‹ Conférence de la fable avec l'histoire sainteChapitre 34 sur 63 · XVIII. HERCULE · texte numérisé non relu

XVIII. HERCULE

.Les Poètes , pour former à leur manière un Héros qui fût un prodige de force et de valeur , composèrent leur Hercule sur le fond et sur le modèle de la vérité des Histoires Saintes, qui étaient la source commune où ils puisaient. Ils la défigurèrent parleurs fictions ; et comme par son origine et par ses exploits ce Héros se trouva élevé au-dessus de la nature , il fut mis par ces mômes Poètes , et reçu par les peuples , au rang de leurs Dieux, môme du premier ordre. Ils lui attribuèrent les merveilles de plusieurs illustres Cbefs du Peuple de Dieu, qu'ils trouvaient décrites dans nos Histoires Saintes , plus anciennes que leurs plus anciens ouvrages , ou qu'ils apprenaient parla tradition et parle commerce des Egyptiens et des Phéniciens , fort répandus en divers Pays , et surtout dans la Grèce.

C'est aussi au temps de ces Chefs et du gouvernement des Israélites par les Juges , que les Héros et les grands événemens de la Fable doivent leur origine, et qu'ils sont rapportés par le sentiment commun des Auteurs sacrés et profanes.

Chaque Nation ancienne qui eut des Ecrivains , et qui a laissé des monumens de sa gloire, voulut avoir un Hercule de son Pays, forgé sur ce même modèle. Varroo en comptait plus de quarante. Cieéron (1) en compte six, dont le second est Egyptien , sorti du Nil , un Phénicien , et un Grec, fils de Jupiter, non pas, dit-il, du plus ancien , mais du troisième Jupiter, et d'Alcmène ; et il est en peine de savoir lequel de ces six on honorait à Rome comme un de leurs Dieux.

Hérodote , en son second livre , ne parle que de l'Egyptien et du Grec ; et ce Père de l'Histoire , ( comme Cieéron l'appelle , ) le plus voisin des temps qu'il décrit,

(1) Au liv. 3. de naturâ deorum.

l32 CONFÉRENCE DE LA. FAELE , etc.

nous apprend , tout Grec qu'il est , que la Grèce avait emprunté son Hercule de l'Egypte , et qu'Amphytrion son père et Alcmène sa mère étaient Egyptiens. Ainsi malgré l'affectation des Grecs de faire passer Hercule pour leur compatriote , ils n'ont pu effacer sou origine Egyptienne ou Hébraïque ; car les Grecs et les Phénicens traitaient d'Egyptiens les Israélites établis dans le pays de Cbanaan ou de Pbénicie , dont les ancêtres étaient effectivemens venus d'Egypte, où ils avaient demeuré plusieurs siècles.

Diodore de Sicile parle au long de l'Hercule Grec, et en a ramassé presque tout ce que les Poètes en avaient conté dans leurs différens ouvrages. Plusieurs de ceux qui ont examiné ce fantôme de l'imagination de tant de Poètes , y ont trouvé bien des traits sensibles de Moïse , de Josué , et de quelques autres.

M. Jacquelot , dans son Traité de l'Existence de Dieu (i) , croit que l'Hercule Tyrien , le plus ancien de tous , ( comme dit Arrian , dans son second livre , ) pourrait bien être Josué.

Mais saint Augustin (2) a reconnu que c'était particulièrement d'après Samson , ( à cause de sa force prodigieuse et incomparable ,■) qu'ils avaient forgé leur Hercule , premièrement en Egypte , de là clans la Phénicie ; et qu'enfin les Ecrivains et les Peuples de la Grèce avaient ramassé dans le leur les exploits et les merveilles de tous les autres Hercules.

Il paraît en effet que Samson , Juge des Hébreux , ( à peu près depuis l'an du monde 2867 jusques en 2887 , ) célébré dans le Livre des Juges de l'Ecriture Sainte, et dans le Chapitre 10 du Liv. 5 de l'Histoire des Juifs de Josèphe , est l'original du fond et de l'essentiel de l'Hercule de la Fable ; et quoiqu'on y ait rassemblé bien des traits de Moïse et de Josué , et qu'on y en ait aussi ajouté de l'invention des Poètes , les traits principaux et les plus considérables appartiennent à Samson , et sont marqués par des caractères si particuliers , qu'il est impossible de ne l'y pas reconnaître.

Considérons le nom , la naissance, et la mort si singulières de Samson , ses caractères les plus propres , particulièrement sa force et ses faiblesses , avec quelques-uns de ses plus considérables exploits , et des merveilleux prodiges de son Histoire.

Hérodote, dans son second livre, enseigne que les Grecs ont pris des Egyptiens le nom même de leur Her-

(1) Chap. 12. De la communication que les Nations avaient les unes avec les autres.

(2) Au ch. 19. du liv. 18. de la Cité de Dieu.

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