‹ Conférence sur Chénier [microforme]Chapitre 6 sur 11 · LE TOCSIN A SONNÉ · texte numérisé non relu

LE TOCSIN A SONNÉ

Elle fut magnanime, héroïque et sans tache Votre légende, 4 fiers enfants de St-Eustache,

dit notre poête lauréat,

Qu'il me soit permis d'emprunter à la muse de cet admirateur éclairé du docteur Chénier, les strophes énergiques qu'elle lui inspire pour graver dans la mémoire de la postérité la bravoure incomparable de l’un des nôtres.

Quand le reste pe 3 quand, à Saint-Charles en feu,

Sacrifiant leur vie en un suprême enjeu,

Les —. sr yrv F0 . ra À

Martyrs du grand devoir que pat pose)

Etaient morts aux lueurs "a leurs foyers détruits ;

ds, les plus dévoués au loin s'étaient enfuis, raqués en malfaiteurs jrsques à la frontière,

Et que les conquérants, avec leur morgue altière,

De leurs cris de triomphe insultaient les vaincus,

Vous, au sublime appel d’un nouveau Spartacus,

Voulûtes, réunis en phalange sacrée,

Défiant jus u'au bout la puissance exécrée

Des tyrans désormais transformés en bourreaux,

Vaincre en désespérés ou mourir en héros !

Colborne et ses soldats, sinistre et lourd cortège, S’avançaient en traînant leurs fourgons sur la neige, L'invective à la bouche et la torche à la main, Répandant la terreur out sur leur chemin,

Ces preux, qu’on auraît dit recrutés dans les bouges, S’approchaient, et de loin les uniformes rouges Semblaieo, mouvants replis, au front des coteaux blancs, Comme un serpent énorme aux longs anneaux sanglants,

Ces reîtres sont joyeux ; déjà leur cœur savoure Le plaisir qu’u le nombre à vaincre la bravoure,

En revanche, le ciel est triste et nuageux.

Ce matin-ià, le jour, à l'horizon nei Ux,

Tardif, n'avait jeté qu’une lueur blafarde.

Chénier toute la nuit avait monté la garde ;

Et puis, n’attendant plus que le fatal moment, Longtemps, les yeux fixés au pâle firmament,

Tout rêveur, il se tint debout à sa fenêtre, —Pleurez-vous ? fit quelqu'un. Il répondit : — Peut-être ! J'aurais, ajouta-t-il sans trouble dans la voix,

Voulu voir le soleil pour la dernière fois.

A midi le canon tonna, Silence morne,

Pas un bruit n’accueillit ce salut de Colborne, Pour combattre avec chance, équipés à demi, I valait mieux laisser s'approcher l'ennemi.

ranchés dans l'église, #, Cent cœurs u l de Munitions, * 1*° Paralyse + eux nulles

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Toulants, du haut des escaliers, l'abri de } tel, derrière les pillie Partout À corps s’ la mélée

€ fut sauv, , im lacable, aflolée, Nul temps de rech : armes, À ce Point 2 ol Prend aux Cheveux, qu'on se frappe q Ils sont deux mille au moins Contre cen e au ra rt

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enfants | Victoire

Un cri désespéré lui répondit | Au feu !

Ces forts, voyant contre eux tourner la tragédie, Avaicnt à leur secours appelé l'incendie, 4

Us avaient fait leur œuvre, et l'église brôlait 1 L'espoir, l'espoir dernier des héros s'envolait, Ul ne restait plus qu'à succomber en braves,

Du portail à l'abside et des clochers aux caves, La Les fusait rage. Alors l'œil ébloui Vit là se dérouler un spectacle inoui,

Pendant | 4 du brasier les spirales rampantes Sapaient les murs noircis et rongeaient les charpentes, Et que dans les horreurs d’un va” embrasement, L'édifice flambait, de moment e1 coment,

Du haut de la bâtisse à demi consumée,

Aux lueurs des éclairs, au sein de la fumée,

Dans les crépitements et les coups de fusils,

Aux clameurs des Anglais d'épouvante saisis, Ensanglanté, farouche, au d’une fenêtre,

On voyait tout à Coup comme un spectre a paraître, Et lancer aux vainqueurs, dont sa Lars t fi,

Ur dernier coup de feu dans un dernier défi+

Il en périt beaucoup dans les flammes. Le reste, 2 s vaincus dut me un Der pt ag funeste, Si tôt que, pouisu leu qui mord,

sie insu tentait de s'échapper, à mort!

Il tombait fusillé par une baile anglaise, Chénier, dernier de tous, sortit de la fournaise,

La scène ne dura que deux minutes, mais,

Ceux qui purent {a voir ne l’oublieront jamais, héros, en sautant du haut d'une croisée,

S’affaissa sur le sol une jambe brisée,

Ce n'est rien sous le plomb qui grêle à bout portant,

os sur un genou " relève Sun 3 ü

i se redresse, aveugle de sa , t sordide, Défiguré, hagard, Rond Biens, té,

Et, pour suprême insulte à la Le L mourant cria :

Vive la liberté11111

Puis, dans le tourbillon, la poudre, le vacarme,

Par un dernier effort il déc! ea son arme,

Un nouvel ennemi tomba, mais ce fut tout !

Colborne et ses soudards étment vainqueurs partout, Ce qui suivit eut fait rougir des cannibales.,

On traina de Chénier le Corps criblé de balles,

Un hideux charcutier l’ouvrit tout palpitant,

Et par les carrefours, ivres, repus, chantant,

Ces fiers triomphateurs, guerriers des temps épiques, Promenèrent sanglant son cœur au bout des piques...

Puis la torche partout | les braves en avant! On brûla les maisons, on brûla le couvent ;

Si quelque humble demeure échappait mi-détruite,

traits épouvantables :

On sabrait dans les lits, on sabrait sous les tables ; Tuer des prisonn éventrer des mourants,

C'étrient nobles exploits. Un enfant de quatre ans Est là tout étonné qui regarde et qui flâne ;

Enfin, le lendemain, ces nobles Alexandres Laissaient par derrière eux trois villages en cendres !

C'est à ces durs prix-là — sombre nécessité ! — Que tout peuple naissant t'achète, 6 Liberté !

Après la bitaille de St-Eustache, ce nc fut plus alors qu'une scène de » On ne fit de quartier à Personne, et le reste du village fut a flammes.

Parmi ceux qui se distinguèrent pendant Ja bataille, l'histoire devra toujours mentionner Jos, Guillard, de St-Eustache, Edouard Major, de Ste-Scholastique, l'oncle de natre ami, M. Major, M P.P., «t de Deslauriers, de je ne sais quel endroit du comté, ils combattirent jusqu'au dernier moment à côté de Chénier.

Les trois frères Charles, Etienne et Jean-Baptiste Forget, Janvier, Ï

dans le presbytère et se battit

toute la journée avec le plus grand courage, Frappé par une balle de volontaires, en pleine poitrine, il expira quelques heures après en prononçant les paroles suivantes : ‘“Je meurs pour ma Patrie. "

1 y avait du Chénier dans cet habitant-là.

Soixanñte-dix patriotes périrent par le fer et le feu à la bataille de St- Eustache, le 14 décembre 1837.

Jetons un voile sur les scènes de désolation qui éclatérent dans le sein des familles mutilées par l’armée de Colborne et les volontaires féroccs de Globensky et de Porteous, mais jetons un regard sur le

Il est étendu sur le comptoir de l'aubergiste Adison, les hardes souillées de sang, de poussière, et en désordre, la lumière blafarde d’une chandelle laisse à peine entrevoir la figure de celui qui brava tous ceux qui avaient juré sa mort, Désarmé, sans vie, Chénier n’est plus à craindre, aussi, la soldatesque en profite-t-elle Pour se livrer à une orgie d’affamés contre ce corps inoffensif ! !

Un boucher, disent quelques-uns, un chirurgien de l’armée, disent quelques autres, fit l'ouverture du cadavre de Chénier.

rage en faisant promener au bout d'une baïonnette le cœur du plus grand des braves, vous avez comtris un sacrilège irréparable en souillant ce vase sacré qui avait tuujouss débordé du plus pur patriotisme, Pulet Desjardins et Gabriel Ovellette de Ste-Scholastique, mon pays, ont été témoins oculaires de votre acte infâme, je ne mentionne que ces deux témoins-là, parceque je les ai connus personnellement.

Puis le cadavre, enveloppé dans un grand drap, tortillé aux deux bouts, fut porté par deux hommes au lieu de l'enfouissement, sans

J'ouvre une parenthèse ici, pour vous dire qu'avant la fonte des neiges, Madame Chénier trouva des amis qui exhumérent le corps de son mari pour le mettre dans un cercueil convenable.

J'ai déjà dit que 70 patriotes périrent par le feu-ét le fer à la bataille de À ch

Il est de notre devoir de faire connaître aux jeunes les noms de

ceux que nous connaissons morts sur le champ a’honneur à St-Eustache:

Jean Olivier Chénier, médécin, 34 ans,

Joseph Paquet, 30 ans, J. Bte. Lausé, 25 ans, Nazaire Filion, cultivateur, 22 ans, J. Bte. Toupin, cultivateur, 30 ans, Séraphin Doré, cultivateur, 26 ans, François Dubé, journalier, 29 ans, Joseph Guitard, eultivateur, 26 ns, Pierre Dubeau, aubergiste, 28 ans, Joseph Bouvrette, fils, 25 ans.

Tous inhumés dans le cimetière des enfants morts sans baptême ! !

Les victimes fournies par Ste-Scholastique et inhumées de la même manière, sont :

Louis Robert, dit Fâche, 17 ans, Jos. Gauthier dit Larouche, 18 ans, J. Bte. Campeaa, 17 ans, Amable Lauzon, 23 ans, Jean Morin. 22 ans, Auguste Doré, 25 ans, Joseph Leduc, cultivateur, 26 ans, Jean Doré, 20 ans.

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Permettez-moi de vous faire Connaitre les noms d’autres victim fournies par Ste-Scholastique : Chariette Rhéaume, on n’a pas retro vé son corps ; Louis Vermette dit Courville, Corps brulé dans 1 ’égl se, il avait été tué dans la grand, allée, Coupé en deux par un boule

Auguste Monette, brulé à St-Eustache.

France Meloche, tué et brulé dans l'église.

J. Bte. Lebrun, a péri dans l’église,

Janvier Lebrun, frère, a péri dans l’église.

Paul Maisonneuve, fermier de Snowdon, tué par les volontaires sous les ordres du dit Snowdon, de l’autre côté de !a rivière, dans les broussailles chez St-Germain, le borneur.

Les volontaires se tenaient sur Je Pont, et tiraient.a leur aise sur CEUX Qui fuyaient Je village,

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