‹ Conférence sur la charité [microforme]Chapitre 3 sur 22 · TERESA · texte numérisé non relu

TERESA

C’est l’histoire des siècles passés, c’est l’histoire de

ent

es notre temps, ce sera aussi, n’en doutons pas, celle de

ei l'avenir. Que les réformateurs écrivent, s'ils le veu- u

té lent, au frontispice des monuments nationaux, Île 4

grand mot d'égalité : la loi que porta le législateur

) . + , suprême n’en aura pas moins son cours ; et linfor-

les

. tuné sans argent et sans asile, obligé de mendier pour

ee ne pas mourir, sourira de pitié, en contemplant cette

affirmation mensongère gravée sur la pierre au nom

d’une prétendue philanthropie.

Ni la science, n1 la force, ni Pindustrie, ni même le zèle n’empêcheront les maladies, la mort et le crime d'exercer leurs ravages au sein des sociétés ; et la maladie engendrera la misère et la souffrance, la

mort fera des veuves et des orphelins, le crime fera

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des malheureux et des abandonnés.

Libre à la philosophie de discuter ce mystère, mais

> le il lui faudra commencer par l’admettre ; et, pour le qui comprendre, elle devra revenir à l’enseignement de

ce petit livre admirable qui a nom le catéchisme.

Et que proclame-t-il cet évangile de l'enfance? Ah!

c’est que tout ne se passe pas pour l’homnie entre le

perceau et la t c’es au delà de la mort comberceau et la tombe, c’est qu’au del

mence une vie où se rétablit l’ordre parfait, c’est que la vie présente est à la fois une épreuve et une expia-

tion.

Mais, suflirait-il à la sagesse de raisonner sur les misères et les souffrances humaines, d’en reconnaître Pimpérieuse nécessité, et de pouvoir en assigner la cause ? Evidemment non. Leur soulagement doit nécessairement entrer dans l’ordre de la Providence. Serait-ce donc en vain que l’homme aurait reçu le grand don de pleurer et de s’émouvoir ? Serait-ce en vain que dans sa poitrine battrait un cœur capable d’attendrissement et d'amour? Il serait criminel, s’il restait insensible en présence du malheur; impuissant à le bannir de la terre, il est de son devoir

de le secourir.

La richesse, messieurs, à une mission sacrée, com me l’éloquence que Dieu place sur les lèvres de son prophète, comme la science qu’il communique à ses docteurs, comme l’auguste autorité dont il investit ses pontifes ; et cette mission est de venir en aide à linfortune, de sécher les pleurs, de donner à l’indigent la subsistance corporelle, et de rendre le courage aux cœurs désespérés. Malheur aux grands lorsque,

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sur le seuil de leur maison prospère et joyeuse, un vieillard

Tout roidi par l'hiver, en vain tombe à genoux ; Quand les petits enfants, les mains de froid rougies,

Ramassent sous leurs pieds les miettes des orgies !

Lazare à toujours son tour, et l’on ne méprise pas

impunément ses supplications et ses larmes !

Cette doctrine, messieurs, expression fidèle de vos sentiments, est, nous pouvons le dire, la doctrine de tous les peuples chrétiens. Il s’est opéré dans le monde une telle transformation depuis dix-neuf siècles ; la charité est devenue si naturelle au cœur, que les plus belles œuvres de dévouement excitent notre admiration et notre sympathie, mais ne nous étonnent pas. Sous les haïllons qui le couvrent, le pauvre est pour nous un frère à qui nous aimons à tendre la main. Nous sommes habitués à voir auprès du lit des malades, la nuit comme le jour, cet ange de patience et de bonté que nous appelons une Sœur ; nous ne sommes pas surpris que des orphelins retrouvent des

mères tendres et d:vouées chez des femmes dont ils

ignorent même le nom ; nous avons à cœur d’aider

à la construction de ces asiles destinés à recueillir le dénûment, le repentir, et la faiblesse; de nobles dames mettent de l’émulation à confectionner de leurs mains des habits pour les pauvres, et des hommes de condition vont, en plus grand nombre qu’on ne le croit, visiter les mansardes qu’habite la misère

pour y laisser le superflu de leurs biens.

Les poëtes croiraient manquer à leur mission, s'ils ne s’attendrissaient sur l’indigence, et s'ils ne célébraient, dans leurs vers, les immenses bienfaits de la

charité.

Ecoutez comment l’un d’eux, que j'ai déjà cité, M. Victor Hugo, au temps de sa vraie gloire, peignait

cette vertu céleste

aux yeux de douceur, Au front crédule, et qui ressemble

A la foi dont elle est la sœur.

Au lit du vieillard solitaire, Elle penche un front gracieux ;

Et rien n’est plus beau sur la terre,

Et rien n’est plus grand sous les cieux,

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Le UE Prec

| SUR LA CHARITÉ 23 Lorsque, réchauffant leur poitrine Entre ses genoux triomphants,

Elle tient dans sa main divine

Les pieds nus des petits enfants.

Elle va dans chaque masure, Laissant au pauvre réjoui,

Le vin, le pain frais, l’huile pure, Et le courage épanoui.

Puis elle cherche au coin des bornes, Transis par la froide vapeur, ait Ces enfants qu’on voit nus et mornes Et se mourant avec stupeur.

Oh! voilà surtout ceux qu’elle aime,

me

Faibles fronts dans l’ombre engloutis, Parés d’un triple diadème,

Innocents, paures, et petits. [3

(1) Dieu est toujours là.—Jamais le poète ne fut plus éloquent, ni plus sublime, que lorsqu'il puisa ses inspirations dans le christianisme, lorsqu'il plaida la cause du maïiheur, lorsqu'il chanta les grâces de l'enfance, et les charmes de la vertu. Nous 4 ne craignons pas de le citer souvent dans ces pages. Ilent, il est 1h vrai, ses erreurs et ses fautes ; il a même insulté, blasphémé les À

L'auteur des Méditations et des Harmonies, compose pour un hospice de charité la cantate la plus suave, et dans le bel Hymne de lPenfant à son réveil, il a bien soin d'accorder le plus touchant souvenir aux pau-

vres et aux infortunés :

Donne au malade la santé, Au mendiant, le pain qu'il pleure, À orphelin une demeure,

Au priscunier la liberté.

Il n’est presque point de poète contemporain qui n'ait consacré quelques uns de ses chants à solliciter la générosité des riches en faveur de la souffrance ; et, pour ne pas multiplier les citations, je ne vous lirai que ces vers qui semblent un écho fidèle des chaleureuses exhortations des Pères de l’Eglise. Ils

sont de Turquety :

plus chers objets de notre foi et de notre amour; malgré cela, cependant, nous ne pouvons oublier les vers immortels tombés de sa plume, et nous ne flétrirons pas la couronne qui orna jadis son front,

si rh bat os cé Ph me Ent né

cede son

SUR LA CHARITÉ 25 Pitié pour le vieillard dont la tête s’incline ! Pitié pour l’humble enfant ! pitié pour l’orpheline Qu'un peu d’or ou de pain sauve du déshonneur ! Is sont là; leur voix triste essaie une prière: Dites, resterez-vous aussi froids que la pierre

Où s’agenouille la douleur ?

Je le demande au nor de tout ce qui vous aime,

Je le demande au nom de votre bonheur même,

Par les plus doux penchants, et par les plus saints [nœuds ;

Et, si ces mots sacrés n’ont pu toucher votre âme,

S'il faut un nom plus grand, chrétiens, je le réclame

Au nom du Christ pauvre comme eux.

Mais il n’en à pas toujours été ainsi; un pareil langage et de tels spectacles étaient inconnus au monde, avant que la croix parût sur le Calvaire. Alors, les cœurs ne semblaient guère ouverts aux sen-

timents de la commisération et de la tendresse.

(1) Souffrances d'hiver,

L'homme ignorait ce que c'était que le prochain ; il ignorait encore davantage que, dans le plus humble et le plus rebuté de ses semblables, 1l devait voir un

frère.

Je sais bien que l’on pourrait citer dans les siècles païens de belles paroles, des traits de générosité, des acticns bienfaisantes : l’image de la divinité ne pouait complètement périr sur la terre, et le cœur humain eut ses heures de dévouement, comme la raison

eut ses éclairs de vérité.

Mais ce furent 1à de nobles exceptions. Cette civilisation superbe eut pour caractère général et dominant, un égoisme révoltant envers les misérables ; et en dépit de la gloire qu'elle à conquise dans les arts et dans les lettres, elle ne peut faire oublier le stigmate honteux dont l’a marquée saint Paul, en lappelant une civilisation “sans amour et sans entrail-

les.” 1]

Parcourez les annales qu’elle nous à transmises,

vous resterez stupéfaits. Vous y verrez un sentiment

(1) Ep. aux Rom., chap. FT. v. 31.

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