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Conference sur la tactique separee de la cavalerie

Une brochure sur Je service de la cavalerie en campagne, ayant été récemment envoyée dans tous les corps de cavalerie ? nous en adopterons, dans cette quatrième conférence, les divisions principales. Nous traiterons donc d'abord :

1° De la répartition de la cavalerie dans les armées ; du rôle de cette arme avant, pendant le combat: dans la poursuite; dans la retraite ;

2° Nous dirons ensuite quelques mots de la cavalerie prussienne^ de ses manœuvres et de sa tactique ;

3° Nous terminerons enfin par des indications éur les cavaleries autrichienne et russe.

1° Réparlilion et rôle de la cavalerie dans les

armées.

Considérations générales sur le nouveau rôle de la

cavalerie.

Le rôle peu important que la cavalerie a joué dans les guerres de 1859 et de 1865 a porté plusieurs bons esprits à penser que cette arme ne ser-

virait plus à faire gagner de batailles, et que son action devait se réduire à éclairer l’armée, à poursuivre une troupe déjà vaincue , à couvrir une retraite, et à faire la guerre de partisans.

Dans une seule occasion , en effet, pendant la guerre de 1866, la cavalerie a pu fournir une charge contre des troupes d’infanterie, et cette cavalerie n’était pas nombreuse; c’était à Lnngensalza, où l’on vit des cuirassiers hanovriens attaquer à trois reprises différentes un carré de grenadiers prussiens, et les disperser malgré des pertes considérables , causées par le fusil à aiguille.

Cette difficulté d’employer désormais la cavalerie sur les champs de bataille, par masses isolées , tient à deux clauses principales : La première, c’est le nouvel armement de l'infanterie, qui rend plus difficile, et surtout plus dangereux le rôle de la cavalerie de combat. Avec les armes à longue portée, en effet, il est presque toujours impossible aux masses de cavalerie de se dissimuler ou de s’abriter, en restant près des premières lignes; il leur faudrait donc prendre position hors de la portée efficace de ces armes : c’està-dire trop loin pour profiter de ce moment si court, où doit se prononcer la charge. — Il ne faut pas oublier d’ailleurs que, grâce à la rapidité de son tir, l’infanterie est toujours en mesure do faire une puissante résistance, et qu’elle ne sera plus aussi facilement surprise par la cavalerie , qui aura bien plus à souffrir de son feu qu’autre fois. En second lieu, le déploiement des grandes masses est entravé de nos jours par le mode de culture adopté dans la presque totalité de l’Europe centrale ; les clôtures, les canaux d’irrigation et les obstacles de toute espèce, y ont fait dispa-

raître peu à peu ces vastes plaines, dans lesquelles pouvaient se mouvoir et manœuvrer à l’aise do nombreux escadrons. Les observations sur la cavalerie, après avoir indiqué ces raisons de modifier l’emploi de la cavalerie dans les armées modernes , déclarent cependant qu’il ne faut pas en conclure que l’importance de cette arme en soit amoindrie, et, pour le démontrer, elles décrivent les nombreuses circonstances de guerre dans lesquelles le concours de la cavalerie sera indispensable, comme par le passé, pour obtenir des succès, décisifs.

Nous croyons devoir ajouter qu’à notre sens, la cavalerie nous paraît être à une époque de transition assez analogue à celle qui précéda le règne de Frédéric II ; elle semble attendre une impulsion puissante, qui lui fasse faire des progrès en rapport avec ceux des autres armes.

Le rôle de la cavalerie doit se transformer avec le mode d’agir de l’infanterie et de l’artillerie.

A la fin du dix-septième siècle, en effet, les armes à feu avaient pris une telle importance, que la cavalerie les avait également adoptées, et qu’elle avait dû en conséquence modifier sa tactique. Ainsi elle recevait l’attaque de pied ferme par une salve de mousqueterie, et même, lorsqu’elle attaquait, elle s’arrêtait encore devant l’ennemi pour faire usage de ses armes à feu. Il fallut le génie de Frédéric, secondé par des hommes comme Seydlitzot Zielen, pour rendre à la cavalerie toute sa puissance, qui consiste dans l’impulsion, et pour en faire l’arme irrésistible qui gagna les batailles de Rossbach et de Zorndorf.

La cavalerie de Frédérie faisait partie de l’ordre de bataille, et son action en grandes masses était singulièrement favorisée par- l’ordre compacte et

la tactique d’alors. Mais vint la Révolution Iran-? çaise ; elle fit du principe divisionnaire la base de l'organisation des armées modernes; elle leur donna ainsi plus de mobilité, et rendit leurs éléments plus indépendants les uns des autres.

La cavalerie suivit ce mouvement, se fractionna davantage, et les divisions mixtes prirent naissance.

Cependant, sous Napoléon, cette organisation de la cavalerie disparut ; ce grand capitaine préféra réunir cette arme en masses nombreuses, qui eurent rarement occasion de charger, et qui n’obtinrent pas toujours des résultats aussi grands qu’on pouvait l’espérer.

Diminution des réserves de cavalerie de l’armée.

11 résulte des observations qui précèdent que l’emploi de la cavalerie en grandes masses devenant plus rare, les réserves de cette arme devront être désormais moins nombreuses et qu’elles ne se composeront plus que d’une ou de deux divisions, pour l’ensemble d’une grande armée.

Ces réserves auront pour mission de frapper un coup décisif, si cela est nécessaire, pendant le combat ; de poursuivre l’ennemi à outrance après une victoire, et de couvrir la retraite en cas de revers. Elles devront, à cause de celte double mission, se composer de grosse cavalerie et de cavalerie légère.

Le colonel de Resser (1) pense que : «. la divi-

(1) La cavalerie prussienne dans la campagne de 4866 (non traduit).

« sion de réserve doit être composée d’une brigade « de grossse cavalerie (cuirassiers ou uhlans, de « préférence cuirassiers), et d’une brigade légère. « Les régiments de cuirassiers de la réserve mar- « cheront à la queue de la colonne et recevront « leurs fourrages de magasins situés en arrière de « l’armée. La cavalerie légère marchera au con- « traire en avant, quelquefois à un jour de marte che. Elle éclairera l’armée et fera des recontt naissances. Lorsqu’elle rencontrera l’ennemi en « force, elle se repliera et reprendra son rôle de « cavalerie de réserve pour soutenir l’infanterie.»

Cavalerie divisionnaire.

Si, pour les raisons données précédemment, il nous paraît moins possible d’employer désormais la cavalerie en grandes masses, on pense, d’autre part, que cetle arme combinée à la division d’infanterie est appelée à rendre de grands services. Ainsi fractionnée sur la ligne de bataille, elle peut, en effet, s’abriter plus facilement; des fermes, des murailles, des mamelons serviront à dismuler quelques escadrons aux vues de l'ennemi, et, s’il existe entre ces abris des espaces suffisants pour la charge, ils en sortiront au moment utile pour se précipiter sur leurs adversaires et compléter ainsi l’action de l’infanterie.

Les observations sur ta cavalerie, revenant à celte organisation de nos armées de la Révolution, disent nettement que « nous sommes conduits à « la création de divisions mixtes » et elles admettent, en conséquence, qu’un régiment de cavalerie légère ou de ligne doit être attaché à chaque division d’infanterie.

Elles disent, en outre, qu’un régiment de cuva-* lerie de ligne formera la réserve de cavalerie de chaque corps d’armée.

Rôle de la cavalerie divisionnaire et de la réserve du corps

d’armée.

Dans les dispositions nouvelles, la cavalerie di * visionnaire sera placée sous les ordres du commandant de la division pour tout ce qui regarde son action sur le terrain.

Cependant, toutes les fois que le commandant du corps d’armée le jugera convenable, il pourra enlever tout ou partie de leur cavalerie aux généraux de division d’infanterie et la réunir sous les ordres du général de cavalerie du corps d’armée.

Un point essentiel pour le succès de l’action combinée des deux armes, c’est qu’une attaque inopportune de la cavalerie ne vienne pas gêner les manœuvres des troupes d’infanterie. Or, pour cela, il faut que le chef du régiment divisionnaire s’assure par lui-même de ce qui se passe en avant du front de l’infanterie. Il accompagnera donc le énéral de division, le plus près possible de la première ligne, en se faisant suivre lui-même d’un ou deux officiers et de quelques cavaliers d’ordonnance. Il observera très-attentivement la marche du combat de la division, reconnaîtra le terrain sur lequel il peut être appelé à agir, et lorsqu’il verra le moment venu, prenant rapidement les ordres du général de division, il enlèvera le gros de sa cavalerie de l’abri où il a dû chercher à la placer, à 3 ou 400 pas en arrière de l’infanterie, et la précipitera sur le théâtre de l’action.

Dans les marches, le régiment de cavalerie doit

tenir le plus souvent la tête de la division, pour ne pas fatiguer les chevaux. S’il prend trop d’avance sur l’infanterie, il fait halte de temps en temps pour l’attendre. Quelquefois, au contraire, le général ne mettra sa cavalerie en route que quelque temps après la division d’infanterie, afin de lui laisser prendre de l’avance.

Quant au général de cavalerie du corps d’armée, il accompagne toujours le commandant de ce corps, et il conserve également sous la main quelques cavaliers et officiers pour porter ses ordres aux régiments divisionnaires et à la réserve. Destiné à faire agir des réserves au moment utile, il doit posséder des qualités très-diverses : « Un « grand général de cavalerie, a dit le général de « Bismark, est aussi rare qu’un grand générai en « chef. Il doit posséder un coup d’œil rapide, un « esprit calme et ferme, de l’intrépidité et de la « prudence ; en un mot, beaucoup de talent. »

Il est très-difficile de rencontrer des hommes remplissant les conditions nécessaires pour remuer de grandes masses de cavalerie, mais il l’est beaucoup moins de trouver des officiers qui rendront de grands services à la tête d’un régiment, d’une brigade et môme d’une division.

Nécessité de former de boas officiers.

Telle sera dorénavant la sphère d’action la plus habituelle aux officiers de cavalerie, puisque cette arme semble destinée à opérer en corps de peu d’importance, et le plus souvent par régiment. Il faut donc, dès à présent, s’attacher à former des officiers instruits, exercés, qui ne s’effraient pas de la responsabilité que leur crée le nouveau rôk? de la cavalerie dans le combat.

Pour cela, une pratique intelligente est mdis-« pensable.

L’ordonnance du 6 décembre \ 829 sur les manœuvres, par exemple, doit être étudiée avec soin, et complétée au moyen de notes explicatives, et d’exemples de la façon dont certains mouvements ont été employés à la guerre. On doit surtout bien enseigner aux jeunes officiers de cavalerie que les mouvements les plus simples sont seuls en usage à la guerre, et que toutes les manœuvres s’y réduisent aux formations en colonnes, aux déploiements, à la marche en ligne, en colonnes ou en échelons.

Mais le mouvement que l’officier de cavalerie doit s’attacher constamment à faire bien exécuter, c’est la charge en ligne, rapide, serrée et à fond. C’était là une des qualités de l’armée française, si vantée par les Anglais lors des guerres d’Espagne ; Wellington disait en effet : « Ce qui fait la * supériorité de la cavalerie française, c’est qu’elle « charge toujours à fond. »

Importance de la cavalerie.

On peut conclure naturellement de la difficulté de déployer des corps nombreux de cavalerie que la cavalerie de réserve ou de ligne ne doit point chercher à rompre des masses d'infanterie encore intactes; mais elle conserve toute son importance dans les combats de cavalerie contre cavalerie ou contre une infanterie déjà ébranlée. Il est permis, d’un autre côté, de prédire un grand avenir à la cavalerie légère, cette arme de la vitesse et de la surprise, qui permet d’accomplir des actes hardis, imprévus et féconds en grands résultats.

Il résulte Je là que la cavalerie Je ligne, intermédiaire entre les deux autres, doit tendre à se rapprocher de la cavalerie légère en augmentant sa vitesse. C’est là, du reste, le perfectionnement que nous devons nous efforcer, par tous les moyens possibles, d'apporter à toute la cavalerie, afin d’atténuer les effets redoutables du feu de l’infanterie.

Rôle de la cavalerie avant le combat.

Les observations sur la cavalerie traitent, a^ec beaucoup de développements, la question du r<>le de la cavalerie avant le combat ; elles complètent ainsi le règlement sur le service en campagne. Il serait difficile d’ajouter à ces développements, sans entrer dans des détails d’exécution beaucoup trop longs, et qui ne seraient pas particuliers du reste à l’arme dont nous nous occupons.

On rappellera cependant aux officiers de cavalerie que, si leurs camarades de l’infanterie doivent s’occuper d’une façon incessante du tir de leurs hommes, ils sont tenus, de leur côté, d’apporter le plus grand soin à la conservation des chevaux de leur troupe. Il faut leur donner le temps de manger et de se reposer; il faut toujours Veiller à l’entretien de la ferrure et du harnachement, et ne jamais oublier que c’est en ménageant les chevaux pendant les fatigues d’une campagne que les colonels pourront amener de forts régiments sur le champ de bataille. Mais, par contre, ils prodigueront leur cavalerie lorsque l’occasion les y conviera, sans être arrêtés par aucune considération de fatigue pour les chevaux et de danger pour les cavaliers.

Cette conservation des chevaux ne peut être Sa vin- 2

obtenue que si Ton parvient à très-bien les nourrir, ce qui est toujours si difficile lorsqu’on possède une nombreuse cavalerie. On sait que, de 80,000 chevaux de cavalerie qui avaient franchi le Niémen avec Napoléon, le 24 juin 1812, le quart seulement figuraient à l’effectif, le 3 novembre suivant, par suite des difficultés que l’on rencontrait pour se procurer des fourrages, au milieu des Cosaques, ces cavaliers légers modèles par excellence (Gouvion Saint-Cyr).

Rôle de la cavalerie pendant le combat.

La force plus ou moins grande des corps ou détachements de cavalerie ne modifie pas d’une manière essentielle leur manière de combattre; la répartition nouvelle de cette arme dans les armées européennes changera donc peu de chose à la tactique dont nous voulons rappeler brièvement quelques-uns des principes le plus généralement admis.

Les officiers trouveront facilement, dans l’étude des guerres modernes, de nombreux exemples pour affirmer la vérité de ces principes (4).

Quelques principes de tactique de la cavalerie.

Les combats de cavalerie se livrent généralement en ordre déployé. Dans cet ordre, les troupes sont formées sur deux lignes , avec une réserve. Les régiments de la deuxième ligne conservent

(1) La plupart de ces principes sont extraits des ouvrages indiqués à la fin de cette conférence.

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entre eux un intervalle gji moins égal au front do deux escadrons afin de laisser passer facilement la première ligne si elle est repoussée. La distance entre les deux lignes doit être assez grande pour que la première ligne culbutée n’entraîne pas la seconde dans sa retraite. La première ligne pourra, du reste, ainsi que l’ont proposé des officiers expérimentés, se. retirer de préférence par les ailes de la 2e ligne ; on évitera ainsi le désordre que produit toujours le mouvement de retraite à travers les intervalles.

Les intervalles d'une ligne de cavalerie sont variables. Ils facilitent le mouvement, mais ils diminuent la force de la charge, et doivent donc être moins grands dans l’offensive que dans la défensive. Au temps de ses plus grands succès, la cavalerie prussienne se formait sans intervalles.

On ne doit pas perdre de vue que le principe dominant de la cavalerie, c’est l’attaque. Même lorsqu’elle se trouve sur la défensive, elle ne peut repousser l’attaque de l’ennemi qu’en le prévenant et l’attaquant elle-même.

On ne saurait prescrire d’une manière certaine la formation la plus favorable pour l’attaque, parce qu’elle dépend de plusieurs circonstances? entre autres du terrain, des troupes à aborder et de l’espèce de cavalerie qui attaque.

La cavalerie se déploie en fourrageurs pour charger une troupe désorganisée, une chaîne de tirailleurs d’infanterie ou de cavalerie; pour sabrer et faire prisonnière une infanterie battue et eu fuite, et enfin pour attaquer une batterie. Une ligne de fourrageurs ne souffre presque fias du leu de l'ennemi, et les cavaliers ont une grande liberté

d'action qui favorise la vitesse, et qui permet à la bravoure individuelle de faire ses preuves.

Si l’on considère la charge , on peut dire que son succès dépend de la bonté des cavaliers, du dressage des chevaux et de la rapidité progressive du galop ; plus la vitesse est grande, plus le désordre est facile. La moindre résistance, un obstacle imprévu, peuvent faire manquer une charge ; c’est pour ce motif qu’il est si essentiel, avant de charger, de faire reconnaître le terrain, quand on le peut, par des cavaliers bien montés.

Une charge met en jeu toutes les forces de l’homme et du cheval, et il faut profiter de l’excitation qu’elle occasionne pour obtenir un succès complet. Ilne faut cependant pas que l’entraînement l’emporte sur la raison, parce que l’on compromettrait plus ou moins le succès d’une charge en la prolongeant trop. L’une des grandes difficultés du comman lement est donc de savoir où il doit arrêter une charge heureuse, pour en retirer tout le fruit possible.

En effet, la cavalerie n'est jamais plus faible et plus facile à vaincre qu’après une charge heureuse; et, si un parti frais de cavaliers ennemis l’attaquait dans ce moment de crise, le vainqueur ne tiendrait pas. Aussi est-il indispensable, pour éviter ce danger, de faire avancer une deuxième ligne au trot, afin de soutenir la cavalerie qui charge.

Cavalerie contre cavalerie.

Lorsque la cavalerie doit combattre de la cavalerie, il importe de se bien pénétrer de ces deux maximes émises par Jomini : l’une, c’est que toute première ligne doit tôt ou tard être rame-

née et forcée de se rallier derrière la deuxième; l’autre, que la* victoire restera, à mérite égal, à celui qui, ayant les derniers escadrons en réserve, saura les lancer à propos sur les flancs de la ligne ennemie, qui aura déjà employé toutes ses ressources.

Le règlement sur le service en campagne confirme ce principe, et recommande de ne pas engager tous ses escadrons à la fois, mais d’en conserver le tiers en colonne ou en échelons en arrière de l’une des ailes. 11 trouve cette disposition préférable à une deuxième ligne, même avec intervalles.

La cavalerie doit toujours chercher à attaquer l’ennemi de flanc, et par conséquent, à le déborder assez rapidement pour qu’il n’ait pas le temps de changer de front. Ce mouvement convient surtout contre la cavalerie ; l’infanterie en effet, prise en flanc, a toujours le temps de mettre des pelotons en potence ou de former le carré. Mais une ligne de cavalerie qui charge est très-vulnérable sur ses flancs, et il faut absolument qu’elle les protège en plaçant des réserves derrière ses ailes. Ces réserves pourront aussi servir à prendre en flanc et à revers l’ennemi qu’on attaque de front.

La charge en ligne est le plus souvent employée contre la cavalerie. Cependant, au lieu d’attaquer en ligne une cavalerie déployée, on peut le faire en colonne serrée. Cette colonne compacte enfoncera plus sûrement la ligne de cavalerie ennemie, et son attaque sera décisive si elle est dirigée contre un point convenablement choisi, contre l’étendard ennemi, par exemple. Cela tient à ce qu’une colonne est moins facilement désunie qu’une ligne de bataille. Il est vrai que de son côté, l’adversaire, disposé en ligne, a l’avantage de pouvoir

ployer ses ailes en avant pour prendre en flanc la colonne d’attaque, mais cette circonstance est peu redoutable si la colonne ne se désunit pas. Cette charge en colonne serrée ne doit jamais être employée lorsque la cavalerie ennemie est soutenue par de l’infanterie ou de l’artillerie, parce que la colonne serrée offre une trop grande prise à l’action du feu.

Lorsque deux lignes de cavalerie s’observent sans bouger, il faut tacher de provoquer l’ennemi à faire un mouvement dont on puisse profiter pour l’attaquer.

Le général de Brack conseille d’employer dans cette circonstance une manœuvre qu’il a toujours vue réussir. Elle consiste à ployer rapidement en colonne un des escadrons des ailes pour le lancer ainsi en avant, au grand trot, perpendiculairement à cent pas d’une aile de la ligne ennemie, avec ordre de faire alors : pelotons à droite ou à gauche pour se former en bataille, et de tenir bon. 11 est rare que l’ennemi ne s’ébranle pas sur cet escadron isolé qui l’inquiète. Alors, s’il bouge et prête le flanc, vous entamez la charge avec vos derniers escadrons, et vous avez de grandes chances de réussite.

Cavalerie contre infanterie.

La promptitude avec laquelle l’infanterie sc forme en carré et la rapidité de son tir, permettent difficilement aujourd’hui à la cavalerie de l’attaquer avec avantage, si elle n’attend pas que cette infanterie soit ébranlée par le canon, ou sérieusement engagée avec l’infanterie.

11 est impossible de préciser le moment où la

cavalerie chargera l’infanterie avec le plus de chances de succèà; mais il faut attendre, en générai, que quelque désordre se manifeste dans ses rangs. En effet, s'il est encore vrai qu’une bonne cavalerie, commandée par un chef intrépide et pénétré de la nécessité de vaincre, puisse venir à bout d’une infanterie en bon ordre, on doit convenir cependant qu’elle ne saurait obtenir ce succès sans éprouver des pertes considérables qui lui feraient payer trop chèrement son triomphe.

Lorsque l’infanterie est attaquée par la cavalerie, elle couvre ses flancs ou se forme en carrés qui font face de tous les côtés, et il faut admettre en principe qu’aujourd’hui elle compte plus sur son feu que sur son ordre compacte et sur la pointe de ses baïonnettes pour repousser la cavalerie. Ce n’est pourtant pas un motif pour ne jamais l’atlaquer. II faut bien dire en effet qu’il existe autant d’exemples de carrés enfoncés par la cavalerie que de charges victorieusement repoussées par des carrés et même par des lignes compactes d’infanterie.

Cependant, et malgré le faif d’armes de la cavalerie hanovrienne, à Langensalza, on peut regarder comme certain que le nouvel armement de l’infanterie augmentera de beaucoup la force de la défense de cette dernière arme.

Gouvion-Saint-Cyr déclare n’avoir jamais eu besoin de recourir aux carrés pendant les vingt ans qu’il a fait la guerre. Malgré cette autorité, le carré est encore regardé comme une formation nécessaire contre la cavalerie, et l’on peut admettre qu’une infanterie non aguerrie qui ne l’adopterait pas serait trop exposée aux attaques de flanc, même en plaçant en potence des troupes sur ses ailes.

Savin.

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