DE &A SUPREMATIE DU PAPE
Vous êtes bien heureux, Simon, fils de Jean, parce que ce n'est point l;i chair ni le sang qui vous ont révélé ceci , mais mon père, qui est dans les cieux. Et moi aussi , je vous dis que vous êtes Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Et je vous donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que vous lierez sur la terre sera aussi lié dans les cieux , et tout ce que vous délierez sur la terre sera aussi délié dans les cieux. (Saint Matthieu. )
Les deux dernières conférences ont peut-être interrompu la suite de la démonstration que j'avais entreprise au sujet de l'Église de Dieu, et les détails dans lesquels j'ai été obligé d'en-
trer vous ont peut-être fait perdre de vue la pensée de l'ensemble. Le résultat de cette démonstration était de vous conduire à concevoir l'Église du Christ d'une manière conforme aux symboles et aux institutions que nous trouvons consignés dans la parole écrite. Ces institutions, comme ces symboles, vous l'ont montrée sous la forme d'un royaume sacré, dont toutes les parties sont étroitement liées ensemble dans une parfaite unité de croyance et de pratique, résultats d'un principe de foi commun, sous une autorité constituée par Dieu. Mais nous n'avons encore rien dit sur l'application de cette définition, car, jusqu'ici, nous nous sommes bornés à établir l'existence de cette autorité dans l'Église du Christ, sans préciser où, comment, et par qui elle doit être exercée.
Comme l'ensemble de cet examen nous a révélé la tendance des institutions de l'Église à produire l'unité religieuse , il est naturel de supposer que l'autorité, qui en est la principale garantie, est essentiellement propre à atteindre ce but. Dans l'ancienne loi, nous avons vu l'autorité enseignante concentrée dans la personne d'Aaron et dans sa descendance. Toutes les figures prophétiques nous ont préparés à un gouvernement spirituel qui trouve dans la monarchie
son symbole le plus exact ; à la vérité, Dieu en est le régulateur, el le fils de David le chef éternel ; mais comme l'action divine sur l'homme est invisible par essence, et que la fin qu'il s'agit d'atteindre, telle, par exemple, que l'unité de la foi, est une fin sensible, qui dépend de circonstances extérieures , il nous est permis d'espérer qu'une autorité visible, déléguée par Dieu, le représentera sur la terre, parce que c'est le seul moyen d'assurer l'existence et la durée de l'unité dans l'Eglise. Quoi déplus? les autres institutions étant extérieures et visibles, il est peu naturel de penser que celle-là seulement dont elles tirent toute leur efficacité ne présentera pas les caractères qui lui sont indispensables pour exercer une action sur les éléments soumis à son contrôle.
C'est ce point important que nous allons examiner, et j'ai la confiance qu'il résultera de cette étude une conviction pleine et entière que le couronnement de l'édifice répond à sa base , et que les principes que nous avons vus sortir de toute son ordonnance se retrouvent encore ici avec leur force incomparable et leur majestueuse unité. Mais, avant d'entrer dans cette grande question de la suprématie du saint-siége, déblayons les préjugés dont l'esprit de parti et la haine ont encombré la matière.
Qu'est-ce que les catholiques entendent par cette suprématie du pape, dogme qu'il fallait renier naguère pour être admis à la jouissance du droit commun, dans la Grande-Bretagne? Les catholiques entendent que le pape, ou l'évêque de Rome, en qualité de successeur de saint Pierre, possède autorité et juridiction, dans les choses spirituelles, sur l'Église tout entière, de sorte qu'il est son chef visible et le vicaire de Jésus-Christ sur la terre. L'idée de cette suprématie comprend deux prérogatives distinctes, mais étroitement liées : d'abord le saint-siége est le centre de l'unité, ensuite il est la source de l'autorité.
Du premier principe il résulte que tous les fidèles doivent être en communion avec lui , par l'intermédiaire de leurs pasteurs respectifs , qui forment une chaîne non interrompue qui remonte de la dernière brebis du troupeau jusqu'à celui qui en a été établi le pasteur universel. La rupture de cette communion constitue le crime du schisme et détruit le principe fondamental de la religion du Christ.
Nous reconnaissons aussi que la source de l'autorité est dans le pape , c'est-à-dire que tous les autres pasteurs lui sont soumis et reçoivent directement, ou indirectement leur juridiction de
lui et par lui : ainsi le pouvoir exécutif est placé dans ses mains , pour toutes les affaires spirituelles. C'est à lui qu'appartient la tâche de confirmer ses frères dans la foi ; son ministère est de veiller au redressement des abus et au maintien de la discipline dans toute l'Église ; si l'erreur vient à s'élever dans une de ses parties , il doit la découvrir et la condamner , ramener le membre dissident à l'obéissance ou le retrancher de la vigne comme une branche morte ; si le désordre devient général et alarmant dans les matières de doctrines ou de pratiques , il convoque en un concile général les pasteurs de l'Église, le préside en personne ou le fait présider par ses légats, et en sanctionne, par son approbation, les canons et les décrets.
Que les catholiques qui reconnaissent au souverain pontife ces hautes prérogatives éprouvent pour lui une vénération profonde, il n'y a là rien de surprenant ; il serait, au contraire, étrange que le respect ne se mesurât pas sur la sainteté des fonctions et la grandeur du ministère. Lorsque Paul reprocha sévèrement à Ananie de l'avoir fait frapper injustement au visage, les assistants lui dirent : « Osez-vous bien insulter le grand » prêtre de Dieu? » Paul répondit : « Mes frères, » je ne savais pas que ce fût le grand prêtre, car il
)) est écrit : Vous ne direz pas de mal du prince de ce peuple.)) Il résulte évidemment de ces paroles, que l'on doit honneur et respect à ceux qui sont revêtus d'une dignité aussi vénérable, indépendamment des qualités et des vertus personnelles des individus. Tien résulte également qu'une dignité aussi haute doit être respectée sans qu'on admette pour cela que le dignitaire soit à l'abri de toutes les fautes et de tous les crimes. C'est une erreur bien souvent reproduite que celle qui attribue aux catholiques l'opinion que le souverain pontife est nécessairement exempt de toutes prévarications, et que toutes ses actions sont nécessairement vertueuses. Nous ne devrions pas être obligés à repousser une allégation si contraire au bon sens. Non-seulement nous croyons que, nonobstant son élévation, il est sous l'influence de la faute originelle d'Adam , comme le plus humble de ses sujets spirituels, mais nous croyons que son élévation même l'expose à de plus grands et à de plus nombreux dangers; qu'il est sujet aux tentations qui nous éprouvent, condamné à toutes les précautions et contraint de recourir à tous les remèdes que réclame la fragilité de notre nature.
La suprématie dont j'ai parlé est purement spirituelle; elle n'emporte point nécessairement avec
elle la possession d'une juridiction temporelle. La souveraineté du pape sur ses Etats particuliers ne fait pas partie intégrante de sa dignité. Avant qu'il eût acquis ces domaines, sa suprématie n'était ni moins étendue ni moins entière; et si les desseins impénétrables de la Providence devaient, dans le cours des âges, priver le sainl-siége de sa souveraineté temporelle, comme cela se vit sous le pontificat de Pie VII, par l'usurpation d'un conquérant, sa domination sur l'Église et sur les consciences des fidèles ne serait pas pour cela entamée.
Cette suprématie spirituelle n'a aucun rapport avec la vaste influence qu'on vit les pontifes exercer autrefois sur les destinées de l'Europe. Que le chef de l'Église ait eu naturellement une grande puissance dans un État politique et social basé sur les principes catholiques, il n'y a là rien qui puisse nous étonner. Ce pouvoir s'est élevé et a disparu avec les institutions qui l'avaient produit et soutenu, et il ne fait, en aucune façon, partie de la doctrine professée par l'Église relativement à la suprématie du pape À la fin de cette conférence, je compléterai ces observations en ajoutant quelques mots sur ce sujet et sur quelques autres préjugés assez généralement répandus et qui se rattachent à celui-ci.
Comme la prééminence attribuée par l'Église
catholique à l'évêque de Rome est basée sur ce fait qu'il est le successeur de saint Pierre, pour démontrer la réalité de cette prééminence, il faut montrer que cet apôtre était en possession d'une juridiction et d'une autorité semblables. Le sujet de cette conférence roulera donc sur deux points. Saint Pierre a-t-il été investi par notre Sauveur, non -seulement d'une suprématie honorifique, mais d'une juridiction réelle et effective sur le reste des apôtres ? S'il en est ainsi , cette prérogative était-elle purement individuelle et inhérente à sa personne, ou bien doit-elle être transmise à ses successeurs, jusqu'à la fin des temps?
C'était un usage répandu chez les docteurs juifs, de donner un nouveau nom à leurs disciples dans les occasions où ceux-ci faisaient preuve d'une grande supériorité ou d'une rare vertu. Cet usage semblait remonter jusqu'à Dieu lui-même, qui avait souvent marqué de cette manière, dans la vie de ses serviteurs, un événement important qui servait d'introduction à un ordre de choses nouveau. C'est ainsi qu'il changea le nom d'Abraham et de Sara lorsqu'il fit avec le premier l'alliance dont la circoncision était le signe , lorsqu'il promit à l'autre qu'elle enfanterait dans ses vieux jours, et qu'il ajouta
que d'eux naîtraient des rois et des nations. C'est ainsi que Jacob reçut de Dieu le nom d'Israël, lorsque, après sa lutte contre l'ange, il lui fut dit qu'il lui serait toujours donné de prévaloir contre les hommes. Il est remarquable que, lorsque Simon parut devant Jésus-Christ, il reçut la promesse d'une distinction pareille. « Tu es le fils » de Jonas, tu seras appelé Céphas, ce qui veut » dire Pierre. »
Ce fut dans l'occasion où il confessa la mission divine du fils de Dieu, que cette promesse reçut son accomplissement. Au commencement des paroles de notre Sauveur, il lui donne encore son premier nom. « Tu es béni, Simon, fils de » Jean, parce que la chair et le sang ne t'ont pas » révélé ce que tu viens de dire, mais mon père » qui est aux cieux. » Alors il procède à l'inauguration du nouveau nom qu'il doit porter. « Et » je te dis que tu es lierre. » Par analogie avec les exemples plus haut cités, nous devons nous attendre à ce que ce nom ait quelque analogie avec la récompense et la gloire dont il doit être accompagné. C'est ce qui arrive en effet. Le nom de Pierre ou Céphas signifie un roc ; en langue syriaque, Kipho. Donc il semblait que notre Sauveur eût dit à cet apôtre : « Et je te dis que tu » seras un roc. » Maintenant voyez la liaison de
la suite avec le début : « Et sur ce roc je bâtirai » mou Église, e( les portes de l'enfer ne prévau- » dront point Contre elle. » Voilà donc la première prérogative accordée à saint Pierre. Il est le roc sur lequel une Église indestructible sera bâtie.
Le Christ poursuit en ces termes : « Et je te » donnerai les clefs du royaume du ciel; et tout » ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel; » et tout ce que tu délieras sur la terre sera éga- » lement délié dans le ciel. » Ainsi la seconde prérogative consiste dans la garde des clefs du ciel, et dans le privilège d'émettre ici-bas des décrets nécessairement ratifiés là-haut.
A ces deux prérogatives si étendues, nous pouvons ajouter une troisième mission attribuée à saint Pierre par le Christ après sa résurrection, lorsque, lui ayant trois fois demandé : « Pierre, » m'aimez-vous? » Le Sauveur lui dit par trois fois : « Paissez mes brebis et mes agneaux. »
C'est principalement sur ces passages décisifs que l'Église s'est fondée pour dire que saint Pierre avait été investi d'une prééminence et d'une suprématie spirituelle. Et si, en effet, dans ces différentes missions données à saint Pierre, il est vrai qu'il ait reçu un pouvoir et une juridiction qui'lui étaient propres, un pouvoir et une
juridiction supérieurs à la puissance attribuée au reste des apôtres, il faudra reconnaître que la suprématie que nous lui reconnaissons lui avait été réellement attribuée par Dieu.
Or nous disons que le Christ ne pouvait prendre saint Pierre pour base de son Église, sans lui attribuer une juridiction aussi haute. Quel est le sens qui ressort de cette expression métaphorique? L'unité d'un édifice et sa solidité ne proviennent-elles pas de ce que toutes ses parties viennent aboutir à une base commune? Ce qui a lieu dans un édifice matériel, par le poids et l'adhérence des parties, ne saurait avoir lieu, dans une création morale et intellectuelle, que par une influence compressive et par l'exercice de l'autorité. Nous appelons les lois la base de l'ordre social, parce que leur mission est de préserver les droits de chacun, de punir les coupables, d'arbitrer les différends, et d'établir, parmi tous ceux qu'elles gouvernent, une parfaite unité de conduite.
Cette définition exclut la possibilité non-seulement d'une autorité supérieure, mais d'une autorité égale. Si les lois ne sont pas toutes-puissantes, s'il existe une règle d'une force comparable, qui, ayant action sur les mêmes objets, se mouvant dans la même sphère, échappe à ce contrôle, il faudra convenir que les lois ont cessé
d'être la base d'un ordre de choses qu'elles ne sauraient ni garantir ni préserver. Appliquez ce raisonnement à saint Pierre, qui a été désigné comme la base d'un édifice moral et intellectuel, car telle est la nature de l'Église, vous comprendrez alors qu'à la mission qui lui a été donnée ont dû être jointes les prérogatives nécessaires pour la remplir, et ces prérogatives sont le droit de contrôle universel et l'autorité suprême.
On objecte que la prophétie faite à Pierre se trouve naturellement réalisée par l'honorable privilège qu'il eut de réussir le premier à convertir des gentils et des juifs, de telle manière qu'on est, en effet, autorisé à dire que l'Eglise est sortie de lui, et que, dans ce sens, il est la base de l'Église.
Si notre Sauveur avait dit : « Tu poseras le » fondement de mon Église, » nous comprendrions cette interprétation. Mais telle n'est point la phrase. Le Christ ne dit pas : « Tu jetteras la » première pierre sur laquelle je bâtirai mon » Église, » mais bien : « Tu seras le roc sur le- » quel je bâtirai mon Église. » Le premier texte pourrait ne signifier que l'antériorité, la précédence; lesecond comporte la prééminence, la suprématie. SaintPierre ne pose point la base de l'Église, il est lui-même cette base, tout est dans ce mot.
Éclaircissons la question par un rapprochement. L'Évangile fut annoncé, pour la première fois, aux Irlandais par saint Patrick, aux Anglo- Saxons par le moine Augustin. Oserait-on maintenir que Patrick et Augustin sont le fondement de ces deux Églises, le roc sur lequel elles ont été bâties? Lorsqu'on dit que Jésus-Christ est le seul fondement sur lequel on puisse bâtir, permettra-t-on aux ariens de soutenir que la seule conséquence à tirer de ce texte, c'est que le christianisme est né de lui, et non qu'il est « la fin comme l'auteur de notre foi, » l'objet comme le fondateur de notre croyance? Lorsqu'on dit que notre édifice religieux est construit sur la base des apôtres, permettra-t-on aux francs penseurs de soutenir que cela veut dire seulement que les apôtres ont été les premiers à prêcher la foi, et qu'il n'en résulte pas que leur autorité puisse être invoquée à l'appui du christianisme et de ses vérités? Prenez-y garde cependant; si vous décidez que cette phrase, dans laquelle saint Pierre est appelé le roc sur lequel l'Église sera bâtie, signifie seulement que saint Pierre a mis le premier la main à l'ouvrage, ces conséquences deviennent naturelles et justes.
Ce n'est point tout. Non-seulement notre Sauveur dit à saint Pierre qu'il est le roc sur lequel
l'Église doit être construite, il ajoute qu'en conséquence du fondement sur lequel elle va s'élever, elle sera immuable et au-dessus de toutes les attaques. « Sur ce roc je bâtirai mon Eglise, » et les portes de l'enfer ne prévaudront point » contre elle. » Je dis que cette sentence solennelle implique évidemment que l'éternité de l'Église résultera de ce qu'elle a le prince des apôtres pour fondement, parce que la solidité des fondations d'un édifice et la durée de cet édifice sont deux idées qui se lient si naturellement, que les lois ordinaires du langage et celles de la logique nous obligent à croire que c'est leur liaison qui les a fait placer l'une à côté de l'autre. Prenons pour exemple un^ texte présent à toutes les mémoires. Lorsque Notre Seigneur dit que l'homme insensé « bâtit sa maison sur le sable, et que les » eaux du fleuve se débordent, et que les vents » soufflent et s'acharnent sur cette maison et a qu'elle tombe ; » quoiqu'il ne soit expressément dit que la chute de l'édifice doive être attribuée au peu de solidité de ses fondations, cette conclusion ressort si naturellement de la phrase, que nous ne faisons aucune difficulté de l'adopter. C'est ainsi que, quoique notre Sauveur ne l'ait point dit d'une manière expresse , nous devons attribuer la solidité de l'édifice providen-
liel de l'Église à L'inébranlable fixité du roc Sur lequel il est assis. Pierre n'est donc pas seulement le premier ouvrier de l'Église, il en est le support et la base, et cette mission comporte l'autorité et la puissance.
On peut en dire autant de la seconde prérogative de Pierre, celle de tenir les clefs du ciel. On a voulu équivoquer sur le sens et prétendre qu'il fallait seulement comprendre par là que Pierre ouvrirait les portes de l'Église aux juifs et aux gentils. Il reste à demander sur quel motif on s'appuie pour autoriser une pareille interprétation. Quand a-t-on vu cette image prise dans un pareil sens, soit chez les écrivains sacrés, soit chez les écrivains profanes? L'action de remettre les clefs a toujours été regardée comme le symbole de l'investiture de la puissance, comme la transmission de l'autorité suprême. Toutes les fois que cette expression apparaît dans les Écritures, c'est avec ce sens : « Dieu mettra sur son » épaule (celle du Messie) les clefs de la maison Da- » vid, et il les ouvrira, et aucun homme ne pourra » les fermer. » C'est-à-dire que Dieu lui donnera l'autorité suprême dans la maison de David. Dans le même sens, il est dit que le Messie a reçu les clefs de la mort et de l'enfer, c'est-à-dire que la mort et l'enfer sont soumis à son autorité suprême. II. 2
En Orient, celte liaison du pouvoir suprême avec ses emblèmes est très-fortement marquée. Le plus exact des historiens orientalistes nous apprend que les clefs du temple de la Mecque étaient dans les mains d'une certaine tribu, et qu'à ces clefs était attaché le gouvernement du lieu. Ces deux choses étaient si étroitement liées, que, lorsqu'on parvenait à dérober les clefs à celui à qui elles avaient été commises, il perdait en même temps la domination qu'il exerçait, dans le sanctuaire. Et, dans une autre occasion, il montre que la possession de l'emblème entraînait la possession du pouvoir dont il était la représentation. Chez les nations européennes, on voit quelque chose d'analogue. Quand on dit qu'un souverain a confié les clefs d'une ville à un de ses officiers , cela signifie- 1~ il jamais qu'il lui ait seulement donné le pouvoir d'ouvrir ou de fermer les portes aux étrangers et aux nouveaux venus ? Un autre exemple encore : lorsqu'on présente les clefs d'une place à un conquérant, n'est-ce pas un signe que l'on reconnaît son empire , et qu'avec les clefs on lui transfère la souveraine puissance sur la vie et sur les biens des habitants ? Donc , lorsque Pierre reçoit les clefs du royaume du ciel, ou de l'Eglise, nous pouvons le considérer comme investi de la souveraineté spirituelle.
On pourrait en dire autant du pouvoir de lier et de délier. Soit que nous entendions par ees expressions le droit d'ordonner et d'interdire, ou celui de punir et de pardonner, les deux seules interprétations plausibles; soit que nous pensions, avec plus de vraisemblance, que ces deux droits sont réunis sur la tête de saint Pierre, toujours est-il que cette phrase implique une juridiction.
Enfin cette mission que rien ne vient limiter, cette mission de paître le troupeau tout entier du Christ, entraine une suprématie et une autorité générales sur toutes les brebis. Paître un troupeau, n'est-ce point le diriger et le conduire? Dans les anciens auteurs classiques, tels qu'Homère, dont les images ont le plus d'analogie avec celles des Écritures, les rois et. les chefs sont appelés du nom de pasteurs des peuples. Dans l'Ancien Testament, la même idée se présente à chaque pas, surtout lorsqu'il s'agit de David, dont on compare les premières occupations , celles de veiller sur les brebis de son père , à la mission qui lui fut donnée, plus tard, de régner sur le peuple de Dieu. C'est la figure favorite des prophètes, lorsqu'ils veulent décrire le règne du Messie, et celui de Dieu sur l'héritage qu'il s'est choisi, lorsqu'il se sera réconcilié avec sou peuple. Notre divin Rédempteur a -lui-même adopté cette image
lorsque, pour exprimer son union avec ses disciples, il les appelle « Ses brebis qui écoutent la voix de » leur pasteur et le suivent. » Dans les écrits des apôtres , nous rencontrons , à chaque ligne , la même pensée. Saint Pierre appelle le Christ (( Le prince des pasteurs, » et recommande au clergé de nourrir le troupeau; saint Paul rappelle aux évêques qui sont assemblés à Éphèse, qu'ils ont été préposés à la garde de leurs troupeaux par le Saint-Esprit, pour gouverner l'Eglise de Dieu.
En résumé, et pour conclure, si saint Pierre n'a reçu ni juridiction ni autorité dans les trois occasions dont il vient d'être parlé, on peut dire avec fondement que les apôtres n'ont reçu de Jésus-Christ aucune mission , aucun ministère. Trouvez quelque chose d'aussi fort dans toutes les paroles qui leur ont été adressées , que ces phrases qui composent les titres de saint Pierre : Vous êtes la base de l'Église; vous êtes investi du pouvoir de lier et de délier avec la certitude de voir ratifier vos décrets dans le ciel; vous êtes le pasteur et le conducteur du troupeau du Christ.
Ainsi saint Pierre, pour la première fois, dans le voisinage de Césarée, pour la seconde fois, sur les bords de la mer de Galilée, a été investi d'une
autorité et d'une juridiction qui lui ont été spécialement et personnellement conférées , pour récompenser ses professions de foi et d'amour. Son nom changé , suivant l'usage des Hébreux , dans les occasions solennelles, la manière directe dont le Christ s'est adressé à lui , ne permettent pas de douter qu'il s'agissait d'un privilège exclusif qui lui était donné et qui n'était donné qu'à lui. Il a donc été revêtu d'une autorité spéciale et d'un ordre supérieur à celle attribuée aux apôtres ses compagnons, autorité qui s'étendait à toute l'Eglise, par cette mission de paître tout le troupeau; ce qui exclut l'idée d'une puissance égale, car il est le roc qui réuinit toutes les parties de l'édifice dans son inébranlable unité, car il tient les clefs qui sont les insignes de la puissance suprême. En voilà assez pour établir la suprématie de saint Pierre.
Il n'y a que deux moyens d'éluder cette conclusion. Les uns nient seulement le fait sur lequel nos preuves sont fondées, et c'est là une bien faible objection,- les autres se contentent de contester la justesse de la conclusion , et leur système mérite une réfutation plus sérieuse.
J'ai déjà fait allusion aux efforts tentés autrefois et renouvelés de nos jours pour établir que ce roc, sur lequel le Christ a promis de bâtir l'Église,
n'était pas Pierre , mais le Christ lui-même. On suppose qu'après s'être adressé à ce disciple dans la première partie de la phrase : « Tu es Pierre, » c'est-à-dire un roc, Noire-Seigneur, changeant tout à coup le sujet de son discours, et se désignant lui-même, aurait dit : « Et sur ce roc, je » bâtirai mon Église. » Il y aurait un certain enfantillage à traiter sérieusement une objection aussi puérile. Une telle interprétation prouve seulement que la phrase gêne nos adversaires, mais elle ne saurait détruire la phrase. Pour donner quelque force à un pareil argument, il faudrait commencer par détruire la grammaire. Qui ne voit que la conjonction qui lie les deux membres de la phrase en décide le sens d'une manière plus claire que le jour? Jusqu'où n'irait-on pas avec ce système commode de ne pas lire dans l'Écriture ce qui y est dit, mais de changer le sens des phrases, en supposant des gestes, des signes, une pantomime dont il n'est point parlé dans le cours de la narration ? Ceux qui connaissent quelles corruptions les interprétateurs protestants ont introduites dans les Écritures savent que, par cette étrange méthode d'imaginer et d'ajouter des regards supposés, des gestes inédits, des mots sousentendus, pour faire dire aux paroles ce qu'elles ne disent point et pour faire parler le silence , on
arrive à détruire les miracles les plus importants du Nouveau Testament. On pourrait, avec autant de raison, interrompre le sens de la phrase dans les paroles de Dieu à Abraham, et supposer qu'après lui avoir adressé ces mots : « Et désormais tu )) ne seras plus appelé Abram, mais Abraham, » parce que je t'ai rendu le père de plusieurs na- » tions, » l'ange a désigné de la main, non plus le patriarche, mais son fils Ismaël, en achevant son discours : « Et je te ferai prendre d'immenses » accroissements. »
Il est une autre objection plus puissante que celle dont nous venons de faire justice ; ceux qui la présentent, sans prétendre détourner les mots de leur sens naturel, leur ôtent toute leur force; ils admettent les faits qui sont d'une évidence palpable, mais ils rejettent les conséquences que nous en tirons : « 11 est vrai, » disent-ils, « que » Pierre a reçu d'une manière distincte un pou- » voir, une juridiction, récompense due et accor- « dée à ses mérites ; mais il n'est pas moins vrai » que tout ce qui fut donné à Pierre fut égale- » ment donné plus tard à tous les apôtres. Dans » l'Apocalypse, les douze fondations de la Jéru- » salem céleste portent inscrits sur leurs bases » les noms des douze apôtres. Saint Paul apprend » aux fidèles que les apôtres sont les fondements
» sur lesquels ils sont construits. Donc ils ne sont » pas moins le fondement de l'Église que Pierre. » Ce n'est pas tout. Nous voyons, dans le chapitre » dix-huitième de saint Matthieu , le Christ » donner à tous les apôtres ce pouvoir de lier et » de délier sur la terre, que dans le sixième cha- » pitre nous l'avons vu donner à Pierre, et dans » les deux il y joint la promesse de ratifier au » ciel ce qu'ils feront ici-bas. Ainsi les pouvoirs » qui lui avaientété primitivement conférés furent » étendus à tous ses compagnons, et sa mission » personnelle vint se fondre dans la grande mission » évangélique des douze. »
Il faut reconnaître qu'au premier coup d'œil , cette objection a quelque chose de spécieux. Il serait cependant facile de le détruire; mais j'aime mieux en faire un argument de plus en faveur des principes que je défends. Pierre, nous dit-on, n'a pas une suprématie de juridiction , parce qu'il n'a reçu personnellement et en particulier aucun pouvoir qui n'ait été plus tard collectivement accordé aux douze. Mais, qu'on le dise, est-ce la manière dont on raisonne, quand des cas semblables se présentent dans les Écritures? Prenons quelques exemples. Notre Sauveur inculque à tous ses disciples, à tous ses auditeurs , la nécessité de le 'suivre : « Celui-là qui me suit ne
)) marche point dans les ténèbres ; » puis ailleurs : <( Tous doivent prendre leur croix et nie suivre; » puis encore : « Toutes mes brebis doivent con- » naitre ma voix et suivre leur pasteur. » Lors donc qu'il adresse individuellement à Pierre et à André, à Matthieu et aux fils de Zébédée lamême invitation, « suivez-moi, » peut-on dire que, comme il Ta souvent adressée à tout le peuple juif dans lequel ces apôtres étaient naturellement compris, ceux-ci n'ont pas été appelés d'une manière toute particulière et toute spéciale? Passons à un autre exemple. Nous voyons, à chaque page de l'Évangile, que notre Sauveur aimait tendrement tous ses apôtres. Il ne les appelait point ses serviteurs, mais ses amis; enfin il leur donna la plus grande preuve d'amour qui puisse être donnée, en mourant pour eux. Dira-t-on pour cela que, lorsque saint Jean est appelé par Notre- Seigneur le disciple bien-aimé, cela ne veut pas dire qu'il soit aimé par Notre-Seigneur d'une manière plus spéciale et plus particulière que les douze? Un dernier exemple encore. A tous les apôtres fut donnée la mission d'enseigner toutes les nations, de prêcher l'Évangile à toute créature depuis Jérusalem et Samarie jusqu'aux contrées les plus éloignées de l'univers. Eh bien, lorsque l'esprit de Dieu leur inspira de séparer d'eux
Paul et Barnabe pour exercer auprès des gentils le ministère évangélique, ou lorsque Paul se donne à lui -même le titre d'apôtre ''es geiails, nous persuadera-t-on que, comme cette mission personnelle se trouvait comprise dans la généralité de la mission apostolique conférée aux douze , saint Paul n'avait été investi d'aucune lâche spéciale et n'avait reçu aucun mandat particulier, de soi le qu'il s'attribuait tout à fait gratuitement le titre d'apôtre des gentils? Si , dans tous les cas précités , la conséquence qu'il faudrait tirer pour donner du poids au raisonnement auquel je réponds est absurde , que penser de cette conséquence appliquée au cas en question? et comment les pouvoirs spéciaux reçus par saint Pierre ontils pu être invalidés par la mission qui lui est commune avec les apôtres ?
Il me reste à prouver, comme je l'ai annoncé , que l'argument qu'on nous opposait militait en faveur de nos opinions. En voici la preuve : Ou'avez-vous vu dans tous les exemples que j'ai cités? Que, lorsqu'une mission, une prérogative étaient données , lorsqu'un appel était adressé d'une manière personnelle à un individu , puis , d'une manière coiiectivc, à plusieurs personnes, parmi lesquelles figurait cet individu, ce seul fait constituait une supériorité relative en faveur de celui
qui «avait été distingué du reste. Il en est ainsi des apôtres appelés avec les Juifs et, en outre, d'une manière spéciale et nominative; ainsi de Jean honoré de l'amour que le Christ portait à tous ses apôtres, et appelé, en outre, par notre Sauveur le disciple bien aimé; ainsi de saint Paul revêtu du ministère apostolique, et chargé, en outre, de l'apostolat auprès des gentils. Il en est donc ainsi de saint Pierre ; quand bien même il n'aurait reçu que ce qui avait été donné aux apôtres d'une manière collective , par cela seul que le don a été fait d'une manière toute personnelle et spéciale, il l'aurait reçu à un degré supérieur. C'est un Père de l'Eglise du me siècle, le docte Origène, qui présente cette observation. « Ce qui avait été » d'abord donné à Pierre, » dit-il, « semble avoir » été ensuite accordé à tous les apôtres; mais, » comme une mission privilégiée devait être cono férée à Pierre, il y eut quelque chose de perm sonnel dans son investiture. Je te donnerai les » clefs du royaume du ciel. Cela était dit et fait ; h car, pour Dieu, dire c'est faire, avant que vinsa sent ces paroles : ce que vous délierez sur la » terre. Et si nous étudions attentivement les pa- » rôles de l'Evangile, nous nous convaincrons que )) les dernières phrases s'adressent à Pierre et au » reste des apôtres, mais que ïa première, adressée
« à Pierre, emporte avec elle une grande supério » rite de juridiction et de dignité. » Je pourrais ajouter que la mission de paître le troupeau du Christ n'est nulle part donnée aux autres, et si cette mission avait dû leur être donnée, pourquoi le Christ aurait-il, par trois fois, demandé à Pierre s'il l'aimait plus que le reste des apôtres? Pourquoi exiger une supériorité de charité, afin de l'admettre seulement à l'égalité de récompense ?
Il est encore un passage que je n'ai pas compris dans les citations précédentes, parce qu'il n'indique pas une tradition spéciale de pouvoir; cependant il établit unedistinction claire etprécise entre les prérogatives accordées aux autres apôtres et celles réservées à Pierre, et il nous signale le dernier comme l'objet d'une protection et d'une sollicitude toutes particulières. « Et le Seigneur » dit : Simon y Simon , Satan vous a demandé » tous pour vous cribler comme on crible lefro- » ment; mais fai prié pour vous en particulier, » afin que votre joi ne défaille point . Lors donc » que vous serez converti, ayez soin d'affermir » vos frères, »
Dans ce passage , le Christ semble tracer une ligne de démarcation entre les desseins de Satan contre tons les apôtres, et ses machinations contre Pierre. T^otre Sauveur prie spécialement pour
ce dernier, afin que sa foi ne succombe point, et que, lorsqu'il se sera relevé de sa chute, il fortifie et il soutienne , parmi ses compagnons d apostolat, cette grande et magnifique vertu. Ainsi il devait l'obtenir cette vertu à un plus haut degré que ses frères; or pourquoi l'aurait-il obtenue si aucune supériorité ne devait lui être attribuée ? N'est-il pas juste et naturel de dire que ce rôle de confirmateur de la foi le plaçait dans une position de prééminence et de supériorité ?
Tant de preuves l'établissent, d'une manière surabondante : Pierre a reçu une juridiction suprême, une suprématie sur l'Église, qui surpasse celle des autres apôtres; il est toujours nommé le premier de tous ; quand il y a une action commune à exercer , c'est toujours lui qui l'exerce ; quand l'Église doit faire entendre sa voix, il est son organe.
Nous arrivons à la seconde question : Cette prééminence et cette suprématie sont-elles personnelles à Pierre, ou les a-t-il transmises à ses suce esurs
Je pense qu'il est inutile d'établir que saint Pierre fut le premier évêque de Pvome. Les monuments encore existants dans cette ville, et le témoignage des écrivains ecclésiastiques des premiers siècles , mettent ce fait hors de doute. Ne
suflit-il pas de dire que les auteurs tout à la fois les plus recommandables par leur érudition , et les plus tranchés dans leur opposition contre l'Eglise romaine (1) ont reconnu ce fait et en ont maintenu l'authenticité? Parmi les modernes, pas un écrivain ecclésiastique de quelque valeur n'a contesté celte évidence. « A Pierre, comme » le fait observer saint Irénée, succéda Linus, » à Linus Anaclet, après ce dernier vint Clé— » ment. » Depuis ce moment la suite non interrompue des papes nous conduit jusqu'aux temps où nous sommes. Ceci établi, je vais exposer sommairement les motifs qui doivent faire admettre que la primauté de Pierre s'est perpétuée dans la personne de ceux qui occupent son siège.
D'abord il a été reconnu , dès le commencement, que toute prérogative, toute juridiction apportée à un siège par son premier évêque, passe à ses successeurs. Ainsi le siège d'Alexandrie, qui fut érigé par saint Marc, qui, en qualité de disciple de Pierre, jouissait d'une juridiction patriarcale sur l'Egypte, la Lydie et la Pentapole , et cette juridiction est restée jusqu'à ce jour attachée à son siège. Jean gouverna d'abord Jérusalem et exerça son autorité sur toutes les
(0 Cave, Pearson, Usher, Young et Blondel.
Églises de Palestine , et l'évèque de Jérusalem est demeuré le patriarche decesEglises.Lesiéged'Antioehe fut le premier où résida saint Pierre, et ce siège conserve encore sa juridiction sur une grande partie de l'Orient. Ainsi, du moment qu'on prouve que saint Pierre a apporté au siège de Piome, non-seulement un droit de patriarcat sur l'Occident, mais un droit de primauté sur le monde tout entier, cette juridiction devient inhérente au siège et passe à tous ses successeurs.
Mais ce raisonnement semble faire reposer la suprématie du saint-siége sur la môme autorité que celle des patriarches, c'est-à-dire sur une autorité ecclésiastique et purement disciplinaire, tandis que nous maintenons qu'elle est de droit divin. J'ai dit, en effet, qu'elle a été transmise comme une institution divine, dans l'Eglise de Dieu , dont-elie est une partie intégrale et essentielle. Jésus-Christ ne change pas : ce qu'il était hier, il le sera demain. Comme il a établi son royaume au commencement, tel il durera jusqu'à la fin. Donc la forme du gouvernement qu'il a institué comme le fondement de son royaume ne saurait subir aucune altération, mais continuera à le régir jusqu'aux dernières limites des âges. Pourquoi l'autorité épiscopale n a-t-elle pas été seulement la prérogative des apôtres et des disci-
pies? Pourquoi leurs successeurs, dans leurs sièges respectifs, ont-ils le droit d'enseigner, de commander, de corriger, de punir, sinon parce que la nature même de l'Église demande que le temps qui altère tout ne puisse altérer sa constitution hiérarchique? Il faut en conclure que, si Jésus- Christ a fait de Pierre le fondement de l'Église, ce n'a pu être dans l'intention qu'après la mort de Pierre on vît cette base ruinée et les pavés du sanctuaire dispersés au dehors.
Cette figure empruntée à la construction des monuments implique deux caractères, l'unité et la durée. L'unité d'un édifice réside en ceci que les mêmes fondations en soutiennent toutes les parties ; et les premiers Pères ont compris que la suprématie fut conférée à Pierre précisément pour assurer cet avantage à l'Église. « Un des » douze fut choisi, » dit saint Jérôme, « afin que, » l'Église ayant un chef, l'occasion du schisme » fût écartée (1).» Saint Cyprien ajoute : « Pour » manifester l'unité , il ordonna que l'unité sorti- » rait d'un seul (2). » Saint Optât écrivait : « Vous ne pouvez nier que saint Pierre, le chef des » apôtres, ait établi un siège épiscopal à Rome;
(1) Adv. Jovin. lib. I, p. h, g lus.
(2) De nuit., \). 11)4.
» ce siège fut unique, afin que les autres pus- » sent maintenir l'unité par l'union où ils se- » raient avec lui, de sorte que quiconque élève- » rait chaire contre chaire fut un schismatique » et un prévaricateur. C'est dans cette chaire, )) qui est le berceau de l'Église, que saint Pierre » s'est assis (1). »
Si , pour préserver l'unité dans son Église, notre Sauveur a jugé la primauté nécessaire, même dans un temps où la ferveur était incomparable , où les apôtres vivaient encore dispersés sur la surface du monde et recevant des lumières particulières du Saint-Esprit, lorsque le nombre des chrétiens était comparativement si petit, lorsque presque tous les membres de l'Église étaient citoyens du même État, parlaient la même langue, et n'étaient divisés ni par les barrières des nationalités, ni par les distinctions de la politique ; à combien plus forte raison n'a-t-il pas dû vouloir donner cette sauvegarde à son Église, lorsque le refroidissement des flammes divines de la charité, l'obscurcissement des lumières des pasteurs, la dispersion des fidèles, la division des États et des royaumes, ont affaibli les moyens humains de préserver l'unité et rendu les chances morales
(i) De Schisni. Danat., lib. II, \k 28.