‹ Conférence prononcée au Collège de Lévis, le 25 octobre, 1900 [microforme]Chapitre 5 sur 5 · HUE · texte numérisé non relu

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quelle année les bateaux à vapeur ont été introduits en Canada. Sans doute. Mais la relative sévérité de ces examens à pour but de relever le nivean intellectuel du service civil, et, en cela, certes, elle a sa raison d’être.

Eh bien! Il est non seulement désirable, mais il est devenu nécessaire qu'on en fasse autant pour les Jeunes gens qui, parmi nous, veulent entrer dans le monde des affaires. En France, en Angleterre, en Allemagne, il y a longtemps qu'on s’est rendu compte de l’importance d’outiller puissamment les enfants destinés au commerce. Non seulement on veut que ces enfants possèdent à fond les sciences qui se rattachent directement à la profession mme, mais on tient encore à leur donner toute la culture intellectuelle possible. Et il faut croire que, pour parvenir à ce but, l'on y a une grande confiance dans l’efficacité de l'étude du latin et du grec comme gymnastique de l'esprit, puisque la grande partie des fils de manufacturiers et de marchands qui se destinent aujourd'hui à continuer l’œuvre de leurs pères font, à titre de préparation, un cours complet d'études sérieuses et même classiques.

Et c’est ce qui explique le grand nombre d'éminents hommes d'Etat que l’on voit constamment surgir des sphères industrielles etcommerciales, en Angleterre peut-être plus que partout ailleurs.

John Bright était fils de manufacturier et homme d'affaires luimême à Rochdale ; ce qui ne l’empêcha pas de devenir l’un des hommes d'Etat les plus illustres que l'Angleterre ait jamais produits. Certes, ce n’est pas son seul titre d'homme d’affaires qui lui valut cet honneur, mais son ins-

truction, son savoir, ce merveilleux développement que son esprit avait acquis par des études sérieuses et étendues.

Richard Cobden, le père du libreéchange en Angleterre, était un simple marchand dans Moseley street à Manchester. Comme :il avait été préparé au commerce au moyen d'un cours d’études solides, il eut A de pouvoir exposer nettement et avec succès, devant le parlement du Royaume-Uni, ce qui jusque là n'avait été regardé que comme une utopie et un nonsens.

Sir John Morley, qui, il y à quelques années, a occupé des positions si importantes dans divers cabinets ministériels de la métropole, était, à l’époque même où je voyageais en Europe,un négociant en Nouveautés à Londres. fju’est-ce qai lui valut cette distinction ? Assurément pas

son seul caractère de marchand heureux en affaires, non; mais

son instruction et son savoir, à lui aussi.

Le Très Honorable W. H. Smith, un autre. politicien de l'Empire, est le fils d’un marchand de journaux et marchand de journaux lui-même, Et l’on sait le rôle important qu'il a joué dans la politique de son pays durant ces dernières années.

Je ne donne ces noms que de mémoire ; mais si l’on consultait les annales de ces choses-là, combien de personnages illustres ne trouverait-on pas qui furent recrutés dans les rangs du commerce et de l'industrie pour remplir les charges les plus élevées dans les gouvernements! Avant d'embrasser la carrière du commerce, ils avaient appris tout ce qu'il faut savoir pour âtre ce qui s'appelle des hkrmmes éclairés, soit dans les sciences, soit dans les lettres: ce qui leur permit

plus tard de faire profiter leur pays | de leur expérience et de leurs lu-} mières,

Je sais qu'en parlant comme je le fais, j'émets une idée nouvelle, bien différente de celle que l’on a généralement en Canada à propos de!

l'instruction dite commerciale. A l'heure qu'il est, surtout, on est for-tement en faveur de ce que l’on appelle “ l'enseignement pratique.” Je lisais dernièrement dans un journal de Montréal : “ La pratique | a toujours été et sera toujours indispensable aux jeunes gens qui veulent se livrer au commerce. ?

Très bien! Mais aurait-on l’obligeance de m'expliquer ce que c'est que “la pratique du commerce ? ?

J'ai toujours compris, moi, que la pratique du commerce, c'est le commerce lui-même. C’est l'étude incessante d'événements qui se succèdent avec une incroyable rapidité et une désespérante diversité d’effets bons ou mauvais.

“Un entraînement pratique dans les affaires,” disait récemment un professeur de l’Université MeGüill, “est indispensable, mais ce n'est Das auRAnt, Lun bee

“ Les principes d’ affstios sont trop souvent de simples règles basées sur une expérience limitée,

adaptées automatiquement, et ne donnant aucune idée des lois du

monde industriel et aucun moyen de changer avec les temps qui changent eux-mêmes............

“ Le monde des affaires est sujet à des variations constantes et l'homme d’affaires qui, d’une façon ou d’une autre, ne sait pas prévoir ces changements et s'y conformer est sûr d'arriver à la ruine et d'être mis à part comme impropre à la vie active.

“ Par le fait de cette faculté de

prévisicn et d’assimilation, l'étude de l’économie politique devient très importante au temps où nous vivons. Ce n'est pas autre chose que l'étude scientifique de notre sphère industrielle, l'observation et la classification des faits la constatation des lois, la déduction de théories, de leurs conséquences et l'épreuve des résultats.

“ C'est une étude des plus intéressantes et des plus profitables pour les hommes d’affaires, pour les courtiers, les manufacturiers, les banquiers, les avocats et les Journalistes, eb aussi pour tous ceux qui ont déjà contribué au progrès des sciences ”?

Oh, oh ! mais voilà quelque chose de sérieux ! Examen scientifique de notre sphère industrielle, observation et classification de faits, constatation des lois, déduction de théories : tout cela, paraïit-il, est indispensuble dans le monde des affaires, qu'on y figure comme courtier, banquier, ministre des finauces, avocat, journaliste ou mar chand.

Cette étude semble assez compliquée et demander une assez complète préparation de l'esprit pour pouvoir s'y implanter avec quelque chance de profit Comment devra s'y prendre, pour l’aborder, le jeune homme, ou même le marchand, sans instruction ni autre préparation que ses Pudrie nts RARE

AP Aron ob citation !

‘“ Cependant l'homme d'affaires chercherait en vain dans les livres d'économie politique les données précises sur la conduite de son commerce, ou des règles définies pour arriver au succès. C’est en vain qu'il s'adressera au professeur d'économie politique pour en obtenir des maximes ou des dictées ou

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quelque chose d’approchant, L'œuvre de l’économiste consiste à rechercher et à enseigner les principes d'une science et non pas les règles d'un art. Il n'a pas la compétence pour diriger les affaires des gens du commerce et ce serait présomption de sa part d'essayer de le faire. Les hommes doivent euxmêmes appliquer les principes.

L'étude de l'économie politique fournit des principes certains, des vues larges, un esprit d'examen clair et permet aux gens du commerce et de l'industrie de faire des préceptes les déductions et applications qui leur conviennent à chacun en particulier.”

C'est cela. La commerce ” est une science qui ne saurait s'acquérir complètement dans les écoles, quelles qu’elles soient, où la direction est donnée par des personnes qui, naturellement, ont dû abandonner cette même “ pratique ”... pour devenir professeurs. Il en reste donc nécessairement la très grande partie qui ne peut s'acauérir que dans le bureau d'affaires, dans le magasin.

Or, dans le bureau d’ affaires, dans le magasin, l'enfant qui aura été préparé par des études solides, le

“pratique du

jeune homme dont l'intelligence

aura été développée—que ce soit à l'aide du latin, du grec ou du sanscrit, peu importe !—se fera vite à cette pratique et il en saisira les détails plus sûrement que si, dans ses années de collège, il n’a été que dégrossi. La Pratique dans le commerce, c'est comme la Procédure dans l'étude du Droit, la Clinique dans la Médecine. Avant de l’aborder, il faut déjà savoir beaucoup ; on doit avoir ue la préparation possible afin d'en faciliter le travail et en retirer tous les avantages.

On objectera que, s'il fallait préparer les enfants au commerce avec jautant de soin que pour les faire admettre à l'étude du Droit ou de la Médecine, ce serait un retard considérable pour leur entrée en place et une pele de temps pour leur avancement. L'objection est futile. Comment pourrait-il y avoir perte de temps, puisque les jeunes commis, ainsi instruits d'avance, feraient en un an des progrès que, sans cette préparation, ils ne pourraïent faire en moins de trois ou quatre ans, sans en compter d'autres qu'ils ne seraient jamais capables d'accomplir 2...

Ai-je réussi, messieurs, à expliquer mon idée? Je l'espère, du moins. En tout cas, j'ai cherché à faire comprendre que le commerce est une carrière très importante à laquelle on ne saurait se préparer avec trop de soin, et qu'il est temps aussi que l’on songe à faire taire les préjugés à la monsieur Jourdain qui tendent à en défigurer le caractère. N'ayons pas honte d'embrasser cette carrière! Le président Félix Faure, lui, ne rougissait pas d’avoir été un industriel, pour la raison que, en France, la qualité d'industriel ou de commerçant n’exclut pas la culture des choses de l'esprit.

Oh, non; Félix Faure, rendu à la plus haute position qui puisse s’atteindre son pays, n'avait pas honte €: Acttre qu'il s'était autrefois occupé de la préparation des peaux et des cuirs.

Un jour qu'il était aux grandes courses de Longchamp, entouré de ses ministres et d’un grand nombre de hauts personna ages un photographe l'approche, son kodak sous

le bras

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—M. le Président, dit-il, voulezvous me permettre de prendre un “instantané” de votre personne ?

—Volontiers, lui répond Félix Faure, et avec d'autant plus de plaisir que j'ai été moi-même “un instant tanneur ”

Comm: bien d’autres, j'ai horreur des jeux de mots: mais celui-là est superbe et je l'admire.

Et puis, une dernière observation.

Nous n'en sommes plus au temps où chaque père de famille choisissait d'abord une profession pour son fils; après quoi il lui faisait donner juste le degré d'instruction que, selon lui, réclamait l'emploi.

Aujourd'hui il faut à tout prix | commencer par faire instruire l’enfant et le faire bien instruire ; puis, quand son jugement a été formé, que son intelligence a acquis son entier développement, c’est luimême, l'enfant, qui doit faire le choix de sa carrière: choix qui ne saurait l’embarrasser, d’ailleurs, puisque, avec l’aide de son instruction, il est sûr de pouvoir mettre à profit tout ce que le ciel lui a donné d'intelligence. Il ne saurait y avoir pour lui d'indécision, de tâtonnements; il est prêt à tout et son propre jugement, éclairé par des études sérieuses, le conduira sûrement dans la voie qui convient au caractère de son talent.

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bles vocations! Autant de moins d'embarras pour les bons parents, de ces inquiétudes comme en eut un jour, dit-on, un père au sujet de son fils! On rapporte que, pour arriver à découvrir quelle pouvait bien être la vocation de l’enfant, il s'était avisé de l'enfermer dans une chambre avec une bible, une pomme et une pièce d'argent d’un écu.

Il s'était dit : Quand, au bout d'un certain temps, j'ouvrirai la porte, si je trouve l'enfant à feuilleter la bible, ce sera un signe évident qu'il est destiné à devenir un ministre des autels. Sije le prends à jouer avec la pomme, je devrai en faire un agriculteur. Et, enfin, si c'est avec la | pièce d'argent qu'il s'amuse, cela indiquera clairement que je dois faire de lui un financier.

L'épreuve réussit, mais pas dans le sens que le père s’y attendait.

Au bout d'une demi-heure, ayant ouvert la porte, il vit que l'enfant était assis sur la bible, qu'il avait mangé la pomme et qu'il avait mis l'écu dans sa poche.

Jour de ma vie ! s'écria le papa, ais être obligé d'en faire un politicien.

Et avec cette petite histoire, messieurs, je vous quitte,en vous remerciant de votre bienveillante attention.

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