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tions d’une vie bien remplie, de même aussi un petit peuple ne prend essor que lorsqu'il est en communication régulière, soutenue, en sympathie intime, avec un grand pays. Laissé à ses propres forces, il languit, et c'est miracle s'il se conserve , vivant. Ce prodige, nous l'avons accompli; et à sa force même, nous pouvons juger de ce qu'aurait fait de nous l'intimité d'un peuple puissant. Le voisinage des Etats-Unis nous eùt communiqué les qualités qu'on remarque aujourd'hui en nous : le bon sens, le sens pratique, la modération, la sagesse ; nos relations avec la France nous eussent élevés au niveau de la plus haute civilisation, eussent amené à maturité cette vigoureuse tige française transplantée sur le sol américain.
En voyant ainsi notre population placée par le sort dans une position d’infériorité vis-à-vis de la nouvelle population anglaise, alimentée et soutenue, elle, par la nation maîtresse de nos communes destinées, les hommes politiques qui, les premiers, s’élevèrent parmi nous, durent:songer, puisque l'accès de l'Europe nous était interdit, à nous ménager accès en Amérique. La conviction se forma de suite dans leur esprit, qu’à la place laissée vide par la France, et que l'Angleterre ne voulait pas prendre, il fallait mettre une autre grande nation qui nous ouvrit les portes du monde. Presque simultanément avec la résistance patriotique faite à la politique de dénationalisation suivie par l'Angleterre, le mouvement libéral commença, ayant pour but apparent la conquête de tous les priviléges que la Constitution nous accordait et qu’on nous disputait, pour fin réelle, l'indépendance du pays et l'annexion aux Etats- Unis
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Ce mouvement s'accentuant chaque jour davantage, aboutit à l'insurrection de 1837, dont le succès n'était possible qu'avec le concours des Etats- Unis, et eüt été immédiatement suivi de l'entrée du Canada dans la Grande République. A l’aide de l'expérience acquise, nous pouvons envisager ce que l'annexion, survenue à cette époque, eût fait de nous; quels changements, heureux ou malheureux, elle eût produit dans notre existence tout à coup détournée encore une fois de son cours et précipitée dans le torrent américain. En remontant ces quarante dernières années et en allant se placer pour envisager l’avenir du pays, sur les hauteurs que nos pères gravirent en luttant sans cesse et où quelques-uns d’entre eux versèrenr leur sang, o1 voit s'ouvrir devant le regard un si vaste horizon, de si larges perspectives, que si on le reporte ensuite sur notre situation actuelle, on reste frappé et comme interdit du contraste. Ce que serait aujourd’hui le Canadasi,en 1837,il avait réussi à entrer dans la vaste sphère où se meuvent les Etats de l'Union Américaine, il est à peine possible de se le figurer, tant le progrès est rapide, la maturité précoce dans ce milieu fertile où rien de réel ne languit. Si, sous un régime qui n'offre aucun stimulant extraordinaire, Ontario a atteint un haut degré de prospérité, Québec a joui durant longtemps d’une honnête aisance, quels dévelop-
pements n’eussent pas pris, à quel degré de force:
et de puissance ne fussent pas arrivées ces deux belles proviness ? Elles eussent formé deux des grands Etats de l’Union, bientôt dépassant le Missachusetts, laissant loin derrière elles les petits
Etats, rivalisant avec New-York: elles eussent
rrandi avec l'Ouest, qui n'aurait pas connu £
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d'autre route vers l'Atlantique que le St. Laurent : le St. Laurent qui, au lieu de n'être comme aujourd'hui, qu'une simple rivière, que la voie de communication entre deux ou trois millions d'habitants et l’Europe, serait devenu le grand fleuve de l’Amérique. En même temps que ce merveilleux développement commercial et industriel, un mouvement intellectuel et politique égal se fût produit. Au lieu de s'user dans des luttes stériles entre petites nationalités jalouses l’une de l’autre, notre activité se füt exercée sur un vaste théâtre, se fut mélée à la vie d'un peuple puissant et jamais en repos. Nous aurions participé à tout ce qui s’est accompli de fécond, de glorieux si près de nous ; à tous ces événements qui ont porté à un si haut degré la puissance des Etats-Unis ; à cette guerre entre le Nord et le Sud, où l’Europe elle-même à trouvé à apprendre dans l’art qu'elle croyait mieux connaître, l’art de la guerre, et qui, peut-être, a révélé à la Prusse le secret de sa force. Ce serait douter de nous-mêmes, nous faire injure cruelle, que de penser que nous eussions échoué dans un si grand nombre de carrières ouvertes devant nous, que nous eussions laissé se perdre de si favorables occasions ; et que quelques-uns des nôtres ne fussent pas parvenus à ces postes élevés où l’on peut à la fois illustrer son nom et jeter sur son pays un reflet d'honneur et de gloire.
La destinée en décida autrement; et, au lieu de s'unir à plus forts qu'eux, le Haut et le Bas-Canada mirent en commun leurs faibles ressources et acceptèrent, l’un,comme un moyen de salut, l’autre, comme une épreuve plus redoutable encore que celles qu'il venait de subir, le régime dont on peut dire, comme du règne de Louis-Philippe, qu'il
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nous a donné vingt ans de prospérité et de liberté. Àu souvenir du succès si complet qui a couronné l'Union politique du Hant et du Bas-Canada, on se demande tout naturellement pourquoi l’Angleterre n’étendit pas de suite ce régime à l’Amérique Britannique tout entière ; pourquoi elle n'établit pas dès lors la Confédération ? C'était, à coup sûr, le moment. Elle aurait eu vingt-cinq ans devant elle pour donner un rival aux Etats- Unis. Pour cela, il lui fallait jeter un chemin de fer entre les Provinces Maritimes et le Canada; diriger de notre côté toute l’émigration dont elle pouvait disposer, et qui a été grossir la masse américaine : pousser notre population dans toutes les voies de l'industrie et du commerce, en lastimulant sans cesse ; la doter enfin d’une marine. En même temps il lui fallait appeler nos hommes publics à siéger dans ses Conseils, à participer aux délibérations du Parlement impérial; les initier aux secrets de sa politique, nous identifier complètement avec elle : en un mot, faire, politiquement, du Canada une Nouvelle-Angleterre, comme la France avait rêvé d'en faire ane Nouvelle-France. Le programme est vaste, mais il était alors facile à réaliser. Elle aurait été promptement récompensée de ses sacrifices, ‘argement remboursée de ses avances ; elle aura t vu s'élever, grandir une puissance qui ne l’eût pas été seulement de nom.
Lorsqu’a éclaté la guerre entre le Nord et le Sud, elle se fût trouvée en mesure d'en profiter et de scinder à jamais en deux lanation rivale. La soudaine transformation de la grande République en puissance militaire, ne l’aurait pas prise au dépourvu, et frappée de stupeur au point de l'empé-