Conférence sur la littérature canadienne [microforme]
C'est un grand bonheur, un plaisir intime pour moi, de venir ce soir, devant un auditoire aussi distingué, retracer la marche ascendante qu'à suivie dans notre littérature, la pensée Canadienne. D'ailleurs le moment nous semble venu, d'évoque: le passé (le passé littéraire surtout), de rappeler les noms de ceux qui viennent de nous quitter ; la vie est si rapide qu’on a à peine le temps de les fixer au passage. Je ne connais guère de tâche plus intéressante et plus patriotique à la fois.
La littérature, nous disent les maîtres anciens et modernes : ‘ c'est l'art d'exprimer sa pensée, ” l'art de peindre les conceptions de l'âme, en face de la
ité objective de la nature, en d'autres termes, l'artiste doit jeter sur son œuvre un rayon de sa pensée. L'art n'est pas une calligraphie, ni une aristoratie, au sens étroit et hiérarchique du mot ; c'est dans la mesure où, il prend naissance avec la vie, ou selon le mot admirable de Durer :“ il a fait passer dans la nature interpretée par l'artiste le trésor m rstérieux du cœur, et dans cette mesure seule qu'il s'adresse à l'homme:
La littérature : c'est encore l'image d’une société, dit Mde de Staël, l'écho des sentiments, du goût et des penséss d’une race, ce sont les circonstances qui créent les écoles. L'étude de l’histoire des peuples le | notamment, celle des Grecs et des Latins
es premiers cultivent la forme, et les seconds concentrent la force de leur génie dans l'expression. L'étude dis-je des mœurs intellectuelles et morales. d'une nation ne nous montre t'elle pas en effet les écrits de ses citoyens les plus distingués, poètes, historiens, philosophes, jurisconsultes, orateurs, et publicistes, comme des monuments impérissables de sa
gloire ? Or les écrivains Canadiens tous disciples des ” classiques du grand siècle et de l'école Française des 17ième et 18ième siècle, ont emprunté leur caractere propre, leur originalité d'expressions, tournure d’esprit au pays qui les a vu naître, à l'atmosphère d'héroisme et de foi qu'ils ont respirée, aux circcrstances difficiles de leur carrière littérataire qui les révéla à eux-mêmes et honore à jamais leur mémoire. Leur imagination ne s’est elle pas enflammée au récits héroiques de notre histoire, de ses légendes fantastiques, de ses luttes homériques pour la liberté, la justice constitutionnelle.
Voilà autant de sujets dignes inspirateurs d'une
littérature en Amérique qui patronisant leurs œuvres ont inspiré leurs plus les pages. Il existe donc une littérature Canadienne, non pas en uantité (ce n'est pas essentiel) mais en qualité, ‘ailleurs à quoi nous auraient servi ces cinq prix de reliure remportés à l'exposition de Paris si nous n’esérions pas un jour présenter à l'Europe et au monde es fruits de nos travaux intellectuels comme sanction des nobles efforts poursuivis par les nôtres jusqu'à ce jour et d'où leur viendra * la vogue” qu'ils n’ont pas au pays natal.
Les lettres Canadiennes, messieurs, 4.:e1 monde d'idées n'éveillent-elles pas? Ce qu'elles réprésentent, observe M. Chauveau n'est cependant, ni aussi nouveau, ni aussi incomplet qu'on le pense généralement, il y a bien longtemps que l'on fait de nobles efforts pour la culture de l'esprit humain sur les bords du St-Lourent ”.
‘“ Dès les premiers établissements faits dans le pays, non seulement on s’est occupé d'y faire briller les vérités dels Religion, d'y établir la plus belle des vertus “ la charité” mais Français et Canadiens ont travaillé avec beaucoup de zèle à faire fleurir ici les sciences, les arts et les lettres, qui à cette époque jetaient un si vif éclat sur l'Europe.
“ La population de la Nouvelle-France, fut long: temps peu nombreuse ; mais la classe instruite y était dans une proportlon considérable ; elle était par nécessité intimement liée à la classe ouvrière, mais non favorisée sous le rapport des lumières, il devait y avoir, il y avait en effet un rayonnement nécessaire de l’une à l'autre.
“C'était par le contact de tous ces hommes instruits, quelques fois même de génie supérieur, de toutes cès femmes distinguées venues de France que le colon Canadien souvent lui-même, fils de famille, ancien officier, ancien soldat d’un des meïleurs régi-
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ments français, conservait cette intelligence éclairée, cette foi robuste, cette patience inébranlable, ces principes d'honneur, cette politesse de manières, cet heureux enjouement, en un mot ces qualités supérieures de l'humanité qui ont fourni le nom et la désignation de la littérature elle-même chez les anciens :
Après ce que je viens de vous en dire, l'on aurait donc bien tort, de croire que la masse de la population était alors plongée dans les ténèbres épaisses de l'ignorance.
Non jamais, s’écrie le célèbre homme de lettres, les Canadiens. Français ne gémirent sous ‘e joug de l'ignorance absolue dont certains touristes et des écrivains plus ou moins officiels nous ont taxés ; non ils n'étaient pas des ignorants ceux qui ont eu la suprême science de croire, d'espérer de lutter quand même, ceux qui n'ont jamais abandonné l'idée de Religion et de Patrie dans les rudes épreuves de la vie coloniale.
Avec les compagnons de Champlain, observe M. B. Sulte, sont arrivés ici les couplets de la vieille France : les voyageurs et les colons nous les ont transmis d'âge en âge. Peu de productions sont arrivées jusqu’à nous, mais si l’on en juge par les bribes de chansons restées dans la memoire des gens, le répertoire populaire devait être abondant. ”
Sans compter que pendant que les découvreurs et fondateurs de villes, Cartier, Lescarbot, Champlain rédigeaient des relations deleurs voyages, les missionnaires plantaient la croix au nom du roi de France sans négliger la rédaction des événements importants dont la petite colonie était le théâtre, à son berceau.
Oui pendant que ces hardis marins prenaient possession du sol, les pères Lafitau, Lallemand, Lejeune Charlevoix et tant d’autres héroïques et dévoués apôtres de la civilisation tenaient les régistres de l'es-
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prit évangélique et du progrès économique et social dans le nouveau monde. Il y avait bien dans ce jour- : nal et ces relations de religieux et du livre de bord de ces hardis navigateurs un commencement de littérature Canadienne ; mais elle n’était pas affirme-t-on le digne interprête du sentiment populaire : à la rudesse du style se joïignait la religiosité des détails sur les principaux événements de l'époque. Toutefois cette rédaction française des découvertes en Amérique est le premier écho d’une littérature.
A l'ère des découvertes et des voyages (époque de formation d’une littérature Canadienne) succède a dit un de nos brillants écrivains : M. le Juge Routhier, la période sanglante des batailles et la plume écrit alors “les gestes de l'épée”. Ce sont les chansons de Geste Canadiennes; c'est la première enfance de notre littérature. La forme et les tournures de phrases empruntent aux temps et aux lieux leur manque d'élégance dans le choix des expressions, mais le fond de la pensée est la conversion des infidèles et la formation d’une France nouvelle en Amérique.
Les littératures affirme philosophiquement un de nos critiques “ l'Hon. M. Chapais” ne ‘sont pas le produit d’une éelosion spontanée. Elles sont au contraire le résultat d'un long travail de fécondation et d'élaboration invisible et mystérieuse. Or pendant un siècle et demi (au dire de nos historiens) ce travail de préparation et de fécondation s’est fait au sein de la Nouvelle-France, au berceau de laquelle comme chez toutes les grandes nations, Dieu mit une femme “ La Mère Marie de l'Inearnation ” dont les relations des Ursulines disent l’héroique dévouement, ou exaltent cette noble existence si visiblement soutenue par le soufle d’en haut et dont les vertus évangéliques ont laissé des souvenirs ineffaçables. :
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Entre l’ancienne mère patrie et le Canada où émigraient alors les forces débordantes et intellectuelles de la vieills Europe le maitre Au monde avait placé l'Océan. Si quelquefois en lisant l’histoire, on est porté à s'apitoyer sur cette espèce d'isolement intellectuel et littéraire, ce manque de communication auxquels étaient, pendant de longs mois condamnés les premiers habltants de la Colonie ; ne doit-on pas se rappeler avec bonheur et reconnaissance, que cet éloignement même fut la providentielle et salutaire barrière qui préserva notre littérature des enthousiasmes Voltariens, alors en vogue au près de la gente lettrée de Paris.
Une fois les premièrès épreuves traversées, les efforts de fondation et d'établissements couronnés de succès, le travail de ia pensée reprend son œuvre civilisatrice, c'est l'époque de la Renaissance Canadienne, avec elle le soleil de liberté brille à l'horizon.
Evidemment lieu, s’écrie un de nos maitres de la parole et de la plume, veillait sur notre nationalité, ainsi si on parcourt nos archives littéraires on constate avec étonnement mêlé d’admiration, les progrès de géant accomplis sous le soufle de l'inspiration nationale, profitant d’un moment de paix pour rendre en vers et en prose le sentiment populaire, sublime écho des grands événements dont ces quelques arpents de neige étaient ie théâtre.
C'est ainsi que date par date, de fondations en fondations, de collèves et de cercles littéraires, on est en mesure de montrer presque du doigt la somme d'énergie, de patience, de générosité et de sacrifices vraiement héroiques dont les premières années de la domination française furent l’éclatant triomphe.
1765-1776 font époque dans l’histoire de l’éducation de la jeunesse de la Neuvelle-Franee, guidée dans ia voie sure de la Foi et de la Science par le Séminaire de Qnébec et ie Collège de Montréai, con-
tinue l'œuvre des Récollets et des Jésuites premiers apotres de l'éducation de la Nouvelle France.
Trente ans après la bataille des Plaines d’Abraham ; nous assure un de nos historiens, il y avait en Canada toute une pléiade d'hommes capables de manier la parole et la plume. Les années 1778-1779 voient la fondation de cerrles littéraires à Montréal et à Québec d’une bibliothèque publique comprenant deux milles volumes. Enfin 1806, marque la fondation du “ Canadien ” journal défenseur de nos droits, que devait plus tard honorer de ses écrits politiques le plus grand penseur Canadien j'ai nommé M.
Etienne Parent. Le 3 juin rapportent nos annales “ La Société littéraire de Qnébee ” prit l'initiative d'un grand mouvement et organisa au sein d’une jeunesse exhubérante de talent et de vitalité, un concours littéraire ; pour lequel ne médaille était offerte, pour la plume qui célébrerait le mieux George III, en vers français, anglais ou latins. Le pseudonyme du lauréat Canadien-Français était “ Canadensis ” et voici quel était le début de son ode :
Sors du sein des frimas, ranime mon génie Muse du Canada, fais entendre ta voix Le Dieu des vers doit fuir l’Europe asservie Ici tout vit en paix sous le meilleur des rois La loyauté m’inspire Et ma rustique lyre Va par ses premiers sons célébrer George III
Sur les fertiles bords oubliés par Bellone Coulent du St-Laurent, les flots majestueux Le commerce fleurit et les biens qu’il nous donne Couronne les efforts d’un peuple vertueux Le Canada prospère Sous les soins d’un tel père.
Et parmi tant d’états aucun n’est plus heureux.
Edouard VII, le nouveau roi d'Angleterre, ne saurait exiger de la part de ses sujets plus de loyauté de sentiments.
Cette renaissance d'art (remarque une de nos gloires littéraires) est un moment interrompue par le régime oppressif de Lord Grey, mais avec la paix de 1814 l'élan est repris et a:’ec lui on voit éclore toute une presse propagande des idées justes et fortes, caractéristiques de la plume qui les publie.
Bientot le Journal, ce grand levier moderne d’un monde d'idées ne suffit plus à la polémique, le p:mphlet, la brochure se mettent de la partie en attendant le livre, qui fut d’abord soit unlivre de prière, soit un livre d'écc!e, soit un livre de loi dont le premier rapportent les historines fut publié par Cugnet en 1775 et obtint un des premiers succès de notre typographie québecquoise,
C'est alors que les écrits purement littéraires ou scientifiques devinrent plus nombreux, la poésie s’empare de la religion et du patriotisme, affranchie des nécessités du moment du mowent elle s'élnce vers les régions idéales de l'infini. Chose digne de remarque tous nos hommes publics ont sacrifié aux muses.
La poésie Canadienne quel monde d'idées ces deux mots n'évoquent-ils pas dans nos âmes éprises de souvenir, ô sublime beauté. Il y a au fond de toute âme (nous dit un critique) un ressort secret qui élève l'esprit et le cœur: de là les aspirations vers le vrai, les élans vers le beau, les généreuses ardeurs, pour tout ce qui est grand et sublime.
“La poésie procure cette puissance, elle donne ce bien idéal, qui attire toute âme et qui n’a pas de nom au terrestre séjour, c’est vraiment une musique intérieure et comme un écho du ciel pour reposer, réjouir cette pauvre âme fatiguée des vains bruits de la terre.
“La gloire, récompense des ncbles travaux, ah ne l’envions pas au poète, car il la partage avec nous; en effet il n’est pas un rayon de son auréole qui ne rejaillisse sur la patrie et n'ajoute un reflet nouveau
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