II
la formule ordinaire dont on se servait pour la célébration de la Pâque. Plusieurs écrivains, surtout les écrivains modernes, nous disent que c'était une coutume, dans la Pâque des Juifs, que le maître de la maison prît dans ses mains un morceau de pain sans levain , en prononçant ces mots : (( Ceci est le pain de l'affliction que man- » gèrent nos pères; » phrase dont le sens évident, nous dit-on, était : « Ceci représente le pain que » mangèrent nos pères. » Conséquemment, la formule de l'institution de la cène étant si semblable, nous pouvons aisément être conduits à supposer que notre Sauveur a parlé dans le même sens, et qu'il a voulu dire : « Ce pain est la figure de mon » corps. »
En premier lieu, je nie formellement que la phrase qu'on invoque signifie : « Ceci est la » figure du pain, » et je maintiens que son sens naturel et véritable est : « Ceci est l'espèce de » pain que mangèrent nos pères. » Si quelqu'un prenait dans sa main une espèce de pain particulier, en disant : « Ceci est le pain que » l'on mange en Israël, en Arabie, » ne penserait-on pas que ces paroles veulent dire : « C'est >> là l'espèce de pain que l'on mange en ces » lieux, » et non : «C'est la figure du pain, » Dans le cas précité, n'en est-il pas de même? « Ce pain
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» sans levain est l'espèce de pain que nos pères » mangèrent, » n'est-ce point là le sens naturel des paroles dont il s'agit?
Mais à quoi bon prolonger cette discussion, puisque nous sommes en mesure de prouver qu'aucune formule de ce genre n'existait du temps de notre Sauveur? Nous possédons un traité sur la fête pascale, qui est au nombre des écrits les plus anciens qui soient demeurés comme un monument de la langue hébraïque, et ce livre, qui, on en conviendra, doit faire autorité dans cette matière, contient un minutieux exposé de toutes les pratiques qui devaient être suivies pour la célébration de la Pâque. Chaque cérémonie est expliquée avec détail, et une foule d'observances insensées et superstitieuses sont relatées; mais il n'y est pas dit un mot de cette phrase qu'on invoque, on n'y fait aucune allusion à cette pratique, on n'y prescrit en aucune façon cette cérémonie. Or dire que ce rit n'est pas même mentionné dans l'exposé minutieusement fidèle des formes à suivre dans cette fête, n'est-ce pas dire qu'il n'était pas en usage? Il existe encore un traité sur la Pâque, d'une date postérieure, dans lequel on ne rencontre pas un seul mot touchant l'existence d'une semblable pratique. Nous arrivons enfin à Maïmonides, onze cents ou douze cents
ans après le Christ, et c'est le premier écrivain qui nous donne cette formule. Mais, qu'on y prenne garde, il débute en décrivant le cérémonial de la Pâque de la manière la plus détaillée, description qu'il termine en ces termes : « C'est » ainsi qu'ils célébraient la Pâque avant la des- » truction du temple; » or, dans cette description si détaillée, si minutieuse, pas un mot qui ait trait à cette pratique, pas même une allusion qui en retrace le souvenir. C'est après nous avoir décrit le cérémonial de la célébration de la Pâque, avant la destruction du temple, qu'il continue ainsi : « A présent, les Juifs célèbrent la Pâque » de la manière suivante; » puis, vient la description de ce nouveau rit, dans laquelle nous trouvons l'indication de la cérémonie dont il s'agit. Mais les paroles citées n'affectent pas la forme qu'on leur prête, elles se trouvent simplement au début de l'hymne qui doit être chantée, lorsqu'on a mangé l'agneau pascal. Cette cérémonie ne fut donc introduite dans la célébration de la Pâque que postérieurement à la destruction du temple ; ou plutôt encore, comme les deux plus anciens traités que nous possédions en font foi, elle ne fut en usage que huit ou neuf cents ans après Jésus-Christ : il est donc de toute impossibilité qu'elle ait pu guider les apôtres
dans l'interprétation des paroles dont il s'agit. J'ai mis ces deux objections à part, parce que la réponse à laquelle elles devaient donner lieu sort du cercle de la controverse ordinaire, et parce qu'elles présentent, au premier abord, un vernis d'érudition qui peut imposer aux lecteurs superficiels. Le corps de bataille des objections tirées de l'Écriture contre l'interprétation catholique a passé devant vos regards, dans le cours de la démonstration positive de notre doctrine, démonstration qui consiste surtout dans un examen approfondi des textes, et dont le résultat a été de nous convaincre qu'on ne saurait y puiser aucun argument contre notre croyance. Dans une dernière conférence, je traiterai, d'une manière un peu plus détaillée, un ou deux textes détachés, et j'en finirai avec les preuves tirées de l'Écriture; en même temps j'exposerai le témoignage imposant de la tradition sur ce dogme si important et si sublime, dernier trait qui complétera le tableau que j'ai essayé de présenter. Il y aurait bien des choses à dire sur les contradictions multipliées dans lesquelles le système protestant précipite ses adhérents, et sur les extravagances dans lesquelles plusieurs d'entre eux sont tombés; mais il suffisait, on l'a dit, d'appuyer sur ses bases la vérité catholique, dans cet important su-
jet. Que l'erreur soit toujours inconséquente, c est là le résultat inévitable de sa nature. Espérons que, lasse de ses continuels changements, elle ouvrira enfin les yeux à la lumière de la vérité, que, par suite de cette activité maladive dont elle est travaillée, elle se décidera à l'étudier, et qu'enfin, pour échapper à ces perpétuelles agitations dont le flux et le reflux l'emportent en sens contraire, elle embrassera la seule doctrine dans le sein de laquelle on puisse trouver la satisfaction de l'esprit et la paix du cœur.