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honneurs, plaisirs, ils sacrifient tout, et mettent leur félicité à soigner de leurs mains les plus repoussantes
misères.
Bientôt s'élèvent, pour les étrangers, pour les vieillards, pour les enfants, de nombreux asiles qui arrachent aux ennemis du christianisme des cris d’admiration. Et ces ennemis eux-mêmes, on en prend soin, on les secourt, on s’attendrit sur leur misère, à tel point que Julien l’Apostat s’écrie, en frémissant de honte : Les chrétiens nourrissent leurs pauvres ; n'est-ce donc point assez? Faut-il leur laisser la gloire
de soulager encore les nôtres ? ?
Je ne fais que saluer, messieurs, ces premiers siècles du catholicisme, mais pourrais-je m'en séparer
sans rappeler l’immortelle parole du diacre Laurent?
Sommé par le préfet de Rome de livrer les trésors de l’Eglise, pour relever les finances de l’empereur, le jeune homme avait demandé trois jours, afin d’en dresser le compte. Pendant ce temps, il parcourt la ville, et réunit aux portes du temple des mendiants,
des estropiés et des boiteux.
“ Venez, dit-il alors au préfet, venez voir les ri-
chesses de notre Dieu, le portail orné de vases d’or,
les talents accumulés sous le porche.”
Le préfet accourt. Au spectacle de ces infirmes gémissants et de ces hommes en haillons, il recule épouvanté ; mais ilentend le jeune diacre lui dire, en lui désignant ses pauvres: “ Je vous ai promis de
vous faire voir les trésors de l’Eglise..……. les voilà ! ?”
La mère des Gracques ne parut ni plus heureuse, ni plus fière, lorsqu'elle dit en montrant ses deux fils : “Ce sont là mes bijoux et mes ornements.”
Et ces merveilles, messieurs, se perpétueront à tra-
vers tous les âges.
Un grand prélat, saint Jean l'Aumônier, en montant sur le trône épiscopal d'Alexandrie, appellera les pauvres ses seigneurs et ses maîtres, 11 leur consacrera ses biens et sa vie, et sur son lit de mort il dictera ce testament sublime : “ Je vous rends grâces, à mon Dieu, de ce que vous avez exaucé ma prière, et qu’il ne me reste plus qu’un tiers de sou, quoique, à mon ordination, j'aie trouvé dans mon palais quatre
mille livres d’or.” Un jeune homme de noble race,
Bernard de Menthon, fuira du château de ses pères,
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là !”
monellera ir CONmort 1l rrÂCes, prière, oique, quatre e race,
pères,
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et ira, au sommet des Alpes, fonder un asile où les voyageurs fatigués trouveront la nourriture et le repos. Chaque jour, il recherchera ses frères, égarés peut-être au milieu des neiges de la montagne, pour les sauver de la mort, et ce dévouement, nous le retrouverons encore, huit cents ans plus tard, dans
l'âme des moines qui continueront son œuvre.
Au sein des villes et des campagnes surgiront les Frères enfirmiers, les Frères du bien mourir, les Frères enterreurs, humbles religieux qui choisiront pour mission 1C1-bas de soigner les malades, d'assister les agonisants, de confier les morts à leur dernière demeure. Et parmi eux, combien n’y en aura-t-1l pas qui, sous ces noms aussi touchants que modestes,
enseveliront des titres illustrés par leurs aïeux !
Un jour, au sein de Paris, s'élève un vaste hospice pour la douleur, et, par une inspiration sublime, la France écrit au frontispice un nom que le plus puissant monarque n’osera jamais faire graver audessus de la porte de son palais : elle lPappelle un
Hôtel-Dieu ;
Un Hôtel-Dieu ! messieurs, ce mot passera désor-
mais dans notre langue, pour la gloire de la charité
48 CONFÉRENCE i ie
| chrétienne ! et il signifiera une maison sainte, cons- - | truite par Dieu, caché souvent sous les traits d’un | E | bienfaiteur, et où Dieu, caché sous les traits d’un ! f: pauvre malade, est accueilli par Dieu, caché sous les te traits d’une vierge ! I Ù « Que ne puis-je dire ici toutes les œuvres accom- À r plies au moyen-âge en faveur de l’indigence et de Ù OL l’infortune, et mettre sous vos yeux les grands pro- h €: diges dont l’univers fut alors le témoin ! ; d
C’est le temps où Jean de Matha établit une consc
grégation pour la délivrance des captifs, et plus d’une
fois, l’on voit ses généreux enfants se vendre eux-
mêmes, lorsque l’or leur fait défaut, afin de rendre à leurs frères la liberté. Sous les divers étendards de
la Chevalerie, s’'enrôlent des nobles et des grands, qui
| S se constituent les protecteurs des orphelins et des : * ) veuves. Par amour pour le CErist, on vole à la con- | A 1 / le quête de son tombeau, et l’on se dévoue avec une à . . , J ardeur sans pareille au service de ses membres souffrants. Un ordre de chevaliers se consacre au soin des lépreux de Jérusalem et de lOrient, et, en Eu- €
rope, ces pauvres malades deviennent l’objet de la
plus touchante affection. Une célèbre comtessé de
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Flandre (0 demande et obtient, comme une insigne faveur, d’être leur infirmière ; Henri TI, roi d’Angleterre, les visite dans leurs hôpitaux ; le grand saint Louis les honore de la plus fraternelle amitié, leur donne à manger de ses mains royales, et porte lhéroïsme jusqu'à baiser leurs plaies. Saint François, le Séraphin d'Assise, les proclame “les frères par excellence,” les embrasse avec tendresse, et mérite
d’être surnommé leur médecin et leur consolateur !
Ce mendiant volontaire dont l'unique ambition semble être de souffrir et de se dévouer pour les misérables, ne veut admettre à sa suite que ceux qui
seront prêts à se faire les serviteurs des lépreux.
Dante immortalise la pauvreté dans ses vers ; le suave Fra Angelico met l’aumône au-dessus des plus grands chefs-d’œuvre, et, dans les siècles futurs, les maîtres de l’art viendront écouter les paroles su-
blimes qu'il leur adressera du fond de sa tombe : “Qu'on ne me loue pas d’avoir été un autre Apel-
les, mais de ce que je donnais à vos pauvres, à Christ,
(1) Sybiile, épouse de Théodoric.
ti
oo
tout ce que je gagnais. Les peintures sont pour la
terre, et les aumônes pour le ciel !? 1
Pourrais-je oublier ici la jeune et douce reine de Hongrie, la chère sainte dont M. de Montalembert nous à décrit la charité en des pages qui font verser des larmes ?
A l’époque de sa gloire, de quelle généreuse compassion n’entoure-t-elle pas ses sujets indigents et malheureux ? Non contente de leur faire distribuer chaque jour d’abondantes aumônes, à la porte de son palais, elle va au-devant de leurs infortunes, visite leurs chaumières, et y trouve ses délices. Elle fait le lit des malades, prépare leur nourriture, panse leurs plaies avec une tendresse de mère, et, lorsqu'ils meurent, les ensevelit elle-même. Les lépreux, elle
les reçoit chez elle, regarde comme un honneur de
(1) Non mihi sit laudi, quod eram velut Apelles, Sed quod lucra tuis omnia, Christe dabam.
Altera nam terris opera exstant, altera cœlo ;
Urbs me Joannem flos tulit Etruriæ,
Epitaphe de Fra Angelico composée par Nicolas V. Voyez Saint Vincent de Paul et sa mission sociale, par Arthur Loth, éd, Dumoulin, 1880, p. 27.