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Conférence sur Corneille et son oeuvre

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Nouvelles Feuilles de route 3 5o

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Corneille et son Œuvre

Mesdames, Messieurs,

Lorsque le sobre et puissant statuaire qui a dressé dans Paris une des plus vivantes effigies de Jeanne d'Arc, Emmanuel Frémiet, eut achevé son beau groupe symbolique de Corneille couronné par la Gloire, il grava sur le piédestal cette simple inscription : « Cornelio magno 1606. »

La dédicace latine nous apparut à tous aussi naturelle et aussi claire que le « Ludovico magno » de nos portes ti'iomphales, mais le 160G tout court ne laissa pas que de nous étonner. A quelqu'un qui lui en fît la remarque et lui demanda pourquoi, contrairement à l'usage, il n'avait inscrit sous ce buste que la date de la naissance, Frémiet répondit : « Parce que, contrairement à l'usage, l'immortel Corneille n'est pas mort. »

Nous serions bien tentés de nous en tenir, nous aussi, à la poétique imprécision de cette apothéose d'une éloquence si concise. Mais notre

prosaïque devoir de conférencier nous oblige à vous indiquer une autre inscription moins elliptique et plus détaillée que vous trouverez et pourrez lire sur un des piliers de Saint-Roch : c< Pierre Corneille, né à Rouen le 6 juin 1606, mort àParis,rued'Argenteuil,le l^'"octobre 1684, est inhumé dans cette église. »

A cette date de naissance, à cette date de mort, je joindrai immédiatement quatre dates de gloire :

1629 : l'œuvre de début, Mélite ;

1636 : apparition du Cid ;

1640 : éclosion simultanée d'Horace, de Cinna et de Polyeucte ;

1656 : publication intégrale et définitive de la traduction en vers de V Imitation de Jésus-Christ.

Ajoutons tout de suite, crainte de méprise, que si sommaire qu'elle soit et qu'elle doive être, notre étude ne s'arrêtera pas uniquement sur ces quatre points culminants.

Mon intention est au contraire de passer en revue devant vous toutes les créations dramatiques, poétiques et littéraires de ce tout puissant créateur; elle est aussi de vous donner au passage un résumé ou plutôt un aperçu des multiples raisons sur lesquelles est fondée et

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s'appuie mon inébranlable admiration pour l'œuvre et pour l'ouvrier.

Corneille ayant vécu autant qu'il le pouvait loin de la Cour et aussi longtemps qu'il l'a pu hors de Paris, les détails sont rares sur la vie privée de ce laborieux sauvage.

Il n'existe en outre qu'un très petit nombre de ses lettres, et ce que son frère cadet Thomas Corneille et son neveu Fontenelle ont écrit de lui, après sa mort, a plutôt le caractère d'éloges voulus que de souvenirs sincères.

En sens inverse il ne faut pas ajouter beaucoup plus de crédit aux anecdotes apocryphes entremêlées par Voltaire à ses commentaires aigredoux, et les deux seules sources authentiques auxquelles doivent puiser les fidèles du vieux maître et les curieux de vérité, sont, d'une part, la Vie de Corneille par Taschereau et, d'autre part, surtout l'édition complète de ses œuvres annotée et publiée par M. Marty-Laveaux dans la « Collection des Grands Ecrivains français ».

Inutile de dire que ce que je conseille aux autres je l'ai fait moi-même.

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