‹ Confâerences sur les doctrines et les pratiques les plus importantes de l'Eglise catholiqueChapitre 9 sur 15 · II · texte numérisé non relu

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ainsi : tt Qu'il demeure au pouvoir de Pévêque et » d'abréger le temps de la séparation pour ceux » qui éprouvent une contrition réelle, et de sé- » parer pendant un temps plus long de l'Église » ceux qui témoignent de la négligence. » Celui d'Ancyre, tenu en 314, formule le même principe : (( INous décrétons que les évêques, après » avoir examiné les tendances de leurs vies, au- » ront le pouvoir de montrer de la miséricorde » ou de prolonger le temps de leur pénitence. » Mais surtout que leur vie antérieure et leur » existence postérieure soient examinées, et qu'a- » lors on en use avec douceur envers eux (1). »

En second lieu, c'était un motif pour l'Église de se relâcher de sa sévérité quand on était à la veille d'une persécution. Cette persécution devait donner aux pénitents une occasion de montrer leur repentir par leur patience à supporter toutes les épreuves, et, en outre, on pensait qu'il était imprudent de les priver de la force que donnent l'eucharistie et la participation aux prières de l'Église. Telle était, saint Cyprien nous l'apprend dans les paroles suivantes, la pratique établie. « Celui qui a donné la loi a promis que ce que » nous 'lierions sur la terre serait lié dans

(1) Conc.gen. , t. i,can. v,p. 14 68.

» le ciel, et que ce que nous délierions sur la » terre serait également délié dans le ciel. Mais » maintenant ce n'est pas seulement aux infirmes, » mais à ceux qui jouissent d'une bonne santé, » que la paix de la réconciliation est nécessaire; » ce n'est pas seulement aux mourants, mais aux » vivants, qu'il faut l'étendre, afin que ceux que » nous exhortons pour le combat ne soient pas » abandonnés sans armes, et qu'ils soient, au » contraire, fortifiés par le corps et le sang du » Christ. Car, si le but de la sainte eucharistie est )) de donner la force à ceux qui la reçoivent, il » ne faut pas priver de secours ceux que nous )) voulons mettre en garde contre l'ennemi. »

En troisième lieu, on accordait une indulgence aux pénitents en danger de mort, comme cela avait été décidé par le concile de Cartkage. « Lorsqu'un pécheur demande avec prière à être » admis à la pénitence , que le prêtre enjoigne » sans distinction de personnes ce que les canons » indiquent ; ceux qui montrent de la négligence » doivent être reçus avec moins d'empressement. » S'il en est qui, après avoir, au témoignage des » autres, imploré la rémission de leurs fautes, se )) trouvent dans un danger imminent de mort, » qu'ils soient réconciliés par l'imposition des )) mains et qu'ils reçoivent l'eucharistie. S'ils sur-

» vivent, qu'ils soient informés qu'on s'est con- » formé à leurdemande, et qu'ils soient soumis aux w règles de la pénitence, aussi longtemps que le » prêtre qui a imposé la pénitence le jugera conve- » nable (1). » Il résulte de là que la pénitence canonique devait se prolonger après même l'absolution obtenue et l'admission du pénitent à la table eucharistique, et par conséquent qu'on songeait à la satisfaction lors même que les péchés avaient été remis, et, en même temps, que l'Église se croyait compétente pour adoucir ou pour remettre la pénitence. Le pape Innocent Ier, dans la lettre à laquelle nous avons déjà fait allusion, confirme cette discipline. Voici comment il s'exprime : « En ap- » préciant la gravité des péchés, il est du devoir » du prêtre de juger et de prendre en considéra- » tion la confession du pénitent et les signes de » repentir qu'il donne, et ensuite d'ordonner que » ses péchés soit déliés, quand il y a eu satisfac- » tion ; mais, s'il y a danger de mort, le pénitent » doit être absous avant Pâques, de peur qu'il » ne meure sans communion (2). »

En quatrième lieu, saint Augustin nous signale un autre cas, dans lequel on adoucissait quelque-

(1) Conc. gen., t.ii, c'an. lxxiv,lxxv, lxxvi, pi 120b. fa) Ep. ad Décent., conc. gen., L. il, p. 1M7.

fois la pénitence; c'était lorsque des personnes possédant une influence légitime sur les pasteurs de 1 Église intercédaient en faveur du pécheur pénitent. « De même, nous dit ce Père, qu'on voit le clergé intercéder quelquefois auprès des magistrats civils en faveur de coupables condamnés, de même aussi le clergé, par un échange de bons offices, admet l'intercession bienveillante des magistrats en faveur de pécheurs soumis à la pénitence (1). »

Enfin le motif le plus important d'indulgence, celui qui confirme de la manière la plus complète tous les principes des indulgences modernes, est le premier peut-être qu'on voie paraître dans l'Église. Lorsque les martyrs ou ceux qui étaient sur le point de recevoir la couronne du ciel, et qui avaient confessé le nom du Christ dans les souffrances, étaient enfermés dans les cachots, les malheureux chrétiens qui avaient faibli et s'étaient vu condamner à la pénitence avaient recours à leur médiation. Lorsqu'ils se présentaient devant les pasteurs de l'Église avec une recommandation écrite de l'un de ces serviteurs choisis, de l'un de ces témoins du Christ, on les admettait à la réconciliation et on leur remettait le reste de leur pénitence.

(i) Epist. ad Maced., 54.

Tertullien, le plus ancien des Pères latins, est le premier qui fasse mention de cette pratique, et il le fait dans des circonstances si différentes, que son témoignage devient douloureusement intéressant. D'abord, à l'époque ou il était en communion avec l'Église, il approuve cet usage. En effet, après avoir exhorté les confesseurs du Christ à se maintenir dans un état de paix et de communion avec l'Église, il poursuit en ces termes : « Cette paix, ceux qui ne la possèdent » point dans l'Église ont l'usage de la demander » auxmartyrs dans leur prison. Tâchons donc de ,» la posséder, de la chérir et de la conserver de » manière à ce que nous puissions un jour la » donner aux autres (1). » Vous le voyez, Tertullien parle de cette coutume sans la blâmer; bien plus, il base ces exhortations aux martyrs sur l'excellence de cette coutume. Mais, après qu'il a malheureusement abandonné la foi pour la fanatique austérité des montanistes, il reproche rudement à l'Église cet usage comme un abus, en même temps qu'il révèle, d'une manière plus claire, les bases sur lesquelles il repose, ce Qu'il » suffise à un martyr, » dit-il, «de s'être purifié » de son propre péché; c'est le rôle d'un homme

(1) Ad Martyr., cap. i.

» orgueilleux et ingrat de répandre sur les » autres le don qu'il a lui-même si chèrement » acquis. » Il s'adresse ensuite en ces termes au martyr : « Si tu es toi-même un pécheur, com- » ment l'huile de ta lampe pourra-t-elle servir en » même temps pour toi et pour moi (1 ) ? » Il résulte clairement de ces expressions que, dans la croyance de l'Église, croyance que Tertullien blâmait, les martyrs communiquaient au pécheur une partie de l'efficacité de leurs souffrances, pour remplacer la pénitence dont ils le déchargeaient, et qu'ils l'admettaient ainsi en quelque sorte dans la communion de leur mérite.

Saint Cyprien, dans le siècle suivant, confirme la même pratique et donne une nouvelle autorité aux motifs sur lesquels elle s'appuie. Voici les termes exprés dont il se sert : « Nous pen- )) sons que les mérites des martyrs et les œuvres » des justes ont une grande influence sur l'équi- » table juge (2). » Dans une épître aux martyrs, il écrit ce qui suit : « Vous devez mettre une » grande attention à désigner par leur nom ceux » à qui vous désirez que la paix soit donnée (3). » Puis, écrivant à son clergé, il lui prescrit l'usage

(ï) De Pudicit., c. xxn.

(2) De Lapsis.

(3) Epît. xv.

qu'il doit faire rie pareilles recommandations. u Ceux qui ont reçu des lettres de recomman- » dation des martyrs, et qui sont en position d'en » bénéficier devant Dieu, peuvent, si une maladie » dangereuse vient à les menacer dans notre » absence, confesser leurs fautes devant le minis- » tre de l'Eglise, et recevoir l'absolution en « notre absence, et paraître devant Dieu dans » cette paix que les martyrs ont demandée pour » eux (1). »

Ainsi, dans l'ancienne Église, la rigueur des canons pénitentiaux se relâchait par l'interposition des martyrs qui assumaient le châtiment imposé aux pécheurs par les lois canoniques. Cette pratique, sans aucun doute, pouvait entraîner des abus. Saint Cyprien s'en plaint souvent, et les ouvrages que j'ai cités sont destinés expressément à corriger ces abus, et à régler l'exercice de l'usage; mais il ne révoque pas un moment en doute le principe, au contraire il le reconnaît, il le proclame.

Il ne reste plus qu'un point à établir, c'est la similitude exacte et complète qui existe entre les anciennes indulgences et les indulgences modernes. Ees exemples jusqu'ici cités impliquent

(!) Epit. xvni, p. 40.

plutôt une diminution qu'une commutation de peine, et c'est ce dernier caractère qu'on remarque partout dans les indulgences accordées de nos jours. Mais quoiqu'il y ait de grands rapports entre l'acte d'abréger un châtiment et celui de lui substituer un châtiment plus léger, nous n'avons pas besoin d'invoquer ces rapports, et nous pouvons justifier l'usage adopté de nos jours, par des précédents tirés de l'antiquité ecclésiastique. Le concile d'Ancyre dont nous avons déjà parlé, sanctionne formellement la commutation de la pénitence publique, dans le cas où des diacres, après avoir une fois faibli, se montreraient pleins de fermeté. Un autre concile reconnaît que Ton peut substituer d'autres bonnes œuvres au jeûne, quand il s'agit de personnes à la santé desquelles le jeûne est tout à fait contraire, et ven Bède mentionne la même forme d'indulgence par commutation.

Si nous arrivons maintenant aux indulgences des temps modernes, nous verrons qu'elles ne nous offrent rien de plus que ce que nous avons vu accorder dans les premiers âges, avec une différence cependant. La pénitence publique a disparu de l'Église, non qu'elle ait été formellement abolie, mais elle est tombée en désuétude par suite du relâchement de la discipline et du

changement des mœurs, particulièrement dans l'ouest, changement qu'il faut attribuer aux tribus du Nord. Théodore de Cantorbéry fut le premier qui établit la pratique de la pénitence secrète, et, dans le huitième siècle, l'usage de substituer la prière, les aumônes et les autres secours de charité aux dures expiations imposées dans l'ancienne Eglise, devint général. Ce ne fut cependant qu'au treizième siècle que la pratique de la pénitence publique disparut entièrement.

Cependant l'Église n'a jamais renoncé au désir de voir la discipline des premiers temps reparaître avec la ferveur dont ils étaient animés, et c'est pourquoi, au lieu d'abolir ses injonctions et de leur substituer formellement d'autres pratiques, elle a préféré considérer les pratiques nouvelles comme un adoucissement apporté aux peines qu'elle croit avoir encore le droit d'imposer, droit qui n'est point périmé pour demeurer inactif. La seule différence qui existe donc entre la pratique du passé et celle du présent , c'est que l'adoucissement ou la commutation de la peine est devenu la forme ordinaire de satisfaction que l'Eglise croit devoir demander, pour s'accommoder aux nécessités de l'époque et à l'état des mœurs. Ce sont si bien là le sentiment et la pensée de l'Église, que nous apprenons du pape

Alexandre III, écrivant à l'archevêque de Cantorbéry, que c'était la coutume de l'Église, lorsqu'elle accordait des indulgences, d'ajouter à ce mot la phrase suivante de la pénitence imposée, pour rappeler que l'indulgence se rapportait primitivement à la pénitence canonique. Plusieurs conciles généraux et un grand nombre de papes se sont servis de cette formule consacrée.

De tout ce qui précède, il faut conclure que notre système d'indulgence et celui de l'ancienne Église s'appuient sur les principes généraux que je vais énumérer : 1 ° qu'il faut faire satisfaction à Dieu pour les péchés qui nous ont été remis, sous l'autorité et d'après les règles de l'Église; 2° que l'Église s'est toujours considérée comme en possession du pouvoir d'adoucir, d'abréger ou de commuer la pénitence qu'elle imposait, et qu'elle a toujours cru que cette modification apportée à la pénitence était valable devant Dieu, qui la sanctionnait par un acte de sa souveraine bonté ; 3° que les souffrances des saints en union avec les mérites du Christ et par la vertu de ces mérites sont considérées comme ayant la puissance de faire obtenir cet adoucissement; 4° que de pareils adoucissements, lorsqu'ils sont justifiés et accordés avec mesure, procurent de grands avantages spirituels aux chrétiens.

Ces considérations nous donnent la clef de tout ce qui se rapporte aux indulgences.

Ainsi, au premier coup d'œil, le temps pour lequel les indulgences sont ordinairement accordées paraît arbitrairement fixé. Il y a, vous le savez, des indulgences de quarante jours, de sept, de trente et de quarante ans, et enfin des indulgences plénières. Or tous ces chiffres marquent autant de périodes consacrées pendant lesquelles se prolongeait la pénitence publique dans l'ancienne Eglise. De sorte que l'Église exprime, en rappelant ces chiffres, que l'indulgence qu'elle accorde est acceptée par elle, comme l'équivalent d'une pénitence de la même durée. Quanta l'indulgence plénière, elle équivaut, comme son nom même l'indique, à l'entier accomplissement de la pénitence imposée.

En second lieu, cette phrase, la rémission des péchés, qui se retrouve toujours dans les formes ordinaires dont on se sert pour accorder l'indulgence, est employée de la même manière. Il y avait dans les temps primitifs deux sortes de rémission : l'une, sacramentelle, précédait généralement la pénitence, ou du moins était accordée pendant sa durée, comme nous l'avons montré par un exemple emprunté à l'Église romaine ; c'était l'absolution donnée à la culpabilité

intérieure, etprononeéedans le secret du tribunal de la pénitence. Mais l'absolution ou la rémission accordée à la face de l'Église n'avait lieu que lorsque la satisfaction publique était accomplie, et c'était lacté solennel qui en marquait la fin. Eb bien, dans les indulgences, l'Église n'a en vue ni la culpabilité intérieure , ni les peines éternelles encourues par le pécbé , mais seulement les cbàtiments temporels qu'il entraîne comme une expiation nécessaire. Lors donc que l'on dit d'une indulgence qu'elle sert à la rémission ou au pardon des pécbés, celte phrase ne s'applique qu'à la souffrance qui est le signe extérieur du péché; ce n'est pas le tort qui est remis, c'est la peine. Cette vérité ressort encore bien mieux de la pratique suivie par l'Eglise, qui a toujours fait et qui fait encore de la confession et de la communion une condition indispensable pour recevoir l'indulgence. Il faut donc nécessairement être réconcilié pour avoir part à une semblable faveur. L'indulgence n'opère point la justification, elle la suit et supplée à la satisfaction.

En troisième lieu, le mot même d'indulgence devient clair et s'explique de lui-même. La plupart des erreurs qu'on a commises en jugeant nos doctrines résultent surtout de ce qu'on a détourné de leur sens véritable les termes dont

nous nous servons. On a supposé que le mot d'indulgence s'appliquait à quelque chose d'actuellement existant. Or, comme la peine que remet l'indulgence est impalpable et invisible, on ne s'y est point arrêté, et on a préféré croire que nous entendions par indulgence un relâchement de la justice religieuse, qui s'exprimerait en tolérant le péché même. Mais, lorsqu'on considère les indulgences en les rapprochant de leur origine, lorsqu'on les envisage comme un adoucissement apporté à la rigueur avec laquelle l'Église de Dieu, dans les temps de sa ferveur primitive, visitait le péché, ce mot devient à la fois un avertissement et une leçon : il nous rappelle combien nous sommes loin des héroïques épreuves auxquelles se condamnaient les pénitents des premiers âges, pour expier leurs transgressions; il devient comme une protestation de l'Église contre la décadence de notre courage et l'affaiblissement de notre vertu, et il nous excite à suppléer à ce qu'il a fallu ôter à la force primitive de l'institution de la pénitence, par des œuvres volontaires de charité, de mortification et de prière.

On nous objecte ordinairement que les œuvres exigées pour acquérir des indulgences sont quelquefois profanes, souvent même irréligieuses; que, dans d'autres temps, elles n'avaient pour but

que de remplir les coffres du clergé, et que dans les temps modernes elles ont quelque chose de frivole et de puéril. Il importe de répondre à ces objections qui, toutes, sans exception, naissent de l'ignorance profonde où l'on est de nos principes et de nos maximes de conduite.

Dans le moyen âge, l'Europe vit ses princes et ses empereurs, ses nobles et ses barons abandonner leurs pays et leurs châteaux, et se dévouer aux rudes travaux de la guerre dans un climat lointain , pour reconquérir le sépulcre du Christ sur les infidèles. Et quelle fut la récompense que l'Église leur proposa pour les animer à ce grand dessein? ce fut une indulgence. Mais la forme même dont elle se servit pour la leur donner établit, d'une manière plus claire que le jour, toutce que j'ai dit; à savoir que l'indulgence était une commutation de peine, une remise de la pénitence canonique, et que, loin de pouvoir se concilier avec le péché et le vice, elle demandait une pureté dans les motifs, une religieuse dévotion dans le but, qui montrent que l'Église avait en vue d'opérer la sanctification de ses enfants par une entreprise à la la fois honorable et glorieuse. « Quiconque, » dit le célèbre concile de C 1er mont, « par un motif de dévotion, et non » pour acquérir de l'argent ou de l'honneur,

» partira pour Jérusalem afin de délivrer l'Église » de Dieu, que ce voyage lui tienne lieu de » toute pénitence (1). » On pourra dire que beaucoup d'entre ceux qui partirent pour la Terre Sainte prirent la croix dans des vues de cupidité et d'ambition : nous le voulons bien; mais alors ceux qui cédaient à de semblables mobiles n'ont pas eu part au bénéfice de l'indulgence. 11 y avait des hommes aussi, comme un Godefroyet comme un saint Louis, que l'Eglise encourageait à la bataille du Christ, et, quand bien même ils eussent été les seuls à préférer ses dons à leur diadème terrestre, à ce repos auquel ils renonçaient, à cette patrie qu'il fallait quitter, ils auraient été faibles en nombre comme le bataillon choisi qui demeura avec Gédéon, mais, comme ce bataillon sacré, ils auraient été revêtus de la force du Très-Haut. Et qui dira que cette laborieuse entreprise peut être considérée comme un relâchement apporté à la pénitence antique? Sans doute, il était difficile de plier les âmes de fer et les corps de bronze des hommes du Nord aux génuflexions, aux jeûnes, aux larmes de la pénitence canonique, et leurs passions ardentes

fi) « Quicumque pro solà devolione, non pro honoris vel pecunioe adeptione, ad liberandam ecclesiam Dci, Jérusalem prolectus tueril , iterillud pro onmi pœnilenlià reputelur. » Can. n.

n'auraient pas accepté le joug de ces longues épreuves et de ces vertus qui répugnaient à leur nature. Dans ces circonstances, que devait faire, que fit l'Église? L'Église eut l'intelligence de cette situation; elle appela cette race guerrière à repousser une agression qui avait arraché de son sein un trésor qui lui était cher, qui avait exterminé le christianisme dans une de ses provinces choisies. Elle craignait avec raison que la conquête musulmane ne fit des progrès, et elle s'attendait à être attaquée dans son centre même. Alors elle résolut d'enflammer le courage de ses enfants, de les armer du signe du salut, et de les appeler à la conquête des lieux saints. Elle profitait ainsi de cette rudesse de caractère qui se refusait à l'humiliation, et, mesurant la pénitence qu'elle leur imposait aux moyens qu'ils avaient de la remplir, elle leur demanda des œuvres d'énergie, de courage et de valeur. Lorsqu'on vient à considérer la force de caractère et la patience de courage avec lesquelles les croisés supportèrent tous les maux qui peuvent affliger l'humanité, tant de périls de mer et tant de périls de terre, les dangers suscités par des coreligionnaires perfides, la guerre, la famine, la peste, toute la famille des fléaux; lorsqu'on voit ces II. 18

hommes soutenus par leur dévouement enthousiaste pour la cause de leur religion, et par une reconnaissance chevaleresque pour le Sauveur du monde, braver toutes ces fatigues, endurer toutes ces souffrances, surmonter toutes ces épreuves; certes on ose à peine dire que ce soit une indulgence qui leur ait été accordée, et il est, au moins, impossible d'affirmer qu'elle était facile et douce la tâche qu'ils avaient entreprise. Que le but qu'il s'agissait d'atteindre fût proportionné à la grâce qu'accordait l'Eglise, il se rencontrera des hommes pour en douter; car il y a toujours des cœurs froids qui veulent mesurer l'ardeur des autres à leur propre indifférence, et rapporter les sentiments des siècles qui sont déjà loin de nous, et des hommes dont l'esprit avait été jeté dans un plus noble moule, aux idées de convention de nos modernes théories. Aux yeux de pareils hommes, c'est une démence que l'enthousiasme du croisé, et la terre qui fut arrosée du sang de notre Sauveur n'a rien qui la distingue. Mais qu'importe le jugement de ces hommes? Pour la question qui nous occupe, il nous suffit de savoir que ceux qui avaient promis des richesses spirituelles aux guerriers qui prenaient la croix en jugeaient autrement, et que, dans leur pensée, c'était une belle et chrétienne entreprise que

celle qui avait pour but la délivrance du saint tombeau.

Que dire maintenant des attaques de ceux qui attribuent à la cupidité l'établissement des indulgences? Pour quelle autre fin le jubilé a-t-il été institué, sinon pour remplir le trésor du souverain pontife au moyen des offrandes de milliers de pèlerins attirés par l'espoir d'indulgences spéciales? Jai pu juger, par mes propres yeux, cet esprit de spéculation dont Rome est accusée; j'ai vu le vénérable pontife Léon XII ouvrir et fermer le jubilé. Des milliers de pèlerins encombraient tous les quartiers de la ville. On remarquait leurs vêtements déchirés, leurs traits amaigris; ils remplissaient les couvents et les hôpitaux, et reposaient sur des lits fournis par la charité des fidèles. J'ai assisté à leurs repas, repas pendant lesquels ils étaient servis par des princes, des évèques, et le souverain pontife lui-même; ce que je n'ai point vu, ce sont les trésors versés dans les coffres du saint-siége. Il était question d'abondantes bénédictions, de larmes de reconnaissance, adieux des pèlerins à la charité romaine ; mais point de pierres précieuses offertes au sanctuaire, point d'or prodigué aux prêtres. J'appris alors qu'on avait épuisé les fonds des institutions de charité et contracté des dettes oné-

reuses pour donner cette hospitalité chrétienne. Le seul avantage que Rome y ait pu gagner, c'est d'avoir acquis un trésor de bénédictions dans le ciel; car ce n'est que là qu'elle désire voir conserver la mémoire de sa conduite. Taxerez-vous de folie l'entreprise et l'espoir de ces hommes? Direzvous qu'ils ont cru obtenir le pardon de leurs fautes par un voyage d'agrément à la ville sainte et par l'oubli de leurs devoirs domestiques? Alors j'aurais voulu que vous vissiez, non pas les églises seulement, mais les rues et les places publiques, remplies d'une foule avide de la parole de Dieu, car les églises ne suffisaient plus à l'affluence des fidèles. Je voudrais que vous eussiez vu les confessionnaux assiégés et les autels entourés de cette multitude qui se pressait à la table sainte. Je voudrais que vous eussiez été témoins des restitutions opérées, de la conversion de pécheurs endurcis, et vous comprendriez alors pourquoi hommes et femmes entreprennent ce pèlerinage pénible, et vous vous diriez si le caractère d'une telle institution est l'indulgence accordée au crime, la facilité donnée au péché! Cette faible esquisse que je viens de tracer du dernier jubilé, c'est le tableau de tous les jubilés passés. Le premier, qui eut lieu en 1300, loin d'amener à Rome une multitude de riches jéle-

rins venus pour acheter à haut prix le pardon de leurs fautes, offrit un spectacle tout opposé. Les Anglais s'y présentèrent, cette fois, en grand nombre; mais ils se trouvaient dans un tel état de dénûment , qu'ils excitèrent la compassion d'un couple respectable qui n'avait point d'enfants. Jean et Alice Shepherd résolurent de s'établir dans la ville éternelle et de consacrer leur fortune à l'entretien des pèlerins anglais. Ils achetèrent donc une maison pour cet objet, et passèrent le reste de leur vie dans l'exercice de cette vertu que recommande tant saint Paul, lorsqu'il dit « d'accueillir les étrangers et de laver » les pieds des saints (l). » Cette humble fondation fut bientôt agrandie ; rétablissement destiné aux pèlerins anglais devint un objet de charité nationale; on éleva, à côté, une église consacrée à la sainte Trinité, et plus tard l'établissement tout entier fut placé sous la protection royale. Lorsque ce pays se sépara malheureusement de l'Église, le flot des pèlerins s'arrêta, mais une institution aussi charitable ne fut point pour cela supprimée. Une loi cruelle mettait, dans ce pays, des entraves a l'éducation du clergé catholique; le pape Grégoire XIII décida, dans sa sagesse et

Cl) 1 Tini. v., 10.

sa piété, que, si l'Angleterre n'envoyait plus de fidèles prier à la tombe des apôtres, l'institution fondée pour les Anglais leur enverrait, dans la personne de prêtres zélés et éclairés, ces consolations religieuses dont ils étaient privés, cette foi que l'on puise ou que l'on renouvelle dans les cendres sacrées des martyrs. L'hospice des pèlerins anglais fut donc converti en un collège pour l'éducation des ecclésiastiques. Beaucoup de ceux qui en sont sortis ont scellé leur foi de leur sang sur les échafauds dressés dans cette ville, et aujourd'hui, dans ces temps de paix, c'est encore un monument de la charité anglaise, cher à de nombreux élèves, à aucun plus cher qu'à moimême; et en même temps, c'est comme un témoignage historique de la pauvreté et du dénûment des pèlerins pour lesquels l'établissement fut d'abord fondé.

Ai-je prétendu dire que, pendant et après le moyen âge, il n'y ait eu aucun abus dans la pratique des indulgences? non assurément. Des abus flagrants et nombreux ont résulté de l'impiété et de la cupidité humaines, surtout lorsqu'on accordait les indulgences à ceux qui contribuaient de leur fortune à des fondations pieuses auxquelles des Votifs" privés se trouvent trop souvent mêlés; mais il faut ajouter que l'Église a toujours vu le

mal et cherche' le remède. Innocent II a sévèrement condamné ces abus, dans le concile de Latran, en 1 1 39 ; Innocent IV a suivi son exemple, dans celui de Lyon, en 1 245; et Clément V, dans le concile de Vienne, en 1311, les a caractérisés avec plus d'énergie encore. Ajoutons que le concile de Trente, par un décret fort étendu, a réformé tous les abus nouveaux qui s'étaient glissés dans l'institution, et qui avaient malheureusement servi de prétexte au schisme de Luther (1).

Mais, même dans les siècles antérieurs, la vertu réelle et les vraies conditions des indulgences étaient bien comprises; elles ne l'ont même été de personne mieux que du plus calomnié des pontifes, le pape Grégoire VII. Dans une lettre adressée à l'évêque de Lincoln, il explique parfaitement les dispositions nécessaires à l'obtention des indulgences.

On pourrait, il est vrai, nous demander pourquoi nous continuons à nous servir d'un nom qui a été si souvent incompris, et comment nous ne le remplaçons pas par un autre qui n'ait point de rapport avec des abus effacés : à cela je répondrai que nous aimons l'antiquité, même l'an-

(0 Sess. xxv, Décret, de indulg.^

liquifé des termes. Nons sommes comme les anciens Romains qui restauraient la cabane de Ptomulus, quoique l'étranger qui la contemplait pût croire un tel soin superflu. Nous appelons ténèbres certains offices de la Semaine Sainte, parce que ce mot nous rappelle le temps où la nuit se passait en lugubres prières devant l'autel de Dieu ; nous avons conservé encore le nom de baptême j qui signifie unmmersion, quoique le rite ait changé. Nous sommes attachés à des noms dont l'origine est dans la ferveur et la gloire du passé; nous ne pouvons nous séparer de souvenirs qui sont comme identifiés au son même des mots. Que l'on comprenne donc que la censure et le vœu de nos adversaires, qui attaquent les mots pour ruiner le dogme, n'obtiendront de nous aucun changement. Aucun terme n'exprimerait aussi bien notre doctrine que ce « terme distinct, » pour parler comme le concile de Trente.

Tout est dit maintenant sur les indulgences, car je ne veux point m 'arrêter à ce système d'hostilité vulgaire qui consiste à jeter du ridicule sur les indulgences, en dépréciant les œuvres de piété et de dévotion auxquelles elles sont attachées. Qu'ils nous disent donc, ces superbes esprits, en quoi ces œuvres sont si dignes de mépris et de dédain. Le jeûne, l'aumône, la prière, au prix

desquels on acquiert l'indulgence, n'égalent pas, sans doute, les merveilles du christianisme héroïque; mais, cependant, ne sont-ce pas des œuvres dignes de louanges et agréables aux yeux de Dieu? Puis, qu'on ne perde pas de vue le côté le plus important de cette question; c'est qu'il faut purifier son âme, s'agenouiller devant les tribunaux qui justifient, recevoir Dieu dans le sacrement de son amour, pour être en état de profiter des indulgences. Ce n'est donc pas un encouragement que l'Église donne au vice, c'est un secours divin qu'elle accorde à la vertu.

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