Confédération, indépendence, annexion [microforme]
Cette ancienne colonie française, qui n’est plus qu'une province et qui a conservé l'ambition d’être
une nationalité, a passé depuis un siècle à travers.
toutes les luttes qui forment les peuples libres. Au lendemain de sa séparation d'avec la France, la liberté politique s’est présentée à elle sous une forme étrangère à ses hahitudes, antipathique à ses sentiments ; elle lui a été accordée, non comme un don qu'un vainqueur généreux fait au vaincu pour l'aider à se relever et se le concilier, mais comme une épreuve redoutable dans laquelle il espère le voir périr. L'octroi des plus précieux droits constitutionnels, artiticieusement entourés
des restrictions les mieux faites pour en altérer .
l'exercice, loin donc d’exciter en nous un sentiment de joie et de reconnaissance, y fit naître des craintes bien naturelles. Le dessein de l'Angleterre éclatait visiblement aux yeux de tous. Ce n’était pas pour nous permettre de rester Français qu’elle nous accordait des institutions parlementaires, mais pour nous transformer graduellement à son image, pour fondre en une seule nationalité la majorité ancienne et la minorité nouvelle. Ce dessein, elle l’a poursuivi patiemment, ardemment, durant près d’un demi-siècle, par des moyens parfois indignes
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d'elle, à l’aide d'agents et de collaborateurs qui ont souvent tenté de hâter par la violence le lent accomplissement d'une politique sourde et mesurée.
Reconnaissons cependant qu’à ia place de l’Angleterre, toute autre nation en eût fait autant. Il est naturel que le vainqueur cherche à s’assimiler le vaincu; et, pour amener cette fusion, il n’y à pas de régime à la fois plus doux et plus sûr que le régime constitutionnel. Si une colonie anglaise füt tombée sous le joug de la France, elle aurait eu à subir une tentative du même genre servie par des moyens tout autres, et probablement plus arbitraires, comme les institutions de notre ancienne Mère-Patrie elles-mêmes. 11 n’y a donc pas lieu de conserver rancune à l'Angleterre ; mais ce qu'il faut flétrir hautement devant l'histoire, c'est l'esprit de tyrannie et de persécution qui a animé la plupart de ceux qui, de 1791 à 1840, ont été préposés à cette tâche de dénationalisation ; ce qu’il faut honorer à jamais, c’est le patriotisme et la fermeté montrés par ces fortes générations dont M. Papineau restera dans l’histoire, est encore sous nos yeux, la noble personnification.
Ces luttes pour la conservation de nos droits sous un régime qui cachait, voilées par les apparences de la liberté, quelques-unes des pires violences de la tyrannie, forment un épisode aussi salsissant qu'instructif. On y voit une race française, un peuple d’ancien régime se former à l’art de se gouverner. lui-même, se modifier graduellement dans l'exercice viril des immunités constitutionnelles qu’on lui dispute, tout en conservant la vieille physionomie qu’il a emportée d'Europe. Sans doute, il eût mieux valu pour nous rester
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toujours Français, indissolublement unis à la France, aussi bien par les liens politiques que par les sentiments du cœur. Nous aurions passé par des épreuves aussi cruelles que celles que nous avons traversées, mais toutes différentes. Nous aurions gagné en grandeur nationale, en force et en éclat intellectuel ; nous y aurions perdu en aptitudes politiques. ln somme, nous eussions été moins libres que nous l'avons été, et surtout que nous le sommes. La France n'aurait pu, maloré son amour pour nous, nous laisser une liberté d'action qu’elle n'avait pas elle-même: cette liberté que l'Angleterre, même en voulant nous faire disparaître, nous a tout naturellement communiquée. Et cependant, on ne peut se défendre d'un amer sentiment de regret en songeunt à ce que nous serions devenus en restant sous l'aile de la France : comme nous aurions souffler. et oœrandi avec elle; à quels événements prodigieux nous aurions participé ; quelle part de gloire nous avons perdue; de quelle lumière nous eût inondé, dans ce coin perdu de l'Amérique, l’astre éclatant dont les rayons ne nous parviennent qu'à travers les ombres épaisses qu'a amassées sur nos tètes un siècle de séparation! Le plus grand malheur qui puisse frapper un peuple naissant, ‘c'est d’étre séparé de la nationalité dont il sort, d’être isolé de sa source ;: de voir tout à coup se fermer derrière lui le passé, tandis qu'il s’achemine, seul et sans appui, vers un avenir incertain, L'horizon se retrécit tout à coup autour de lui et le souffle qui le soutenait, s'épuise. Insensiblement, son esprit se rapetisse. De même que l’homme n’atteint son complet développement intellectuel, la pleine possession de lui-même que dans un grand centre, dans les agita-
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