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POESIES MELEES

Entre temps et à une date difficile à précisermais qui semble osciller entre la quarantehuitième et la cinquante-deuxième année de son âge, le poète tragique redevint momentanément le poète badin des mauvais jours de Clitaiidre.

Dans le premier cas c'avait été le succès de Mêlite qui l'avait dévoyé, dans le second ce fut peut-être au contraire l'insuccès de Pertharlie, sa retraite et son oisiveté. Quelle qu'en ait été la cause, l'accès fut de courte durée.

Il n'en a pas moins laissé des traces littéraires dans l'œuvre du maître, et c'est à ce titre que j'en dois parler.

Il est intéressant de remarquer d'abord que tout comme les Mélanges poétiques de 1629 les Poésies mêlées de cette seconde époque ne sont rien moins que des élégies. Il y est beaucoup plus question d'amourettes que d'amour et il apparaît nettement que le poète y mettait beaucoup plus de son esprit que de son cœur.

Témoin cette amusante pièce de vers sur une jeune et méchante coquette qu'il appelle cavalièrement : « La Peste. »

J'ai vu la peste en raccourci :

Et s'il faut en parler sans feindre, Puisque la peste est faite ainsi, Peste ! que la peste est à craindre !

De cœurs qui n'en voudraient guérir Elle est partout accompagnée , Et dùt-on cent fois en mourir, Mille voudraient l'avoir gagnée.

L'ardeur dont ils sont emportés, En ce péril leur persuade Qu'avoir la peste à ses côtés, Ce n'est pas être trop malade.

La mort serait douce à ce prix, Mais c'est un malheur à se pendre, Qu'on ne meurt pas de l'avoir pris, Mais faute de la pouvoir prendre.

Aussi chacun y perd son temps ; L'un en gémit, l^autre en déteste ; Et ce que font les plus contents.

C'est de pester contre la peste.

A quelque autre beauté moins rebelle ou plus provocante il adresse cette chanson qui est un point de repère chronologique.

Ici ce n'est pas lui qui demande, c'est lui qui refuse.

Vos beaux yeux sur ma franchise N'adressent pas bien leurs coups :

Tète chauve et barbe grise

Ne sont pas morceaux pour vous.

Quand j'aurais l'heur de vous plaire, Ce serait perdre du temps ; Iris, que pourriez-vous faire D'un galant de cinquante ans ?

Ce qui vous rend adorable, N'est propre qu'àm'alarmer.

Je vous trouve trop aimable, Et crains de vous trop aimer :

Mon cœur à prendre est facile, Mes vœux sont des plus constants ; Mais c'est un meuble inutile Qu'un galant de cinquante ans.

Plus loin, voici encore des stances pour une inconnue très différente des deux premières et d'une situation évidemment plus relevée.

Caliste, lorsque je vous voi, Dirai-je que je vous admire ?

C'est vous dire bien peu pour moi, Et peut-être c'est trop vous dire.

Je m'expliquerais un peu mieux Pour un moindre rang que le vôtre :

Vous êtes belle, j'ai des yeux.

Et je suis homme comme un autre.

Que n'êtes- vous, à votre tour, Caliste, comme une autre femme !

J'aurais pour vous si grand amour.

Si vous n'étiez pas si grand'dame.

Je citerai enfin pour clore et pour rehausser un peu ce chapitre des poésies légères, une pièce de vers plus connue celle-là et plus digne de l'être. Bien qu'il s'agisse uniquement de la déconvenue plus ou moins juste d'un amoureux déjà sur le retour, elle n'en est pas moins de haute allure et d'un accent tout à fait cornélien.

Marquise, si mon visage

A quelques traits un peu vieux,

Souvenez-vous qu'à mon âge, Vous ne vaudrez guère mieux.

Le temps aux plus belles choses Se plaît à faire un affront, Et saura faner vos roses, Comme il a ridé mon front.

Cependant j'ai quelques charmes Qui sont assez éclatants Pour n'avoir pas trop d'alarmes De ces ravages du temps.

Vous en avez qu'on adore, Mais ceux que vous méprisez Pourraient bien durer encore.

Quand ceux-là seraient usés.

Ils pourront sauver la gloire Des yeux qui me semblent doux, Et dans mille ans faire croire Ce qu'il me plaira de vous.

Chez cette race nouvelle Où j'aurai quelque crédit, Vous ne passerez pour belle Qu'autant que je l'aurai dit.

Pensez-y, belle marquise :

Bien qu'un grison fasse effroi, Il vaut bien qu'on le courtise, Quand il est fait comme moi.

Et le poète ne s'est pas trompé, et la race nouvelle chez qui il en a effet quelque crédit sait aujourd'hui que cette belle impertinente n'était autre que ]\Ille Daparc, née Marquise deGorla, jeune première et première danseuse de la troupe de M. de Molière.

Constatons du reste que contrairement à ce qui avait eu lieu pour les autres poésies mêlées imprimées à la suite de Clitandre, ces derniers mélanges ne furent ni recueillis ni publiés du vivant de l'auteur.

Quant à la Guirlande de Julie à laquelle il n'a attaché qu'une ou deux fleurs sans grande couleur et sans grand parfum, nous n'en parlons que pour mémoire.

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