T TABLE
xix. Orphée et Eurydice ; et le Poète
Simonide. i38
xx. Philémon et Baucis. i43
xxi. Niobé. 147
xxii. Phaéton. i54
xxiii. Iphigénie , et Idomenée. 161
xxiv. Sennachérib. 167
xxv. Les Changemens du Cours du Soleil. 171
xxvi. Le Héros de la Charrue. 172
xxvii. Laomédon. 173
xxvii. Paris, fils de Priam ; son Jugement ,
ils.
et la Ruine de Troie. 178
xxviii. Des Sacrifices. 189
xxix. Des Augures. 210
xxx. De la Baguette. 214
xxxi. Des Sorts. 220
xxxii. Psyché , ou I'Ame. 226
xxxm. De l'Immortalité de l'Ame. 237
fin de la table.
ïja connaissance du Créateur du ciel et de la terre, et de l'hommage qui lui est dû, dont la pureté s'étoit conservée jusqu'au déluge , s'affaiblirent ensuite peu à peu par la corruption générale des mœurs , dans la postérité de Cham qui s'était attiré la malédiction de son père Noô. Cette corruption passant du cœur à l'esprit, couvrit celui-ci de ténèbres. Dans cet aveuglement volontaire , les Anges rebelles, qui ne pouvaient arracher de l'âme des hommes qu'ils voulaient perdre , le fond ineffaçable des sentimens d'un Dieu et du culte que nous lui devons, s'attacbèrent à brouiller et à défigurer ce fond. Ils en laissèrent ce qu'ils n'étaient pas capables de détruire , mais ils le corrompirent autant qu'il leur fut possible , et ils s'appliquèrent à amuser les hommes par un simulacre de culte , qui ne gênât point leurs passions. Ces Esprits osèrent même se travestir sous les apparences de la Divinité , pour usurper son culte , auquel ils mêlèrent des traits bizarres et ridicules , qui en firent un fantôme de religion, ils substituèrent , suivant leur plan , à la place de la vérité, des fables conformes aux inclinations des cœurs corrompus : ils firent un composé monstrueux de faussetés, d'impiétés , d'indignités, sur le fond de la vérité qui en devint méconnaissable : ils appuyèrent sur ce fond leur faux culte , dont ils ne se seraient jamais avisés , et qu'ils n'auraient pu faire recevoir , s'il n'y en avait eu un vrai , qu'ils voulaient et
8 CONFÉRENCE DE LA. FABLE , etC.
qa'il leur fallait imiter , comme le prouvent Tertullien, saint Augustin, Pascal, et autres, (i) Leur séduction passa bientôt de la race de Cham à celle de Sem, et leur tyrannie se répandit sur tout l'Univers.
Le seul Peuple élu par préférence sur tous les autres Peuples , reçut et conserva une connaissance particulière de Dieu et de la manière dont il voulait être honoré. Abraham destiné à être le Père de ce Peuple , prit soin de répandre cette connaissance de Dieu dans la Chaldée , dans la Phénicie ou le pays de Chanaan , et dans l'Egypte (2) , et de la cultiver avec un soin assidu , surtout dans sa Famille.
Le Peuple qui en sortit fut choisi et séparé des autres (3) , non-seulement pour lui-même , mais pour le bien de tous , afin qu'il y eût une Nation distinguée qui fût chargée de garder solennellement pur et intact le dépôt de ce que Dieu avait voulu enseigner de lui aux hommes , et qui le gardât avec d'autant plus de soin , que ce dépôt devait contenir. tous ses livres d'histoire , de morale et de religion-
Cependant les autres Nations "l ( en ^attendant que la substitution des Enfans d'Abraham leur fût ouverte , ) ne furent point abandonnées de Dieu ; outre les caractères de religion qu'il a imprimés dans toutes les âmes,, il fit répandre les lumières de sa connaissance et de son culte dans tous les pays , par les enfans et les petits-enfans de Noé , chefs de toutes les nations , et par les autres voies que nous verrons. Ce qui ne pouvait être sans fruit , si la corruption du cœur, ne l'eût étouffé.
Dieu ne s'est jamais laissé sans témoignage au milieu des Nations païennes ; sa voix s'est fait entendre à elles , et quoique aveuglément livrées à leur idolâtrie , elles ont senti en diverses manières , que , quoiqu'elles eussent quitté Dieu , il n'avait pas cessé d'être au milieu d'elles. Par son ordre, les Démons mêmes qui entretenaient les Gentils dans l'erreur, interrompaient le cours de leurs mensonges par les aveux les plus éclatans qu'ils faisaient à sa gloire et à leur honte (4) ; aveux qui auraient été capables d'éclairer ces hommes aveuglés et corrompus , s'ils avaient voulu ouvrir les yeux à la lumière et s'y laisser conduire.
Il fit aussi , que les erreurs du Paganisme furent semées
(1) S. Augustin , do la Cité de Dieu , liv. 18. en. 13. — Pensées de Pascal, c. 27. n. 10.
(2) Josèphe , liv. 1. de sou Histoire des Juifs , eh. 7.
(3) Notas in Judœa Deus , et in Israël magnum nomen cjus. Ps. 75.
[li] Comme eu S. Marc , ch. 1. v. 23 , 24 et 25 ; et aux Actes des Apôtres , eh. 10. v. 17.
de contradictions si évidentes, qu'elles ont frappé ceux des Païens qui ont bien voulu y faire attention. Suivant néanmoins le torrent du vulgaire, plutôt que leur propre conviction , ils n'ont pas laissé d'adopter contre leur conscience , ces religions dont ils voyaient la fausseté.
Socrate, ne pouvant cacher ses sentimens contre les fausses divinités et les superstitions ridicules de son pays, paya cette liberté par la perte de sa vie; et le fondateur de la religion des Romains , le roi Numa (1) , qui avait , dit-on , connu les livres de Moïse, condamnant en lui-même ces divinités et ces religions dont il avait abusé le peuple pour l'affermissement de son Etat , fit ensevelir son secret avec lui dans deux cassettes, qui furent trouvées long -temps après dans son tombeau. (2) Dans l'une il avait mis ce qui regardait l'établissement de la religion romaine en latin , et dans l'autre des livres écrits en grec, intitulés de la Sagesse, qui détruisaient les fondemens de cette religion. Il voulait qu'au moins les siècles à venir lui rendissent justice sur un point si délicat , et ne lui fissent pas le tort de juger qu'il eût cru véritable une religion qu'il sentait ridicule , et que sa seule ambition lui avait fait autoriser. Les magistrats romains , aussi peu sages que lui, firent brûler ces livres qui renversaient la religion de leur empire.
Plusieurs Auteurs ont cru que Numa était Pythagoricien, à cause de la conformité de ses maximes , particulièrement sur la religion , avec celles de Pythagore , quoique Pythagore fût postérieur à Numa de plus d'un siècle et ne vînt en Italie que sous Tarquin l'ancien. L'opinion que Numa avait connu les livres de Moïse est confirmée par ce que Plutarque écrit, qu'on tenait qu'il devait avoir été instruit des choses de la religion par quelque Barbare qui en savait encore plus que n'en sut Pythagore , quoique celui-ci eût connu et étudié les livres des Juifs. Ce Barbare devait être un Juif.
Les autres Savans, Philosophes et Poètes , ont été du sentiment de Socrate ; mais épouvantés par sa condamnation , ils n'ont osé se déclarer. Platon (3) , et Cicéron , les chefs des Grecs et des Latins , avec Homère et les autres les plus distingués , ont laissé en plusieurs endroits des déclarations enveloppées ou fort ménagées de leurs véritables sentimens contre les religions qu'ils professaient; et néanmoins entraînés par le torrent,
(1) Numa ex Iris quœ à Mose iradita sunt acljutus. Liv. 1. des Slromates de S. Clément d'Alexandrie,
(5) Titc-Live , liv. 40. 11. 29 ; et Yalèrc Maxime , liv. î. ch. 1, (31 Platon , dans sa .seconde Lettre à JDcnys.
10 CONFÉRENCE DE LA. FABLE, etc.
ils donnent pour règle de ne rien changer dans la religion qu'on trouve établie.
L'amour de la vérité et de la religion inspirait moins de zèle à ces Savans et à ces Philosophes, que Pinterêt n'en donnait aux Fermiers des impôts de la République romaine. Comme les biens consacrés aux Dieux immortels étaient par les lois exempts de ces impôts , ces Fermiers soutenaient qu'on ne pouvait compter pour immortels et pour Dieux ceux qu'on savait avoir été des hommes. (1)
L'idolâtrie, qui par ses diverses branches se répandit dans toute la terre , avait commencé par l'adoration des cieux , des astres , de toute cette milice céleste (2) et des autres grands corps de la nature, dont l'éclat et le bel ordre se faisaient admirer. Ce n'est pas que les habiles les prissent pour des divinités ; ils se persuadaient seulement que ces corps merveilleux étaient habités et animés par des substances spirituelles qui y étaient attachées , comme notre ame est attachée à notre corps. C'est l'erreur exprimée par Virgile (3) , et réfutée par Cicéron. (4)
Dans ces commencemens on adorait ces grands corps, sans temples , sans images „ et l'on ne donnait point de noms particuliers à ces intelligences ; les plus éclairés mêmes de ces idolâtres reconnaissaient une Intelligence suprême au-dessus des autres. C'est pourquoi Lactance (5) et saint Augustin (G) ont remarqué que de toutes les idolâtries, c'était celle qui s'était le moins éloignée de la vérité.
On attribue communément à l'Egypte ce commencement de l'idolâtrie , avec la connaissance des astres , par la postérité maudite de Cham et de Chanaan (7) pères des Egyptiens et des Phéniciens ; parce que ce fut chez les Egyptiens que ces connaissances et ces erreurs transplantées prirent leur accroissement , et reçurent la forme dans laquelle elles sont passées aux Grecs et aux autres peuples qui les ont tous reçues des Egyptiens. C'était chez eux que les plus anciens monumens s'en étaient conservés ; et sans aller plus loin, on les en a reconnus généralement pour les premiers maîtres et les auteurs.
(1) Noslri Publicani , ciïm cssent agri deorum immortalium cxccpti lege cciisoriâ , ncgabant immortelles esse ullos qui aliquando homines fuissent. Ciccro , 1. 3 de natura dcor. n. Ù9.
(2) Comme elle est appelée au v. 3. du cli. 17. du Deuléionome.
(3) Mens agitât molem , et toto se corpore miscet. jEueid. 1. 0. (h) Cicero , liv. 3. de nat. deor. à n. 2. ad 0.
(5) Lac lance , liv. 1. cli. 5. et liv. 3. ch. 3.
(6) S. Augustin , de la Cité de Dieu. liv. t\. cli. 31. et liv. 7. ch. 6.
(7) Ch. 9. v. 25. de la Genèse.
DISCOURS PRELIMINAIRE, fi
Mais ceux qui ont recherché et suivi les choses plus haut , ont trouvé et fait connaître que l'observation des astres , l'idolâtrie de leur culte , et les divinations avaient commencé chez les Chaldéens, où les descendans de Chanaan se répandirent , après avoir conquis le pays. Aussi les anciens Auteurs (1) en donnent l'invention à Bélus ou Nemrod petit-fils de Cham , et Pline (a) la donne à Berose Chaldéen.
La postérité de Sem , qui s'était établie la première dans ce môme pays, y fut bientôt infectée de ce venin, par le mélange avec ses vainqueurs qui s'établirent avec elle dans ces belles régions , vers le temps de Sarug (5) bisaïeul et de Nachor aïeul d'Abraham qui en trouva sa patrie et sa parenté corrompues. (4) C'est aussi sous ce Sarug que saint Epiphane (5) marque le commencement de l'idolâtrie.
. Abraham tacha d'y ranimer , au moins dans les anciens habitans descendans comme lui de Sem , la connaissance du vrai Dieu , des commencemens du monde , et de la vraie Religion , qui n'y étaient pas entièrement effacées ; et quand il eut reçu de Dieu l'ordre de quitter son pays, il porta ces connaissances dans l'Egypte et dans la Phénicie. Son petit -fils Jacob ou Israël , et son arrière-petit-fils Joseph , s'établirent en Egypte , où, durant un séjour de trois siècles, euxetleurs descendans achevèrent de fixer ces belles connaissances dont ils laissèrent toute sorte de monumens et de preuves. Ceux-ci en quittant l'Egypte , les portèrent ensuite avec eux , dans le pays de Chanaan ou Phénicie , où elles avaient été autrefois semées par Us fils d'Aram fils de Sem , qui avait habité ce pays , et qui y avait bâti la ville de Damas. (6) Abraham , qui , par ordre de Dieu , y avait passé une partie de sa vie , n'avait pas négligé de les y cultiver.
L'Egypte , pendant le long séjour qu'y firent les Israélites , se remplit si fort de toutes les belles connaissances qu'ils y avaient portées, et qui s'y étaient naturalisées , que ses habitans , du temps de Moïse , les possédant par une tradition immémoriale , les regardaient comme originaires de leur pays , et nées avec les premiers Egyptiens. C'est ce qui leur fit peut-être penser que leur pays avait produit les premiers hommes , leur donna l'opinion d'une antiquité fabuleuse, et fit qu'on appela partout les
(1) Josèphe , liv. 1. de son Histoire , ch. h.
(2) Pline , ch. 37. du liv. 7. de son Histoire naturelle.
(3) Sarug , sixième descendant de Sem.
\li) Chap. 24. v. 2 et lu. du Livre de Josué. (5) Tome 1; des Hérésies , liv. 1.
(0) Josèphe , liv. 1. de sou Histoire, chap. 6.
11 CONFÉRENCE DE LA FABLE , etc.
grandes connaissances du commencement dn monde , des astres et de toute la nature , les Sciences des Egyptiens , quoiqu'ils les tinssent des Hébreux : ce qui n'est pas surprenant, puisque les Hébreux, par leur grand séjour dans l'Egypte , furent eux-mêmes appelés Egyptiens , suivant l'opinion commune rapportée par Tacite parmi diverses opinions , qui toutes font la nation des Juifs très-ancienne , et qui conviennent aussi de leur sortie d'Egypte sous la conduite de Moïse.
Diodore de Sicile , enseigne que les Prêtres d'Egypte prétendent s'attribuer l'astronomie, les divinations, les augures , l'interprétation des songes et des prodiges ; mais qu'ils les doivent aux Chaldéens , qui emploient toute leur vie à l'étude de la philosophie , et qui sont si attachés à leurs règles pour leur culte des Dieux, qu'il n'a jamais souffert aucun changement chez eux. (1)
Dans la confusion qui se fit en Egypte des grandes connaissances que l'on avait du Créateur et du commencement du monde , avec les erreurs de l'idolâtrie , celle-ci , favorisée par les inclinations et les habitudes déréglées , s'y fortifia , et acheva de défigurer ce qu'elle avait emprunté du véritable culte ; de là vint cette religion monstrueuse et inconcevable , qui conserva avec les premières connaissances , dont la mémoire ne peut s'éteindre , les faits éclatans des premières Histoires , que l'Egypte voulut s'approprier par les altérations «qu'elle y mêla suivant ses mœurs et ses intérêts.
Comme les premiers pas dans l'erreur conduisent à tous les égaremens , après avoir imaginé de la divinité dans les astres, on se figura qu'il y avait quelques rapports entre eux et les animaux ; et par les espèces de prodiges qui paraissaient dans quelques-uns de ceux-ci, ou par la crainte qu'on en avait , ou pour l'utilité qu'on en recevait , on tomba du culte des astres à celui des bêtes ; ce qui donna lieu à la fausse tradition que les dieux s'étaient autrefois retirés en Egypte sous la forme des animaux. (2) La divinité ainsi prostituée fut attribuée successivement aux hommes puissans et redoutés , et à ceux dont le genre humain avait reçu quelque bienfait considérable. Diodore (5) enseigne encore que ce fut pour engager les Rois à s'attirer la vénération et la reconnaissance de leurs sujets, qu'on se porta à les adorer comme des Dieux. C'était aux vertus qu'on rendait
(1) Diodovc , liv. 2. de sa Bibliothèque historique , n. 21.
(2) Diodore, liv. 1. sec t. 1. et sect. 2. n. 22.
(3) lits de causis /Egyptii non scciis ne si veri essent dii adorare et religiosc colère videnlur. Dioclor. liv, 1. sect. 2.
DISCOURS PHÉmiIN.URE. i3
ces honneurs (0, et non à la divinité des Princes. Enfin on ravala même l'opinion de la divinité jusqu'aux plantes et à toutes les productions de la nature.
Tout étant ainsi confondu , on donna aux astres le nom des hommes et des animaux qu'on avait divinisés. On fit plusieurs dieux d'un même nom ; et sans aucun égard pour la raison , on en forgea de différens temps et de divers pays ; chaque nation suivant ses mœurs et sa vanité.
Ce ne fut que long-temps après le commencement de l'idolâtrie des astres et des animaux , après Abraham , et après Moïse même , qu'on s'avisa de transformer les hommes en Dieux : car quoique Bélus ou Nemrod eût voulu se faire adorer (comme quelques-uns l'ont dit); celte folie d'un conquérant, qui veut que les peuples qu'il subjugue ne croient rien au-dessus de lui , ne paraît pas avoir eu de suite, et n'était qu'une ébauche fort imparfaite de l'idolâtrie qui établit des hommes dans le ciel , et qui leur donna à conduire l'univers.
Aussi Platon (2) enseigne que les premiers Idolâtres , même les premiers Grecs , n'adoraient que les astres , le ciel et la terre , qui étaient encore de son temps les seuls dieux de plusieurs nations barbares.
Hérodote (5) écrit que pendant toute la première partie de la durée fabuleuse que les Egyptiens donnaient à leur pays, on n'y avait jamais représenté ni imaginé aucun Dieu sous une forme humaine. Et Sanchoniathon ( qui avant la guerre de Troie avait écrit l'histoire des Phéniciens et des affaires des Juifs, prise des monumens publics et sacrés non suspects, suivant le rapport d'Eusèbe, suivi parBochard {k) ,) enseigne que ce ne fut que long-temps après que les hommes se furent laissés aller à l'idolâtrie , qu'ils en vinrent à adorer d'autres hommes , et qu'ils leur donnèrent les noms des Dieux naturels , Apollon , Jupiter , Osiris , Cérès et Bacchus. C'est ce qu'on voit aussi dans Diodore (5) qui avait voyagé dans l'Europe et dans l'Asie pour s'instruire de ce qu'il a écrit.
Parmi ces hommes-dieux , les plus anciens furent copiés sur les Patriarches et les hommes illustres de nos saintes Ecritures , qui avaient instruit et civilisé le genre humain , lui avaient fait connaître les choses
(1) Quorum virlutibus isti honores habentur , non immortalibus. Cic. de natur. deor. 1. 3. n. A5.
(2). In Cralylo.
(3) Liv. 2. n. 142.
(4) Ensèbc , liv. 1. ch. 6. de sa Préparation évangélique ; Bochard,' dans son Chanaan , liv. 2. ch. 2 et 17.
(5) Diodore . liv. 1. n. 8.
l4 CONFÉRENCE DE LA. FABLE , etC.
divines , les sciences et les arts les plus nécessaires , et qui avaient opéré des merveilles au-dessus du pouvoir des hommes.
On fit donc entrer dans la Théologie païenne la Nature , les Histoires des divines Ecritures, quelques traits des Histoires profanes , des inventions des poètes et des anciennes traditions défigurées par le temps. Mais ce qui s'est le mieux conservé de ce ramas confus , c'est ce qui regarde les hommes : il avait été pris sur les originaux et les idées de nos saints Livres , qui sont les plus anciens de tous les monumens. C'est aussi ce qu'on y retrouve, sans avoir recours aux explications physiques et aux Histoires profanes.
Les grandes connaissances des premières vérités révélées , des commencemens de l'univers , des mouvemens et de l'ordre des corps célestes, (soit qu'on les recherche dans leur origine chez les Chaldéens , soit qu'on les regarde comme Egyptiennes , ainsi qu'on s'y est accoutumé, et les premiers événemens célèbres qui s'y sont ensuite mêlés , sont égalemens dus aux Juifs , qui en ont instruit tous les autres , et par lesquels elles furent rendues Egyptiennes. Aussi Moïse, appelé Egyptien lui-même (1) , qui les avait apprises par une succession continue de la tradition de ses pères qui les tenaient des premiers hommes , et auquel elles avaient été confirmées par la révélation divine , a précédé de plusieurs siècles les plus anciens des autres écrivains , historiens ou poètes qui en ont fait mention. C'est de lui et des autres écrivains Juifs qui le suivirent , que tous les autres , du commun aveu des savans , ont pris ce qu'ils ont de plus grand et de plus ancien ; ils ont enrichi leurs écrits de ce qu'ils ont pillé dans ces monumens sacrés , qui leur étaient très-connus plusieurs siècles avant la traduction qui en fut faite sous Ptolémôe Philadelphe, et avant les conquêtes d'Alexandre , comme il va être justifié par des faits incontestables.
Ces faits, dont la preuve nous engage à un détail étendu de témoignages , sont établis non-seulement par les meilleurs et les plus anciens de nos auteurs , mais encore par ceux qui sont étrangers à notre religion , et qui en sont même les ennemis. Nous en avons quelquestins encore entiers ; et il nous reste de pluieurs autres des fragmens précieux heureusement conservés par Eusèbe , par Josèphe, et quelques-uns par Photius , dont l'allégation, pour des ouvrages qui étaient publics dans le temps qu'ils les citaient, mérite ( suivant toutes les règles de la critique) la même foi qu'on devrait à ces ouvrages mêmes.
(1) Ch. 2. v. 19. de l'Exode.
Discouns ..phéli:\i:naipuE. i 5
Le même Sanchoniathon ( continue Eusèbe ) avait appris ( comme le dit Philon de Biblos qui a traduit Sanchoniaton de Phénicien en Grec ) ce qu'il raconte du commencement du monde , particulièrement de ce qu'il en avait trouvé écrit par Taautus , le premier de tous les écrivains , appelé par les Egyptiens Thoyik, par les Grecs Hennés (0 , ou Mercure , qui était Joseph on Moïse ; mais les plus récens , dit-il , ne l'ayant pas compris ont voulu appliquer les Fables tirées des premières Histoires , ou à la physique ou à la morale ; ce qui n'a fait qu'obscurcir la vérité par des allégories et des mystères impénétrables.
Cicéron (2) compte plusieurs Mercures , dont l'un était né du Nil, et dont les Egyptiens avaient voulu abolir le nom et la mémoire; l'autre, qui avait gouverné l'Egypte , et lui avait appris les Lettres et douné des lois , était appelé Thoytk par les Egyptiens. Ainsi voilà Thoytk et Taautus , le même que Mercure , et celui-ci Joseph et Moïse confondus ensemble.
Aussi les Prêtres Egyptiens reconnaissaient Hermès , ou Mercure, pour l'auteur de toutes les sciences et de tous les arts , au rapport de Diodore (5) , qui ajoute que Mnevés , illustre et premier législateur des Egyptiens , avait reçu de Mercure les lois qu'il leur donna ; comme Moïse, ajoule-t-il, ( qui est le même que Mercure, ) passe pour avoir reçu du Dieu appelé Iao (4) celles qu'il donna aux Juifs.
Nicolas de Damas (5) , Alexandre Polyhistor, et l'historien Eupolème dans Eusèbe, nous apprennent qu'Abraham dans ses voyages en Egypte avait enseigné plusieurs sciences aux Egyptiens , dont ils n'avaient , dit-il , aucune connaissance avant lui (6) ; qu'il disait les avoir apprises de ses ancêtres par Sem , fils de Noô , qu'il avait vu long-temps , et qui les tenait d'Enoch , qui avait vécu plus de trois siècles avec Adam.
C'étaient ces grandes connaissances divines et humaines , qui furent gravées , dit-on , chez les Egyptiens sur les colonnes de Mercure si vantées , et qui ne contenaient que la doctrine qu'ils avaient reçue , comme nous venons
(1) 'IpfAÎîs. Euseb. Prépar. Evang. 1. 1. c. 9.
(2) Ciccr. liv. 3. de natura deor. n. 56.
(3) Iiepertorem sanè disciplinarum et artium sacerclotcs Hcrmcn , id est Mercurium , memorant. Diodor. 1. 1. n. 8. et sect. '2. n. 35.
(Il) Iao , c'est Jeliova , le vrai Dieu.
(5) Cité par Josèphe et par S. Clément d'Alexandrie.
(6) JEgyptii Abraliamum tanquam grayem et snpieiitem virum admirât i simt; ipse vero Ârithmeticam et Astrologiam eos docuit, uam unie adoenium ejus nikil hdrum rerum sciebant Aigyptii , seci à Cltaldœis in eos , indc inGrœ.os qupque disciplina istec eflluxerunt. lil). 9. c. 10. Euseb. Prœp. Ev.
l6 CONFÉRENCE DE LA FABLE , etC.
de le voir , d'Abraham , de Joseph , et ensuite de Moïse. Ces colonnes passaient pour une copie de celles que , suivant Josèphe, les enfans de Seth , fils d'Adam, avaient bâties , l'une de brique , l'autre de pierre , et sur lesquelles ils avaient gravé les connaissances qu'ils avaient reçues d'Adam leur aïeul , sur le commencement et sur la fin du monde , et celles qu'ils avaient acquises par leur étude et leur application à l'Astronomie , pour en conserver la mémoire dans la postérité. Josèphe (1) raconte que cette colonne de pierre se voyait encore de son temps dans la Syrie.
Apollonius , dit le Rhodien , natif d'Alexandrie en Egypte , parlant des Egyptiens , desquels les Colches étaient descendus , dit qu'ils conservent de hautes colonnes sur lesquelles sont peintes ou gravées les connaissances et les doctrines de leurs ancêtres , avec la description de la mer et de la terre. (2) C'est aussi ce que les Prêtres Egyptiens disaient à Solon : qu'ils conservaient des monumens des plus anciennes connaissances, à l'abri des temps et des accidens (3) ; et dans Pline, Epigenès enseigne que les Babyloniens avaient des observations des astres de sept cent vingt années , gravées sur des colonnes de brique. (4) C'étaient les monumens de ces premiers temps.
C'est le sens elle raisonnement solide de Platon , que pour la connaissance de la création et du commencement de l'univers , il faut croire les plus anciens , qui se disant sortis de ceux que Dieu avait formés , devaient connaître leurs prédécesseurs et leur origine ; et qu'il est juste et nécessaire d'ajouter foi à ce qu'ils en racontent , quand ils n'en rapporteraient pas de preuves , comme ils ne peuvent en avoir. (5) Ce raisonnement est dans toute sa force , lorsque ce qu'ils en ont conté est très-vraisemblable , conforme à la raison, et ne se trouve contredit par aucun écrit ou monument ancien ; ce qui forme un argument dont M. Jacquelot a étalé la force avec éclat par la curieuse recherche des plus anciens monumens de toutes les Nations , recueillis dans ses belles Dissertations sur l'existence de Dieu.
(1) Ch. 2. du liv. 1. de son Histoire.
(2) Isti pietatc viajorum suorum institutas servant columnas , in auibus suntomnes vice et fuies maris et terrœ. Lib. û. Argonautic. v. 279. et 280.
(3) Antiquissimarum rerum apud nos monimenta servant ur. In Timaeo Platonis.
[lx] Ch. 50. du liv. 7. de son Histoire.
(5) Prisçis itaque viris liac in rc credendum. est , qui diis geniti , ut ipsi (licebant , parentes suos optime noverant. Impossibite sanè deorurn filiis fulem non liabcrc , licèt nec necessariis nec verisimilibus rationibus corum ratio confirmetur. In Timaeo Platonis.
De tous ces monumens , de lous les écrits des anciens Auteurs, des faits par eux rapportés, et de leur aveu commun, il sort îles preuves incontestables, et pour l'antiquité des Juifs et de leurs connaissances , et particulièrement pour l'antiquité de Moïse par-dessus tous les autres Ecrivains. On y voit que les Juifs , Moïse et son Histoire étaient connus et estimés des Grecs et des autres Nations , dans les temps les plus reculés , au-delà même de ceux qui sont connus par tous les autres Historiens.
Zoroastre , auquel on a attribué parmi les Chaldéens les premières connaissances de l'astrologie , des commencemens du monde, et de la magie, et qui avait acquis l'Empire des Bactriens (1) , n'était pourtant que du temps de Niuus, par lequel il fut défait, et Ninus était en l'an du monde 2750, (trois siècles après Moïse, qui avait conduit le peuple de Dieu hors de l'Egypte l'an Woô. ) (2)
Diodorc , qui conte ses voyages en Egypte , parle dans le lit. £0.e conservé clans la Bibliothèque de Photius (5) , du séjour des Hébreux dans ce pays - là , de leur sortie, de leur établissement dans la Judée sous la conduite de Moïse , de ses conquêtes et de ses lois. !l dit que lors de celte sortie plusieurs Juifs allèrent s'établir dans la Grèce sous la conduite de Danaùs et de Cadmus , les uns d'abord , et d'autres dans la suite ; ce qu'il avoue avoir pris d'Hecatée, historien Grec, dont plusieurs ont fait mention , lequel avoit écrit vers la 74e Olympiade , l'an £84 avant Jésus-Christ , près de deux siècles avant les conquêtes d'Alexandre.
Le même Diodore (4) rapporte que , suivant quelques traditions fabuleuses des Egyptiens , les Dieux et les Héros régnèrent les premiers dans l'Egypte ; il ajoute ensuite une durée fabuleuse de Rois. Hérodote (5) de même , après avoir raconté une longue suite de ces premiers Rois , dont les Egypiiens ne savent d'autres noms que celui de bons Rois (6) , dit qu'avant ceux-là les Dieux y avaient régné, et qu'ils y habitaient avec les hommes. Ce sont des traditions conservées , mais altérées , des histoires de Moïse , d'Abraham , et de Joseph , auxquels
(1) Justin , au commencement duliv. 1. de son Histoire. ■
(2) Suivant le P. Petau ; et quatre siècles après Moïse , suivant D. Pezron , dans son Antiquité des temps rétablie.
(3) Aul. liv. de sa Bibliothèque Historique , code 2W. pag. 1151. (li) Diodore , liv. 1. sect. 2. n. 3.
(5) Hérodote, liv. 2. n. 143 , 1/tfj.
(6) Tous appelés Piromis , qui en leur langue signifie bons Rois , suivant Hérodote ; mais ce mot signilie simplement un homme une personne.
l8 CONFÉRF.riCE DE LA FABLE , etc.
Dieu parlait et se montrait, et qui passaient pour des hommes divins , dont le dernier gouverna l'Egypte , et y fut adoré après sa mort.
La commune opinion fait régner, après ces Dieux ou demi-Dieux , les Pasteurs dans (1) l'Egypte. Cela est commun dans l'histoire de leurs Dynasties. Or ces Pasteurs sont les Juifs de la race de Jacob et de Joseph , lequel après avoir commandé long- temps dans l'Egypte, y laissa sa famille faisant la profession de pasteurs (2) , comme Jacob le dit lui-même au Roi d'Egypte. Josèphe l'historien (5) le suppose et l'enseigne : « Suivant la sup- » putation de Manethon , ancien Historien Egyptien , dit- » il, de même que suivant celle des, Juifs , ceux qu'on » nommait Pasteurs , c'est-à-dire , nos ancêtres , sorti- » rent d'Egypte trois cent quatre-vingt treize ans avant » que Danaus allât à Argos , quoique les Argiens se van- » tent tant de l'antiquité de ce Prince, qui vivait près » de mille ans avant la guerre de Troie. »
Josèphe rapporte encore de Manethon , que le surnom Hycsos que les Egyptiens donnaient à ces Pasteurs , signifiait en langue Egyptienne Pasteurs captifs, aussi bien que Bois Pasteurs; parce qu'après que la mémoire des biens que Joseph avait faits à l'Egypte durant son gouvernement fut effacée , les Juifs , pasteurs de profession, y furent captifs et esclaves , jusques à ce que Moïse les en délivrât. Il cite du même Manethon , que ce fut ce peuple de Pasteurs captifs qui se retira de l'Egypte dans la Judée , et qui y bâtit Jérusalem.
Tertullien ( telle est l'incertitude de cette ancienne chronologie ) ne donne à Moïse, qu'il fait contemporain d'ïnachus (4) , au-delà duquel les Grecs ne connaissaient rien de plus ancien , que 170 ans d'antiquité sur Danaus , mille ans aussi avant la ruine de Troie ; et il ajoute que nos autres Prophètes , quoique postérieurs à Moïse , sont antérieurs aux plus anciens Sages et Ecrivains de la Grèce. On convient que Danaus était venu d'Egypte dans la Grèce , et il ne se peut qu'il n'y ait porté les connaissances des Egyptiens , qui étaient , depuis plusieurs siècles avant lui , celles des Hébreux. Les Philistins établis dans la Phénicie long-temps avant les Israélites , étaient comme eux venus d'Egypte (5) ;
(1) Bochart , in Chanaan ,1.1. ch. û.
['2) Pastores ovium sumus. Genèse , c. kl.
(3) Liv. 1. ch. 5. de sa Réponse à Apion.
(/i) Taiien, dans son traité contre les Grecs , prouve par les Historiens Clialdéens , Phéniciens et Egyptiens l'antiquité de Moïse avant les plus anciens Auteurs Grecs ou autres , et qu'il était du temps d'ïnachus.
(5) Philistœi ex JEgypio vénérant , et occupaverant partent terrœ Chanaan. Bochart, in Phalcg. lih. 5. cap. 25.
DISCOURS PRELIMINAIRE. ig
ainsi les Phéniciens, même avant Gadmus , étaient in-
truils des mêmes connaissances , et dans leur mélange continuel avec les Grecs, il les leur avaient communiquées, si les Grecs ne les avaient pas eues d'ailleurs.
On ne peut désirer une plus forte preuve de l'estime des Egyptiens pour les Juifs et pour toutes leurs cérémonies , que de voir qu'ils en eussent reçu une aussi extraordinaire et aussi rigoureuse qu'est celle de la circoncision , qui n'avait rien que de rebutant , et dont il n'y avait aucune apparence de raison que pour les Juifs, qui l'avaient pratiquée par un ordre exprès de Dieu (1) , en signe de l'alliance qu'il contractait avec eux , et pour les distinguer des autres nations. On n'en trouve aucune mention avant Abraham , de qui les Egyptiens la tenaient. On croit que c'est à cette marque, que la fille de Pharaon reconnut Moïse exposé pour un enfant hébreu (2) ; et lorsque Dieu ordonna à Josué de faire circoncire tous ceux qui, nés dans le désert, n'avaient pas été circoncis , il lui dit qu'il les délivrait par-là de l'opprobre de l'Egypte. (5) Les habitans delà Palestine disaient tenir la circoncision des Egyptiens (4) ; mais c'est des Israélites établis en Egypte , qui seuls se faisaient circoncire ; ce qui est prouvé par ce que dit Hérodote, que les anciens habitans de la Phénicie qui commerçaient dans toutes les mers , n'avaient point pris cet usage , et que les seuls Israélites dans la Phénicie et dans la Syrie le pratiquaient, comme Josèphe (5) nous l'apprend , et comme Bochard (6) l'a remarqué.
Diodore (7) écrit encore, que le souverain Magistrat des Egyptiens portait une médaille pendue au cou par une chaîne d'or, qui représentait et qu'on appelait ta vérité; ce qui semble être l'imitation d'une semblable médaille que le Grand-Prêtre des Juifs portait également sur- sa poitrine. (8) Elien , dans ses Histoires diverses (9) , atteste le même fait , et ajoute que les Egyptiens se vantaient d'avoir reçu de Mercure leurs lois et leurs usages. Il avait aussi rapporté (10) que les Egyptiens assuraient que Sésostris , un des premiers et le plus grand de leurs Rois , avait reçu du même Mercure les
(1) Chap. 17. v. 10. de la Genèse.
(2), Cb. 2. de l'Exode. .
(3) CI). 5. de Josué , vers. 9.
(l\) Hérodote , liv. 2. 11. 104.
(5) Livre 1. conlrc Apion.
(0) In Chanaan , lib. 1. cap. 49.
(7) Liv. 1. sec t. 2. n. 5 et 2*3.
(8) Levitic. cap. 8. v. 8.
(9) Liv. 14. ch. 34.
(10) Liv. 12. ch. 8.
lO CONFÉRENCE DE LA. FABLE , etc.
belles connaissances et les conseils par lesquels il rendit son gouvernement glorieux. Ce qui est conforme à ce que nous avons vu de Philon , traducteur de Sanchoniatlion.
On lit dans l'Abrégé des histoires de Trogue Pompée par Justin, « Que les Juifs sont originaires de Damas, » capitale de la Syrie ; qu'Abraham et Israël eu avaient » été Rois ; qu'Israël ( qui est Jacob ) devint plus cé- » lôbre par la grandeur de dix enfans qu'il eut , et aux- » quels il partagea ses Etats. Il appela tout le peuple » Juif, du nom de Juda. Le plus jeune de ses enfans » fut , par la jalousie de ses frères , vendu à des mar- » chauds étrangers , qui le conduisirent en Egypte , où » il se rendit habile dans les connaissances du pays , et » s'acquit les bonnes grâces du Roi. Rien n'approchait » de sa sagacité dans l'intelligence des prodiges. Il a » été le premier interprète des songes ; les Lois divi- » nés lui étaient parfaitement connues, et par la pré- » voyance d'une grande stérilité , plusieurs années avant » qu'elle arrivât , il empêcha l'Egypte de périr de faim. » Ses prédictions paraissaient plutôt les réponses d'un » dieu que d'un homme. Un de ses descendans fut Moïse, » qui succéda à ses connaissances et se rendit recom- » mandable. Mais les Egyptiens , par les ordres du Ciel, » chassèrent tout ce peuple ; Moïse leur conducteur en- » leva tous les vases sacrés et les statues des Dieux » des Egyptiens ; ceux-ci, qui les poursuivaient, furent » obligés par les tempêtes à retourner chez eux. Moïse » ayant conduit les Juifs dans leur ancien pays de Syrie, » occupa la montagne de Sinaï , après un jeune de sept » jours dans les déserts de l'Arabie , et il consacra à » perpétuité le septième jour, qu'ils nomment Sabbat. » Il défendit aux siens de s'allier avec les étrangers, » et leur en fit un point de religion. » "Voilà ce que Justin a conservé dans son Abrégé , qui suppose ces narrations bien plus étendues dans l'Historien qu'il abrège.
Dans les fragmens d'Artapan (1) Historien Grec, conservés par saint Clément, par Alexandre Polyhistor, et par Eusôbe (2) , on trouve que Moïse , ainsi appelé par les Juifs , est appelé par les Grecs Musée, de la doctrine duquel Orphée avait pris bien des connaissances , et que les Egyptiens , dit-il , appelèrent Mercure, et honorèrent comme un Dieu. Voilà le Taautus et Hermès , qui fut ensuite confondu avec Joseph. Le nom d'Hermès lui fut donné , ou iXAmram père de Moïse , ou de Tlicrmutis
(1) Qui avait écrit une Histoire des Juirs.
(2) Ch. 27. du liv. 9. de la Préparation Evangclique.
DISCOURS PRELIMINAIRE. Il
fille de Pharaon, -qui l'adopta pour son fils,- suivant l'usage des Grecs , qui conservaient dans leur langue quelque chose des noms anciens des histoires Juives, qu'ils avaient voulu rendre Grecques , comme Solon l'enseigne (1) , et qui , comme l'a remarqué Josèphe (2) , avaient changé ces noms à leur manière pour en rendre la prononciation plus agréable.
Artapan (3) continuant , conte que le Roi d'Egypte ayant pris de la jalousie contre Moïse , l'envoya à la guerre contre les Ethiopiens pour l'y faire périr ; et que pendant la durée de cette guerre , Moïse y bâtit une ville qu'on appela Hermopolis , la Ville de Mercure. ( Voilà toujours Hermès et Mercure qui ne sont que Moïse. ) Il ajoute la sortie des Juifs sous sa conduite, la mer séparée et passée par la vertu de sa Verge, le long voyage des Juifs dans le Désert, et la manne qui pleuvait tous les jours pour leur nourriture.
Megasthenés (4), autre Historien Grec, rapporté par Eusèbe (5) , dit que tout ce que les anciens Grecs ont écrit de la nature avait été écrit par les Juifs long-temps auparavant.
Aristohule , Philosophe Juif , et Numénius Grec (6), célèbre pythagoricien et platonicien , parlent à peu près comme Megasthenés. Ils disent que Pythagore et Platon ont mis en Grec ce qu'ils avaient trouvé dans les écrits de Moïse. Le premier ajoute expressément , que les Livres de Moïse avaient été traduits en Grec , et avant Alexandre , et avant même l'empire des Perses. (7) Et ce mot deNuménius est assez connu , que Platon n'est autre chose que Moïse parlant Grec. (S) Il parle aussi de Janës et de Mambrès ( et il appelle ce dernier Labres ) , magiciens que les Egyptiens opposèrent à Moïse.
Eusèbe et Josèphe allèguent encore d'autres anciens Auteurs Grecs , Egyptiens et Phéniciens , qui portent de pareils témoignages pour l'antiquité de Moïse avant tous les autres Ecrivains. Ce qui est confirmé par ce que Pholius (9) rapporte de Ptolémée Ephestion , et de Hella-
(1) Dans le Critias de Platon.
(2) Liv. 1. ch. 6. de son Histoire.
(3) Dans Eusèbe , au lieu cité.
(4) Qui a écrit sous Seleucus Kicnn cr Roi de Syrie , vers la CXXII.' Olympiade , 594 ans avant Jésus-Christ.
(5) Eusèbe , 1. 9. cb. 3. S. Clément, liv. 1. des Stromatcs.
(0) Dont on n'a que les fragmens conservés par Origènc , Théodoret , £. Clément d'Alexandrie , et Eusèbe.
(7) Mosaïca volumina ante Alexandrum et ante Persarum imper ium traducta [aérant. Aristobulus, in Euseb. Praep. Evanpr. lib. 13. c. 12.
(S) Qttid est aliud Plaio , qu'uni Moses aiticissans. Kumenius , in Euseb. Prrep. Evang. lib. 8. c. 6.
(9) Code 190 et 279. de sa Bibliothèque.
11 CONFÉRENCE DE LA. FABLE , etc.
dius de Bysance , tous deux Historiens Egyptiens , que Moïse, législateur des Hébreux, avait été appelé Alpha, c'est-à-dire, le premier.
Apion , grand ennemi des Juifs, convient (1), comme nous l'avons aussi vu dans Tertuilien , que ce fut du temps d'Inachus premier Roi des Argiens , que les Juifs sortirent d'Egypte sous la conduite de Moïse; et Porphyre , également ennemi des Chrétiens et de tous les écrits qui les favorisent, n'a pu contester cette antiquité.
inachus , avant lequel les Grecs n'ont rien connu de plus ancien , était Phénicien : son nom est de même origine que celui des Phéniciens (2) , chez lesquels le nom d'Jnac ou d'Enac était le plus illustre (3) , d'où les Grecs avaient à leur manière formé le nom de Phéniciens , de Phé-anac , qui veut dire enfans d'Enac , appelés aussi dans l'Ecriture Enachns , ou Enacides. Ainsi ont été formés Inachus , et sa postérité les Inachldes.
Hérodote (4) rapporte, des Historiens Perses, que les Phéniciens venus de la mer rouge dans la Palestine , et qui avaient grand commerce avec l'Egypte, l'Assyrie et la Grèce , enlevèrent Io fille d'Inachus. Ces Phéniciens étaient donc venus de la mer rouge dans la Phénicie , pour le moins du temps d'Inachus.
Bochard (5) remarque aussi que même avant que les Israélites fussent venus d'Egypte dans la Phénicie , le langage des Phéniciens était si semblable à celui des Hébreux , qu'ils s'entendaient sans peine , chacun par-' lant en sa langue; parce que , comme nous avons déjà dit , les Philistins étaient venus d'Egypte occuper une bonne partie de la Phénicie (6) , même avant le temps d'Abraham et d'Isaac , qui firent alliance avec les Rois des Philistins. Les Grecs , aussi bien que les Egyptiens , y étaient mêlés avec les Phéniciens , dont le même Bochard (7) fait voir toute la Grèce remplie. Thucydide (8) nous montre aussi les Grecs mêlés avec les Phéniciens dans la Sicile, où les uns et les autres établirent des colonies et bâtirent des villes.
Lorsque Javan, ou Ion, fils de Japhet , avait occupé la Grèce (9) , il y avait porté sans doute les grandes connaissances de la création du monde et de ses suites , du
(1) Ch. 3. cluliv. 10. d'Eusèbe ; et 1. 1. de Josèphe contre Apion.
(2) Bochart , in Chanaan liv. 1. cap. 1.
(3) Ce nom n'était donné qu'aux Rois ou aux Grands, (i) Au commencement de son premier Livre.
(5) Cochart , in Chanaan , lib. 2. cap. 1.
(i)) Bochart , in Phaleg lib. I\. cap. 25. et 31.
(1) In Chanaan , lib. 1.
(8) Au commencement du liv. 6. de son Histoire.
(3) Bochart , in Phaleg , lib. 3. cap. 1.
DISCOURS PRELIMINAIRE. a 3
culte de Dieu et de l'astronomie , qu'il avait apprises de Noé son aïeul et de Japhet son père , et dont la mémoire ne pouvait s'effacer entièrement. Les descendans de Japhet durent ranimer ces connaissances et ce culte, lorsqu'ils furent confondus avec ceux de Sem, qui les avaient conservées , et qui vinrent s'établir avec eux dans l'Asie , suivant la bénédiction prophétique de Noé sur Japhet. (1)
Psammithicus , Roi d'Egypte , après s'être servi utilement des Grecs , fit une étroite alliance avec eux, leur donna des pays à habiter dans son Royaume : il leur en ouvrit tous '.es ports et toutes les villes , et fit instruire les jeunes Egyptiens avec les Grecs. (2) C'était 670 ans avant Jésus-Christ et plus de trois siècles avant Alexandre. Ils ne pouvaient être plus unis ni se mieux connaître. Amasis , quatrième successeur de Psammithicus (5) continua la même union. Les mêmes Historiens enseignent que les Grecs avaient pris des Egyptiens l'astrologie , les divinations , les noms , le culte des dieux , et leurs lois. (4) Hérodote rapporte même des lois que Solon avait prises des Egyptiens.
Le mariage de Salomon avec la fille du Roi d'Egypte (5) , et son commerce familier et continuel avec le Roi de Tyr , Phénicien , avaient fort lié et mêlé les sujets de ces Princes. Les connaissances des Hébreux avaient aussi passé à ces autres Nations par des Missions des Prophètes chez elles , comme fut celle de Jonas à Ninive ; par les prophéties de Raruch , disciple et secrétaire de Jérémie, dans l'Egypte , et ensuite à Rabylone , où il alla consoler les Juifs captifs , par le séjour de la Tribu de Juda dans la Chaldée , et des dix Tribus durant plus long-temps dans l'Assyrie.
Le mélange des Juifs , de leurs connaissances et de leurs lois avec les Egyptiens et avec les Grecs , est assez établi , non-seulemeut par la conformité de ce que ceuxci en ont conservé , mais encore par les attestations des Historiens. Ceux qui étaient instruits des doctrines des Egyptiens étaient donc instruits des doctrines des Juifs. Ceux qui allaient chercher par de longs voyages de la Grèce en Egypte , et par de longs séjours auprès des Prêtres et des Sages Egyptiens , les grandes et anciennes connaissances, y allaient chercher uniquement les connais-
(1) Dilatet Deus Japhet , et habltet in tentoriis Sem. Gen. cap. 9.
(2) Dioclore , liv. 1. secl. 2. Hérodote . liv. 2. 11. 154.
(3) Sur la fin du mûmc liv. 2.
[!i) Hérodote , dans tout ce Livre second ; et Diodorc , dans son premier Liv. n. 36.
(5) Sept siècles avant Alexandre.
2 4 CONFÉRENCE DE LA. FABLE , etc.
sances des Livres et des Traditions des Juifs. Les Grecs eu avaient quelques restes chez eux , niais ensevelis sous leurs Fables ; et la faible lueur qui en éclatait leur donnait l'empressement d'aller s'en remplir dans l'Egypte comme dans la source.
C'est ce qui faisait reprocher à Solon par les Savans Egyptiens , que les Grecs étaient des enfans dans ces connaissances anciennes (i) ; et nous avons vu que les Egyptiens avouent les tenir de Mercure , ou Moïse , et même d'Abraham, qui les tenaient de leurs ancêtres.
On trouve dans Diodore (2) les noms de ces premiers Sages et de ces célèbres Savans parmi les Grecs qui étaient allés en Egypte pour y apprendre , pendant un séjour d'une bonne partie de leur vie , et ces lois et ces connaissances sans lesquelles ils croient ne rien savoir. » Les Prêtres Egyptiens ( dit cet Historien ) font » voir par leurs registres sacrés , qu'Orphée , Musée , » Mélampe , Dédale , le poète Homère , Lycurgue de » Sparte , Solon Athénien , Pythagore de Samos , Pla- » ton le philosophe , Eudoxe , Démocrite d'Abdère , » OEnopis de Cbio , étaient venus chez eux ; et ils le » prouvent par des monumens qu'ils montrent de tou- » ces personnages , leurs portraits , les lieux elles mais » sons qu'ils avaient habités , et qui portaient encore » leurs noms , ou des ouvrages qu'ils avaient faits , cha- » cun suivant son art. » Ce qui prouve l'estime que ces grands hommes faisaient de ces connaissances des Hébreux , par lesquelles ils se firent admirer dans la Grèce. Strabon (3) et Diogène Laërce attestent l'avoir vu de même.
Or, de ceux-là, Solon florissait avant la 50.e Olympiade ; Pythagore en la 60. c ; Platon , né en la 8S.e , llorissait en la 95. e Les Grecs étaient donc bien curieux et bien remplis des connaissances Egyptiennes et Juives avant le règne d'Alexandre , qui ne commença qu'en la 111.° Olympiade. Aristote confirme cette évaluation , quand il avoue qu'étant en Asie , un Juif Philosophe, qui vint le voir, lui apprit beaucoup plus de choses que ce Juif n'en apprit de lui ; suivant le rapport de Cléarque, disciple d'Aristote. (4) Des preuves aussi fortes que celles qu'on vient de rapporter et en aussi grand
(1) O Solo , Solo ! Puer i semper estis, nec quisquam c.v Grœciâ ssnex , null'i apucl vos à vetustatis commémorât io ne presca opinio , nutla cana scientia. In Timïeo Platonis.
(2) Liv. 1. de sa Bibliothèque, secl. 2. 11. 30.
(3) Liv. 17. de sa Géographie.
(!x) Ckm in maritimis Asiœ locis versaremur , Judcsus Pliilosophiai amore ad nos spontù venit , qui mullà pliira nobis atiulit quant accëpit. Euscbius, lu Prsepàrat. Evaug. lib. 9. cap. 5.
DJSCOURS PRELIMINAIRE. 2D
nombre, ne peuvent être ébranlées par des conjectures de quelque prétendue chronologie Egyptienne , qu'on est obligé de reconnaître très-obscure , singulière et arbitraire, et qui sans preuve ne tend qu'à s'écarter de toutes les autres.
Nos Ecrivains ont donc eu raison de reprocher de tout temps à ceux des Païens d'avoir puisé et pillé dans nos saints Livres. Les Païens , au contraire , se sont plainLs que nos Ecrivains s'écartaient des leurs en tout, et ils sont allés s'instruire auprès des nôtres. C'est ce qu'on voit dans Platon, dans Diodore de Sicile, dans Aristote , et dans les autres rapportés par Josèphe et par Eusèbe.
Parmi les nôtres , tous nos premiers et anciens Ecrivains (1) avec nos habiles modernes , (2) nos Saintes Ecritures même ont fait ce reproche aux Païens, et leur en ont fait voir la justice. Les Juifs persécutés par Antiochus , Roi de Syrie , pour ranimer leur confiance , ouvrirent en présence de Dieu les Livres de leur Loi, dans lesquels , dit l'Histoire sacrée , les Nations avaient fouillé , et sur lesquels elle avaient forgé l'idée et la fausse ressemblance de leurs Idoles , et de leur culte. (3)
Ainsi l'on trouve dans les Fables anciennes des Grecs , des Egyptiens, des autres Peuples Orientaux, et dans toute la Théologie des Païens , les grandes vérités de la vraie Religion, de l'unité d'un Dieu, des attributs divins , de la manière dont il veut être honoré ( non par les sacrifices des bêtes, mais par la pureté du cœur) la création du monde, la providence, l'immortalité de l'ame , ( dont Hérodote (4) attribue la première connaissance aux Egyptiens , ) le jugement des hommes après leur mort , l'embrasement qui finira le monde , les récompenses et les peines de la vie future , le déluge , la guerre des Géans , etc. On trouve dans Platon (5) une belle description de la vie future , et celle du Jugement après la mort , sur lequel on ne peut rien dire de mieux que ce qu'il en a écrit. « La mort, dit-il, n'est pas le » dernier ni le plus grand sujet de crainte pour les » méchans ; ce sont les supplices des enfers , qui tout
(1) S. Justin, S. Clément , Origône , Tertullien, Mtimthis-Ftflix , S. Cyrille, Arnobe , Lactaiice , S. Augustin de la Cité de Dieu, Théodoret , Josèphe , Eusèbe , Pliiîon Juif, S. Alhanase.
(2) M. ïîuet, dans sa Bémonst. Evang. ; Sleuchus , Vossius ,' le P. Thomassin, Bochard , Vives , Grolius, Casaubon , etc.
(3) Expandcruni libros Legis , de quibus sçrutabantur gentes similitudinem simutacrorum suorum. Au c. 3. du L. 1. des Machabées.
(û) JEgyplii primi exstiterunt qui dicerent animant hominis esse immortalem. Hérodote, 1. 2. n. 123.
(5) Sur la lin du Dialogue intitulé Phœdon , et à la fin du Dialogue intitulé Gorsias.
26 CONFÉRENCE DE LA FABLE , etc.
» certains qu'ils sont , ne sont pas capables de les rcte- » nir. (1) » Aussi les plus illustres des anciens Savaus qui ont été regardés comme particulièrement inspirés du Ciel , n'ont paru tels qu'à mesure qu'ils ont été plus instruits de ces grandes vérités par nos saints Livres , et qu'ils en ont rempli leurs ouvrages.
Tertullien s'écriait donc justement contre les Païens , suivant le sentiment universel. « Y a-t-il quelqu'un de » vos Poètes (2) et de vos Philosophes qui n'ait pas puisé » dans nos Prophètes ? Mais , ( comme il dit ensuite , ) » ils en ont composé des Fables à leur fantaisie , aux- » quelles ils ont voulu donner le masque de la vérité , » pour la détruire. »
Sans chercher donc Moïse dans les temps où il n'était pas encore , comme on nous le reproche sans fondement , nous pouvons justement chercher la connaissance de ces temps dans Moïse , de qui tous l'ont prise , et qui est le premier et le seul où on l'ait trouvée. On peut aussi chercher Moïse dans les grands Ecrivains qui lui sont tous postérieurs, et on l'y trouve, avec une bonne partie de l'Ecriture des Juifs. On y trouve les Livres de Moïse , de Josué , des Juges , des Rois , de Job , et bien des choses des autres Livres de cette Ecriture divine.
C'est ce que saint Clément d'Alexandrie exhorte à rechercher, après avoir prouvé que les Auteurs Grecs avaient pris de nos saintes Ecritures , plus anciennes qu'eux , ce qu'ils ont de meilleur et de plus admirable. Il assure qu'avec du soin et de l'application à en suivre les traits , on peut découvrir la vérité des originaux sous les masques dont on les a affublés. (3) En effet la conformité qui subsiste entre ces copies , toutes défigurées qu'elles sont , et ces divins originaux , ne pouvant se rencontrer aussi grande qu'elle l'est , par un pur effet du hasard , doit faire conclure que les Poètes et les Philosophes les ont prises de Moïse et des autres Prophètes qui les ont précédés ; outre que les vérités divines ne peuvent avoir été imaginées par les hommes.
Les sages principes de la morale , les grandes règles de la vie , et les beaux sentimens qui se trouvent dans ces Auteurs Païens , ne sont pas seulement des imi-
(3) Mors non est ultimum , sed extrema mugis sunt inferorum supplicia , quœ licet verissimè narrent ur , averiere tamen improborum animos nequeunt. A la fin du 1. 9. de ses Lois.
(2) Quis Poè'tarum , quis Sopliistarum , qui von omnino de Prophetarum fonte potaverit. Tertùll. dans son Apologétique , n. !xl.\
(3) Tanquam su'j tarais verum vultum studiosù pcrscrutatus , verni' bilur. S. Clément d'Alexandrie, au commencement de son second liv. des Slromates.
imitations , mais des traductions ou des paraphrases de ce qu'ils ont trouvé dans nos divines Ecritures. C'est sur ce modèle surnaturel qu'ils ont parlé de la foi , de la sagesse , de l'espérance, de la charité, de la pénitence , de la continence , de la crainte de Dieu , de l'humilité , et des autres vertus (1) ; et ils en ont parlé avec des idées plus ou moins distinctes, selon qu'ils étaient moins ou plus éloignés des temps de nos Auteurs sacrés , ou qu'ils avaient eu de connaissance de leurs Livres.
Platon , qui trouva presque effacé ou trop enveloppé ce que Pythagore avait apporté des instructions des Hébreux dans la Philosophie, et qui par quelque intelligence de ces mystères comprit qu'ils devaient être puisés dans la source de la vérité , alla chercher clans l'Egypte des Docteurs Juifs , et séjourna long-temps auprès d'eux. Il remplit si fort ses ouvrages ;de philosophie des lumières puisées dans nos saintes Ecritures , qu'ils en passèrent pour divins. On y découvre , en effet , des traits d'une partie de ce qu'elles ont de plus relevé ; avec toutefois cette différence visible qui fait distinguer dans chaque art les meilleures copies des originaux.
Il n'est pas jusques aux conceptions sublimes et aux expressions dont on fait honneur aux grands Auteurs Païens , et qui ont particulièrement fait appeler la Poésie le Langage des Dieux , qu'ils n'aient volées de nos saints Livres, et qu'ils ne doivent à l'élévation de l'esprit de nos Prophètes , aux dépens desquels ils ont été trouvés divins eux-mêmes , par une sublimité à laquelle on jugeait que le génie des hommes ne pouvait parvenir. Ce qui a toujours laissé aux Livres divins cet avantage sur les profanes , que , dans ceux-ci , ces pensées et ces expressions sublimes se trouvent déplacées dans l'application , au lieu que , dans les Originaux sacrés , elles sont justes , et qu'on en voit la raison avec la sublimité.
La lecture des Auteurs Païens en fournit bien des exemples. Ainsi, lorsque Platon, après avoir montré que Dieu seul, par l'excellence de sa nature mérite l'application de notre esprit, ajoute que la création de C homme n'a été qu'an jeu de la Divinité, (2) Cette expression n'estelle pas la copie de celle de Salomon , qui dit que la Sagesse de Dieu ne faisait que se jouer dans la création des hommes et de l'univers (5) ?
C'est de cette imitation, que les premiers Ecrivains du
(1) C'est ce que fait voir saint Clément d'Alexandrie au commencement de son second livre des Stromatcs; et de nos jours le Père Thomassin , dans sa Méthode d'étudier les Poêles.
(2) Uominem Bel Ludo esse fictum. Plalon , au septième livre de ses Lois.
(3) Ltidens in orbe terrarum. Au 8. en. des Provcrb. v. 30 et 31.
a 8 CONFÉRENCE DE LA FAELE , etc.
Paganisme ont pris l'usage de mêler si fort les Dieux dans toutes les entreprises et les actions considérables de leurs héros , que ceux-ci n'ont que l'honneur d'en être les faibles instrumens : les Dieux présens et agissant visiblement y font tout. Homère , Hésiode , Pindare , Orphée, Apollonius Rhodiea , et autres , n'ont pu suivre cet usage, directement opposé à leur dessein tout consacré à leurs héros, que par l'assujettissement à copier le modèle de nos saints Livres , où Dieu est l'auteur et l'ouvrier de tout ce qui se fait de grand , parce que l'esprit des Ecrivains sacrés a été d'y faire l'histoire de la conduite de Dieu sur son peuple , et non de faire l'histoire des hommes en particulier.
Mais ce qui ne laisse point de doute, et qui semble moins connu , c'est que presque toutes les grandes Histoires du Vieux Testament, avec leurs noms et leur économie , se reconnaissent sous leurs déguisemens dans les grandes Fables de la Théologie Païenne. Les traits en sont si marqués , dès qu'on en a trouvé le point de vue , qu'il n'y manque que d'arranger ces traits dispersés , et d'en lever les voiles , pour y voir , sans leur faire de violence essentielle , une bonne partie du corps du Vieux Testament.
Nous devons louer la Providence divine de ce que , parmi les autres moyens de nous confirmer la foi des saintes Ecritures , elle nous a ménagé le témoignage de ses ennemis, qui ne peut être suspect, et nous a donné de quoi nous convaincre que la souveraine Vérité, sans laquelle Dieu n'a jamais pu laisser les hommes , ne peut être chez ceux qui n'ont rien que de postérieur , d'étranger et d'emprunté.
Il a voulu que , d'un côté , les Juifs conservassent fidèlement le dépôt des Ecrits sacrés , à la vue de toute la terre , pour le produire lors même que ce dépôt les convaincrait de leur infidélité et de leur déicide, comme Moïse le leur avait prédit ; et d'un autre côté , que les Gentils , ennemis déclarés du culte de Dieu , conservassent , sans le savoir, et malgré eux, les mêmes preuves, enveloppées et comme cachetées par eux-mêmes dans leurs ouvrages , pour en établir des attestations hors de tout soupçon.
De grands - hommes (0 , et des premiers siècles de l'Eglise et des derniers, n'ont laissé rien à désirer pour la preuve et pour l'éclaircissement des témoignages répandus dans le Vieux Testament en faveur du Nouveau; et ils ont souhaité qu'on put bien mettre dans leur
(1) Ils oat été cités ci-cîevnut.
DISCOURS PHililMmAIRE. 2Q
jour tous les vols que les Auteurs païens ont faits dans ces Livres divins : ils en ont même donné quelques essais , et ils ont exhorté à en continuer et multiplier les d ('couvertes.
Ils ont fait voir dans les écrits des Philosophes et des Poètes les grandes vérités de la Divinité et de la Religion , les maximes de la morale , les sentimens de la vertu et leurs plus suhlimes pensées , puisées dans le Vieux Testament. La conférence des lois Romaines avec celles de Moïse montre clairement qu'elles avaient passé des. Hébreux et des Egyptiens aux Grecs , comme elles furent transportées ensuite des Grecs aux Romains.
A la vérité , le sens des moralités peut être égal dans diflérens esprits; mais les Apologues et les Histoires, d'où les moralités se tirent , ne peuvent être les mômes que par la communication des uns aux autres , par la lecture ou par les traditions qui ont conservé et répandu ce qui a semblé considérable , et qui a paru le premier en chaque espèce. Et si l'on trouve les mêmes Histoires et leurs principaux traits chez les Nations nouvellement découvertes , qui ne paraissent point d'ailleurs avoir eu communication avec le reste de l'Univers, on ne peut s'empêcher de juger qu'en un temps elles doivent avoir eu du commerce avec les autres hommes. « C'est , comme Cicéron l'a remarqué (1) , qu'il ne peut » se faire qu'on s'accordât sur le même fond , et sur » le même genre de choses, et sur les mêmes voies , » s'il n'y avait eu quelqu'un que les autres se fussent » proposé d'imiter et de suivre. ».
Ainsi la conformité des Expressions , des Histoires et des Noms , est sans doute bien plus convaincante que celle des Pensées et des Sentimens ; quoique celle-ci, lorsqu'elle s'étend à un grand nombre de pensées ou de seniimens , fasse une démonstration morale que les derniers les ont pris de ceux qui les ont précédés ; outre que certaines pensées qui sont au-dessus de la nature, doivent être rapportées à ceux qui paraissent les avoir reçues de l'Auteur de la nature.
Mais s'il est difficile que des esprits divers emploient les mêmes expressions , on peut dire qu'il est impossible que, sans quelque communication, ils se rencontrent dans le corps et dans les parties , dans la matière et dans la forme de plusieurs bistoires composées d'une suite d'aventures, et principalement dans les noms qui dépendent de la pure fantaisie ; de sorte qu'une telle conformité dans les Auteurs de la Théologie
(1) Non ïpotuisset accidere ut unum esset omnium genus nisi qliquem sibi proponcrent ad imitandum. Cic. de Oralore , 1. 2. n. 93.
CONFÉRENCE DE LA. FABLE , etc.
fabuleuse avec le Vieux Testament, ne laisse pas lieu de douter qu'ils n'aient puisé dans cette source. Que si quelque trait particulier ne suffisait pas pour donner cette conviction , l'assemblage d'un nombre considérable d'aventures et d'histoires n'y doit laisser aucune difficulté.
La découverte de ces rapports historiques promettrait, autant de satisfaction et d'utilité, qu'on en trouve peu dans les rapports et les allusions allégoriques de morale ou de la nature que les Mythologistes ont cherchés dans les Fables avec assez peu de goût et de succès. On pourrait peut-être même espérer de découvrir comment les diversités qui s'y sont mêlées , ont crû à proportion que ces vols ont passé par plusieurs mains , et qu'ils sont moins défigurés vers le temps où ils ont été premièrement faits.
Les savans , Steuchus (1) Evêque de Kisame , Bochard {■>.) , M. Huet (3) , et le P. Thomassin (4) , ont travaillé , après Eusèbe , aux remarques de quelques rapports séparés et de quelques traits de ressemblance entre les personnages du Vieux Testament , et les dieux ou demi-dieux du Paganisme. Ces rapports ont cependant paru imparfaits et peu convaincans à des gens qui, soit par défaut d'examen , soit par prévention , ont affecté de les ravaler. Ils ont traité de faiblesse dans ces savans hommes d'avoir cru que la Fable et la Théologie idolâtre étaient l'Ecriture altérée , et que la Mythologie des Nations fut originairement tirée des Livres de Moïse. D'après cela ils ont prononcé que , puisque l'Idolâtrie et les Fables Païennes étaient avant Moïse, vouloir attribuer leur origine aux faits merveilleux qu'il rapporte , c'était , comme nous l'avons rapporté ci-dessus , demander Moïse aux temps où il n'était pas encore. Pour appuyer ces observations critiques , ils contestent sans aucune preuve l'antiquité de Moïse ; et donnent pour certain que les Grecs ne commencèrent à bien connaître les Juifs qu'après les conquêtes d'Alexandre.
C'est ce qui m'a encore plus pressé de fouiller et de pousser ces recherches , pour tâcher de découvrir , par cet essai , la ressemblance des aventures, des histoires, de la conduite et de la vie des plus célèbres Personnages de la Fable, avec ceux de nos Saintes Ecritures. J'ai espéré qu'on y trouverait plus de satisfaction , et de quoi se persuader que ces savans hommes avaient raison
(1) Steuchus , vers le milieu du 16" siècle , Bibliothécaire Apostolique , dans sou livre de perenni Philosopliiâ.
(2) Bochard , dans sa Géographie sacrée.
(3) Le Père Thomassin, clans sa Méthode d'étudier les poètes. [h] Terlullirn, contre Marcion , liv. l\. ch. A et 5; et dans sou Traité
des Prescriptions, ch. 29. et suivans.
Discouns rr.KLnnx aire. 3i
d'apercevoir et d'assurer que les Fables du Paganisme n'étaient qu'une copie altérée de la véritable Religion.
On y voit de quelle importance il est de connaître comment Dieu veut que nous l'honorions , par les soins qu'il a pris de ménager et de conserver les preuves de la vérité et de la divinité de ses instructions sur ce sujet.
En faisant voir les Fables et les Religions des Gentils tirées de l'Ecriture Sainte, on établit le droit d'aînesse et l'autorité de la vérité sur le mensonge, des saintes Ecritures sur les inventions des hommes , de la vraie Religion et de la vraie Divinité par-dessus les fausses, qui n'en sont qu'une imitation corrompue. On reconnaît la vérité clans ce qui paraît avoir été le premier, comme l'établissent Tertullien (1) et les autres savans venus après lui.
L'unité sur ce sujet marque encore la divinité de la source; parce que , si ce qui nous paraît premier était de l'invention des hommes , ceux qui les ont suivis auraient pu , comme ces premiers , inventer des choses toutes diverses. Ils n'auraient pas été réduits à recourir à ce fonds unique de toute vérité , et à ne pouvoir dans leurs inventions travailler qu'à l'orner, le copier et le défigurer. Ce fonds a toujours été leur première matière et leur modèle.
Les fictions , pour pouvoir être imaginées et reçues, devaient nécessairement, suivant le raisonnement solide de M. Pascal (2) , trouver l'esprit de l'homme disposé , plié et tourné par la force invincible de la vérité, du même côté que les fictions ont été tournées.
L'autorité des Ecritures divines se confirme aussi, par le même moyen , contre les hérétiques et contre les mauvais critiques ; car les Livres de Moïse , de Job et de Josué , par exemple , se trouvant avec leurs principales circonstances dans les Fables les plus anciennes , la vérité de ces livres avec ces circonstances , est établie contre les chicanes de ces critiques et de ces hérétiques.
Lue autre utilité de ces recherches est de sanctifier nos lectures assez ordinaires (qui sont des fables ou des ouvrages qui y ont rapport , ) et d'apprendre à lire ces sortes de livres sans danger, et même avec édification, puisqu'on peut s'y remplir des vérités , ou de la Pieligion , ou de la morale , par le rapport qu'on y découvre avec ces vérités , plutôt que de contes païens , ridicules et dangereux. C'est le moyen de ne pas se rendre l'esprit païen, comme Tertullien et saint Clémeut d'Alexan-
(2) Tertullien , contre Marcion , liv. [\. en. h et 5 ; et dans son Traité des Prescriptions, ch. 29. et suivans.
(2) Chap. 27. de ses Pensées.
32 CONFERENCE DE LA. FABLE , etc.
drie le craignaient , mais au contraire plus chrétien , en considérant dans ces lectures le Dieu véritable au lieu des démons , la vérité au lieu de l'erreur, et des règles divines au lieu de maximes corrompues.
On apprend encore par-là à prouver la vraie Religion, par ce qui se trouve dans les fausses , en remontant à la source, et faisant voir qu'elles n'en sont que des copies défigurées. Ainsi saint Paul dans l'Aréopage prit occasion de l'Autel qui était dédié au Dieu inconnu (i), pour prouver aux Athéniens la Religion chrétienne.
Cette connaissance justifie la conduite de Dieu à l'égard des Gentils , et fait voir qu'ils sont sans excuse; parce que Dieu ne les a point laissés sans lumière pour connaître la vérité, ( comme Julien le lui reprochait. ) Mais ils ont abandonné ou corrompu ces connaissances , pour suivre , ou la foule du peuple (2) , à laquelle ils n'ont pas eu le zèle de s'opposer, ou leurs passions déréglées, iîs ont substitué des fables , qu'ils connaissaient fables , et dont ils ont abusé le peuple , à la place de la vérité qui se présentait à leur esprit ; ils détenaient , comme dit saint Paul (3) , la vérité de Dieu dans la captivité de l'injustice et du mensonge. « Ce qui les rend » inexcusables ; et ( suivant le même Apôtre) parce » qu'ils ont rejeté la vérité que Dieu leur présentait pour » les sauver , il les a laissés se repaître des ouvrages de » l'erreur , et les a abandonnés au mensonge qu'ils ont » préféré. (4) »
On rend encore par cette voie à l'Esprit divin , qui a dicté les Saintes Ecritures , l'honneur qui lui est dû , et on le ravit aux grands génies du paganisme , qui l'avaient usurpé dans tout ce qu'il y a de plus important et de plus remarquable dans leurs fameux ouvrages , parce que ce ne sont que des vols qu'ils ont faits , et leurs Chefs (5) plus que les autres , dans nos saints Livres. Ils les ont altérés pour se faire les auteurs des choses dont ils n'étaient que des copistes infidèles , n'ayant trouvé ni dans leur fonds , ni partout ailleurs , rien de beau que dans ce fonds divin , auquel ils devaient ce qui les a fait admirer.
C'est là que se trouve cette vérité , dont la conformité ,
(1) Ignoto Deo , quod ergo ignorantes colitis , hoc ego annuntio vobis. Au ch. 17. des Actes des Apôtres.
(2) Socrate , Platon , Xénophon et. Cicéron ont dit que la Religion des Philosophes n'était pas celle du peuple , mais qu'il fallait suivre celle du peuple , quoiqu'on en connût la fausseté.
(0) Au 1. chap. de PEpître aux Romains.
[L\) Eu quôd charilatem virtutis non receperunt ut salei fièrent. Ideo millet Mis Deus operationem erroris , ut credant mendacio. 1. Thess. C. 2. v. 10.
(5) Homère , Pythagorc , Platon.
ou l'imitation peut seule donner du prix aux ouvrages de l'esprit ; c'est par les idées prises de cet Original universel de toutes les belles productions , qu'on peut justifier sûrement et régler exactement ce sentiment confus , qui nous fait trouver que rien n'est beau ni grand que ce qui est vrai. Les Philosophes , les Orateurs , surtout les Orateurs Chrétiens et les Poètes même peuvent compter de donner de la beauté et de la grandeur à leurs ouvrages à proportion du rapport qu'ils leur donnent avec ce modèle, et cette pierre de touche de toute vérité , comme saint Clément d'Alexandrie l'appelle. (0
Ces recherches et ces découvertes pourront paraître étrangers, mais elles ne sont ni nouvelles ni absurdes. J'ai cherché et examiné avec attention ce que je propose ; j'ai tâché de ne pas m'y laisser sur prendre légèrement; je ne me suis arrêté qu'aux rapports de ressemblance qui m'ont paru sensibles dans la conférence des copies avec les originaux , et qui m'ont enfin forcé de me rendre. Je ne sais si l'on trouvera que j'aie partout bien rencontré. J'espère que si quelques traits particuliers et détachés ne paraissent pas très-concluans , on sera néanmoins frappé des rapports qu'ils ont entre eux et de l'ensemble qui en résulte. Quelque autre pourra les rectifier ou y ajouter. Je regarderais comme un fruit précieux de mes recherches le soin qu'on se donnerait de les redresser ou de les étendre.