le même palais, se trouve aussi la bibliothèque de l’institut. On n’y est admis qu’autant qu’on est re-
commandé par un des membres de cette compagnie. Elle est assez pourvue d’ouvrages modernes.
On ne s’étendra pas davantage sur le palais des Beaux- Arts : comme monument, il est au-dessous du passable.
Sa façade, en juillet i83o, fut criblée par les balles des Suisses, qui tiraient sur le peuple des croisées du Louvre.
Saint-Germain -des-Prés.
Cette antique église occupe , dit-on , l’emplacement d’un temple païen. Sa première fondation remonte au sixième siècle, sous le règne de Childebert ; elle ne fut achevée qu’en n63. Ce temple ayant éprouvé, soit par l’action du temps, soit par suite des révolutions politiques, diverses dégradations, il a dû se composer de membres peu d’accord enîïe-eux : c’est ce que l’on reconnaît. Encore de nos jours, nous avons entendu s’agiter la question de savoir si on le démolirait pour le reconstruire, ou si une restauration serait praticable : ce dernier parti sembla le plus avantageux. Conséquamment les bas des murs et des piliers furent refaits à neuf, et en général le bâtiment fut plus ou moins réparé.
On voit dans cette église le tombeau de Casimir, roi de Pologne. On sait que ce prince vint finir ses jours dans l’abbaye Saint-Germain-des-Prés. On voit aussi, des deux côtés du chœur, deux autels richement ornés de colonnes de marbre et de -dorures. Voilà tout ce qu’il y a à voir dans cette église, qui du reste n’a rien d’intéressaqt que son antiquité. ,
Les cendres de Descartes , Boileau, MontfaùcÔn sont déposées dans cette église.
Palais des Seaux- Arts aux Petits- Augustins.
{Rue des P elüs- Auguslins.)
Les bâtimens des Petits- Augustins ont joui d’unô certaine célébrité jusqu’à La restauration. C’est là qu’oit avait réuni les tombeaux , les statues, les bas-reliets, etc. enlevés pendant la révolution soit des églises soit des maisons ayant appartenu à des particuliers. Cette
collection avait reçu le nom de Musée des Monumens français.
Depuis la restauration, tous ces objets ont repris, à fort peu d’exceptions près , leurs anciennes places , et le musée ne présente aujourd’hui que de vieilles bâtisses et des décombres.
On y voit encore dans la première cour deux excellens morceaux d’architecture appartenant au genre dit renaissance des arts ; des inscriptions portent les noms des châteaux dont ces ruines faisaient partie.
Depuis quelques années , on a commencé la construction du nouveau palais des arts. S’il faut juger de ce qu’il sera par ce qui est terminé , ce sera un pauvre palais. L’impéritie en architecture dirige les travaux, et la lésine en fait les frais.
Les expositions des concours des élèves en peinture, sculpture, architecture, etc. ont lieu dans les bâtimens des petits Augustins. Les journaux instruisent le public des jours où ces objets sont exposés.
Fontaine de Grenelle.
Vers 1737, on ne sait trop par quel motif, la ville de Paris fit élever sous la conduite d’Edme Bouchardon, un petit édifice dans la rue de Grenelle, faubourg Saint- Germain, auquel on donna le nom de fontaine. Son plan est une sorte de fer à cheval dont l’intérieur est tourné vers la rue. La hauteur de l’édifice consiste en un soubassement en bossages, au-dessus duquel règne une ordonnance ionique , rompue à son milieu par un petit corps avancé orné de colonnes ioniques cannelées, couronné d’un fronton ; sur le soubassement de cette colonnade, est une figure assise, en marbre blanc, représentant la ville oe Paris ; à ses côtés sont représentées, à demi-coucliées , les rivières de Seine et de Marne. Les quatre saisons personnifiées occupent des niches pratiquées sur les ailes de l’édifice.
Pour ce qui est des signes caractéristiques de fontaine, il n’en est guère d’autresque les bouts des robinets.
.La construction qui nous occupe a joui d’une certaine ceiebrité. Elle n’est pas, il faut l’avouer, tout-à- .ait dépourvue de mérite. Le petit portique qui fait
avant-corps au milieu, ne manque pas d’élégance; ou ne peut pas non plus refuser une certaine grâce aux figures de marbre ; mais la composition en général est détestable. A quoi bon ces portes cochères , ces fenêtres 1 Pourquoi ce renfoncement? Peu de changemens subiraient pour convertir cette fontaine en façade de maison.
Palais de la Xiégion-d’Hoimeur.
[Rue de V Université^ no 70.)
Cè charmant petit, palais fut construit en 1786 pour le prince de Salin , dont il a porté le nom. Aliéné pendant la révolution , il fut acquis par le gouvernement, qui l’affecta à l’administration de la Légion-d’Honneur.
Cet édifice a deux façades assez remarquables ; une du côté de la rue , par où est la principale entrée ; l’autre du côté du quai.
La première se compose de deux petits pavillons, joints par une galerie d’ordre ionique, interrompue à son milieu par une porte d’entrée. La cour qui vient ensuite est entourée de corridors formés de colonnes de même ordre et de même proportion que celles de la galerie dont il vient d’être parlé.
Au fond de la cour s’avance un portique soutenu par six colonnes d’ordre corinthien et couronné d’un attique sans ornemens. A la première inspection, l’on reconnaît que Rousseau, l’auteur de ce palais, a imité le plan et l’ordonnance de l’Ecole de Médecine. Sa cour est ornée de colonnes ioniques comme celles de l’Ecole, et le portique corinthien est évidamment une réminiscence de celui de même ordre qui se voit en entrant dans cette dernière.
La cour du palais de la Légion-d’Honneur a de la régularité, du mouvement; ses colonnades sont de bon goût. On peut lui reprocher de manquer de force et de grandeur; ses galeries sont basses et surtout trop étroites.
Du côté de la rivière, le palais se distingue par un corps de bâtiment percé d’un rang de fenêtres au rezde-chaussée ; au dessus se voient tout autant de bustes lacés dans des niches. Une rotonde, décorée de coonnes engagées , d’ordre corinthien, forme le membre
principal de cette façade. D’autres constructions, jetées sur les ailes , et d’un goût plus simple , se voient en ar-
°râce ; mais il n’a rien de monumental. y
Saint-Thomas- d’Aquin .
( Entre les rues du Bclc et Suint- Dominique,')
Cette église , paroissiale aujourd’hui, faisait partie, avant la révolution , du couvent des Jacobins du faubourg Saint-Germain. Elle fut commencée en 1682 et terminée seulement en 174° > sur les dessins de Piene
Bulet. . „ , T ;
Son portail est imité, comme tant d autres , de celui de Saint-Gervaïs ; il se compose de deux portiques superposés : celui du rez-de-chaussée est d’ordre dorique-, l’autre , qui est ionique , est couronné d’un fronton angulaire. Ce portail est assez élégant, mais il ale défaut capital d’annoncer deux étages au-devant d’un temple.
L’intérieur de cette église est orné d’une colonnade corinthienne. Ce qu’il y a de plus piquant à obseiver, ce sont les chaises ornées , garnies de coussins de ses nobles paroissiens.
Palais Bourbon ou de la Chambre des Députés.
( Bue de Bourbon.)
Cet édilice doit son origine à madame Ta duchesse
douairière de Bourbon , qui le fit commencer en 1722.
Il a subi, et il subit dans ce moment de grands changemens.
La façade qui donne sur le quai,, fort mesquine autrefois, fut entièrement reconstruite sous l’empire de Bonaparte. Telle qu’on la voit aujourd’hui, elle se compose d’un corps avancé décoré d’un portique, de douze colonnes corinthiennes, couronné d’un fronton angulaire dont le tympan sert de fond à un bas-relief représentant la Loi. Ci-devant c’était Bonaparte à cheval que le corps des législateurs muets venait complimenter, le chapeau à la main, sur sa victoire d’Austerlitz.
Ce portique, dont la composition n’a pas dû coûtez?
de grands çfforts de tête, est un gros monument de l’impéritie des architectes de l’empire. Ses colonnes manquent d’élégance ; leurs chapitaux sont trop gros , trop lourdement sculptés , défauts d’autant plus blâmables qu’il n’y a plus grand mérite aujourd’hui à faire exécuter de tels ouvrages avec succès; il en existe tant de modèles. Le portique dont nous parlons est excessivement mesquin, quoique superbe en apparence. Formé d’un seul rang de colonnes , le mur se présente immédiatement par derrière avec sa nudité, sa maigreur, ses petites portes au rez-de-chaussée. A droite et à gauche de l’avant-corps , sont deux masses formant ailes.; elles sont dépourvues d’ouvertures et d’ornemens ; on dirait qu’elles sont là pour faire ressortir le mérite que peut avoir le portique. Cet ensemble, vu de côté, est ïl’un aspect barbare.
On arrive au portique par un perron d’environ 3o marches. Adroite et à gauche sont assises les statues, en pierre commune, de Sully, Lhopital, Colbert, d’Aguesseau ; et un peu plus haut Minerve et Thémis. Ces statues ont été badigeonnées à différentes époques pour empêcher la mousse de croître sur leur tête. Il est vraiment étonnant que des hommes qui font profession de l’art de construire et d’embellir les monumens , ne sachent pas, ou ne veuillent pas savoir, que la pierre de taille de Paris est tout-à-fait impropre à faire des sculptures durables, et surtout des statues.
Du côté de la place, le palais s’annonce par deux pavillons entre lesquels est comprise une galerie d’ordre corinthien , coupée en lieux par une porte coclière» Cette façade ne mérite ni éloge ni blâme. La cour qui vient immédiatement est entourée île constructions fort variées; façades tout unies, avant-corps , pavillons portiques, etc., le tout distribué symétriquement ; cet ensemble cause une certaine satisfaction , mais il ne faut pas examiner chacun des membres séparément ; au reste, cet état de choses sera modifié par suite des changemens qui se font actuellement.
Sur la gauche de la grande cour s’en trouvent plusieurs autres entourés de bâtimens fort réguliers ,. mais tous simples.
La place du palais est vaste, régulière ; les maisons
qwi Pentourent ont pour tout mérite une certaine symétrie.
Au milieu de la place devait être une statue de Louis XVIII. Le piédestal en marbre , et la grille qui l’entoure , sont déjà construits.
Salle de la Chambre des Députés..
Une loi ayant autorisé l’acquisition d’une partie du Palais-Bourbon pour servir de lieu de réunion à l’assemblée des députés des départemens ,on s’est vu dans la nécessité, de faire subir de grands changemens aus constructions déjà existantes. L’ancienne salle bâtie p®ur le conseil des cinq-cents, accupée ensuite par le corps législatif, a été reconnue comme insalubre, l’air s’y renouvelant difficilement , et comme impropre à transmettre les sons proférés à la tribune aux auditeurs ; d’ailleurs, comme tous les monumens de la république, cet édifice avait été construit à la hâte. Assis sur de mauvais fondemens, et composé de matériaux peu durables , la salle était encore trop petite pour recevoir une bonne partie des spectateurs qui se pressaient journellement à ses portes.
La salle des séances sera entièrement reconstruite , MM. les députés ne pourront en jouir qu’en i83o, son plan sera toujours demi-circulaire, et l’on fera toutes les dispositions nécessaires pour qu’elle soit plus aérée et plus propre à propager la voix des oratenrs. On assure que ses auteurs veulent que, dans son élégante simplicité, elle rappelle le théâtre olympique deVicence, ouvrage distingué du célèbre Palladro.. Vingt-quatre colonnes en marbre blanc, d’ordre ionique, avec des bases et des chapiteaux de bronze doré formeront un demipéristyle, élevé d’environ 3 mètres au-dessus du dernier banc des députés, afin que ces Messieurs ne puissent avoir aucune communication immédiate avec le public des galeries ou tribunes publiques, dans lesquelles pourront s’asseoir 5oo curieux, plus du double de ceux que recevaient les anciennes tribunes. De larges escaliers, à l’usage particulier des membres de l’assemblée , leur faciliteront l’accès de toutes les parties du palais, sans qu’il en résulte aucun inconvénient , même pendant le
cours des délibérations: l’espèce d’alcove dans laquelle le président était confiné est supprimée, de sorte que le bureau, et surtout la tribune, se trouveront au centre de la salle, dont le plafond sera moins élevé que celui de l’ancienne. On se flatte qu’au moyen de ces dispositions la voix de l’orateur arrivera sans peine à l’oreille des spectateurs.
Le mur qui servira de fond au fauteuil du président et à la tribune, sera orné d’un sujet de peinture par M. Gérard, rappelant les propension de nos anciens parlemens pour l’indépendance ; quatre statues représentant l’Hôpital, Colbert, Montesquieu, d’Aguesseau compléteront cette décoration.
Du côté de la cour d’honneur, la nouvelle salle sera précédée d’un grand vèstibule servant de salle des pas perdus , au sortir de laquelle on arrivera dans d’autres pièces destinées aux conférences. Cet ensemble formera une galerie immense de l’aspect le plus imposant.
On assure que l’entrée du palais , par la cour d’honneur, sera magnifique; ces travaux s’exécutent sous la direction de M. de Joly, architecte de la chambre des députés : on le loue déjà des changemens qu’il fait subir aux anciens bâtimens, et de l’accord qu’il va mettre entre eux et les nouveaux.
L’ancienne salle a servi pour la session de i83i, attendu que les travauxne sont en activité qu’à l’extérieur.
Hôtel des Invalides.
Un des plus magnifiques monumens de Louis XIV;., il avait déjà été question de cet établissement sou» Henri IV et sous Louis XIII; mais faute de fonds suffisans le projet n’eut point de suite.
Ce fut en 1670, sous le ministère de Louvois , que l’on commença la construction de cet espèce d’hôpital de soldats blessés: en France, auparavant , on les distribuait dans des abbayes et des prieurés de fondation, royale pour y recevoir des secours tant spirituels que temporels.
Les dessins des bâtimens et de la chapelle sont dus k Libéral Bruant; l’édifice fut élevé sur un terrain d’etv* viron 18 arpens de superficie.
Pins tard Jules Hardouin Mansard proposa d’élever, au midi de l’hôtel , une église destinée spécialement à la célébration des fêtes et des réjouissances militaires. On assure que la jalousie ne fut pas le moindre des motifs qui le déterminèrent à faire cette proposition. Quoiqu’il en soit, son plan fut agréé et mis promptement à exécution; il est sans doute fâcheux que le dôme des Invalides soit un hors-d’œuvre, car il ne dépend en rien des bâtimens qui l’entourent; mais il n’en est pas moins un des plus magnifiques édifices de l’Europe.
le plan principal des constructions de l’hôtel des Invalides représente un rectangle ou carré long divisé en cinq coins, dont une, appelée cour royale , occupe le milieu du rectangle , et sa longueur est égale à la largeur de celui-ci, mesurée intérieurement ; les quatre autres sont aux quatre angles du rectangle.
Au fond de la grande cour est la porte de la chapelle , dont la nef est en dehors du rectangle; mais les deux corps de bâtimens qui forment les longs côtés de la grande cour, se prolongent en dehors autant que la chapelle , de façon que le petit côté du rectangle ajouté au prolongement, en dehors de la chapelle, forme une longueur égale à celle du grand côté de l’édifice.
Il est vraisemblable que cette disposition était le
Î)lan définitif de Bruant, de sorte que tout ce que le )esoin y a fait ajouter de constructions par la suite, doit être considéré comme autant de hors-d’œuvres.
Tous les bâtimens du plan principal ont quatre étages au-dessus du sol : au milieu de chacune des façades et aux quatre coins du rectangle est un avantcorps ou pavillon : il y a encore un pavillon à l’extré- > mité de chacun des corps de bâtiment qui accompagnent la chapelle.
Vu du côté de Ja rivière , l’hôtel présente une façade de 101 toisés de longueur; le dôme la domine majestueusement par derrière; au milieu de cette façade est la porte d’entrée, percée dans une espèce d’avant-corps, d’une architecture détestable et tellement bizarre, qu’on ne saurait véritablement quel nom lui donner.
De la porte d’entrée on arrive daits la cour royale , qui a 5j toises de long sur 32 de large , non compris la largeur des galeries couvertes dont elle est environnée:
( lI7 )
}es quatre cours qui se trouvent , deux à droite et deux ;; à gauche delà cour royale, ont 20 toises de long sur 18! dj large; les petites cours sont séparées de la grande ;; par quatre grands réfectoires de 25 toises de long sur 27 jl; pieds de large, sur les murailles desquelles sont peintes les batailles les plus remarquables durègnedeLouisXIV. i|
Les bâtimens que nous appelons supplémentaires }. s’étendent au midi, au levant et au couchant de l’édi- j: fice principal auquel ils sont attenans ; la raison et le jjjï bon goût eussent voulu que ce dernier restât isolé, et j|: que s’il était insuffisant, on élevât à quelque distance jij ceux qui devaient suppléer à son défaut d’incapacité, g Ici les agrandisseurs sont d’autant plus blâmables qu’ils h avaient un immense terrain à leur disposition : les bâti- h mens ajoutés sont fort peu élevés, ils forment par leurs j; compartiemens , et avec l’édifice principal , dix cours on ij jardins, de sorte que l’hôtel avec ses constructions ac- j| cessoires renferme quinze cours grandes ou petites.
On blâme dans la façade qui regarde l’esplanade , la jj multitude des fenêtres, les petits avant-corps qui sont il entre les pavillons extrêmes et celui du milieu. Cette r façade devrait être plus soignée et avoir plus de gran- i deur, l’avant-corps du milieu, dans lequel est pratiquée | la porte d’entrée, n’a pas assez de saillie; vu de loin, î il 11e se détache pas assez: vu de près, il n’est guère plus satisfaisant. Soit sous le rapport de la forme, soit relativement aux ornemens, on voit bien que l’intention de l’architecte était d’allier la simplicité avec les : formes sévères que lui commandait la destination de l’édifice qu’il avait à construire ; voilà pourquoi sa porte j 'd’entrée n’est ni un portique ni une colonnade: il ai poussé ie goût des convenances jusqu’à remplacer les j; volutes ioniques des pilastres qui sont des deux côtés f de la porte par des cornes de bélier roulées sur elles- j; mêmes, innovation pitoyable s’il en fut. Les autres | faces extérieures 11e présentent rien de particulier ; les ! combles sont percés de lucarnes assez mal distribuées; î elles sont entourées d’ornemens militaires : c’estpourle caractère de l’édifice ; mais ne doit- on pas éprouver une j sorte de peine en voyant des toits couverts d’ardoises ; chargés de masses de pierre sculptée.
Immédiatement après la porte d’entrée, 011 aperçoit Si
( nB )
la cour royale , véritable chef-d’œuvre de solidité, de simplicité , de grandeur et de convenance : tout autour régnent deux rangs cl’arcades superposées, derrière lesquelles sont des galeries qu’on voudrait un peu plus larges; aux quatre coins de la cour, les galeries forment un angle rentrant ; chacun des quatre côtés de la cour est coupé par un avant-corps couronné d’un fronton angulaire: de ces quatre avant-corps, trois, celui du levant, celui du nord, et celui du couchant, sont parfai- 1 îement semblables; le quatrième., celui du midi, sert do ; portique à la chapelle ; il se compose de deux rangs de colonnes superposées au rez-de-chaussée. Bruant répète : encore son ionique, toujours orné de ses vilaines cor- I nés de bélier: l’ordre supérieur est corinthien ; ce portique produit un mauvais effet : d’abord il a le défaut capital d’être composé, pour ainsi dire, de deuxpièces : deux rangs de colonnes, en piles l’un sur l’autre;, ensuite ses colonnes sont nécessairement trop grêles et ; trop minces à côté des piédroits massifs des arcades.
: Au reste, tout le monde admire cette belle cour ; seui Iement on ferait observer à son auteur que ses arcades ; supérieures ont l’air un peu trop basses à cause sans 3 doute des balustrades pleines qui forment parapet ait ;; bas de chacune.
De la cour royale on entre directement dans l’église;
S cet édifice est fort simple ; il est divisé suivant sa lon- : gueur en trois nefs par deux rangs d’arcades, dont les I piédroits sont ornés de pilastres corinthiens; au-des- ; sus de ces arcades, régnent, tout autour des galeries ; formant tribunes; elles sont de plein pied avec le pre- ] roier étage de l’hôtel. Dans cette disposition , l’architecte s’est proposé de rendre plus facile l’accès du t temple aux invalides infirmes. Cette église est bâtie en j pierre dure bien assemblée ; elle n’offre au reste rien de bien remarquable: on peut néanmoins jeter un coup. ; d’oeil sur la chaire de marbre, fort simple , mais un peu j lourde.
De la chapelle on peut entrer dans le dôme; mais ! le passage étant souvent fermé, les visiteurs sont obli-. j gés de revenir dans la cour royale; de là ils prennent 3 je corridor de gauche , en tournant le dos au nord, qui les conduit directement sur une place gazonnée , sépa-
réc de la campagne par un fossé : de ce côté est une autre entrée des Invalides; mais elle est exclusivement réservée au roi quand il juge à propos de se rendre dans l’église du dôme.
Pour contempler cet édifice dans toute sa majesté, il faut se transporter quelques centaines de pas en avant, du côté du midi; on le voit alors dans toute sa hauteur , et si l’on a quelques reproches à lui faire pour les détails, on est forcé de convenir que le balancement des masses est irréprochable. Le bas de l’édifice présente un carré, aux quatre faces duquel sont des avant-corps peu sailians, couronnés de frontons angulaires : de ces quatre avant-corps celui du nord est invisible, étant contigu avec la chapelle; celui du midi sert de portique et d’entrée principale au dôme, ses ornemens en deux rangs de colonnes superposées ; parmi ses colonnes quatre sont en avant ; celles des extrémités sont en retraite; dans les enlre-colonnemens, sont percées des fenêtres d’assez mauvaise apparence ; elles sont trop larges et. trop basses; notamment celle qui est au milieu de l’ordre supérieur. L’ensemble de ce portique n’est rien de moins que satisfaisant. Pourquoi tous ces ressauts, ces fenêtes, et surtout ces deux rangs de colonnes?
Au dessus de la masse quadrangulaire, s’élève la tour du dôme; elle est soutenue par douze contre-forts ornés de deux colonnes engagées; des fenêtres sont percées entre les contre-forts qui se terminent par des éperons’ contournés,
La coupole, ou le dôme proprement dit, est en charpente couverte de plomb ; des casques forment les ornemens des lucarnes dont il est percé ; le tout est: couronné par une lanterne dorée dans laquelle on peut monter.
Le dôme, intérieurement, est soutenu par huit ai’cades, quatre grandes et quatre plus petites : les quatre premières répondent aux quatre corps avancés extérieurs; les autres conduisent à quatre chapelles ménagées aux quatre coins du carré qui sert de soubassement au dôme. On aurait le droit de critiquer Jules Mansard dans cette partie de son plan. Les quatre chapelles angulaires ne tiennent pas assez au chœur, s’il
est permis de parler ainsi, de l’édifice; elles en sont volontiers indépendantes, car on peut considérer les arcades qui y conduisent comme des portes ou des passages : le pavé de ce temple est composé de compartimens en marbres de diverses couleurs; il forme cuvette au centre de l’édifice. Il serait difficile d’en assigner le motit.
Au-dessus de l’entablement des arcades, prend nais ance une voûte sphérique non fermée; c’est la première coupole : au-dessus de celle-ci en est une autre entièrement fermée et décorée de peintures : le jour qui les éclaire vient par des fenêtres percées entre les deux coupoles et qui sont tout-à-fait invisibles pour les personnes qui sont dans l’intérieur de l’église. Cette disposition est très-adroite et fait le plus grand honneur à Mansard. La troisième coupole, qui est en bois, est celle qui forme couverture extérieure : le dôme se compose donc de trois coupoles, deux en pierre, dont une ouverte à l’intérieur, et. une en bois à l’extérieur. On ne sait pourquoi l’arcliitecfe ne lit pas ses trois coupoles en pierre : ce fut sans doute par précaulion de solidité. A cette époque, on n’était pas encore assez versé dans l’application des sciences mathématiques pour se hasarder à coiffer une tour isolée de Trois voûtes concentriques. Toutefois, on a reconnu depuis que la charpente du dôme des Invalides n’est ni moins pesante , ne fut pas moins coûteuse que ne l’aurait éié une pareille voûte en pierre. L’inférieur de cette charpente est d’ailleurs d’une composition peu savante; le problème de trois coupoles en pierre a été résolu dans le dernier siècle avec un succès digne des plus grands eSoges dans le dôme de Sainte-Geneviève.
A Fextérieur, Je dôme des Invalides est entaché de plusieurs défauts, surtout dans les détails; l’entablement du soubassement manque de régularité ; les contreforts de la four du dôme ne sont pas également espacés ; les éperons qui les terminent sont d’un goût trop mesquin , trop recherché ; la lanterne qui couronne V édifice est souverainement mauvaise ; elle est toutà-fait indigne du monument : on a dit avec raison qu’elle figurerait bien plus convenablement comme kioske dans un jardin bourgeois»
Le dame des Invalides, doré autrefois , puis peint en jaune, fut doré comme on le voit aujourd’hui, dans les dernières années du règne de Napoléon.
Si en sortant de l’hôtel on tourne à droite et à gauche, on rencontrera quatre bronzes représentant les captifs qui étaient autrefois enchainés aux pieds de la statue de Louis XIV, place des Victoires.
École Militaire.
Louis XV, voulant imiter, son aïeul LouisXIV, fit élever, non loin des Invalides, un corps de bâtimens destinés à loger 5 oo jeunes gentilshommes pour y recevoir une éducation conforme à leur position, aux frais de l’état,
L’Ecole Militaire fut bâtie par l’architecte Gabriel. Il se proposa indubitablement de rivaliser les Invalides; ii ne fut pas heureux : s’il est permis d’adopter cette proportion, l’Ecole Militaire est aux Invalides dans le même rapport que Louis XV est à Louis XIV. L’aspect le plus favorable pour l’Ecole Militrire est du côte du Champ de Mars. Le principal corps de bâtiment est un gros pavillon carré, sur le devant duquel s’avance un portique d’ordre corinthien, composé de six colonnes, dont deux en retraite ; à droite et à gauche du pavillon, s’étendent deux ailes sans aucun ornement ; un peu plus loin, toujours à droite et à gauche, se voient deux petits bâtimens d’assez bon goût : chacun d’eux est orné d’un portique surmonté d’un fronton angulaire.Vue de côté, l’Ecole Militaire est assez satisfaisante, quoique un peu décousue. Le pavillon du milieu est un peu trop gros et peut-être aussi un peu trop haut.
Du côté de l’orient, l’Ecole Militaire s’annonce par des grilles et deux cours entourées de bâtimens. La deuxième cour, dite cour royale , et au milieu de laquelle s’élevait autrefois la statue pédestre de LouisXV, exécutée en marbre , est entourée de constructions ornées de colonnes doriques accouplées. Ces colonnades et les avant-corps couronnés de frontons sont d’un bon effet.
Le corps principal de ces bâtimens, que l’on pourrait considérer comme le centre, le noyau de l’Ecole Militaire, se compose au milieu d’un portique d’ordre co~
rinthien couronné d’un fronton à sa droite et à sa oauche; la hauteur de la façade consiste en deux rangs d§ colonnes doriques au rez-de-chaussée , ioniques au-des-= «us; ce dernier rang est probablement une réminiscen** ce de la colonnade du Louvre. Là comme ici, les colonnes sont accouplées; elles ont encore cela de particulier, c’est qu’elles appartiennent pour ainsi dire au rneme pilier; en eflet , le vide qui devait régner entre elles est rempli de façon que les colonnes de chaque coupole 11e sont détachées les unes des autres que sur le devant. 1
Lesbâtimens de l’Ecole Militaire furent, même avant la révolution, destinés à d’autres usages : l’école fut dispersée, et l’on parlait d’y transporter l’hospice de 1 Hôtel-Dieu quand la révolution éclata; alors on transforma 1 édifice en caserne. Depuis il n’a pas cessé d’être occupé par des militaires.
Champ de Mars.
A l’occident de l’Ecole Militaire se trouve le Champ de Mars; c’est une plaine artistement unie, de 160 mètres de long sur 7\ environ de large, bordée de fossés revetus de maçonnerie.
. Le Champ de Mars a servi de tout temps aux exercices des troupes , soit d’infanterie, soit de cavalerie.
En 1790, les Parisiens modifièrent singulièrement la surlace de cette plaine pour la rendre plus propre à la célébration de la fameuse fête de la fédération , qui eut lieu le 14 }uiiiet de cette année; 011 enleva des terres du milieu, on les amoncela sur les bords en leur faisant prendre la forme de talus, lesquels deux fois plus hauts qu’ils ne le sont maintenant, servirent alors, et seivcnt encoie comme d’amphithéâtre aux spectateurs qui assistent aux cérémonies, aux jeux qui se font dans cette enceinte.
Pont en chaînes.
On a suspendu, entre le pont Louis XVI et le pont d léna, vis-a-vis 1 aliee des Veuves , un pont en chaînes de lei battu ; sa longueur est divisée en trois parties par deux piles qui , élevées suffisamment au-dessus des
eaux de la rivière, supportent et tèndent en même temps les chaînes. Ces deux piles sont percées chacune d’une orande porte en ai’cade à travers lesquelles passe le plancher du pont, lequel se termine vers l’un et l’autre bout par une petite arcade en pierre.
L’aspect de cet utile ouvrage n’est point flatteur ; les piles qui le soutiennent vers son milieu sont trop massives; il ne règne d’ailleurs aucun ensemble entre les diverses parties qui le composent. Vu d un peu loin , on distingue faiblement les chaînes, de sorte que les deux crosses piles paraissent comme deux masses entièrement isolées l’une de l’autre, ainsi que des petites arcâdcs
Ce pont, ou du moins un semblable, devait deshonorer les abords du magnifique hôtel des Invalides. Par bonheur pour le goût, il s’écroula a la première épreuve que l’on fit de ses forces. En le reconstruisant , on a eu le bon sens de le cacher en partie.