‹ Conférence sur les propriétés délétères des liqueurs spiritueuses [microforme]Chapitre 6 sur 8 · LL · texte numérisé non relu

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des cauchemars. L'un voit sa maison brûlée.

Un autre est entouré d'hommes qui se querellent et se battent. Des chiens, des chats, des animaux de toute sorte vont et viennent dans la chambre d’un troisième, courent sur son lit, et cherchent à le mordre. Ces infortunés se réveillent en sursaut, harcelés, couverts de sueur. Le matin, ils se lèvent plus fatigués qu'ils ne l’étaient avant de se mettre au lit.

I! est des cas, plus rares cependant, où ils sont poursuivis par ces visions imaginaires, même durant le jour. “ Un de mes malades, dit le Dr. Marcet, voyait dans les rues des cordes suspendues sur sa tête ; un autre voyait les objets doubles ; d’autres aperçoivent des insectes qui rampent à terre. Ces visions disparaissent dès que l'attention se porte sur elles; mais parfois elles semblent assez réelles au malade pour qu’il y prenne garde. Un cocher, par exemple, affecté d’alcoolisme chronique, arrêtait brusquement ses chevaux ou les dirigeait d’un côté à l'autre de la rue, pour éviter les obstacles

qu'il distinguait d’abord très nettement et

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dont il ne reconnaissait que plus tard l'existence imaginaire. ... D'autres fois, il arrive qu’en lisant, le livre se couvre soudainement de ténèbres, et un état de cécité presque complète se produit pour quelques minutes.”

Outre son action directe sur les facultés physiques, l'alcoolisme exerce de plus sur elles, des influences indirectes. L'ivrogne contracte, par exemple, plus facilement que les autres, certaines maladies. Toute maladie incidente chez un individu alcoolique, affecte des caractères nouveaux, et prend un dégré de gravité exceptionnelle. La guérison en est beaucoup plus difficile. Cela vient de ce que les influences morbides trouvent moins de résistance dans un organisme soumis à une dépression générale, et troublé dans ses fonctions. Telle affection, qui ne serait qu'une légère indisposition chez les autres, se complique d'accidents graves chez les sujets alcooliques. En outre, ils supportent plus difficilement la maladie, Ils tombent très facilement dans un état de prostration complète ; et la réaction curative n’en devient que plus difficile à accomplir.

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LI. Action de l'alcool sur l'état mental.— Les facultés intellectuelles n'échappent pas à l'influence pernicieuse du poison alcoolique. Les troubles de l’intelligenee présentent l'une des faces les plus tristes de l'alcoolisme chronique.

Ces troubles peuvent se ranger en trois classes : 19 des états passagers que les ivrognes peuvent traverser une ou même plusieurs fois pour revenir ensuite à la raison : tels sont les moments de délire ; 2° un affaiblissement considérable et permanent des facultés ; 3° leur anéantissement complet, ou la démence.

Quelques-uns d'entre vous ont peut-être pu assister au triste spectacle du delirium tremens, cette folie des ivrognes, dont les caractères principaux reposent sur des hallucinations effrayantes. Ils ont vu le malheureux alcoolique se dresser sur son lit, la face injectée, les yeux hagards, luttant contre des ennemis fantastiques créés par son imagination. Ces hallucinations portent avec elles une cer” taine somme de terreur. Le délire dure un

temps plus ou moins long, plusieurs jours et

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même, mais rarement, plusieurs semaines.

Il peut se terminer de trois manières : par la cessation de l’aliénation à la suite d’un sommeil profond et prolongé durant de lorgues heures; par un obscurcissement pro- gressif de la raison aboutissant finalement à l'abrutissement complet ou la démence ; par la mort. En ce dernier cas, le malade succombe lentement, ou est frappé d'une mort presque subite au milieu d’une agitation violente et convulsive. La première terminaison du délire est cependant de beaucoup la plus fréquente.

La conséquence de ces sortes d’hallucinations est une impulsion à l’homicide, ou une tendance à s'esquiver. L'on a vu de ces aliénés, dans leur empressement fiévreux à fuir les êtres imaginaires dont ils sont menacés et effrayés, se briser la tête contre un mur qu'ils ne voient pas, se précipiter par une fenêtre, se jeter dans une rivière.

Il est des cas d’aliénation passagère caractérisée par des hallucinations d'une nature triste, dépressive, qui déterminent une impression de honte, de désespoir, de terreur.

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Les médecins appellent lypémanie cet ordre de troubles. La conséquence de ce genre

* d'hallucinations est une tendance au suicide,

Appuyés sur les fréquentes tentatives de suicide faites dans ces conditions, des obsérvateurs ont affirmé qu'un quart des suicides sont commis par des alcooliques.

Mais ce qui est le plus triste, c'est de voir la partie la plus noble de l'être humain, les facultés mentales, frappées d'une débilité permanente, ou d’un anéantissement définitif.

L'affaiblissement intellectuel est ordinairement compliqué d’un état de paralysie générale, et constitue une des formes terminales de l'alcoolisme. Sur 1343 Cas de paralysie générale de tout ordre, un médecin éminent en a trouvé 106 d’origine alcoolique.

La démence est l'autre forme terminale de l'alcoolisme.

Il se produit, le plus souvent sans secousses, une débilité intellectuelle progressive, qui aboutit insensiblement à l’obtusion complète de toutes les facultés, à l'abrutissement définitif. Il n'existe plus, chez l'infortuné buveur,

qu’une vie végétative sans conscience ni souci

de ce qui l'entoure. Il est sombé en enfance, dit-on vulgairement.

Les faits, du reste, se,chargent de démontrer péremptoirement que la folie provient du vice de l’intempérance plus que de toute autre cause, sauf le cas de prédisposition héréditaire. Les Statistiques des asiles établissent que la proportion des cas d’aliénation mentale dus à l'abus des boissons alcooliques s’est augmentée avec l'extension de cet abus. Ainsi, dans l'asile de Charenton, en F rance, durant neuf années, À partir de 1826, il est entré 1,557 aliénés, dont 124 devaient leur folie à l'abus des liqueurs fortes, soit 8 par cent. De 1857 à 1864, on en a trouvé 207 Suf 1146, soit 24 par cent. Dans l'hospice de Bicêtre, dans le département de la Seine, cette même proportion a augmenté de 13 à 25 par cent.

Le Dr. Browe, de l'asile de Crichton, à |

Dumfries, dans un mémoire sur l’aliénation mentale, déclare que de 57,920 cas de folie, dans ce siècle, qu'il a étudiés avec soin, et qui ont été traités dans les asiles, 10717 étaient dus à l'ivrognerie, Dans ce nombre

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ne se trouvent pas compris les aliénés gardés à domicile ou dans des maisons de pension privées. “(C'est assez, ajoute cette écrivain, que l'usage des boissons fasse 10,000 aliénés dans 50 ans. Le contraste entre les peuples adonnés à l'ivrognerie et ceux qui se font remarquer par leur sobriété, relativement aux cas de folie qui se rencontrent chez eux, est des plus frappants. En Ecosse, il y a un aliéné sur 663 personnes saihes d'esprit ; en Espagne il y en a un sur 7,181. À Edimbourg, un sixième des aliénés doivent attribuer à l’intempérance la perte de leurs facultés intellectuelles ; à Palerme le même résultat s'applique à la vingt et unième partie des aliénés.” À Londres, le Dr. Blomfield, d’après les statistiques recueillies sur le compte de 1,271 aliénés, en a trouvé 649, ou la moitié environ, qui avaient perdu la raison à la suite de l’intempérance, Ces chiffres sont assez démonstratifs.

III. Action de l'alcool sur le moral —Si l'intelligence ne fait pas naufrage chez tous les individus qui abusent des liqueurs fortes, la dégradation morale est plus souvent ia

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déplorable conséquence de cet abus. L'ivrogne perd d’abord ses habitudes de travail régulier. Tel était autrefois actif, laborieux, soigneux de sa personne ; transformé par l'alcool, il est devenu insouciant, paresseux, négligé. Il sacrifie tout à la passion qui le domine : sa profession, ses propres intérêts, ceux de sa famille. Dépourvu d'énergie et d'initiative, apathique, indifférent, oublieux de ses proches et de lui-même, il se traine d’un. cabaret à l’autre, et ne recule devant aucun manége pour se procurer les moyens de satisfaire sa passion.

La dégradation morale de l'individu entraîne :

trois conséquences auxquelles se rattachent toutes les calamités originaires de l'ivrognerie : la destruction du lien conjugal, la misère avec son cortége de souffrances, et la perpétration du crime.

Nous assistons tous les jours aux calamités domestiques.

Si je ne craignais d’abuser des chiffres, je

vous donnerais un état puisé dans les statis-

tiques, établissant que les deux tiers du pau-.

périsme sont dus directement ou indirectement à l’ivrognerie,

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Les juges, les magistrats, les gouverneufs de prison, les inspecteurs de police, et tous ceux qui ont quelque chose à faire dans l'administration de la justice ou l'entretien . du bon ordre, s'accordent à dire que la plus grande partie des crimes doit également être attribuée au vice de l'intempérance. Sur 33,832 individus qui ont passé dans Îles prisons de la province d'Ontario, durant l'espace de cinq ans, de 1868 à 1873,onena trouvé 21,519 amenés là par suite de l’intempérance. Durant l’espace de trois années, de 1869 à 1872, les prisons de la province de Québec ont reçu 10,350 individus, dont 7,866 payaient leur tribut à l'ivrognerie.

Un état fourni par le Recorder de la cité de Montréal porte à 32,611 le chiffre total des arrestations faites par la police durant les trois années 1871, 1872 et 1873 Sur ce nombre 21,043 ont trait à des individus conduits devant le magistrat pour ivresse ou offenses en prevenant.

Le chef de police de la même cité. M, Penton, dans son rapport pour 1873, dit :

“ Hélas! malgré les efforts réunis des mem-

bres du clergé de chaque dénomination, et le bon exemple donné par nos hommes les plus marquants, et par nos législateurs et les officiers chargés de l'exécution de la loi, l'ivrognerie règne encore en souveraine, et semble être plus puissante que jamais à produire le mal. C'est donc avec le plus profond regret que je constate qu’il y a eu cinq cents arrestations de plus pour ivrognerie en 1873 qu'en 1872. Et tout cela ne doit surprendre personne ; car au lieu de voir diminuer le nombre de licences, il en a été accordé trente-sept de plus cette année que l'année précédente.

“ La plupart des offenses sont dues, soit directement ou indirectement, à l'intempérance. Quelle est, en effet, la cause de presque tous les larcins? l’ivrognerie—des assauts ? l’ivrognerie—-de la conduite déréglée ? l'ivrognerie—des querelles, des difñcultés avec les agents de police, des mauvaises paroles, de blasphêmes ?...... l'ivrognerie.,,., l’ivrognerie., ,.. toujours l'ivrognerie!.,. En un mot, l’intempérance se

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directe ou indirecte, de tous les crimes. De cette multitude d’auberges qui sont autant d'écoles de tous les vices, on voit tous les jours sortir une foule de tapageurs, de désævrés et d'individus immoraux, toujours prêts à commettre une action mauvaise, et dont le passetemps principal et le plus agréable est d’attaquer les agents de police, de délivrer par force les prisonniers, et de répandre la terreur dans certains quartiers de la cité.” Durant les trois années ci-dessus mentionnées, le chiffre des arrestations est de 15,126 pour la cité de Toronto, et 2,282 pour la cité d'Ottawa ; sur ce nombre 7,908, ou la moitié pour la première, et 1,843, ou presque les deux tiers, pour la seconde, avaient péché à la suite de l’intempérance.

Le temps m'a fait défaut pour me renseigner sur les statistiques particulières à notre cité de Québec ; mais les chiffres ci-dessus sont plus que suffisants pour démontrer l’influence déplorable des liqueurs spiritueuses sur la société. D'ailleurs, les archives de toutes les cours criminelles, dans tous les

pays, s'accordent à dire que ia plupart des

crimes commis, surtout les plus grands, ne l'auraient jamais été, si leurs auteurs eussent été tempérants. “ Mon expérience, dit M.

Ducpetiaux, inspecteur des prisons en Belgique, embrasse maintenant plus d'un quart de siècle, et je puis assurer que les a:

cinquièmes du crime et de la misère ti cv j'ai été témoin en ma qualité officielle et individuelle, sont dus l’ivrognerie.” M. Quatelet déclare que “sur 1129 meurtres commis en France durant l’espace de quatre ans, 446 ont été la conséquence de querelles dans les

auberges.” — “ Quiconque connaît quelque chose de nos cours criminelles, disait M. Hill en Angleterre, doit admettre comme vérité cé qué nos jüges ne cessent dé: répétet, savoir, que le plus grand nombre des offenses de toutes sortes provient de l’intempérance.” —Aux Etats-Unis, on a constaté que sur cent offenses commises, soixante au moins résultent de l’ivrognerie. En voilà assez certainement pour démontrer l'influence fatale de l'usage des liqueurs enivrantes sur la moralité.

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