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Monseigneur, (4)
Excellence, ? Mesdames, Messieurs,
"AI répondu avec un véritable bonheur à | l'invitation que l’on m'a faite, de donner | une conférence au profit de nos chers or- | phelins ; car comment ne pas se réjouir de venir en aide à ces petits anges privés, pres- | que à leu” entrée dans la vie, de la douce
| protection et des caresses des auteurs de leurs jours ?
C’est donc en leur faveur, messieurs, que je viens ce | soir vous adresser quelques paroles: puissent-elles partir de mon cœur pour aller au vôtre !
(1, Mgr E. A. Taschereau, archevêque de Québec.
| (2) L’honorable Théodore Robitaille, lieutenant-gouverneur
| de la province de Québec.
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Mais avant de traiter le sujet que j'ai choisi, laissez-moi vous raconter une histoire que je n’ai puisée
ni à l'étranger, ni dans les annales du moyen-âge.
Un jour, il y a une quarantaine d’années, uans nos
cantons de l’est, une diligence s’arrêtait devant un
bresbytère. Le curé était absent, mais le conducteur ;
a, et, 8 dre qu'il avait reçu, déposa, avec une
entra, et, sur l’ordre qu'il avait reçu, d , vec une
petite malle, une enfant d'environ quatre ans: puis
il continua sa route.
D'où venait cette enfant ?
Elle était née en Irlande, et, à peine âgée de deux ans, elle avait émigré au Canada, avec sa famille qui était très pauvre. Ici, elle avait eu la douleur de perdre son père. Le prêtre missionnaire de l'endroit, qui était allé ,orter au malade les secours de la religion, touché du sort qui attendait bientôt la petite fille, avait promis d’être son protecteur. Par malheur, l’orpheline avait ensuite été confiée par sa mère à un ministre qui n'avait pas sa foi. Alors le prêtre la réclama, fitadmettre ses droits, et la pauvre enfant fut
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| | H | SUR LA CHARITÉ 11 re Nr de | je | ainsi envoyée dans cette maison, où elle devait ren- ! * 8 contrer un père qui veillerait sur ses jeunes années, k Mais hélas! presque au même instant, passait une femme, une folle qui menait la vie la plus misérable à travers les campagnes et les forêts. Elle vit la petite fille dans le jardin du presbytère, et forma le projet ! « hs . #| | de l'enlever. Elle s'approche donc, lui fait signe de la 4 À ; ; : vi | suivre, et, la prenant par la main, disparaît avec elle. k | . 14 De retour chez lui, le prêtre aperçoit bien la valise sl + . 1 #1 sur laquelle est écrit le nom de l’orpheline. Mais. ‘| l’orpheline, où est-elle ? vérs quels heux cette femme le | a-t-elle dirigé ses pas ? II l’ignore, et personne ne \. peut le lui apprendre. Il fait faire de nombreuses | recherches ; tout est inutile: sa petite protégés ne reparaît pas. if | | | f Plusieurs années se passèrent. l D.
Le prêtre avait été transféré à Saint-Raymond ; : | . , ‘ . ie mais souvent sa pensée se reportait vers les campa- N gnes qui avaient eu les prémices de son zèle, et il À | ‘| éprouvait un serrement de cœur chaque fois qu'il | | songeait à la pauvre enfant qu’on lui avait ravie. 4 | Dieu lui ménageait cependant une grande consola- 4] | 4 | 4
Eu Pie x $ 12 CONFÉRENCE ne
tion. Un jour, il reçoit une lettre de Saint-Antoine de Tilly, et la seule vue de la signature lui fait ver-
ser une larme d’attendrissement.
L’orpheline vivait encore ....et c'était elle-même qui lui écrivait, pour lui dire sa reconnaissance, lui parler de ses malheurs, et lui demander des renseignements sur sa mère qu'elle n'avait jamais revue,
hélas! depuis ses premières années.
Comment dire la joie du bon prêtre? Il avait hâte de voir cette enfant dont il avait autrefois promis d’être l’ami tutélaire, de lui entendre raconter sa vie,
de la bénir.
Bientôt, il eut l’occasion de rencontrer le curé de Saint-Antoine, et lui dit tout ce qu’il connaissait de l’enfance de la jeune fille: sa misère, les dangers qu'elle avait courus, son apparition à son presbvtère,
et son mystérieux enlèvement.
Quant à sa mère, elle était peut-être morte, ou bien, se voyant seule sur une terre étrangère, elle était re-
tournée dans sa patrie.
Alors le curé de Saint-Antoine tout ému :
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‘ Ecoutez, maintenant, dit-il. le reste de l’histoire.
‘ Pendant longtemps, votre petite orpheline a partagé la vie errante de la femme qui lPavait volée. Que de pleurs elle à versés ! Combien n’a-t-elle pas souffert du froid et de la faim! Parfois même, elle fut cruellement battue lorsqu'elle ne plaisait pas à sa marâtre. Mais 11 v avait au ciel, un ange qui veillait sur ses jours ; et Dieu, en permettant qu’elle connût de si cruelles douleurs, n’agissait pas sans de
miséricordieux desseins.
Après avoir traversé plusieurs villages, la folle était arrivée dans ma paroisse avec Penfant, et, toutes deux se trouvaient chez le meunier, lorsque vint un
de mes bons paysans.
“Celui-ci, charmé des grâces de la pauvre petite, et attendri à la vue de sa misère, manifesta le désir de Pemmener chez lui. La folle la lui céda, et le paysan
revint Joyeux à sa maison avec son trésor.
“Son épouse ct lui adoptèrent la chère enfant qui. plus tard, envoyée dans un couvent de Québec, fit de brillantes études. Maintenant, elle est institutrice
dans ma paroisse, mais bientôt, j'en suis sûr, elle se
consacrera à Dieu dans la vie religieuse.”
14 CONFÉRENCE Les ceux prêtres ne purent se quitter sans admirer les soins maternels dont les petits de la terre sont
Pobjet de la part de la Providence.
De retour chez lui, le bon curé de Saint-Antoine alla voir les parents adoptifs de la jeune orpheline, et leur raconta toute l’histoire de celle qu’ils appe
la nt leur fille chérie.
Ses deux auditeurs étaient suspendus à ses lèvres. Ce récit leur semblait si extraordinaire ! Ils allaient de surprise en surprise, et ne furent pas longtemps
sans soupçonner le dénoûment.
—Mais c’est l’histoire de notre enfant ? s’écrièrent-
ils.
— Vous lPavez dit, reprit le prêtre.
Alors, reconnaissants et attendris, les deux fervents chrétiens se jettent à genoux, et, les yeux pleins de
larmes, prononcent ces touchantes paroles :
—OQui, Marie appartient à Dieu! Qu'il la prenne, nous la lui donnons de grand cœur : elle sera la con-
solatrice des malheureux et des abandonnés.
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Dieu la prit en effet ; elle devint sœur de charité, et reçut en religion un nom illustré jadis par un
grand roi de France qui fut un grand saint.
Aujourd’hui, messieurs, les deux prêtres sont morts, mais celle qu’ils entourèrent de leur pater-
nelle sollicitude vit encore, et vous la connaissez tous.
À quelques pas de nous est une maison que vous aimez, et que votre générosité soutient. C’est là que vous la trouverez, à la tête d’une communauté fervente et dévouée, au milieu de nombreux orphelins qui appellent leur mère. C’est entre ses mains, et pour secourir sa chère famille, que sera déposée la recette de cette soirée. Tous ces petits enfants, soyezen sûrs, prieront pour vous, et, en leur nom, mesdames et messieurs, laissez-moi vous remercier du fond
du cœur ! NH]
(1) Nous pouvons garantir l’authenticité de cette touchante histoire dont nous n'avons voulu raconter ici que les principaux détails. Les deux prêtres étaient le révérend M. Robson et le révérend M. Louis Proulx. Celui-ci surtout aimait à parler de sa protégée ; et alors, nous a-t-on dit, ses yeux se mouillaient de larmes. Ni humble héroïne de notre récit vient à parcourir ces pages, nous la prions de nous pardonner de lavoir mise en scène. Ces faits merveilleux, sa modestie, sans doute, aurait préféré les
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C’est la charité qui nous réunit en ce moment, c’est elle aussi qui fera l’objet de cet entretien :
nee La charité que le pauvre idolâtre !
Mère de ceux pour qui la fortune est marûtre,
Qui relève et soutient ceux qu’on foule en passant,
Qui, lorsqu'il le faudra, se sacrifiant toute,
Comme le Dieu martyr dont elle suit la route,
Dira : “ Buvez ! mangez! c’est ma chair et mon [sang.”
Le sujet est vaste et splendide : j'en parlerai, sinon avec éloquence, au moins avec amour, encouragé, messieurs, par votre sympathie ; encouragé surtout par la présence du premier représentant de l’autorité civile en notre province, et par celle de notre digne archevêque, dont un hospice ouvert à toutes les souffrances, l’hospice du Sacré-Cœur, redira le nom et Ia
générosité À nos petits neveux.
tenir secrets, ou ne les révéler que dans l'intimité de son monastère, pour l’édification de ses sœurs ; mais, n’était-il pas bon de les divulguer, afin d'engager les âmes à bénir la Providence, la divine mère des orphelins ?
(1) V. Hugo : Pour les pauvres.
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Ne craignez point que je vienne faire un sermon, je ne voudrais pas prêcher à de parfaits convertis.
Nous poserons le mystérieux problème de l’exis-
tence de la pauvreté et de la misère ici-bas.
Comment l'antiquité l’avait-elle envisagé et com-
pris ?
Comment le christianisme l’a-t-1l résolu à son tour ?
Questions vitales, qui vont nous mettre en présence des grandes œuvres produites dans le monde par la charité, vertu divine arrosée sur le Calvaire par le sang d’un Dieu, vertu ignorée des plus beaux génies
de la Grèce et de la Rome païennes,
Messieurs, vous l’admettrez avec moi, la charité a tracé dans l’histoire des pages vraiment sublimes : les martyrs en ont-ils écrit de plus belles, même avec leur sang ? Si nous contemplons nos propres annales, comme nous les voyons resplendir dès notre berceau de l’éclat de cette admirable vertu !
Et n’avons-nous pas la consolation de constater que, de nos jours même, cet astre bienfaisant éclaire
encore notre route ?
Oh} oui, parler de lacharité, ce n’est pas seulement traiter un sujet qui, naturellement, trouve sa place dans nos chaires chrétiennes, mais c’est aussi faire vibrer tous les sentiments de notre jeune nationalité, L'amour des pauvres remplit le cœur de l'Eglise ; il fut dans tous ies temps la marque distinctive des saints. Eh bien! nous le verrons briller dans ces âmes héroïques qui fondèrent notre patrie, et nous
ransmire e noble désir d’iruiter leurs actions. transmirent le noble désir d’iraiter leu t
Chez tous les peuples, messieurs, à tous les âges, et sous tous les gouvernements, ilest un fait qui s'impose à notre observation: c’est l’inégale répartition des biens de ce monde. Aucune législation n’esi parvenue à la détruire ; elle a été plus forte que tous les systèmes et toutes les utopies. La richesse n’a cessé d’être le partage du petit nombre; les indigents, ceux qui souffrent, ceux qui, souvent, n’ont pas de pain pour se nourrir, ont toujours formé une grande partie de
l'humanité. Sur la terre, comme l’a dit un pote ,
Au banquet du bonheur, bien peu sont conviés.
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