‹ Conférence de la fable avec l'histoire sainteChapitre 35 sur 63 · Hercule. i · texte numérisé non relu

Hercule. i

cule , qu'ils faisaient fils d'Amphytrion et d'Alcmène , et qu'ils lui en ont donné un de" la même signification qu'avait chez les Egyptiens ou Chananéens, le nom du Héros sur lequel ils "ont copié leur Hercule : ce qui est conforme à la remarque de Platon dans le Critias , rapportée ailleurs.

Le nom de Samson, en Hébreu , veut dire, Soleil, et en Syriaque , subjeelion à quelqu'un , et service. Macrobe nous apprend que le nom d'Hercule ne veut dire que le Soleil (1); car , en Grec, Héraclès , dit-il , c'est la gloire dd'air , ou la clarté du Soleil.

Les Grecs et les Egyptiens ont aussi exactement suivi la signification Syriaque , par la nécessité qu'ils ont imposée à leur Hercule , de la part même des Destins , et par la loi de sa naissance , d'être toute sa vie et dans tous ses exploits soumis à Eurysihée, et d'en dépendre pour tous ses fameux travaux.

11 n'y a qu'à voir la naissance de Samson dans l'Histoire Sainte (2) , et dans l'Histoire des Juifs. (3) Manué, qui était le premier homme de sa tribu , avoir épousé une belle femme qu'il aimait fort ; comme ils demandaient à Dieu des enfans , un jour que celte femme était seule à la campagne , un Ange lui apparut sous la figure d'un beau jeune homme , et lui promit de la part de Dieu un fils d'une force extraordinaire , qui relèverait la gloire de sa Nation , et en humilierait les ennemis. Lorsque son mari vint , elle lui fit part de celte ambassade et de ce discours ; il en prit de la jalousie ; et pour l'en guérir, l'Ange revint lorsque ces deux époux étaient ensemble dans leur maison. Manué le vit de ses yeux, et pour calmer entièrement sa peine et ses soupçons , l'Ange s'éleva à leur vue dans les Cieux, après leur avoir confirmé les promesses qu'il avait faites à la femme , qui devint bientôt grosse , et accoucha de Samson.

La naissance d'Hercule , singulière et prodigieuse dans la Fable, est la même , avec une petite altération prise de l'idée que les Païens avaient de leurs Dieux. Amphylrion , le plus considérable et le Chef des Thébains, avait épousé Alcmène , qu'il aimait éperdument, et n'en avait point encore d' enfans ; Jupiter voulant en faire naître Hercule , se rendit durant la nuit chez Alcmène en l'absence et sous la figure du mari ; au retour

(1) Héraclès quid aliud est nisi lieras , ici est aëris ; Cleos , ici est gloria ; q ace porro alla aèris gloria , nisi Solis illuminât w. Macro)). 1. Satura, c. 20.

(2) Cliap. 11. du Livre dos Juges.

(3) Chap. 10. de l'Histoire de Josèphe.

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d'Amphytrion , elle lui conta qu'elle l'avait déjà vu ; Amphytrion transporté de jalousie et de chagrin contre sa femme , (quelque bonne opinion qu'il eût de sa vertu , ) ne put être apaisé et consolé, que lorsque Jupiter revint pour la justifier, qu'il parut ce qu'il était , et s'éleva dans le Ciel à la vue d'Amphytrion. Ce Dieu l'assura que lui seul avait vu Alcmène, il lui répondit de sa vertu, et lui promit un fils distingué par sa force , et dont la gloire honorerait sa maison et son pays , humilierait leurs ennemis , et serait immortelle.

On peut aussi remarquer dans cette figure de Samsdh , comme Dieu a permis qu'on y conservât les traits de celui dont Samson était lui-même la figure. De saints Personnages (1) ont observé que par ces origines fabuleuses de quelques hommes extraordinaires qui n'avaient aucun homme pour père , comme Hercule , Persée , etc. Dieu a voulu accoutumer et disposer ceux qui avaient reçu ces Fables , à croire la naissance de Jésus-Christ d'une Vierge , sans avoir aucun homme pour son père.

L'Esprit de Dieu, qui fut d'abord dans Samson , lui fit produire dès sa première jeunesse des prodiges de force. Il trouva sur son chemin un jeune Lion furieux qui vint à lui; Samson, sans se détourner et sans aucune arme dans ses mains , déchira ce Lion (2) , comme il aurait déchiré un Agneau. Il prit la résolution de faire tout le mal qu'il pourrait aux Philistins qui accablaient les Israélites sous le joug d'une dure domination (3) ; il en fit de grands carnages; il les affaiblit prodigieusement, et commença à délivrer Israël de leurs mains (4) , comme l'Ange l'avait prédit.

De même la Fable fait faire à Hercule des exploits d'une force prodigieuse ; mais comme elle exagère sans bornes , elle lui fait saisir étant encore enfant , deux Serpens monstrueux qui se jetaient sur lui ; et le premier et plus illustre travail de sa jeunesse fut la défaite d'un Lion affreux dans la forêt de ÎVémée, qu'il abattit et déchira de ses mains , sans le secours d'aucune arme ; il en porta sur lui la dépouille toute sa vie. Il forma et exécuta le dessein de délivrer son Pays de la domination tyrannique des Minyens ; il les vainquit , et mit sa patrie en liberté.

On ne doit pas être surpris que la Fable , qui déguise

(1) Saint Justin martyr, dans son beau Dialogue avec Tryphon Juif, p. 226 et 231 , croit que les Poètes ont pris cette idée de la Prophétie d'Isaïc : Ecce Virgo in utero concipiet , etc. Idipsum, dit-il, serpentent œmulatum esse intelligo.

(2) Chap. lt\. des Juges.

(3) Chap. 20. des Juges.

(4) Vers. 5. du ch. 13. des Juges.

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et qui veut faire des ouvrages de sa façon , altère les autres aventures de Samson , et qu'elle y en ajoute de son invention ; qu'elle lui en attribue de plusieurs autres Chefs , et en applique aussi de Samson à d'autres qu'à. Hercule. Ainsi trouvons-nous dépaysée , niais conservée , l'Histoire des trois cents Renards que Samson prit et lia les uns aux autres par leurs queues , en y attachant des flambeaux allumés , et qu'il poussa ensuite dans les champs des Philistins , au milieu des blés , des vignes, et des oliviers (1) , qui furent entièrement consumés.

C'est l'origine de la cérémonie rapportée par Ovide , dans laquelle , tous les ans , à Rome, on faisait paraître et courir dans le cirque des Renards liés ensemble avec des torches attachées à leurs queues. Cela venait , dit ce Poète , d'un Pays où des Renards attachés dans de la paille et du foin qu'on avait allumés , avaient porté le feu dans les moissons , et les avaient consumées ; de là s'était établi l'usage de faire périr, tous les ans à la vue du Peuple , des Renards , de la même manière qu'ils avaient fait périr les blés de ce Pays. Cette cérémonie avait été transportée à Rome avec les religions et les superstitions de tous les Pays que les Romains avaient subjugués. II ne restait d'autre preuve de cet événement , que cette fête annuelle et une vieille tradition. Voilà ce qu'Ovide en conte , et ce qui attestait la vérité de l'Histoire de Samson. Mais la Fable a aussi mêlé cette aventure de Samson déguisée, parmi celles d'Hercule ; car elle a conté, qu'à la considération d'Omphale, Reine des Méoniens , il prit et lui amena attachés un grand nombre de certains brigands qui ravagaient ses terres , et qu'il brûla toutes leurs vignes. Elle appelle ces brigands , Cercopes , qui veut dire , rusés et malins , et animaux à longue queue , tels que sont les Renards. C'est ainsi qu'on travestit les Renards liés par Samson , avec le dégât des fruits des champs et des vignes. La Fable, dans Ovide (2) , fait métamorphoser ces Cercopes en Singes.

Ensuite la Fable a emprunté en faveur d'Hercule la merveille que Dieu fit en faveur de Josué , lorsqu'il com-

(1) Chap. 15. des Juges.

Car igitur missœjunctis ardent ia tœdis

Terga ferunt vulpes , causa docenda milti est , etc. Quà fugit , incendit vestitos messibus agros ;

Damnosis vires ignibus aura dabat :

Factum abiit , monumenta manent ; nam dicere certam

ISunc quoque lex vulpem Carseolana vetat. Utque luat pœnas genus hoc , Cerealibus ardet ;

Quoque modo segetes perdidit , ipsa périt. Ovide , au t\. liv. des Fastes.

(2) Au \t\. liv. des Métamorphoses.

ï 36 CONFÉRENCE DE LA F AELE , etc.

battait pour les Gabaonites contre les cinq Rois Amorrhéens. (1) Le Ciel fit tomber sur ceux-ci de grosses pierres épaisses comme de la grêle , qui tuèrent tous ceux qui avaient échappé aux Israélites , en plus grand nombre qu'il n'en avait péri par l'épée.

Ainsi, parmi les merveilles de la vie d'Hercule , on a inséré (2) que dans un combat contre les Liguriens , Jupiter lui envoya le secours d'une pluie de cailloux ; et la quantité de ces pierres qu'on voit encore dans la Plaine de Crau (3) en Provence , a donné lieu aux Poètes de regarder cette Plaine comme le théâtre de ce prodige.

La fameuse mâchoire d'âne avec laquelle Samson défit mille Philistins (4) » a été changée en la célèbre massue d'Hercule , avec laquelle il abattit les Géans et défit tant d'autres ennemis contre lesquels il avait à combattre. La ressemblance des noms Grecs peut y avoir donné lieu ; corré veut dire mâchoire , et cormos, massue; le passage d'un de ces noms à l'autre n'a pas été difficile ; et l'on y a été porté par la liberté de la tradition et de la Fable , d'autant qu'il a paru plus convenable d'armer Hercule d'une massue , que d'une mâchoire d'âne.

Mais la Fable à conservé plus clairement la merveille de la fontaine que Dieu fit sortir d'une dent de cette mâchoire (5) pour empêcher Samson de périr de la soif qui le pressait , après la défaite des Philistins.Quand Hercule eut défait le Dragon qui gardait les pommes d'or du jardin des Hespérides , et qu'il se vit en danger de périr de soif dans les ardeurs de la Libye, les Dieux firent sortir une fontaine d'un rocher qu'il frappa de son pied. (G)

Le caractère de la force prodigieuse de Samson était accompagné d'une faiblesse surprenante et continuelle pour les femmes. Ces deux caractères composent son Histoire et régnent également clans toute sa vie. Le dernier l'emporta ; et après l'avoir souvent exposé , il causa enfin sa chute et sa perte.

La Fable n'a pas oublié ce même caractère de faiblesse pour les femmes , dans son Hercule. Il en avait pour toutes celles qui se présentaient ; elle le porta à des bassesses indignes , et après l'avoir précipité en plusieurs occasions dangereuses , elle le fit enfin périr misérablement et dans la fureur.

Samson de qui la force était attachée à ses cheveux (7) ,

(1) Chap. 10 de Josué, v. 11.

(2) Pline , liv. 3. ch. Ix. Pomponius Mêla , de situ orLis , lib. 2. c. 5.

(3) Appelée par les Anciens Campi lapidei. [h] Au ch. 15. des Juges , v. 25 et 16.

(5) Vers. 18 et 19 du môme chap. 15. des Juges.

(6) Apollonius , liv. l\. de ses Argonautes , v. 1440.

(7) Chap. 10. des Juges , v. 19 , 20 et 21. ,

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et qui devait la perdre si on les lui coupait , ayant confié ce secret à Dalila sa maîtresse , elle le trahit , lui coupa les cheveux pendant qu'il dormait, et le mit, dépouillé de toute sa force, entre les mains des Philistins , qui lui ôtèrent la liberté et la vue, et le firent servir comme le plus vil et le plus misérable des esclaves.

La tradition qui met en lambeaux les Histoires anciennes et des pays éloignés, a transporté cette aventure à Nisus roi de Mégare et à Scylla sa fille ; ( Mégare était aussi le nom d'une des femmes d'Hercule, fille de Créon roi de Thèbes ; ) le nom de Scylla est pris du crime et de l'impiété de cette fille de Nisus , du verbe Grec Scyloo , qui veut dire dépouiller avec impiété. La fortune de Nisus était attachée à un cheveu couleur de pourpre ; Scylla ayant pris de la passion pour Minos qui assiégeait Nisus dans sa capitale , trahit son père , lui coupa ce cheveu fatal dans le temps de son sommeil , et le livra entre les mains de son ennemi. Nisus (1) perdit la raison et la vie ; suivant les Fables, il fut changé en oiseau.

Le trait de l'Histoire de Samson , le plus éclatant et le plus singulier (2) , est celui par lequel il finit sa vie : lorsque les Philistins , faisant des sacrifices solennels en l'honneur de leur Dieu, pour lui rendre grâces de leur avoir livré leur redoutable ennemi, le firent amener de la prison pour s'en divertir , Samson pria ceux qui le conduisaient de le laisser s'appuyer, pour prendre quelque repos , sur l'une des deux colonnes qui soutenaient l'édifice , rempli d'une grande multitude de peuple et des Princes des Philistins. Alors ayant invoqué le Seigneur, et ramassant ses forces , qui lui étaient revenues .avec ses cheveux , il prit ces colonnes de ses deux mains , et les ébranla si vigoureusement , que l'édifice tomba sur toute la multitude qui y était assemblée. Samson fit mourir de ce seul coup beaucoup plus de Philistins qu'il n'en avait tué pendant toute sa vie.

La Fable ou la tradition n'avait pu effacer ce trait dans la copie de Srmson , qui est Hercule. Hérodote le rapporte comme une tradition fabuleuse de l'invention des Grecs , et le rejette comme n'ayant point de fondement dans l'Histoire ni dans les mœurs des Egyptiens , chez qui les Grecs contaient qu'elle s'était passée. Ils rapportent, dit cet Historien dans son second livre, qu'Hercule étant entre les mains des Egyptiens , ils l'avaient destiné à être sacrifié à Jupiter; qu'ils l'avaient orné comme une victime , et fait amener avec pompe

(2) Au livre 8 des Métamorphose* d'Ovide.

(1) Chap. 16. des Juges , du vers. 23. jusqu'à la

fin.

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au pied de l'autel ; que s'étant laissé conduire jusques là , et s'y étant reposé un moment pour ramasser ses forces , il avait massacré tous ceux qui étaient assemblés , au nombre de plusieurs milliers , pour être les acteurs ouïes spectateurs delà pompe et du sacrifice.

La ressemblance de ces aventures de Samson et d'Hercule est visible , et fait sentir , à n'en pouvoir douter, que la Fable de l'un a été composée d'après l'Histoire de l'autre. Ce qu'Hérodote y remarque de l'impossibilité de cette dernière aventure , suivant la tradition des Grecs, et de la ridiculité de l'attribuer aux Egyptiens , confirme qu'elle est empruntée , et qu'elle n'est qu'une copie défigurée dont il faut chercher ailleurs l'original.

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