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Auprès des malades, au milieu des enfants, dans les mansardes, au chevet des agonisants, parmi les pestiférés, sur les champs de bataille et dans les ambulances, dans les pays civilisés, et chez les peuples barbares, les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul seront partout. A Paris, elles garderont le corps de leur père: c’est auprès de lui qu’épuisées de fatigue, elles viendront retremper leur courage et chercher des forces nouvelles. Après deux siècles, elles formeront au sein de l’Eglise une armée de vingt-cinq mille héroïnes, et leur unique ambition sera d’avoir toujours “la modestie pour voile, la miséricorde pour sœur, les pauvres pour famille, la charité pour mère, et, pour toute joie sur terre, la consolation d’essuyer des pleurs !?”
Louis XIV régnait encore quand parut un homme, aussi zélé que savant, qui marcha dignement sur les traces de saint Vincent de Paul : Jean- Baptiste de la Salle. Il conçut un grand projet, ct le réalisa en dépit de mille obstacles. Nous ouvrirons à l'enfance et à la jeunesse, dit-1 à ses amis, des
écoles gratuites, et si, pour réussir, nous sommes
(1) Paroles de saint Vincent de Paul.
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obligés de mendier notre pain, nous le mendierons de grand cœur! Les écoles s’ouvrirent en effet. De la Salle devintle maître et le catéchiste des petits et des pauvres, et fonda cet institut merveilleux des Frères de la doctrine chrétienne, gloire immortelle de l’Egli-
se et dela France!
Tel fut ce règne que tant de beaux génies illustrè-
rent, mais que la charité rendit plus éclatant encore,
Et de notre temps, la France a-t-elle cessé de donner au monde ce magnifique spectacle du dévouement et de la générosité ? Loin de là, messieurs, elle
L1 CL ? L = A \ a produit des merveilles supérieures peut-être à celles du siècle dont nous venons d’admirer la ma-
gnificence.
Je sais que dans son sein ont parfois retenti des doctrines étranges qui tendaient à lui faire abandonner les traditions saintes de son passé. Au nom de la dignité humaine, de prétendus philosophes auraient voulu bannir du langage les mots de bienfaisance et d’aumône, et remplacer la charité canrétienne par la
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philanthropie. Mais ces hommes n'étaient pas la France, et malgré eux, la charité y poursuivit triomphalement son œuvre.
C'était en 1835. Notre mère-patrie se ressentait encore de la violente secousse du siècle dernier. La révolution y avait amoncelé des ruines nombreuses, et l’incrédulité s'était emparée de bien des âmes. Le catholicisme ne rencontrait pas seulement des indifférents, mais des adversaires. Vous n’ignorez pas les chimériques prétentions de plusieurs esprits exaltés. Le règne de la religion était fini. Aux principes évangéliques on voulait substituer les plus extravagantes doctrines, les plus ridicules utopies ; et, malheureusement, une jeunesse se formait, matérialiste, saintsimonienne, fouriériste, déiste comme les professeurs dont elle écoutait les leçons.
Un tel état de choses, on le sent, n’était pas normal ; après avoir engendré dans les cœurs l'inquiétude et la souffrance, il ne pouvait qu’amener une réaction profonde. Déjà Chateaubriand avait rappelé, dans son Génie du Christianisme, les divines beautés et les harmonies sublimes de notre religion ; Lamartine avait
publié ses Méditations, poésie toute nouvelle inspirée
par les plus délicats sentiments de l’âme et les ensei-
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gnements de Ja foi; et bientôt, sous les voûtes de No-
tre-Dame, des milliers d'hommes allaient tressaillir
aux accents enflammés de ce prophète nouveau qui se
R. ! nommait Lacordaire. La littérature et la foi allaient
done travailler de concert à cuérir la France.
14 Muis, entre les chants de Lamartine et les confé- : rences de Notre-Dame, Dieu voulut placer une Î grande œuvre de charité ; entre le poète et l'orateur, il suscita un apôtre. l d L’apôtre, talent brillant, cœur ardent et généreux, | si t
digne fils de Vincent de Paul, n’était ni religieux, ni
prêtre : il s'appelait Frédéric Ozanam, et il avait à
peine vingt ans.
S'unissant à quelques jeunes gens de son âge, il
résolut de prouver à son siècle et à sa patrie que le
atholicisme n’était pas mort ; il laissa les novateurs
développer leurs théories réformatrices, et se fit l’ami
et le consolateur des pauvres.
La charité est belle en quiconque l’accomplit, a
dit Lacordaire ; elle est belle dans l’homme mûr qui
retranche une heure à ses affaires pour la donner
aux affaires de la souffrance ; elle est belle dans la
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femme qui s'éloigne un moment du bonheur d’être aimée, pour porter l’amour à ceux qui n’en connaissent plus que le nom, mais c’est dans le jeune homme qu'elle apparaît tout entière, telle que Dieu la voit en lui-même au printemps de son éternité, telle que Jésus la voyait, au jour de son pèlerinage, sur le front de saint Jean.”
Le jeune Ozanam se mit à l’œuvre sans s'occuper des railleurs ni des sceptiques, et fonda à Paris ces sociétés de Saint-Vincent-de-Paul qui devaient bien-
tôt se répandre dans l’univers entier.
Secondé dans son entreprise par de nobles cœurs, il ne cessa de donner lui-même lexemple du plus magnanime dévouement. Malgré les dix heures qu’il consacrait chaque jour aux études sérieuses, malgré les travaux que nécessitait son professorat, il trouvait le loisir de visiter les mansardes des indigents, et d'aller partout où il y avait une misère à secourir, des larmes à essuyer, des âmes abattues à relever. Il gravissait avec amour ces escaliers des pauvres, se souvenant que son père et sa mère, jusque dans
leur vieillesse, les avaient gravis avant lui.
Son apostolat fut béni de Dieu. Il put voir lui-
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même l’humble arbrisseau qu'il avait planté devenir un arbre immense, dont l'ombre bienfaisante ne tarda pas à couvrir l’Europe et le monde. Vingt années plus tard seulement, à Florence, se reportant vers sa jeunesse, il rappelait avec une modestie touchante les débuts de son œuvre, et exprimait en ces termes
le bonheur dont son âme était remplie :
“Je me rappelle que, dans le principe, un de mes bons amis, abusé un moment par les théories saintsimoniennes me disait avec un sentiment de compassion : “Mais qu'espérez-vous donc faire? Vous êtes huit pauvres jeunes gens, et vous avez la prétention de secourir les misères qui pullulent dans une ville comme Paris ! Nous, nous élaborons des idées et un système qui réformeront le monde et en arracheront la misère pour toujours ! Nous ferons en un instant pour l’humanité ce que vous ne sauriez accomplir en plusieurs siècles.”—Vous savez à quoi ont abouti les théories qui causaient cette 1lfusion à mon pauvre ami! Et nous, qu'il prenait en pitié, au lieu de huit, à Paris seulement, nous sommes deux mille, et nous visitons cinq mille familles, c’est-à-dire environ vingt
mille individus, c’est-à-dire le quart des pauvres que
renferment les murs de cette immense £<ité. Les Con-
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