V. Voyez r Loth, éd
les servir, et va jusqu’à les coucher dans la chambre royale. Plus tard, devenue veuve, cruellement trahie, spoliée de ses biens, elle travaille de ses mains, et se fait même mendiante afin de pouvoir continuer ses œuvres de miséricorde. Puis enfin, lorsque son persécuteur, honteux de ses fautes, vient lui demander pardon, elle fond en larmes et lui dit pour toute réponse : “Je ne veux ni de vos châteaux, ni de vos villes, donnez-moi seulement ce qui m'est dû, afin que je puisse encore être comme autrefois la mère des pauvres ! ?
ît ces sentiments de commisération profonde n’animent-ils pas aussi, messieurs, le cœur de Catherine de Sienne, cette héroïne à jamais célèbre dans l’histoire de la papauté? Elle commande sans doute l’admiration, lorsqu'elle apparaît, au milieu des déchirements de l'Eglise, pour faire rentrer à Rome la souveraineté pontificale depuis longtemps exilée ; mais est-elle moins digne de nos louanges quand nous la voyons contracter la lèpre en soignant une pauvre femme atteinte de ce terrible fléau ? Aux pieds de Martin V, c’est une vierge inspirée tenant le langage d’un prophète ; auprès de cette lépreuse qui lui communique son mal, c’est une sainte victime de la charité !
De notre temps, messieurs, on a rendu noblement justice à cet âre tadis appelé barbare. Nous savons ce qu’il a fait ur la cause des lettres, des arts et des sciences, pour le progrès de la civilisation européenne. Mais quand il ne pourrait revendiquer tous ces beaux titres de gloire ; quand il n'aurait produit ni un saint Anselme, ni un Albert le Grand, ni un génie comme saint Thomas d'Aquin ; quand il n’aurait ouvert à la jeunesse studieuse ces grandes universités, dont l'éclat n’a peut-être pas été égalé depuis; quanc n'aurait lancé dans les airs les superbes ogives de ses gigantesques cathédrales ; quand il n'aurait fait de ses monastères des asiles d’érudition et de science, il aurait encore droit à la reconnaissance et à la vénération des peuples. [lui suffirait de montrer ces milliers d’hôpitaux dont il couvrit le sol; ce nombre immense de nobles, de princes, de duchesses, de religieux et de vierges, tous zélés serviteurs des pauvres ; ces quatre cent mille malades, qu’en Europe seulement, il secourait chaque jour, et alors, à ceux qui le méprisent 1l pourrait dire: Osez donc m'accuser de n'avoir pas été l’: mi et le bienfaiteur
de l'humanité !
Mais j'arrive, messieurs, à une époque plus voisine
de la nôtre, époque d’incompurables prodiges, non