‹ Conférence sur Chénier [microforme]Chapitre 7 sur 11 · BLESSÉS MORTELLEMENT · texte numérisé non relu

BLESSÉS MORTELLEMENT

Siméon Rousselle, blessé dans le haut de la poitrine et l’épaule, quitte St-Eustache le 18 décembre, Prisonnier dans le hangar de Féré Sous la garde de soldats, au froid, les mains attachées derrière Je dos, a Saigné toute Ja journée, Est moit 13 jours après le feu, au milieu de douleurs atroces.

Eustache Raymond, est venu mourir à Ja Côte St-Jean, aujourd’hui Ste-Moiique.

‘La plupart de ces braves Patriotes n'étaient €nCore qu’au seuil de la vie réelle, ils étaient au moment où celle-ci se montre la plus souriante, Tous n'avaient connu et ne fréquentaient que deux routes,

Pour les loyaux d'alors, les Patriotes de 37 ne furent que des ignorants, des objections, des ténèbres, que des êtres vils et dangereux, qu’une pâte humaine noircie Par le mal,

Eh bien ! dix-sept braves sont encore là, à St-Eustache et à Ste-

qui meurent dans l'ignominie. Dans ce lieu lugubre Pousse, grandit, mûrit et périt tous les ans une Végétation par le temps, pour indiquer AUX passants l’endroit OCCupé par les restes de ces dix-sept héros qui

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l’un a dominé par la richesse ou la ruse, l'autre s’est illustré par le plus grand des sacrifices, celui de sa vie.

En refusant la sépulture religieuse à ces rédempteurs de nos libertés on n’a pas vouiu comprendre que le sang de ces patriotes a dissous en quelques heures, cinquante ans de persécution, cinquante ans d’oppression systématique et forcé ros ennemis à respecter les traités, pour des motifs que l’histoire appréciera avec la justice, la fermeté et la naïveté, qui doit la distinguer. <

Cependant, qu'arriva:t il ? On signa une requête demandant au gouvernement, que les chefs des patriotes fussent jugés devant une cour martiale plutôt que devant les tribunaux ordinaires.

Et qu'est-ce que c'était que la cour martiale proclamée le 4 novembre 1837, et constitué le 27 du même mois, après la suspension de la constitution qui régissait le pays ?

‘4 La Cour maitiale, nous dit M. David, était présidée par le major général Clitherow, et se composait de quinze des principaux officiers des régiments anglais venus dans le pays pour combattre l'insurrection. Il y avait parmi eux des jeunes gens peu en état d’apprécier la gravité de leurs devoirs et la responsabilité de leur position. Leur conduite pendant les procès, leur attitude insolente ou ironique et leurs cruelles plaisanteries montrèrent qu’ils n'avaient pas plus de cœur que d'intelligence. On assure que plusieurs s’amusaient à faire au crayon sur des morceaux de papier qu’ils se passaient en riant, des échafauds où l’on voyait suspendus par dés cordes, les malheureux qui subissaient leur procès devant eux.”

Voilà la Cour de Justice demandée par la requête dont j'ai parlé plus haut. Cour, assise sur l’iniquité et l'illégalité, qui fut la cause de la ruine, de l'emprisonnement et de l'exil de nos compatriotes, et qui fit monter à l’échafaud, un per un les douze martyrs de nos libertés politiques, nationales et religic uses.

En vertu de quel principe nos gens furent-ïs alors privés des bienfaits de “ L'Habeas Corpus” cette forteresse inébranlable de nos li. bertés personnelles ?

Nos annales politiques et religieuses d'alors furent maculées et la tache passera à la postérité, par ceux qui demandérent et obtinrent la Cour martiale pour ruiner, exiler et étrangler leurs compatriotes.

On alla même, un an après leur martyre, jusqu’à accoler l’épithète de bandit aux noms illustres de nos Rédempteurs, de ceux, qui, lassés de l'insuffisance des moyens constitutionnels résistérent, purement et courageusement à l’oligarchie et se sacrifièrent noblement à la cause de notre délivrance commune, :

Mais jetons un voile sur cette triste page, elle est écrite en caractère de sang et passons outre.

Ils n'étaient pas si coupables les patriotes de ’37, puisque M. Hol-

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Russell dans ses huit propositions «ai furent dénoncées par Lord Brougham dans un iangage qui aurait dû faire impression sur les députés de l'opposition? De prendre au Bas-Canada, par la force du sabre, l'argent que la Législature. refusait de donner, pour l'appliquer au besoin d’une autre province! Je dirai à ces honorables et loyaux gentilhommes qui se sont si fortement offensés l'autre jour quand on les appela rebelles, que je les appelle rebelles, moi-même aussi et qu’ils ne doivent pas s'attendre à avoir d'excuses de ma part.”

Lord Brougham l’un des plus puissants orateurs et un des plus grands hommes d'état du temps de Georges III, dit un jour au parlement d'Angleterre :

‘ On blâme avec véhémence les Canadiens, mais quel est le pays, le peuple qui leur a donné l'exemple de J'insurrection ? Vous vous récriez contre leur rébellion, quoique vous ayez pris leur argent sans leur agrément et anéanti les droits que vous vous faisiez un mérite de leur avnir accordés … sensos ee eee sonnonee novont socee oooes vos enoee

“ Vous énumérez leurs avantages, ils ne payent pas de taxes, ils reçoivet. des secours considérables de ce pays, Îls jouissent de précieux avantages commerciaux que nous payons cher et vous dites : toute la dispute vient de ce que nous avons pris £20,000 sans jeur cousentement, certes, ce fut pour vingt shillings qu’Hampden résista et acquit par sa résistance, un nom immortel, pour lequel les Plantagenets et les Guelphes auraient donné tout le sang qui coulait dans leurs veines!!! Si résister à l'oppression, si s’élever contre un pouvoir usurpé et défendre ses libertés attaquées, est un crime, qui sont les plus grands criminels ??? Qui sont-ils, si ce n’est nous-même, peuple anglais? C’est nous qui avons donné l'exemple à nos frères Américains. Prenons garde de les blâmer trop durement pour lavoir suivi !”’

A ceux qui n’ont que l'anathème Pour récompenser l'amour de la patrie, je leur citerai le principe étalé en grosses lettre; ans un de leur organe, le 4 juillet, r89r.

“ Pour qu’une révolution à main armée, contre l'autorité légitime soit licite, il faut le concours de plusieurs circonstances. N’en mentionnons qu’une aujourd'hui. De toute nécessité, les abus qu'il s’apit de corriger par le recours aux armes doivent être tellement criants qu’ils soulèvent tout le peuple.”

C'est en plein ça !

L'histoire nous dit qu’en 1827, le peuple de la province de Québec, par des requêtes signées de 87,000 personnes se plaignait d'abus graves et nombreux qui régnaient alors.

Je l'ai déjà dit au commencement de cette conférence.

Et les 92 résolutions de 1834, adoptées par mes ancêtres, n'étaient-

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Le Dr. Wolfrid Nelson, était là, et il lança l'apostrophe suivante : “« Je déclare à ceux qui nous appellent, moi et mes amis, des traîtres, qu'ils en ont menti par la gorge et je suis prêt à prendre ici ou ailleurs la responsabilité de ce que je dis. Mais, M. l'orateur, si l’amour que je porte à mon pays, si l’attachement que j'ai pour la Couronne Anglaise et notre glorieuse Souveraine, constitue le crime de haute trahison, oh ! alors, vraiment je suis un rebelle. Mais je dis à ces Messieurs en pleine figure que ce sont eux et leurs pareils qui font les révolutions, renversent les trônes, foulent aux pieds dans la poussière les couronnes et brisent les dynasties. Ce sont leurs iniquités qui soulèvent les peuples et les jettent dans le désespoir.”

‘« Je renonce volontiers à toute réclamation pour les pertes considérables qu'on m'a si cruellement infligées car j'espère, qu'avec la grâce de la divine Providence, je pourrai à force de travail et malgré mon âge avancé, m’acquitter de mes obligations et payer ce que je dois. Mais indemnisez ceux dont on a détruit les biens à cause de moi, il y a des centaines de braves gens aujouid’hui réduits à la misie dont le seul crime fut d’avoir confiance dans l’honneur qu'ils ain «ient, rendez à ces infortunés ce qu’ils ont perdu, indemnisez-les, je ne demande rien de plus.’’

Abnégation admirable du patriote ruiné ! ! !

M. Papineau prit la parole naturellement. Il dit en terminant : “Nul autre pays constitutionnel, dans des circonstances semblables à celles où nous avons souffert, n'a été traité avec plus de batbarie. C'est le seul pays du monde ou le droit criminel en force et les cours de justice accessibles à tous, de nombreux citoyens sans procès, sans le verdict d’un seul corps de jurés, aient perdu la vie et péri sur l’échafaud. Compatriotes infortunés, ils sont tombés victimes innocentes de la haine et des plus mauvaises passions ! Ont-ils cessé pour cela d’être chers à ceux qu’ils ont laissés derrière eux sur le sol de la patrie? Leur mémoire est chère au peuple canadien et le sera toujours. Ils sont morts en braves comme ils avaient vécu, répétant à l'envi les mots: ‘DIEU, MON PAYS ET SA LIBERTÉ !! Il faudrait bien peu de courage moral ou civil pour ne plus applaudir au patriotisme constant dont ils ont donné la preuve la plus éclatante. ”’

M. Lafontaine, dans un discours solide, modéré, déclara qu'il ne voyait pas à la légalité de la Cour martiale et des condamnations qu’elle avait portées ! Il avait déjà fait un précis historique des mesures législatives adoptées par les deux provinces sur l'indemnité. M. Balawin, le premier ministre, démontra l'injustice et la fausseté des arguments des adversaires.

Enfin après des jours et des nuits de discussions, d’interpellations et d’apostrophes sanglantes, de menaces et de tumulte, le projet d’in-

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rie, une mesure locale adopté par les deux chambres, devait être sanctionné par le gouverneur. 5

C'est ainsi que le ‘ Bill d'indemnité” adopté à une forte majorité Par nos deux chambres, sanctionné par le Souvernement impérial, mit Pour toujours les patriotes de "37 et'38 sur un terrain d'orthodoxie

Ainsi les années qui s’accumulaient entre l'abandon du Canada à l'Angleterre et à la tourmente de ’37, furent témoins de notre loyauté au drapeau britannique, de nos luttes constitutionnelles et de Jeur inutilité, tant ici qu'en Angleterre; et les années qui séparent 1837 de

1850, assistérent à l'amnistie de nos défenseurs et aux trioniphes de nos luttes constitutio

Economie poli- -Bretagne et honore particulièrement les patriotes

En 1856, il ne Manque pas de rappeler que le Dr. Chénier fut un Patriote qui i

politiques de 183 7-38.— Religieux souvenir. Les 92 résoludions adoptées par la chambre d’assemblée du Bas-Canada, le rer mars, 1834.’

“Lord Gosford dispose des deniers publics, malgré le refus des subsides.”?

‘Ce monument religieux et historique a été érigé sous les auspices de L'Institut Canadien, en 18 53"?

2ème. “ Bataille de St-Denis et de St-Charles, 23 au 25 novembre, 1837. Chs. Ovide Perreault, avocat et membre du parlement Provincial, Ses cendres reposent ici. Les restes des autres victimes, au nombre de 41, réposent dans les cimetières de St-Denis, de St-Charles, de St-Antoine et de St-Ours.

3ème. “Bataille de St-Eustache, 14 décembre, 183 7- Jean Oiivier Chénier, ses cendres reposent ici. Les restes des autres victimes reposent dans je cimetiére de St- Eustache. ’

4ème.‘ Exécutés à Montréal par arrêt de la cour martiale :

Joseph Narbonne, Cardinal, notaire, Joseph Duquet, étudiant en droit, 21 décembre, 1837."

“ Pierre Théophile Décoigne, notaire, Joseph Robert, Amable Sanguinet, Charles Sanguinet, François Xavier Hamelin, cultivateurs, le 18 janvier, 1839.’

“François Marie Thomas Chevalier de Lorimier, notaire, François. Nicolas, instituteur, Amable Daunais, cultivateur, Pierre Rémi Narbonne, peintre et Charles Hindelang, militaire, natif de Paris (France) dont les restes reposent ailleurs.”

BATAILLE D'ODELLTOWN 17 novembre, 1838.

“Boyer et A. Lanctot, de St Philippe.

* C'est une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts.’?

M. L. II, c XII, V, 40.

Le nom du Dr. Chénier, mort*au champ d'honneur, fut inscrit avec ceux de ses “ompagnons d’armes, et Personne alors ne trouva à redire, et si quelque chouayen osa élever la voix, ses criailleries furent étouffées dans la clameur immense qui accueillit la patriote initiative des membres de l’Institut Canadien. Et cette inscription, relativement aux cendres de Chénier fut faite au vu et au su du premier pasteur du Diocèse de Montréal, Mgr. Bourget.

C’est le 14 novembre 1858, qu’eut lieu l'inauguration de ce monument, et Montréal assista à une procession enthousiaste, composée de ses principales sociétés nationales, qui se rendit, musique en tête, au cimetière,

M. Euclide Roy, président de l’Institut, termina un éloquent discours par les remarques suivantes, dit M. David :

“Ce monument sera pour nos enfants comme une page toujours ouverte où ils puiseront tous les beaux sentiments qu’inspire le patriotisme. Ce sera comme un de ces tableaux où l'on a tracé quelque grand drame et devant lequel on s’est senti animé des sentiments qui y sont peints. Glorifier les grands hommes, c’est le premier devoir J'un peuple éclairé et intelligent, Tenir toujours élevée l’image des héros et des martyrs d’une sainte cause, c’est le moyen de créer cette noble émulation qui fait que d’âge eu âge, l’histoire peut regarder en arrière avec orgueil et signaler ces grandes et illustres figures de citoyens qui oubliant tout intérêt égoïste et personnel, s’exposent aux derniers périls pour défendre le sol menacé, par des principes compromis.’

“Glorifier le dévouement, c'est créer des héros.’

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L'hon, M. A. A. Dorion, M. Wilfrid Dorion, M. Hector Fabre et quelques autres, prononcèrent des discours patriotiques.

Il y a soixante ans passés, les familles mutilées par la balle bureau” crate, se cachaient pour pleurer leurs enfants disparus dans la tourmente de 37-38, mais depuis, la réaction forte comme l'ouragan, s’est emparée de l'opinion publique. Et en 1858, en réhabilitant la mémoire de ceux qui tombérent sur le champ de bataille pour la liberté, l’église et l’état élevèrent sciemment et solennellement dans le cœur de la nation un temple à la mémoire de nos héroïques défenseurs.

Lors des troubles de "37, M. Ludger Duvernay, propriétaire de Za Minerve, représentait le comté de St-Roch dans le dernier parlement du Bas Canada, et principal fondatear de la société Nationale Canadienne dite de la St-Jean-Baptiste, ilen était le président, lors de son décès arrivé le 28 novembre, 1852. La société St-Jean-Baptiste a pris origine à Montréal dans une réunion patriotique qui eut lieu le 24 juin, 1834, dans le jardin de John McDonell, avocat.

Elle éleva un monument à son fondateur, dans le cimetière de la Céte-des-Neiges.

En 1891, quelques semaines avant la célébration de la Rte nationale, certains arragements eurent lieu entre la fabrique de Notre-Dame et la société St-Jean-Baptiste. Il fut convenu que l'Association St-Jean-Baptiste resterait propriétaire des monuments élevés à la mémoire de Ludger Duvernay et des patriotes de 37-38, à la condition qu'elle les réparerait et les entretiendrait. L'Association se mit à l’œuvre et il fut décidé qu'après avoir fait les réparations nécessaires, elle inaugurerait la prise de possession de ces deux monuments en y déposant des couronnes. Le projet fut accueilli avec enthousiasme.

Le Dr. Marcil de St-Eustache, un bon patriote, celui-là, malheureusement disparu trop vite, et ses amis ayant appris que l'Association préparait une démonstration pour le 21 de juin, lui demandèrent si elle consentirait à les laisser profiter de la circonstance pour exhumer les restes de Chénier du cimetière de St-Eustache et les transporter au cimetière de la Côte-des-Neiges.

En face de l'inscription sur le monument, qui dit que le corps de Chénier est là, l'association ne fit aucune objection, bien enténdu.

Et les autorités iviles et religieuses accordéren le permis d’exhumation de la meilleure grâce du monde ‘out le mende se prépara à la grande fête et les journaux, éparpillés aux quaue coins du Dominion font connaître en détail les préparatifs provoqués par la grande fête patriotique.

Le programme de la procession est publié et va jusqu’à annoncer

que le cortège de Chémer passera par le chemin du Sault. Et M. L O. David pübliait en mêne temps, une lettre, que voici le titre :

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