Conférence sur l'hygiène générale [microforme]
Il y a quelques années des Médecins de cette ville, plus soucieux du bien public que de leur intérêt personnel, formèrent le projet de fonder une association portant le nom de Société d'Hygiène de la Province de Québec. S'il se fut agi tout simplement de philantrophes comme vous et moi, la chose aurait été la plus. naturelle au monde, mais des médecins qui s'organisent en croisade pour lutter et combattre contre la maladie, pour empèêcher les maux de toutes sortes qui désolent notre pauvre humanité, c'était là un acte de désintéressement capable de leur faire trouver des admirateurs.
Comme beaucoup d’autres je me suis senti épris de ces grandes vertus, de ces fières concessions des amis d’Esculape ; j'ai taché d’aider et d'encourager leurs efforts pour établir au milieu de vous une organisation destinée à faire tant de bien au peuple sans le secours même de la science médicale. La Société d'Hygiène, Mes Dames et Messieurs, s’est donc for mée et développée au sein de notre ville presqu'à l'insu de vous tous. Depuis trois ans déjà elle déverse ses lumières et son
influence bienfaisante sur un petit cercle intime de savants et d'amis de l'humanité.
Elle a été dotée par les législateurs de notre pays d’une charte d’incorporation qui lui permet d'avoir sa constitution écrite, ses règlements. Comme toutes les sociétés bien organisées, elle a un nom, un sceau commun dont elle ne se sert pas encore par excès de modestie. Elle a aussi, Mes Dames et Messieurs, succession perpétuelle. N'ayant pas actuellement un actif très considérable, elle n’a pas l’intention de mourir afin de ne pas créer de jaloux parmi les héritiers. Elle a le pouvoir de recevoir et de donner, surtout de recevoir. Elle a enfin une entité légale pour me servir du langage du palais.
C'est un corps sans âme, il est vrai, mais elle pense, elle parle et elle agit, car elle a son organe et cet organe, c’est son journal. Ce journal, je voudrais le mettre sous vos auspices et franchement si vos encouragements sont à la hauteur de nos désirs, bien des récettes de ménage et des conseils pratiques trouveront une place d'honneur dans ses colonnes,
Ces remarques préliminaires étaient
nécessaires pour vous faire connaître les débuts de la société et pour vous demander de lui donner l’appui de votre sympathique coopération.
En vous rendant à notre invitation ce soir, vous ajoutez un nouveau gage de succès à notre œuvre.
«+ A laiséance du 10 Mars dernier, on m’a fait l'honneur de me choisir comme le président de la société. En acceptant cette honorable fonction, je sens qu'il me sera bien difficile de rendre justice aux travaux scientifiques que vous poursuivez, mais je comprend, Messieurs les membres, que le but de la société r'’est pas de découvrir les maladies qui affligeut l'humanité.
L’hygiène est une science toute préventive ; elle est là gardienne vigilante et fidèle qui signale l'approche du danger et l’auxiliaire la plus puissante de la médecine ; son œuvre est donc avant tout humanitaire et philantropique. -
C'est une belle et noble mission, que la vôtre, Messieurs. Vous avez pensé qu’elle pouvait faire l’objet de mes soucis et de mes encouragements. Je tacherai de me rendre digne de votre confiance. Au reste, vous voulez bien me faciliter la tache en m'entourant d'officiers actifs et zélés qui ont l'amour de leurs professions et qui s’efforcent depuis longtemps de faire con naître au peuple les principes élémentaires de l'hygiène et d’inspirer aux autorités des reformes urgentes dans l'intérêt de la salubrité publique.
Je ne puis et je ne veux être ici que le président de vos utiles délibérations. Je crois donc que vous avez fait preuve de sagacité, en choisissant comme vice-président pour me remplacer dans mes délicates fonctions, la personne de Monsieur Pfister, notre éminent chimiste et distingué professeur. À l’occasion, c’est lui qui |
devra soumettre à l'analyse, mes conseils quand ils seront erronnés. Le se/ de sa sagesse en passant par l’alambic de nos graves discussions, y formeïa un précipité solide et brillant qui donnera du corps et de la consistance aux éléments divers qui composent notre organisation.
Je m’estime heureux des nouvelles responsabilités imposées à mon inexpérience ; je me flatte que vous me les rendrez utiles et profitables par vos doctes enseignements.
Je ne suis pas pessimiste, messieurs, mais je crois que l'observateur sérieux ne peut manquer d’être alarmé des progrès et des ravages des grandes maladies au sein de notre population. La faute n’en est pas à la profession médicale, elle est toute entière dans notre insouciance à prévenir les causes éloignées et prochaines de le mortalité. A qui appartient la tâche de conjurer le danger et de faire échec à la puissance d= destruction des épidemies terribles qui viennent fondre sur notre pays périodiquement, et arrachent à nos foyers de nombreuses victimes ? Aux amis de l'humanité, à nous tous principalement gens des classes instruites. Cette œuvre, nous pouvons l’accomplir certainement de deux manières, d’abord en donnant nous-mêmes dans la pratique de la vie, l'exemple des sages prescriptions de l'hygiène et de la morale, puis en proclamant hautement la nécessité des précautions sanitaires et les bienfaits des mesures jugées raisonnables par les autorités compétentes pour prévenir les fléaux de toutes sortes auxquels nous sommes exposés.
N'est-ce pas un préjugé populaire que l’observance des règles et des lois édictées pour les temps de danger public est une chose inutile, lorsque la santé de la population est comparativement bonne ?
CoNFÉRENCE SUK L'HYGIÈNE GÉNÉRALE,
N'est-il pas vrai qu'il existe encore au milieu de certaines classes une croyance, tendant à nier les dangers de la conta gion dans une épidémie générale et à fâire négliger les règles de la plus stricte prudence et le soin de l'isolation des malades ?
Nous avons appris par une cruelle expérience que ce sont là des erreurs coupables. L'humanité, diront les insouciants, ne subit pas d'arrêt dans sa course vers sa fin fatale. C’est peine perdue de venir se heurter à la loi inexorable de la nature.
Messieurs, la Providence qui fait germer les générations et qui les courbe égale-
ment quand elle veut dans le silence des |
tombeaux, ne choisit, il est vrai, nil’heure, ni le temps, ni le mode pour arriver à l'accomplissement de ses desseins impénétrables, mais la loi de la conservation de la vie humaine est aussi un précepte divin. N'’est-il pas permis de croire que les peuples de mêmes que les individus sont quelques fois punis et frappés dans leur existence rapide par des coups subits, pour avoir oublié. les avantages et les besoins de l’ordre physique, de même que les préceptes et les devoirs de l'ordre moral ? La science, la raison et l’histoire nous répondent que oui.
L'intérêt de la santé publique et du bien-être privé, le culte, si je puis parler ainsi, des soins hygiéniques, qui consiste dans la propreté du corps et l'équilibre de toutes les facultés vitales de l’homme vivant au sein de la société et de la famille, ne sont donc pas des questions de pure convention, mais au contraire des nécessités qui s'imposent à notre attention.
Le sujet prête, messieurs, aux ensei-
conviendrait pourtant que je vous parle
dans cette circonstance d’affaires pratiques en vous suggérant des moyens propres à éclairer notre population.
Je n'ai pas de conseils à donner ici aux médecins et aux hommes de l’art. En traitant la question d'hygiène, j'ai l’excuse de me trouver sur un terrain neutre où tous les véritables amis de l'humanité ont droit de se rencontrer. Je n’entends pas abuser de mon privilège ; toutefois je me permettrai de vous signaler quelques moyens faciles d'accomplir notre œuvre.
Je signalerai en premier lieu l'importance des congrès publics d'hygiène. Déjà dans des assemblées de notre société, ce projet a été mis à l'étude.
Nous pouvons à Montréal sur un thé âtre moins vaste et moins favorable, réaliser en petit ce qui se pratique en grand avec beaucoup de succès en Europe.
Ces conférences ont pour résultat de combiner les études et les recherches des savants, de comparer et d'approfondir, au moyen de la compilation des statistiques vitales dans les divers pays, les causes des maladies et de la mortalité.
J'ai visité dans mon vovage en Europe une exposition complète des systèmes de drainage, de ventilation et de toutes les inventions les plus récentes se rapportant
jaux intérêts de l'hygiène. Cette exposition
était sous les auspices d'une société comme la nôtre. Je n’ai pu assister aux lectures des conférenciers, mais la partie démonstrative et expérimentale était sous mes yeux. Cela m'a valu toute une conférence.
Je vous invite, Messieurs, sinon à tenir de semblables expositions, du moins à donner des lectures publiques de temps à autre sur ces sujets vitaux. Les citoy-
nements d’une philanthropie sévère. Il|ens instruits et éclairés finiront par se 8 P P | P
familiariser avec vos travaux et l'intérêt | barrières sont comparativement faciles à aidant, l'hygiène se vulgarisera parmi le franchir pour atteindre nos bords. La peuple. navigation est ouverte ; nos relations Notre Journal d'Hygiène Populaire | commerciales avec les contrées infectées vous fournira, Messieurs, un autre moyen | par le fléau, sont vastes et étendues. Tous efficace de populariser votre œuvre et de|les ans, Hochelaga voit dans son port répandre les connaissances nécessaires à | des vaisseau venant du Brésil, faisant le la salubrité générale du pays. commerce de transport de nos bois. Jes Cette excellente publication n'a pas été | Etats-Unis commencent déjà à s'alarmer jusqu'ici assez encouragée. Je vois avec | des progrès de l'épidémie et se préparent plaisir par le rapport de notre dernière|à se prémunir contre la contagion qui assemblée que Monsieur l'Echevin Mount, | menace leur population. Nous devons un de nos médecins distingués, vous a/nous aussi nous hâter d'adopter des promis son influence et l'autorité de sa] mesures préventives sévères afin d’enposition officielle, pour tâcher d'obtenir | rayer le mal dès le début ; avec des préune allocation du Conseil de ville, capa-|cautions hygiéniques à l'intérieur et une ble de défrayer le coût d’un exemplaire | surveillance active aux ports du pays de spécial du journal pour distribution gra-|la part des autorités, il sera possible de tuite ; c'est là une idée pratique. Honneur | diminuer l'intensité et la gravité du danà ce citoyen dévoué et à cet ami de la ger, science. La France a pour ainsi dire échappé au Je ne saurais trop insister sur la néces-|fléau qui a fait tant de victimes en Italie sité de maintenir votre journal et j'invite|et dans le midi il y a quelques années, les hommes de bonne volonté à lui assu-| grâce à sa bonne organisation municipale rer une collaboration efficace. Le Journal, |et à la prudence et aux soins hygiéniques on l’a dit souvent, est le plus puissant | de sa population. véhicule de la pensée humaine. Faisons Le remède, Messieurs, est entre nos violence à l’apathie intellectuelle du public| mains ; les travaux et les études sur l’hyen lui donnant des écrits sérieux, une|giène qui trouvent asile dans les colonnes matière variée et choisie, et à la portée|de notre revue de même que les enseide toutes les intelligences. Avec l’appui| gnements dont nos réunions sont le thégénéreux des gouvernements et des con-|âtre doivent pour être efficaces atteindre seils municipaux, avec une liste replête|les masses et parler au cœur et à la raison d'abonnés, nous ferons des merveilles et| du peuple. C’est surtout par d’utiles et : une concurrence énorme et quasi désas-|courtes instructions, distribuées d’une treuse aux médecins. ° manière intelligente dans les grands cen- Cette question de la diffusion des prin-| tres comme Montréal, qu’il est possible cipes d'hygiène parmi la population est|de réveiller l'attention du public et de une affaire d’urgence ; votre actif et|l’instruire sur ces devoirs. Les sages condévoué secrétaire M. le Dr J. I. Desroches | seils du clergé et la propagande énergique vient de donner la note d'alarme dans le| des chefs d'ateliers ont été pour beaucoup dernier numéro de notre revue. Le cho-|dans la diminution rapide des ravages léra a travervé les Océans et exercé ses | causés par la variole l’an dernier, et il est ravages dans l'Amérique du sud. Les] certain qu'il eussent été bien moins désas-