SUJET
But et 'Esprit d'Os tende Centre d'Art
6 Juin 1906
Mesdames, Messieurs,
La saison d'Ostende commence à peine.
Des conférences nombreuses seront données pendant sa durée.
J'ai été prié de les organiser et d'en ouvrir la série. Je le fais très volontiers.
On me l'avait demandé également l'année dernière. Il y eut alors plus de difficultés qu'actuellement à remplir cette mission. Des préventions s'élevaient contre ce fait d'orateurs parlant, fût-ce sur l'Art et ses inspirations désintéressées, au Kursaal d'Ostende! Ostende ville de plaisir! Ostende ville de jeu ! Et il semblait qu'il fût du devoir des hommes « vertueux » de ne pas s'y aventurer; de leur dignité de se tenir à l'écart ;
que celui qui se risquait à y aller pour y faire même de l'esthétisme ne comprenait pas les convenances qui s'imposent quand on est partie d'un monde distingué... et qui se croit intègre. (Sourires.)
J'ai, l'an dernier, pesé ces considérations, je me suis demandé ce qu'il fallait faire. Et je me suis décidé à venir !
Peut-être, à côté d'autres motifs, avais-je été séduit par la grandeur et la beauté du local, de cette salle immense, la Rotonde, dans laquelle il semble que l'on parle comme dans une cathédrale! Un de mes rêves d'orateur avait été d'avoir la parole dans un vaisseau pareil : cela me semblait aussi beau que d'être en chaire.
Je me résignai allègrement à subir les critiques que m'attirait cet acte qui pouvait paraître extraordinaire de la part d'un avocat à la Cour de Cassation,... orné en même temps du sous-titre de Sénateur. (Rires.)
Je fus, heureusement, imité par plusieurs de mes compatriotes.
Aujourd'hui ces hésitations me paraissent étranges, tant il semble naturel d'être ici parmi vous pour nous occuper d'Art. Il y en
eut, l'an passé, qui furent à ce point préoccupés de ce prétendu péril, de cette compromission apparente à laquelle ils croyaient qu'on s'exposait, qu'au dernier moment, après avoir accepté, ils reculèrent et disparurent. C'est invraisemblable et réjouissant! (Rires.)
N'êtes-vous pas d'avis, Mesdames, Messieurs, que c'est la chose la plus simple du monde et la plus utile que de réaliser dans cette ville très adonnée au plaisir, des projets ennoblis par des préoccupations artistiques? Ne pensez-vous pas que celui qui surgit, au milieu de la Mondanité, caractéristique jusqu'ici de cette cité grandiose que j'ai nommée LA CAPITALE D'ÉTÉ DE LA BELGIQUE, pour y introduire ces habitudes plus élevées, accomplit un apostolat méritoire ?
Il est possible que je me trompe. On se trompe souvent, moi autant que les autres, plus, vraisemblablement. Aussi vous dois-je d'indiquer les pensées, les sentiments qui s'agitent en mon esprit au sujet de la campagne que nous poursuivons à quelques-uns, groupe d'esthètes, d'artistes, et à laquelle
nous avons donné pour bannière OSTENDE Centre d'Art.
L'année dernière, nous y avions ajouté un qualificatif qui correspondait à un besoin spécial, nous pour qui le sentiment de la Patrie vit avec intensité dans le cœur. Nous avions dit : Ostende Centre d'Art BELGE. Nous avons supprimé cette épithète, ce n'est plus qu'Ostende Centre d'Art.
L'œuvre s'est amplifiée en devenant moins difficultueuse.
Il est aisé maintenant en Belgique de recruter des hommes qui comprennent les idées que j'exprimais tout à l'heure. Le danger n'est plus de voir des conférenciers se sauver (sourires); il y a plutôt embarras à satisfaire tous ceux qui, chez nous, sollicitent. C'est un encombrement de demandes.
La transformation est grande! Elle est favorable à notre geste hardi, si bien que cette idée de faire d'une ville de désœuvrement et de fête une ville d'Art, a dépassé nos frontières. De l'étranger également on accepte maintenant avec cordialité de venir donner des conférences à Ostende.
De là le nombre considérable de celles-ci, vingt-cinq, au moins, pour cette année, à espacer sur le temps si court de la Saison qui, vous le savez, commence en juin pour finir en septembre. Quatre mois, à peine. Et encore, dans ces quatre mois, un départ — nous y sommes — où il y a peu de monde ; puis une croissance, allant jusqu'au sommet connu, habituel, toujours le même : le i5 août; enfin une descente, fin août, fin septembre.
Ne sera-t-il* pas possible de prolonger « la saison » et de la confondre avec les quatre saisons astronomiques? On verra. A cœur vaillant rien d'impossible !
Il fallait donc commencer tôt, et je commence.
Je me suis demandé quelle matière choisir pour cette inauguration.
Sans doute les sujets ne manquent pas.
Mais il en fallait un approprié aux circonstances. J'ai cru que je ne pouvais faire mieux que de développer, de vous confesser les vues des organisateurs, leurs moyens, leurs désirs, leurs espérances.