‹ Conférence sur Chénier [microforme]Chapitre 10 sur 11 · L. O. Dawn · texte numérisé non relu

L. O. Dawn

Mais laissez-moi vous donner quelques extraits du discours du Dr. Marcil :

‘4 Messieurs, dit-il :

“ Je ne suis pas venu pour vous faire un discours et je ne veux pas FA

‘* Pourquoi ?

‘ C'est que j'ai laissé là-bas, chez moi, les cendres d'un homme dont le nom est un talisman, les reliques de Chénier,

: Silencieusement, j'avais obrenu la permission des .utorités civiles et ecclésiastiques d'exhumer les restes de ce héros, je les avais déposés dans une urne et je devais vous les apporter lorsqu'hier midi, j'ai reçu une lettre de l’évêché révoquant l'autorisation qu'il m'avait don- . née.

‘ Attendons patiemment et dignement, et avant longtemps cette affaire-là sera éclairée.’

‘* Toutefois les cendres de ce pauvre Chénier ne sont pas perdues. Je les ai chez moi, sous clef et pour me les ravir, il faudrait passer sur mon cadavre.

4 Cet ardent patriote, dit-il, est tombé en se battant, il a reçu une balle en pleine poitrine et non dans le dos. On a insinué quelque part qu’il a voulu se sauver, mais Gagnon, l'ours blanc était là et il a vu Chénier qui tirait toujours et qui a rendu le dernier soupir en lançant une dernière balle à l'ennemi.

‘“ Il est mort pour la liberté.

“ Ce sont les cendres de cet homme qué je voulais apporter.”

Puis l'immense vague humaine se retira du cimetière dela Côte-des- Neiges, emportant avec elle une foule variée de souvenirs impérissables. 5

Le soufflet public infligé à la mémoire du héros de St-Eustac'e, froissa les sentiments intimes des patriotes du pays.

L'idée d'élever un monument à Chénier s'imposa dès lors, ce fut en octobie, 1893, que l’idée fut lancée dans le public et grâce au travail de feu Honoré Mercier, un patriote sincère comme vous savez, va comité fut formé à cet fin. ‘Il comprenait des hommes distingués, n :n doutez pas, voici des noms: L’hon. Dr. Marcil, l'hon. Honoré Mercier, Louis Fréchette, T'. A. Lépine, M.P., Dr. J. Beausoleil, Lucien Forget, J. A. Viger, J. O. Pelland, L. P. aicrard, R, Préfontaine, M.P., A. Caion, H. A. A. Brault, L. J. Lamontagne, P. E. Paquette, P. M. Sauvalle, Chas. Marcil, H. Cadieux, Gonz. Desaulniers, G. A. Dumont, Joseph Fortier, Horace Boisseau, Octave Lemay, A. Carmel, J. Lefebvre, A. Filiatrault et F. L. Béique, C.R., et après deux ans de travail, ce comité avait réussi dans son entreprise. Les souscriptions avaient été abondantes, le Conseil-de-Ville avait accordé l'octroi d’un terrain pour le monument, le gouvernement fédéral avait fait remise des droits de douane et le monument était prêt. k

Dans notre société, il y a toujours eu et il y aura toujours une foule de personnes chez qui rayonne vive et ardente la flamme du patriotisme, le 24 août en a donné une preuve éclatante.

En d'une température marssade, affreuse presque, malgré des appels aux préjugés et au fanatisme, trois mille personnes au moins se sont rendues à l'inauguration du monument élevé à la mémoire de ce héros tombé au champ d'honneur en combattant pour la

L'honorable Dr. Marcil fit tomber les voiles qui enveloppaient la statue,

Autour du monument, à l'ouest du Jardin Viger, les membres du Comité et les invités, chapeau bas, en arrière la foule haletante ne pouvant traduire l'émotion qui l'étreignait que par des hour,ahs enthousiastes.

Il y avait là l'âme de la Patrie animant ses enfants.

Et cette évocation enthousiaste de cette grande figure disparue, cet homme suprême rendu à celui dont le nom à été trop longtemps Conspué, à celui qui fut le martyr de la plus sainte des causes, n’estelle pas une réponse publique et solennelle aux détracteurs de la mémoire du héros de St-Eustache.

Vu l'inclémence de la température, les orateurs durenc se rendre au Monument National,

A tres heures, tous les sièges de la vaste salle étaient occupés. On remarquait un grand nombre de dames et de citoyens influents, ce fut un rendez-vous de toutes les classes de la société.

Les orateurs prirent place sur l'estrade : L'hon. Dr. Marcil présidait, ayant à ses côtés, M. Edgar, M.P., les Hons. MM. Marchand et Robidoux, M. L. J. A. Papineau, !° fils du grand tribun, Alfred Perry qui combattait avec les volontaires à S Eustache, L. P. Brodeur, M.P., Adolphe Roy, les docteurs J. A. Duchesneau, T. Brosseau et Ernest Roy, MM. J. O. Pelland, Paquette, Carmel, Dr. Savard, L. O. David, Alphonse Christin, Rodolphe Lemieux et plusieurs autres,

La solennité et le caractère particulier de la circonstance, donnèrent une nouvelle envergure à l’éloquence du président, avec des paroles de feu il énuméra les Principales causés qui poussérent le peuple à prendre le pouvoir à main armée. « Si Chénier,” dit-il, ‘‘succombe sur le champ de bataille, il triomphe dans le domaine ‘* politique, la poésie le chante par la voix de deux de ses enfants ‘{ favoris, Fréchette et Lemay, et ceux qui l'ont tué sont obligés : d'accorder les libertés pour lesquelles il combattait.’” ;

Après avoir remercier tous ceux qui de loin ou de près avaient contribué au succès de l'apothéose, il me- ‘‘nna en particulier le nom de M. Hérard, le Secrétaire-Trésorier, . a tant sacrifié pour mener l'entreprise à bonne fin.

nn ne

Le député d'Ontario Ouest, M. Edgar, aujourd’hui Orateur des ommMunes, nQus rappela qu’en 1893, il avait eu l'honneur d’être invité à dévoiler un monument élevé à Lount et à M été pendus comme rebelles en 1838 et qui sont hon Martyrs aujourd'hui : « Cela ne me Jonne:t-

‘t C'était pour le Canada, que de Salaberry se battait en 18r2, c'était pour le Canada que tous les patriotes mouraient en 1837, et le Canada d'aujourd'hui n'est-il Pas un pays assez grand Pour qu'on lutte ou que l’on meure Pour lui?’

L'hon. M. Marchan

ssance par des vacité du sou-

essieurs, leur œuvre n'a pas été celle ses résultats ont bénéficié à Ja nation entière.”

‘* Honneur donc, à leur mémoire !

“* Honneur à Chénier, le brave des braves ! ”

M. L. P. Brodeur, constate un fait im les yeux de nos chouayiens

Et aujourd'hui, le monument Chénier se dresse glorieux et imposant sur l’une de nos plus belles places publiques de la Métropole du Canada, et nous éprouvons, en le saluant, la satisfaction du devoir accompli, elle proclame hautement le droit qu'ont les patriotes d'honorer leurs gloires nationales.

Chénier en tombant au Champ d'honneur a illustré la race qu’il défendait, a incarné l'idée ‘nçaice, l'orgueil vatriotique et l’âme nationale,

Et je me surprends di ant toutes ces -A0ses sous les auspices du Club Chénier, autre inve; io, de mes cc Apatriotes Pour perpétuer la mémoire du héros de St-Enst:che.

J'en suis ravi !

Et me voilà rendu à la fin de ma conférence,

À genoux au pied du monument de Chénier, je dis avec l'historien :

Nous avons la liberté de parler notre langue maternelle partout et quand bon nous semble, nous la parlons dans nos assemblées publiques, dans nos Cours de Justice, et dans nos Chambres d'Assemblée Législative Aujourd’hui les hauts fonctionnaires de l'Etat, les représentants de Sa Majesté se font un honneur et un devoir de parler notre langue devenue officielle à Québec et Ottawa.

Nos juges sont familiers avec nos lois civiles, nos mœurs et nos usages,

grité. Aujourd’hui, nous choisissons nos juges parmi les membies de notre barreau, ils n’ont point la liberté comme ceux d’autrefois de prendre part aux luttes politiques, mais recevant un salaire élevé, ils jouissent de l'indépendance nécessaire à l'exercice de leurs fonctions importantes,

L'exécutif, les ministres fédéraux et provinciaux ne peuvent plns se moquer du peuple dont 1ls dépendent directement par le vote, ce rempart solide érigé pour la Sauvegarde de nos intérêts Sénéraux les plus chers, nous avons enfin le contrôle des subsides, et le pouvoir d’en disposer à notre gré.

À qui devons-nous la jouissance paisible de tous ces avantages dont nos pères furent impitoyablement privés pendant 34 de siècle ? À cette poignée de hardis patriotes qui, derrière Je drapeau tricolore, osèrent défier la Grande Bretagne, à ces braves qui s’enrégimentérent sous la bannière de nos droits et de nos libertés, nous la devons au sang des braves de St-Charles, St-Denis et de St-Eustache. Nous la devons à ton sang, immortel Chénier, toi, qui ne pensa jamais que {On pays était trop jeune Pour prendre part au banquet de la liberté ! Tu as pris les armes, tu as bien fait, puisque les griefs dont se plaignaient les patriotes ont été redressés ; puisque l'injustice a été supprimée ; puisque la législature est devenue souveraine ; puisque les

Canadiens-Français sont maîtres chez eux ; enfin, puisque la rébellion a porté des fruits précieux.

Et ton souvenir, planant audessus des atteintes de l’anathème occupera la première place dans le cœur de la postérité, légataire universelle des libertés politiques et nationales, prix de ton sang, immortel martyr de St-Eustache, et que ton ombre veille au salut de notre commune Patrie ! ! !

Préside G.E, Roy, MD.

MM. WiLrrip PA

€ CH, PiLorre, F. X, CaRon,

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