‹ Conférence sur la charité [microforme]Chapitre 17 sur 22 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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Et en effet, six mois après, monseigneur de Laval

était mort.

Monseigneur de Saint-Vallier qui lui avait succedé, semblait avoir hérité de sa charité en héritant de

ses pouvoirs.

Il fonde à Québec un nouvel hôpital, lui dédie ses revenus, en fait son palais épiscopal, et y remplit même pendant plusieurs années les fonctions d’aumônier. Que dis-je ? il n'est peut-être pas une sœur hospitalière qui porte plus loin que lui l’amour des pauvres malades. Combien d'heures ne passe-t-il pas chaque jour à leur chevet! Illes plaint, les encourage, les accommeoñle dans leur lit, essuie leurs sueurs, leur rend les services les plus rebutants et les aide à bien mourir !

Des fièvres contagieuses éclatent-elles, le prélat au lieu de craindre et de se prémunir contre la maladie, redouble de dévouement. On a beau le supplier de se ménager et de ne pas exposer sa vie; on a beau lui représenter que de si humbles offices ne conviennent pas à un évêque, voici son admirable

réponse: “Je ne crains pas d’avilir mon sacerdoce

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en exerçant la charité tant recommandée par Celui qui a adopté les pauvres pour ses membres ; quant à ma santé. il y a longtemps que je l’ai sacrifiée pour

mon troupeau ! ?

“Non, dit son panégyriste, le père de la Chasse, ni les palais des rois, ni leurs appartements superbes, ni leurs jardins délicieux, n’eurent jamais pour lui les mêmes charmes qu’il trouvait ici en visitant les salles de ses pauvres... parce qu’ii les regarda toujours avec les veux de la foi. Jamuis en faisant les fonctions d’aumônier de son prince, il n'avait senti le même goût, le même agrément, la même satisfaction intérieure qu'il trouvait ici à servir de chapelain à ses pauvres. Il s’estimait bien plus heureux et plus honoré de les desservir, de leur dire la messe, dans son hôpital, comme le plus simple prêtre... que lorsqu'à l4 tête de son clergé vénérable, en qualité d’évêque, il officiait pontificalement dans la cathédrale de son diocèse, avec cet air de noblesse et de

dignité que nous lui avons connu.” ff]

(1) Voir le magnifique ouvrage sur Mgr de Saint-Vallier et l’'Hôpital-Général de Québec, p. 243 et 245. Ce volume, paru récemment, devrait se trouver dans la bibliothèque de toutes nos familles canadiennes.

Et après une vie s1 bien remplie et si féconde, voulez-vous savoir le testament de monseigneur de Saint- Vallier aux vierges dévouées qui doivent perpétuer son œuvre ? L'histoire ecclésiastique tout entière ne nous fournit guère de plus belle parole, ni de plus héroïque sentiment: “ Mes filles, dit-il, oubliez-moi après ma mort, mais n'oubliez pas mes pauvres.”

Ah! vertueux pontife, je ne vous quitterai pas sans vous adresser les éloquentes protestations qui retentirent sur votre cercueil, dans la chapelle même

de cet hôpital dont vous étiez le père: “ Vos enfants

se souviendront toujours, et de vous, et de vos pau-

vres.. De vous, parce que vous vous êtes souvenu

d'elles, parce que vous avez pensé à elles, parce que

vous avez tout fait pour elles; de vos pauvres, parce

qu'ils sont vos pauvres, et que tout ce qui vous aura

appartenu, ne pourra jamais leur être indifférent,

D'ailleurs... si l’on pouvait jamais oublier dans cet

Hôpital-Général tant de marques sensibles de vos

grâces et de vos bienfaits, toutes les pierres de ce

vaste édifice ne se lèveraient-elles pas pour parler, et

ne seraient-elles pas toutes comme autant de.bouches

qui, en publiant hautement vos dons... reproche-

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raient à tous les cœurs ingrats leur peu de reconnaissance et leur insensibilité ? ? M

Voilà, messieurs, quelques-unes des gloires de notre berceau ! Désormais, le Canada n’oubliera pas ces grandes leçons et ces magnanimes exeraples, et, grâce aux encouragements de ses évèques, à la générosité des familles et au dévouement de ses enfants, il verra se multiplier, dans les villes et les camipagnes, des asiles pour toutes les souffrances et toutes

les infirmités.

Je ne puis parcourir toutes les phases de ñoire hisvoire, mais il ne serait pas juste de ne point proposer en ce moment à votre admiration la fondatrice de nos Sœurs Grises, madame d’Youville, cette Canadienne à qui Varennes se glorifie d’avoir

donné naissance.

Pendant longtemps elle travailla comme la dernière

des servantes, afin de gagner la nourriture des pau-

°vres, puis, s’adjoignant quelques pieuses amies, elle

(1) Mgr de Saint- Vallier, etc., p. 279,

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s'engagea pour jamais avec elles à secourir les infirmes, les indigents et les vieillards. Les enfants abandonnés étaient aussi l’objet de sa sollicitude et de sa compassion, Un jour d’hiver, elle aperçoit sur un étang gelé le corps d’un nouveau-né qu’on avait eu la barbarie d’y jeter. L’innocente victime avait encore dans la gorge le poignard qui lavait fait mourir, et ses petites mains levées sur la glace semblaient demander justice d’un si horrible forfait. {1 A cette vue, madame d’Youville fond en larmes, et s’écrie, le cœur navré de douleur : “ Pauvres petites créatures ! c’est ainsi qu’on les abandonne et qu’on leur enlève

la vie! Eh bien, je serai moi-même leur mère ! ?” »

Elle tint parole. Sa communauté, depuis qu’elle est fondée à Montréal, a recueilli de partout plus de trente mille enfants, et si, naguère, vous aviez visité dans cette maison le grand dortoir si bien nommé par la charité une crèche, en souvenir du mystère de Bethléem, une sœur vous y aurait dit que près de dix-huit mille lui étaient passés par les mains. Cette

mère selon la grâce de tant d’orphelins, cette insigne

(1) V. L'abbé Faillon, Vie de Madame d'Youville, p 186

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bienfaitrice, qui vécut ignorée du monde, vient d’aller

recevoir au ciel le prix de ses labeurs et de ses vertus.

Nous gardons avec reconnaissance, messieurs, le souvenir du dévouement dont les généreuses filles de madame d’Youville nous offrirent le spectacle en des Jours de calamité publique. C'était en 1847. Des milliers d’immngrants irlandais, en abordant sur nos ri ages, virent une fièvre des plus contagieuses éclater parmi eux. À la Grosse-[le, à l'hôpital de la marine de Québec, ces infortunés se comptaient par centaines. Notre clergé, vous le savez, vola à leur se- COUTS ;

die, et cinq eurent même la gloire de succomber au

vingt-cinq prêtres furent atteints de Ia malamilieu de leurs travaux apostoliques.

À Montréal, l'épidémie ne sévissait pas avec moins de fureur. Les abris où étaient déposées les familles inmmigrantes ressemblaient à de vastes tombeaux ; on n’entendait partout que des gémissements et des plaintes, la mort faisait chaque jour de nombreuses victimes. Les Sœurs Grises accourent alors aux ambulances, soignent les pestiférés jour et nuit, jusqu’à l'épuisement total de leurs forces, et bientôt l’ange

du Seigneur écrit les noms de sept d’entre elles dans

le livre des martyrs de la charité. 11 Montréal n’oubliera jamais, dit un écrivain de ce temps, le touchant spectacle offert par ces âmes généreuses qu’on voyait chaque jour traverser nos rues pour voler au martyre, avec plus de véritable joie que le monde n’en vit jamais dans ses partisans pour aller à ses fêtes ou courir à ses spectacles.” ®)

C’est en faveur des filles de madame d’Youville que j'ai parlé ce soir. Depuis longtemps, messieurs, vous les voyez à l’œuvre parmi vous : faire leur éloge me semblerait superflu. Je dirai seulement que non contentes de secourir le malheur, elles enseignent aux

orphelins mêmes dont elles prenneni soin la pratique

(1) On peut voir dans l’église de Bon-Secours, à Montréäl, une toile remarquable due au pinceau de M. Théophile Hamel, représentant les scènes navrantes de lépidémie de 1847. Les Sœurs Grises y figurent au premier plan.

Les Religieuses de l'Hôtel-Dieu et celles de la Providence se portèrent aussi avec un zèle admirale au soin des malades et des mourants. Ces deux communautés eurent chacune trois sœurs qui succombèrent dans l’exercice de leur dévouement. Mgr Bourget donnait l'exemple, et visitait les ambulances à la tête de ses prêtres.

(2) Les Servantes de Dieu en Canada, 1853, p. 138.

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d’une tendre charité. Je n’en citerai qu’un exemple

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Au lendemain de Pincendie qui détruisit une partie si considérable du beau faubourg Saint-Jean, et plongea tant de familles dans le deuil, toute notre population s’émut, nos hommes d'Etat votèrent avec empressement des subsides, la France fit entendre de sympathiques paroles et nous ouvrit généreusement ses trésors. Mais quels étaient donc ces jeunes enfants qui, au milieu des ruines fumantes, venaient secourir de pauvres gens sans asile? C’étaient des orphelins et des orphelines des Glacis : (N° ils voulient partager avec leu, ‘‘enfuiteurs de la veille le

pain qu'ils en avaient reçu !

Messieurs, il est temps de conclure cet entretien,

ou plutôt ce long traité de la charité chrétienne.

Notre patrie grandira, et ce n’est n1 orgueil, ni présomption, il me semble, que de lui prédire un avenir

brillant. Mais lorsqu'elle sera sillonnée en tous sens

(1) Nom de l'endroit où est situé l’hospice des Sœurs de la Charité.

par les chemins de fer, lorsque ia colonisation aura reculé les limites de nos diocèses, lorsque les capitaux de la France auront produit leurs effets bienfaisants, lorsque le commerce et l’industrie auront atteint le plus haut degré de prospérité, alors encore, se vérifiera la parole que dix-neuf siècles n’ont jamais prise en défaut: il y aura toujours des pau-

vres parmi nous.

Je l’ai dit, et je le répète avec bonheur: les pauvres sont en honneur, les malheureux sont aimés et secourus au milieu de nos populations chrétiennes. Que d'institutions, que d'œuvres magnifiques la charité n’a-t-elle pas fait éclore en leur faveur dans ces dernières années ? N'est-ce pas par milliers que nous comptons les vierges dévouées qui leur consacrent leurs travaux et leur vie? Outre nos Sœurs Grises et nos Hospitalières, dont j'ai parlé, nous avons leurs dignes émules, les Sœurs de la Providence, les Sœurs de la Miséricorde, les Sœurs du Bon Pasteur. Dans le monde, il nous est doux de contempler les Conférences bénies de $Saint-Vincent-de-Paul, et ces nombreuses sociétés de dames charitables si bien connues des indigents et des orphelins.

Nous possédons des hospices pour les vieillards,

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des hôpitaux pour les malades et les incurables, des salles d'asile, des maisons pour les sourds-muets et les aveugles, des crèches pour les petits enfants abandonnés dès leur naissance, des refuges pour la faiblesse et le repentir: voilà, messieurs, nos plus splendides monuments nationaux! Dieu seul connaît le

bien qui s’y opère dans l’abnégation et le sacrifice.

Favorisons donc toujours ces grandes œuvres de bienfaisance chrétienne ; n'oublions ni les préceptes ni les exemples de nos pères ; continuons nos nobles traditions de famiile ; ne nous lassons pas de soulager les pauvres, et qu’à notre charité, l'étranger reconnaisse toujours en nous les fidèles enfants de l’'E-

glise et de la France !

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