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TROISIÈME PARTIE

Artillerie prussienne.

L’artillerie prussienne traverse en ce moment une période de transformation. Une décision résente semble impliquer l’abandon des canons en scier fondu, qui avaient donné d’assez nombreux sas d’éclatements. Les canons nouveaux seront en bronze et probablement des mêmes calibres que es canons en acier, c’est-à-dire de 4 pour l’artilerié à cheval et une partie de l’artillerie divisionnaire, de 6 pour les autres batteries de division et es réserves ; déjà précédemment, on avait décidé ’abandon des canons de 12 lisses et leur remplacement, d’abord pour l’artillerie à cheval par des canons rayés de 4, puis pour les batteries divisionnaires, qui avaient encore des canons de 12, )ar des canons rayés de 6.

Il n’est pas à supposer que les Prussiens renoncent au chargement par la culasse, dont les avantages sont évidents pour la puissance et la justesse jlu tir, mais ils auront à chercher un mode d’oburation plus parfait que celui dont ils se sont ervis jusqu’à présent et qui laissait à désirer, xigeant beaucoup d’attention et d’adresse de la iiart des canonniers.

Lors de la guerre d’Allemagne de 1866, l’artilerie de campagne prussienne attelait trois espèces le bouches à feu. L’artillerie à cheval et une des [uatre batteries de chaque division d’infanterie ervaient des canons lisses de 12 courts. Ces canons, le dix calibres de longueur, pesant 450 kilos,

lançaient des boulets et des obus sphériques, dont le vide intérieur affectait la forme d’un ellipsoïde, pour augmenter la précision du tir, par la rotation de l’obus autour du grand axe du vide intérieur, s Une batterie par division servait ce canon de 12, une autre des canons rayés de 6, les deux dernières des canons rayés de 4. Ces deux dernières bouches à feu étaient en acier fondu, se chargeant par la culasse. L’âme, cylindrique dans sa partie posté- J rieure, était rayée et très-légèrement tronconique | dans sa partie antérieure. Le projectile, creux et de forme cylindro-ogivale , était entouré d’une chemise de plomb, se forçant dans les rayures, j Les fusées étaient percutantes. Les mêmes canons lanéaient des obus à balles et des boîtes à mi- ! traille. Les affûts, à flèche, comme les affûts français, permettaient de donner une grande mobilité à la pièce, dont la justesse de tir était d’ailleurs remarquable.

En Prusse, le nombre des régiments d’artillerie ; de campagne est égal à celui des corps d’armée. Un de ces régiments se décompose en quatre divisions, dont une à cheval ét trois à pied. La division à cheval n’a que trois batteries, la division ! à pied en a quatre. Les batteries sont de quatre pièces sur le pied de paix et de six sur le pied'de guerre. Un régiment complètement mobilisé attellerait donc 90 bouches à feu (1), chiffre qui corres-i pond au maximum de l’artillerie que l’on donne! à un corps d’armée, composé de deux divisions; et d’une brigade de cavalerie. A chaque division

(1) La création d’une quatrième batterie à cheval par régiment est décidée. Cette mesure, qui a reçu un commencement d'exécution, portera à 9G le nombre des bouches à feu d'un régiment sur le pied de guerre.

d’infanterie correspond une division d’artillerie à pied de 24 pièces ; en donnant à la brigade de cavalerie une batterie à cheval, il reste une réserve de deux batteries à cheval et quatre batteries montées. Mais en étudiant la composition des armées prussiennes en 1866, on voit que la plupart des corps d’armée n’étaient pas organisés de cette manière et que l’on avait pris sur leurs régiments d’artillerie la quantité de batteries nécessaires pour suivre les divisions de cavalerie et composer les réserves d’artillerie des armées. Une batterie de campagne n’attelle que 16 voitures ; les munitions d’infanterie et de cavalerie, ainsi que les réserves de munitions d’artillerie sont portées sur des voitures faisant partie de colonnes qui prennent le nom de colonnes de munitions et suivent immédiatement l’armée, mais sont complètement séparées des batteries. Chaque régiment d’artillerie de campagne fournit neuf de ces colonnes, ayant chacune 24 ou 25 voitures, attelées de 6 chevaux.

Artillerie autrichienne.

Le système d’artillerie en usage en Autriche date de 1863. Après la guerre d’Italie, cette puissance se décida à adopter les canons rayés et fit construire des canons de trois calibres, nommés, d’après le poids en livres du boulet sphérique correspondant : canon de 3 de montagne, canon de 4 pour les brigades, canon de 8 pour les réserves. L’âme a une partie lisse pour recevoir la charge, et une partie rayée. Les projectiles sont creux, de forme cylindro-ogivale ; la partie postérieure est revêtue d’une enveloppe en métal mou, alliage de zinc et d’étain, portant des saillies

qui correspondent aux rayures. Les obus ordinaires sont munis de fusées percutantes ; les obus à balles ont des fusées à temps. Le chargement se fait par la bouche. L’affût a deux flasques, se prolongeant en deux demi-flèches. La flèche porte un coffret à munitions renfermant quatre boîtes à mitraille et dont le dessus est disposé en sellette, pour porter un canonnier au canon de 4, deux au canon de 8. L’avant-train porte un coffre sur lequel ; trois hommes peuvent s’asseoir. Le caisson a le même avant-train que la pièce, mais sur l’arrièretrain est un coffre à munitions unique, qui ne peut servir à transporter les hommes. Les roues d’ avant-train sont plus basses que les roues d’ar- ; rière-train. Dans le canon de 4 le coffre d’avanttrain renferme 36 coups et le coffre d’arrièretrain 80. Chaque pièce suivie de son caisson porte donc 156 coups à tirer, y compris les quatre boîtes à mitraille de flèche. Dans le canon de 8 le coffre d’avant -train renferme 30 coups et le coffre d’arrière-train 64; total 128, pour la pièce et le caisson.

La proportion d’obus à balles, ou schrapnelis, est plus forte qu’en France; elle est du quart dans les coffres d’avant-train, du huitième dans les coffres d’arrière-train; il y a aussi dans ce dernier coffre quatre obus remplis de matières . incendiaires.

Les Autrichiens n’ont pas d’artillerie à cheval j proprement dite. Lorsqu’une batterie de 4 doit : être attachée à une brigade de cavalerie, on porte à six le nombre de chevaux des attelages. Six hommes sont portés sur les deux coffres d’avanttrain ; le septième est à cheval sur la sellette du coffre de flèche. La pièce de 8 exige huit hommes pour son service ; deux sont sur le coffre de flèche.

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Les fusées de guerre sont d'un grand usage dans l’armée autrichienne ; on les lance, à peu près comme en France, au moyen d'un chevalet à. trois pieds, d’une machine â p inter, portant un quart de cercle et un contre-poids et d'un tube directeur. Une h tterie de faséens e^t attachée à • chaque corps d’armée.

Le matériel autrichien jouit d’une grande solidité ; les caiibres sont bien choisis pour la guerre de campagne ; mais il manque peut-être un peu de mobilité. La double flèche, portant un cofiret à munitions et un ou deux hommes et les roues des deux trains de hauteur inégale ne sont pas des conditions favorables au tirage. Il y a â regretter aussi l’absence d’artillerie à cheval. Mous avons exposé, dans la seconde par ie,, les raisons pour lesquelles les batteries montées ne sont pas suffisamment aptes à suivre une c^va erie entreprenante. D ailleurs, il vaut mieux attacher â la cavalerie une troupe dont tous les hommes sont eux-mêmes cavaliers, la confiance réciproque ne peut qu’en être augmentée.

Le personnel de Fartillerie se composait en 18 66 de 12 régiments à 10 batteries, les neuf premiers ayant en outre une batterie de fnséen3, le cinquième quatre batteries de mont gne. Les corps d armée étant en général composés de cinq brigades. a chacune desquelles on attachait une 1 aliéné de 8 pièces; un régiment, att-lant 80 bouches à feu pouvait fournir 1 artillerie des cinq brigades, pins une réserve de 40 pièces dont 16 de cavalerie. mais il n’y avait là rien d absolu et la composition de l’armée du iNord ne montre pas dans tous les corps une composition an-si régulière, avec l'artillerie da même régiment pour le même corps d’année.

Guerre de 4866.

Le précis des opérations militaires de la campagne de 1868 a été exposé dans une précédente 'conférence ; dans celles où l’on déduisait les principes de tactique, résultant de la manière de combattre de l’infanterie et de la cavalerie, pendant cette guerre, on en a détaillé les principaux combats, nous en parlerons donc sans détails et comme de faits connus. Pour ce qui est particulier à l’emploi de l’artillerie, nous ne trouverions dans les ouvrages allemands rien qui contredît les règles que nous avons extraites des ouvrages français ; c’est donc l’application de ces règles que nous aurons seulement à rechercher. Rappelons pourtant que dans toutes les formations divisionnaires des Prussiens, la division se décompose en une avantgarde nombreuse, un centre et une réserve* et que lesbatteries marchent en général par une à l’avantgarde, deux au centre et Une à la réserve.

Les documents que nous avons pu consulter et qui sont d’origine prussienne* se bornent en général à l’exposé des faits ; l’histoire de la campagne est très-précise, pleine de renseignements intéressants sur les effectifs, sur la succession des opérations de guerre et les phases diverses des engagements, mais elle n’est pas un ouvrage critique. Il n’en est pas de même d’une brochure récemment traduite et qui excite en France un assez grand intérêt ; c’est Y Etude sur la tactique , à propos de la campagne de 1866. L’auteur commence par poser en fait que « tous les combats, au « moins en ce qui concerne la partie essentielle, « ont été engagés, soutenus et achevés par l’infan-

« terie » et justifie son assertion par la supériorité de l’infanterie prussienne, soigneusement instruite pendant la paix et armée d’un fusil perfectionné, supériorité qui empêchait de s’apercevoir des négligences commises au point de vue de l’action commune dos trois armes. Il reproche à l’artillerie de n’avoir pas fait preuve d’une instruction tactique à hauteur de son instruction technique, d’avoir su rarement se déployer en temps utile et dans des positions convenables pour préparer les attaques de l’infanterie et de s’être trop souvent bornée à tirer a de grandes distances pour attirer sur elle les feux de l’artillerie autrichienne, supérieure en nombre, sur le terrain du combat et mieux postée.

D’aussi graves accusations ne devaient pas rester sans réponse ; un officier de l’artillerie prussienne (1) a entrepris la défense de son arme, et s’il ne s’en est pas toujours tiré victorieusement, au moins a-t-il habilement plaidé les circonstances atténuantes. Il n’admet pas l’infériorité de, l’instruction tactique de l’artillerie prussienne, exercée en temps de paix aussi bien aux manœuvres qu’au tir, et décline, pour les chefs immédiats de l’artillerie, la responsabilité du mauvais emploi qui a pu en être fait. Il n’est pas juste, dit-il, de faire un rapprochement entre l’attaque de Diippel, où l’on bombarda pendant des semaines des ouvrages de fortification, avec une artillerie rayée très-supérieure et l’attaque de Chlum et de Problus, où une artillerie numériquement plus faible eut à surmonter tous les obstacles que peuvent

(1) Militœrische Blætter, février 1869.

créer le terrain et un feu prépondérant, à des distances connues. Les batteries autrichiennes étaient dans une position extrêmement forte au

point de vue tactique, armées de canons rayés , couvertes par des épaulements ; les distances avaient été soigneusement repérées, tandis que les Prussiens, pour lesquels l’inconvénient de tirer de bas en haut augmentait à mesure que les distances diminuaient, n’ont pu faire preuve que de dévouement en soutenant longtemps une lutte inégale. L’infériorité numérique de l’artillerie rayée chez les Prussiens était considérable, ils ne comptaient dans leurs trois armées que 492 canons rayés, tandis que leurs adversaires en avaient 774. L’artillerie à cheval, armée de canons lisses, n’a pu rendre les services qu’on doit généralement en attendre.

Le peu de connaissance que les Prussiens avaient de l’artillerie rayée , dont les trois cinquièmes avaient été mis seulement depuis six mois entre les mains des troupes, nous semble une excuse bien moins sérieuse. Lorsque la guerre d’Italie éclata, l’artillerie rayée, modèle 1858, n’avait encore été tirée que par des commissions d’expériences, ces pièces nouvelles étaient entièrement inconnues pour ceux qui allaient les servir et qui n’en ont pas moins fait bon usage. Peut-être serait-il plus exact de dire que les canons d’acier n’inspiraient pas grande confiance à cause des chances d’éclatement, car une artillerie convenablement instruite, peut employer, sans hésitation, des canons quelconques, dont elle a les tables de tir.

De la réponse qui nous occupe, aussi bien que Tles assertions qu’elle combat, résulte la constatation d’un fait important, c’est que les chefs de

l’armée prussienne n’ont pas apporté à l’emploi de l’artillerie, toute l’attention qu’il mérite, peutêtre à cause de l’élan extraordinaire de l’infanterie, confiante dans la supériorité de son armement et de sa tactique, qui permit rarement à l’artillerie d’agir. Les batteries divisionnaires ont néanmoins toujours été engagées et la plupart du temps contre une artillerie plus nombreuse, mais les réserves- d’artillerie, même celles des corps d’armée, reléguées à la gauche dans l’ordre de marche, n’ont pu le plus souvent se déployer en temps utile.

Il nous reste enfin à relever l’aveu d’un défaut d’organisation dans l’artillerie prussienne. La différence entre les effectifs du pied de paix et du pied de guerre est trop grande, surtout si l’on se reporte à ce qui a lieu dans la cavalerie. Les batteries qui doivent atteler six pièces, lorsqu’elles sont mobilisées, n’en ont que quatre sur le pied de paix, tandis que la cavalerie, avec ses escadrons de réserve, peut à chaque instant fournir quatre escadrons de guerre. Lors de la mobilisation, il faut compléter les batteries qui marchent et créer de toutes pièces des batteries de remplacement ; les attelages manquant sont formés avec des chevaux tirés de la charrue, par voie d’achats ou de réquisition. L’artillerie à cheval n’a pas assez de chevaux exercés et susceptibles de lui donner la mobilité nécessaire pour remplir son rôle de soutien d’une bonne cavalerie. L’artillerie à pied est plus malheureuse encore sous ce rapport et l’on n’aura une bonne artillerie de campagne que quand elle sera pourvue en tout temps d’un nombre suffisant de chevaux de guerre faits au régime et aux manœuvres ; il est presque aussi difficile d’improviser de bons attelages d’artillerie

de bataille que de bons chevaux de cavalerie. Un autre inconvénient du système de formation de l’artillerie prussienne au moment de la guerre serait la répartition des sous-officiers dans les fractions anciennes et nouvelles, qui n’en laisse qu’un petit nombre sous les ordres de leur chef de batterie. Le personnel des officiers se fond lui-même dans les nouvelles formations, surtout si l’on ne peut fournir entièrement d’officiers de landhwer les régiments d’artillerie de place.

Quoi qu’il en soit, on ne voit pas que dans l’offensive les Autrichiens aient fait un bien meilleur emploi de l’artillerie que leurs adversaires. Dans cet épisode remarquable de la bataille de Ivœniggrætz, où la division Fransecki eut à lutter contre des forces bien supérieures, elle ne disposa jamais de plus de 24 canons contre 96, et le feu de son artillerie contribua à arrêter les progrès des Autrichiens. A Trautenau, il est vrai, les Prussiens n’ont engagé qu’un petit nombre de batteries, d’abord sur la rive droite de l’Aupa, puis sur les hauteurs qui dominaient la ville et ont laissé à. la ! brigade autrichienne Mondl le temps de recevoir des renforts; mais à Nachod les douze pièces du i général Lœvenfeld tinrent contre une artillerie bien supérieure pendant tout le temps que l’avantgarde combattit seule. ;

h’ Etude sur ta tactique reproche encore à l’artillerie prussienne de la première armée de ne pas avoir j pendant la première partie de la journée de Sadowa, fait établir à toux prix, par les pionniers., à la faveur de la pluie et du brouillard, des abris à bonne portée, pour percer le point cle la ligne qui aurait semblé le plus faible et permettre de lancer des colonnes d’attaque. De même à la droite, les batteries divisionnaires de l’armée de

l’Elbe, après avoir passé le pont de Nechanitz, n’auraient pas trouvé le moyen de se déployer à bonne distance et se seraient contentées d’échanger de loin des coups de canon avec l’artillerie saxonne, lorsqu’on aurait pu construire rapidement des épâulements à la lisière des bois. Il est difficile de savoir jnsqu’à quel point les mouvements de terre peuvent s’exécuter en plein jour, sous le feu d’un ennemi retranché, surtout lorsque ces ouvrages doivent être faits par des troupes qui n’y ont pas un intérêt immédiat. En France, les canonniers sont fréquemment exercés à se servir de la pelle et de la pioche. De même qu’ils construisent les batteries de siège, ils devront élever leurs batteries de campagne et leurs abris improvisés. Ce système nous semble bien préférable à celui des puissances étrangères chez lesquelles on est forcé d’avoir recours aux pionniers que l’on n’a pas toujours sous la main.

On racontait en Crimée qu’aux attaques anglaises, un capitaine servait une batterie dont le coffre n’avait ni la solidité ni Fépaisseur nécessaires pour résister à la puissante artillerie des Russes, dont ses hommes avaient beaucoup à souffrir. Sur l’observation d’un officier français qui lui conseillait de renforcer son épaulement, il se serait borné à répondre avec le plus grand flegme : Ah ! le génie est bien coupable ! et aurait continué philosophiquement une lutte inégale. Cette anecdote peut avoir été inventée dans les rares loisirs de la tranchée, mais il en ressort un énseignement, c’est que l’artillerie aurait tort de négliger les travaux de construction des polygones et qu’il sera bon, dans les camps d’instruction, de familiariser l’infanterie avec l’établissement des

abris actuellement à l’étude, dont on pourra attendre de fécondes applications.

La journée de Sadowa est la seule où l’artillerie ait joué un rôle important, ou du moins bien défini. Jusqu'à l’arrivée de la deuxième armée prussienne la bataille consista surtout en une longue canonnade. L’artillerie autrichienne avait de bonnes positions et s’y est tenue ; peut-êtreestrce un tort. Un général qui aurait su saisir le moment où la première armée, ayant engagé toutes ses réserves et ne pouvant plus avancer, attendait avec anxiété la diversion qui tardait et pensait à la retraite, aurait pu lancer en avant, par des débouchés étudiés d’avance, de nombreuses batteries d’artillerie légère, pour frapper un coup énergique sur un point donné et reprendre vigoureusement l’offensive. Si les Prussiens avaient été contraints à repasser la Bistritz, ils ne l’eussent pas tait sans doute avec beaucoup d’ordre, n’ayant qu’un petit nombre de points de passage et ayant négligé de s’en procurer d’autres par l’établissement de ponts mobiles. La deuxième armée aurait, en ce cas, rencontré plus de résistance et n’aurait pas remporté une victoire aussi complète.

Les Prussiens sont fiers à juste titre de leur campagne de 1866. Dans la marche concentrique de leurs armées, pour entrer en Bohême, aussi bien que dans leur attaque par corps successifs sur la position concentrée des Autrichiens devant Kœniggrætz, ils s’exposaient à être battus en détail ; mais le succès les a justifiés. Us ont exécuté avec décision des ordres précis émanant d’une autorité souveraine, et ont fait bon usage des armes perfectionnées de leur infanterie ; mais l’artillerie a trop souvent profité de ses longues por-

tées pour n’engager le feu que de loin. Les canons rayés conservent leur justesse jusqu’à l’énorme distance de 3,000 mètres, mais il ne faut pas en abuser, parce qu’à cette distance on distingue peu le but et moins encore le résultat de son tir. Ce n’est pas entre 2,000 mètres et 3,000 mètres que cette artillerie peut rendre de véritables services, mais entre 600 et \ ,200, lorsque le feu des armes portatives est déjà moins efficace, et lorsqu’un petit nombre de coups de canon bien placés peut produire autant d’effet qu’une longue série de coups incertains.

En résumé nous dirons qu’il ne suffit pas d’avoir à sa disposition des armées nombreuses et des masses considérables d’artillerie, mais qu’il en faut tirer tout l’effet utile. Nous terminerons en répétant, après notre auteur allemand, que lorsque l’avantage des fusils à tir rapide ne sera plus au bénéfice d’un seul des belligérants, « dans ce la première guerre celui-là aura une prépondé- « rance irrésistible, qui saura faire un meilleur « emploi de son artillerie; ou plutôt, comme cet cc emploi ne dépend pas seulement du moment de « l’application, ce sera celui dont l’artillerie aura ce reçu la meilleure instruction tactique. »

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