IV. Action de l'alcool sur la descendance. X
est un fait sur lequei la science n’a plus de
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doute : l’ivrognerie est transmissible par hérédité. L'alcoolisme n’atteint donc pas l’ivrogne seulement dans sa personne ; elle le frappe aussi dans ses descendants. Ces conséquences héréditaires sont vraiment effrayantes. La dégénérescence des descendants de parents sujets à l'alcoolisme chronique, atteint isolément ou à la fois, les facultés physiques, intellectuelles et morales. L’épilepsie, les scrofules, la surdité, 1: mutisme, ne sont que trop souvent le triste héritage que des enfants d’ivrognes reçoivent avec l'être et la vie. Un grand nombre est emporté par des convulsions auxquelles ils sont généralement sujets dès le début de leur existence ; d’autres demeurent avec des difformités qui retardent le développement de leurs membres et en font souvent des malheure1x rebuts de la société.
L'idiotisme vient, dans une multitude de cas, marquer au front de ces êtres dégénérés le stigmate de l'ivrognerie, dont ils furent frappés originairement. Les uns viennent au monde émbéciles ou idiots. Leur état est irrémédiable. D'autres vivent intellectuellement
jusqu'à un certain âge, puis s'arrêtent frappés 5 PP
d'une incapacité radicale pour aucun progrès ultérieur. Il arrive souvent que cette époque de stagnation mentale est le point de départ d'un obscurcissement progressif qui aboutit à l'idiotisme absolu.—Un écrit remarquable sur l’intempérance, publié dans la revue d'Edinbourg, déclare que “ sur 300 idiots dans l'Etat du Massachusetts, 145 étaient les enfants de parents ivrognes. ’—Le Dr.
Workman surintendant de l’asile des aliénés à Toronto dit dans son rapport pour l’année 1858: “ il y a des preuves nombreuses que les enfants de parents adonnés à l’ivrognerie sont prédisposés à la folie. ”
Enfin les dispositions morales sont à leur tour perverties par suite de l’alcoolisme héréditaire. Irritables, violents, indécis, paresseux, d'un goût prononcé et insurmontable pour les boissons enivrantes, les victimes de cette dégénérescence originelle se montrent, le plus souvent, réfractaires à toute éducation, inaptes à un état libéral, à une profession industrielle ; ils donnent le triste spectacle de perversions précoces, de déviations incroyables du sens moral, qui les conduisent
devant les t :bunaux avant même d’avoir atteint l’âge mûr.
Ne voit-on pas des familles entières portant les conséquences fatales de l’intempérance des parents ? M. Morel mentionne un ivrogne qui a trois fils : le premier est atteint de délire périodique ; le second est dans un état de stupeur habituelle ; le troisième, un idiot complet. “ Un autre, dit le même écrivain, a sept enfants: deux meurent en bas âge par suite de convulsions ; le troisième devient aliéné à vingt-deux ans ; le quatrième peut passer pour un véritable imbécile de naissance ; le cinquième est bizarre et misanthrope : une jeune sœur est histérique, et sa raison s’est déjà troublée plusieurs fois : le septième est un ouvrier intelligent, mais d'un tempérament très nerveux ; il est déjà sujet à des accès de tristesse.” Un homme, dit le Dr. Marcé, ayant ressenti les atteintes de l'alcoolisme, se marie deux fois : avec sa première femme ïil a seize enfants dont quinze sont morts avant un an, au milieu de convulsions; le survivant est épileptique. Avec sa seconde femme il a eu huit enfants : sept
ont succombé à des convulsions ; le survivant est scrofuleux.” Il n’en faut pas davantage, Messieurs, pour enlever toute teinte d’exagération à l'opinion qui ple:e l'abus des boissons alcooliques au premier rang parmi les fléaux dont est affligée la société humaine. Et, chose, on ne peut plus triste, les statistiques officielles montrent, d'une façon péremptoire, la marche du fléau toujours de plus en plus envahissante. Il est temps que la société songe au moyens effcaces à prendre pour retarder au moins cet envahissement progressif, si elle ne peut réussir à faire disparaître tout-à-fait l'abus funeste:des spiritueux.
Nature et composition des diverses liqueurs spiritueuses.
Jusqu'ici, Messieurs, je vous ai parlé des boissons spiritueuses considérées dans leur action commune : l’action alcoolique sur la constitution. Il me reste à vous dire un mot
des substances particulières à chaque espèce
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de liqueurs, substances d’une importance d'autant plus grande qu’elles modifient considérablement les propriétés de ces liqueurs, en modifiant celles de l'alcool, auquel elles sont incorporées. Sous ce rapport, je crois pouvoir ranger toutes les boissons fortes sous trois groupes : les boissons franches et de bon goût ; les boissons franches et de mauvais goût ; les liqueurs frelatées.
Les premières ne contiennent d’autre alcool que celui destillé du vin, mêlé à 50 pour cent d’eau, avec l'addition de quelques substances destinées à colorer la liqueur ou à lui donner une saveur particulière. Elles s'appellent eau-de-vie de vin où brandy. L'on pourrait peut-être ranger dans cette classe, la liqueur distillée de la melasse fermentée, ou le r/um.
Les secondes sont formées avec un alcool provenant de diverses autres sources, chargé de certaines huiles essentielles que, par suite de leur volatilité, il entraîne avec lui dans la distillation. Ces huiles, âcres et d’un goût désagréable, possédant en outre des propriétés plus ou moins délétères, donnent à la
liqueur une mauvaise saveur, et rendent son action sur l'organisme beaucoup plus nuisible. Elles contribuent pour une grande part à la production des désordres dont je vous ai fait la description.
L'alcoolisme engendré par un usage prolongé de ces sortes de liqueurs revêt un caractère de malignité spéciale. Les principales boissons appartenant à cette classe sont les eaux-de-vie distillées de la fermentation de la fécule de pommes de terre, du marc de raisin, des betteraves ; le /afia, produit distillé de la fermentation de la canne à sucre ; le w/isky, distillé des grains, l'orge, le seigle, etc ; le gix et l'absinthe formés, d’un alcool de grains, distillé de nouveau sur des baiesde genièvre,ou en contact avecl’absinthe. Cette dernière liqueur est tout particulièrement nuisible.
Les troisièmes proviennent d’une fabrication artificielle, du mélange d’un alcool de mauvaise qualité avec divers ingrédients plus ou moins désastreux pour la santé. Le prix relativement peu élevé de ces breuvages suspects les rend on ne peut plus dangereux,
en les mettant à la portée de toutes les
bourses.
Pour ne pas abuser plus longtemps de votre patience, Messieurs, je n'entrerai pas dans le détail des fraudes exercées dans le commerce actuel des spiritueux. Je me borne à vous mentionner quelques-unes des substances, les unes assez inoffensives, les autres, de véritables principes vénéneux, auxquelles on a recours, soit pour colorer les liqueurs, soit pour leur donner une force apparente, lorsque, spéculant sur la quantité au détriment de la qualité, on remplace par l'eau une partie de l’alcoo! qu’elles devraient contenir ; soit enfin pour déguiser le mauvais goût des alcools de basse qualité employés dans leur fabrication. Tels sont la litharge, l'acétate de plomb, le sulfate de cuivre ou vitriol (dans l'absinthe), le sulfate de fer ou couperose, l'acide sulfurique .ou #uile de vitriol, acide nitrique ou au forte, l'acide acétique, J’acétate d’ammoniaque, l’éther nitreux, l’éther acétique, la stramoine (poison
narcotique très énergique), l’alum, la teinture
la pyrèthre, l'ivraie, le caramel, le poivre rouge, le gingembre, etc.
Appiiqué durant quelques années, à l’analyse des liqueurs, j'ai constaté dans une bonne partie des boissons livrées au commerce, dans ce pays, surtout dans celle de basse qualité, une proportion plus ou moins grande de ces divers ingrédients.
Le brandy, le gin et le whisky sont les boissons les plus en usage dans le pays.
Je suis en mesure d'affirmer que la véritable eau-de-vie ne se trouve guère dans le commerce ordinaire, même en France. Si elle est entrée dans notre pays, ce n'est que dans des cas rares et exceptionnels. Les substances aromatiques ajoutées à tous les brandys importés généralement, attestent déjà la présence d’un alcool de mauvais goût, dont il a été nécessaire de déguiser la saveur. D'ailleurs, il suffit de se renseigner aux sources certaines pour se mettre au courant d’un fait inconnu d’un grand nombre : c'est que le prix de l’eau-de-vie originaire de la fermentation du jus de la vigne est au
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moins le triple de la valeur commerciale des brandys importés de France dans ce pays, aussi bien qu’en Angleterre et aux Etats- Unis. Presque toutes les eaux-de-vie fabriquées en France pour le commerce, et données au public sous le nom de Cognac sont faites avec l'alcool distillé du marc de raisin, et surtout de la fermentation de la fécule des pommes de terre. Vous voyez, par là, que ce que l'on est convenu d'appeler le &randy de bonne qualité, se vendant à une piastres ou un peu plus la bouteille, doit être rangé parmi les liqueurs de seconde classe, contenant pour le moins les huiles essentielleset autres principesvolatilesextraits des sources productrices de l'alcool qui en fait la base, pour ne pas parler des autres ingrédients dont il est chargé. Que penser alors de ces liqueurs appelées &randy commun !
Du whisky et toute espèce d’alcools de ba
qualité convertis en brandy par l'addition d’une certaine somme d'ingrédients chimiques destinés à leur en donner la couleur et, jusqu'à un certain point, le goût. Vous pouvez vous en convaincre par une petite opération
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que je vais faire sous vos yeux. (1) D'après cela. je ne crains pas d'affirmer que la plupart des boissons vendues sous le nom d’eaude-vie de Cognac doivent être classées parmi les breuvages les plus nuisibles.
Le gin ou eau-de-vie de genièvre est appelé naturel lorsqu'il provient d’un alcool quelconque istillé de nouveau sur des baies de genièvre ; et artificiel lorsqu'il provient d’un mélange mécanique du whisky avec certaines substances, et surtout une essence contenant les huiles extraites de genièvre. Ces huiles contenues du reste dans le gix naturel où elles entrent durant le procédé de la distillation, outre le goût désagréable qu'elles communiquent à la liqueur, sont particulièrement délétères. Elles contribuent surtout à engendrer la dégénérescence graisseuse du foie.
En Angleterre où l'eau-de-vie de genièvre est le plus en vogue, cette affection est très
fréquente et on l'appelle communément 344 :
drinkers liver (foie des buveurs de gin).
(1) Ici le Rév. Père Conférencier mélange un peu de
whisky avec diverses snbstances chimiques, et passe à
quelques personnes de l'auditoire un liquide semblable pour la couleur et le goût au brandy de commerce.
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Dans bon nombre des whiskys du Canada, j'ai constaté la présence d'une petite quantité d'acide sulfurique, de couperose et d’autres ingrédients destinés à augmenter sa force apparente. Je vous demande de vouloir bien m'accorder encore un instant pour faire de nouveau, sous vos yeux, une opération qui vous fera voir comment, en étendant du high wine dans deux parties d’eau, il est possible, avec le secours de la fraude, de donner au liquide une force apparente capable de le faire aisément passer pour un mélange d’eau et d'alcool à parties égales.
En voilà assez, Messieurs, pour vous convaincre que les buveurs d’eau-de-vie introduisent dans leur estomac, chaque fois qu'ils vont à l’auberge, des substances qu'ils n’oseraient à peine toucher s'ils les voyaient à l’état isolé. Il n’est pas étonnant que tant de malheureux s’emnoisonnent, que l’ivrognerie fasse de nos jours tant de ravages sur la santé.
Je crois donc qu'un des moyens les plus efficaces à retarder le progrès du fléau est de
vulgariser l’idée que les liqueurs alcooliques
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sont non-seulement inutiles, mais très-nuisibles. (C'est dans cette pensée, Messieurs, que j'ai sollicité, pour quelques instants, votre attention ce soir ; et je vous remercie beaucoup de la bienveillance avec laquelle vous me l'avez accordée.
Cette vulgarisation de la connaissance des propriétés délétères de l'alcool et des substances plus ou moins vénéneuses qui entrent dans la composition des liqueurs alcooliques, s'ajoutant à l'influence de la religion, moyen principal, qui s'exerce de diverses manières et particulièrement par la prédication et la formation des sociétés de tempérance, ne peut manquer de contribuer pour beaucoup à éloigner des lèvres de tous la coupe empoisonnée des liqueurs spiritueuses.
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