LE SALCT DE CEUX QLI L'ÉCOUTEXT EST LE MOTIF DU PRÉDICATEUR
Lorsqu'un groupe d'hommes viennent dans une contrée voisine qui leur est cependant inconnue, comme nous le faisons aujourd'hui , mes frères ' , étrangers parmi des étrangers, et qu'ils s'établissent chez eux, élèvent un autel, ouvrent une école, invitent et même exhortent tous les habitants à venir les entendre , il est naturel que ceux qui les voient et
• Cette première Conférence a été prc^chée par le. célèbre orateur le jour où il a inatif^uré à Bimiing'ham rétablissement de l'Ordre de l'Oratoire,
2 PREMIÈRK CONFÉRENCE.
qui sont portés à s'occuper d'eux , demandent : Quel motif les amène ici? qui leur a dit de venir? que veulent-ils? que prêchent-ils? quelles garanties offrent-ils? que promettent-ils? — Vous avez le droit, mes frères, de nous poser ces questions.
Mais bien des gens, croyant pouvoir les résoudre facilement eux-mêmes, ne s'arrêteront pas à nous les adresser. Il en est un grand nombre qui y répondraient sans hésitation et avec assurance, selon leur manière habituelle d'envisager les choses et d'après leurs propres principes, c'est-à-dire d'après les idées du monde. Les manières de voir, les principes du monde, les fins vers lesquelles il tend , sont choses parfaitement définies, reconnues en tous lieux, et qui servent généralement de mobile aux actions des hommes. Ces données offrent toujours un moyen tout prêt pour expliquer la conduite des autres , quels qu'ils soient , et ces explications sont assez infailliblement vraies dans la plupart des cas , pour qu'elles se trouvent probables et plausibles dans quelques-uns particuliers. Quand on veut se rendre compte des effets dont on est témoin, on les rapporte à des causes connues. Ce ne serait pas en rendre compte, que de les attribuer à des causes imaginaires, ignorées de tous. Le monde juge donc naturellement et nécessairement les autres d'après luimême. Les hommes qui vivent de la vie du monde, qui se conduisent d'après ses mobiles, qui vivent et agissent avec ceux qui font comme eux, attribuent inévitablement les actions des autres, quelque différentes qu'elles soient des leurs, à l'un ou h l'autre des motifs
qui déterminent leurs propres actions ; car il faut qu'ils leur assignent un motif, et ils n'en sauraient imaginer d'autres que ceux dont ils subissent l'influence. ^
Nous savons comment le monde procède , surtout dans ce pays : il est actif, laborieux, infatigable. Il se met à l'œuvre avec enthousiasme , et marche à son but avec ardeur. Voulez-vous connaître le monde ? il est fidèlement dépeint dans les publications qui sont destinées à lui plaire ; là vous verrez quels sont les mobiles qui le mènent, quelles sont les idées qui le gouvernent ; vous y verrez les grands et persévérants efforts qu'il fait dans un but temporel , quelquefois bon , (juelquefois mauvais, mais toujours temporel. Il poursuit sans cesse un but mondain, bien que parfois désintéressé; il s'agit généralement de position, de considération, de pouvoir, d'intérêts matériels, de luxe; mais quelquefois aussi du soulagement des misères de l'humanité ou de la société, telles que l'ignorance ou les maladies, la pauvreté ou le vice. — Quoi qu'il en soit, le principe moteur et animateur de tous ces efforts est un but temporel. Ce but produit souvent une émotion si agréable , si séduisante, qu'il est à lui-même sa récompense ; d'autant plus que les hommes, oubliant la fin pour laquelle ils prennent tant de peine, trouvent leur plaisir dans cette peine même, et sont suffisamment payés de leurs travaux par leurs travaux, dans les efforts qu'ils font pour surmonter les obstacles et vaincre leurs rivaux, dans les difficultés qui juettent leur habileté à l'épreuve, dans le déploiement de toutes les ressources de leur es-
^iPQPiPimiiin
prit, dans les vicissitudes et les hasards, dans les incidents imprévus et les péripéties de l'entreprise qu'ils ont commencée, bien qu'elle n'arrive jamais à fin.
Telle est la conduite du monde. C'est pourquoi, dis-je, il ne faut pas s'étonner qu'en voyant quelques hommes se mettre au travail avec ardeur, s'efforcer d'en rassembler d'autres autour d'eux, agir en apparence comme il agit lui-même, quoiqu'avec une tendance différente , et bien qu'ils soient engagés dans une profession religieuse, on leur impute sans hésiter des intentions semblables à celles qui dirigent ou dirigeraient des enfants du monde. Assez souvent, par manière de blâme, mais souvent aussi sans y attacher cette idée, le monde reconnaît, comme un simple fait qu'il ne croit pas pouvoir nier, que ses enfants sont ambitieux, inquiets, avides de distinctions, désireux du pouvoir. Il n'en sait pas davantage , et il se fâche et s'irrite si , par la suite, quelque circonstance de la vie de ceux qu'il critique vient donner un démenti à l'hypothèse d'après laquelle il avait d'abord jugé si lestement leur position et leurs tendances. 11 les a examinés superficiellement, et a cru les voir à fond ; sur un ou deux de leurs actes venus à sa connaissance, il a jugé toute leur conduite et a déterminé le principe qu'il croit être leur mobile ; mais maintenant , le voilà obligé d'abandonner l'hypothèse qu'il avait imaginée, et d'en adopter une autre, et il s'ingénie à expliquer d'une autre façon leur caractère et leur conduite. 0 mes chers frères , le monde ne peut s'empêcher d'agir ainsi , parce qu'il ne nous connaît pas;
MOTIF DU PRÉDICATKUR. %
il sera toujours irrité contre nous de ce que nous ne sommes pas du monde, parce qu'il est le monde. II ne comprend nécessairement pas les raisons qui exercent «ne action toute-puissante sur nos cœurs , et las enfln de chercher dans ses physiognomonies et dans ses tablettes une esquisse de nos personnes, plein de dégoût, après tant de conjectures vaines, il déclare que nous sommes des êtres inexplicables , ou il se met à nous haïr comme des êtres mystérieux et trompeurs.
Mes frères, nous avons des vues secrètes, — secrètes pour les enfants du siècle, s'entend, — secrètes pour les politiques, secrètes pour les esclaves de Mammon , pour tous les hommes ambitieux , avides, égoïstes et voluptueux. Car la religion elle-même, comme son divin auteur et propagateur, est, ainsi que je l'ai déjà dit, une chose ignorée du monde, et, ne la connaissant pas, il ne peut s'en servir comme d'une clef pour expliquer la conduite de ceux qui subissent sa divine influence. Les hommes du monde ne connaissent pas les idées et les motifs que la religion inspire aux esprits qu'elle éclaire de sa lumière. Ils ne les conçoivent pas, ils ne les admettent pas, même quand on les leur a expliqués; ils ne peuvent croire que d'autres se laissent influencer par ces idées, même lorsqu'ils les professent ouvertement. Il leur est impossible de se mettre à la place d'un homme qui s'efforce de plaiie à Dieu dans toutes ses actions; ils ont une intelligence si bornée, un esprit si commun, que lorsqu'un catholique professe telle ou telle doctrine de l'Église sur le péché, le jugement dernier, le paradis, l'enfer, le
sang de Jésus-Christ, les mérites des Saints, la puissance de Marie , ou la présence réelle , et qu'il dit que ces vérités inspirent son cœur, dirigent ses actions de la journée , ils ne peuvent croire qu'il parle sérieuse=^ ment ; car ils sont convaincus que ces points de croyance doivent être et sont précisément ce qui em- ' barrasse son esprit , qu'il ne les accepte comme vrais qu'en faisant violence à sa raison , qu'il y pense le moins possible, et qu'enfin ils n'exercent aucune influence sur sa vie. Ne soyons donc point surpris de ce que les sensuels, les mondains, les incrédules, regardent avec défiance les hommes qu'ils ne peuvent comprendre, ni de ce qu'ils assignent à leur conduite des motifs si étranges, si détournés, quand ils ne peuvent admettre l'explication naturelle qu'on leur en donne. Il en a toujours été ainsi depuis le commencement. Les Juifs eurent la mauvaise foi d'attribuer les actes de Notre-Seigneur et de son précurseur à d'autres motifs que le désir d'accomplir la volonté de Dieu. Ils étaient, ainsi qu'il l'a dit lui-même , ils étaient semblables à des enfants assis sur la place du marché, et criant à leurs camarades : « Nous avons joué de la flûte, et vous n'avez pas dansé ; nous avons chanté des airs lugubres , et vous ne vous êtes pas affligés. » Ensuite, il en dit la raison : « Je vous rends grâces, mon Père , Seigneur du ciel et de la terre , de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et de ce que vous les avez révélées aux simples et aux petits. Oui, mon Père, car ainsi il vous a plu de faire. » Laissez le monde agir à sa façon ; laissez-le parler
MOTIF DU FKEOICATEUR. 7
de nous connue bon lui semble , mes frères, cela ne nous empêchera pas de dire ce que nous pensons et ce que le Dieu éternel pense et dit du monde. Nous avons le droit de nous former un jugement sur le monde, autant que le monde a le droit d'en former un sur nous, et nous entendons user de ce droit. Car si, d'une part, nous savons qu'il nous juge mal, de l'autre nous savons, par le témoignage de Dieu, que nous lo jugeons bien. Tandis qu'il s'efforce de rapporter notre zèle à un motif, à un principe qui lui appartient , je vais vous prouver sans beaucoup de peine , si vous voulez me prêter votre attention , que c'est notre horreur pour ces motifs et ces principes, notre compassion pour les âmes soumises à leur influence , qui nous rendent si industrieux, si actifs, qui nous décident à nous établir dans une ville qui ne nous offre aucun avantage temporel, mais où les erreurs religieuses abondent, et dont la nombreuse population nous est chère par ses âmes que nous voudrions sauver.
0 mes frères, le monde, si préoccupé de ses intérêts matériels et des plaisirs des sens, ne comprend guère quel est le véritable état de l'âme humaine , quelle est sa position vis-à-vis de Dieu, quelle est son histoire dans le passé, quelles sont ses espérances dans l'avenir. Le monde se crée une manière particulière d'envisager les choses et n'en sort pas. Il ne se donne jamais la peine de rechercher si cette manière de voir est juste, il ne s'cnquiert pas s'il existe quelque règle extérieure, quelque source d'information pour arriver à savoir la vérité sur les choses qui forment le sujet de ses juge-
8 ' PREMIKRB CONFÉRENCE.
ments. 11 admet comme exact tout jugement formé à la première vue , bien qu'il ne soit porté que sur des apparences. 11 ne se donne pas la peine de penser à Dieu ; il vit au jour le jour, et (dans la mauvaise acception du mot) « il n'a pas de souci du lendemain. » Ce qu'il voit, ce qu'il goûte, ce qu'il touche , suffit à ses désirs ; là est la limite de ses connaissances et de ses inspirations; ce qui exerce quelque influence sur la société , ce qui est utile est seul respectable à ses yeux. L'efficacité est pour lui la règle du devoir; le succès est la preuve de la vérité. Il croit à ce qu'il voit ; il nie ce qu'on ne peut lui faire voir. 11 enseigne, par conséquent, qu'il ne faut pas de grands efforts pour être sauvé ; qu'il n'a pas commis de grands péchés, ou que ces péchés lui ont été pardonnes; qu'il peut avoir pour l'éternité une entière confiance en la miséricorde de Dieu , et qu'il doit éviter tout ce qui ressemble à l'abstinence, à l'abnégation, à l'empire sur soi-même, à la mortification, comme étant des pratiques outrageantes et de nature à discréditer cette miséricorde. Voilà , sur notre condition dans cette vie terrestre, la doctrine que le monde enseigne , par ses nombreuses sectes et ses philosophies. Mais , d'un autre côté , quelles sont les doctrines de l'Eglise sur cette même question ?
L'Eglise enseigne que l'homme fut fait dans l'origine à l'image de Dieu, qu'il était le fils adoptifde Dieu, l'ami de Dieu, l'héritier de Dieu, l'héritier de la gloire éternelle , et qu'en attendant les béatitudes de l'éternité, il jouissait dans cette vie de grâces nom-
breuses et de privilèges étendus. Elle enseigne en outre que , maintenant , l'homme est un être déchu , place sous la malédiction du péché originel, privé de la grâce divine ; il est l'enfant de colère, et, ne pouvant par lui-même arriver au ciel, il est dans un danger imminent de tomber en enfer. Je ne veux pas dire qu'il est condamné à la perdition par quelque loi nécessaire, car il ne peut périr que par sa volonté et ses péchés, et Dieu lui accorde, même dans son état de nature , une foule d'inspirations et de secours pour le conduire à la foi et à l'obéissance. Il n'y a pas un seul fils d'Adam qui ne puisse être sauvé, en tant que son salut dépend de l'assistance divine; mais lorsqu'on considère la puissance des tentations , la force des passions , l'ascendant de l'amour-propre et de la volonté, l'empire de l'orgueil et de la paresse dans chacun de ses enfants, qui oserait affirmer, de telle àme en particulier, qu'elle sera capable de se maintenir dans l'obéissance sans une abondance, une profusion de grâce sur laquelle on ne peut raisonnablement compter? car nue pareille faveur ne serait point en rapport , je ne dis pas avec les droits (car il n'y en a pas), mais avec les besoins stricts de la nature humaine. On peut prévoir presque en toute assurance que l'homme né dans le monde , s'il arrive à l'âge de raison , tombera on péché mortel et perdra son âme, malgré les secours généraux de la grâce de Dieu. Ce n'est pas une faible assistance, un secours de peu de valeur que celui par lequel l'homme est arraché en quelque sorte de ses propres mains et délivré de ses passions. Il a besoin
40 PREBllËRE CONFÉRENCE.
pour cela d'un remède plus qu'ordinaire. Quelle pensée sérieuse ! quelle lumière cette pensée jette sur l'état actuel de l'homme ! Qu'elle nous le présente sous un aspect différent de celui sous lequel le monde le considère ! Qu'elle est poignante, qu'elle est puissante sur le cœur de ceux qui l'acceptent!
Examinez de près, mes frères , examinez avec attention l'histoire d'une âme née dans le monde et élevée selon ses principes, et vous acquerrez la conviction et la preuve de ce que je vous dis. Le pauvre enfant passe ses deux, trois ou cinq années d'innocence, heureux en ce qu'il ne peut encore pécher; mais enfin (jour redoutable !) il commence à faire la distinction entre le bien et le mal. Hélas! un peu plus tôt, un peu plus tard, car il n'arrive pas toujours au même âge, ce jour cruel doit venir. L'enfant acquiert la faculté , la grande , la terrible, l'effrayante faculté de juger qu'une chose est mauvaise et de la faire malgré cela. 11 sait très-positivement qu'il offensera son Créateur et son juge en agissant ainsi ; et, quoiqu'il soit réellement capable de s'abstenir du péché , il est cependant libre de le commettre. Il jouit de la terrible liberté de commettre un péché mortel. Jeune comme il est , il a néanmoins de son péché une notion aussi nette que celle de l'Esprit malin au moment de sa chute , et il y succombera avec un consentement aussi parfait que le sien. Le jour est venu et ne se passera peut-être pas ; ses premières heures ne seront peut-être pas écoulées sans que le jeune homme exercé cette redoutable faculté, ne fasse ce qu'il ne
MOTIF DU PRÉDICATEUR. il
devrait pas faire, ce qu'il n'a pas besoin de faire, mais ce qu'il est cependant libre d'accomplir !
Parmi les personnes de notre connaissance , s'en trouve-t-il une dont nous puissions affirmer que si elle était restée dans l'état de nature, elle aurait fait usage de la grâce à elle accordée, et que si elle se trouve actuellement dans cet état, elle a profité de celle qui lui est départie, de manière à éviter le crime d'oflenser Dieu et la punition attachée à ce crime? Non, mes frères. Une ville aussi grande que celle où nous sommes présente un spectacle effrayant. En parcourant ses rues, combien ne rencontrons-nous pas de nos semblables qui n'ont peut-être jamais été baptisés! El le reste, comment se compose-t-il, si ce n'est d'hommes qui, quoique baptisés, sont pour la plupart ou des pécheurs qui n'ont pas su conserver la grâce que Dieu leur a donnée, ou môme qui , dès les premières années de leur vie, se sont échappés du bercail, seul lieu de salut! La raison et le péché se sont développés ensemble , et ont dès le principe marché de concert. Pauvre enfant! il n'est point changé aux yeux de son père et de sa mère ! ils ne s'aperçoivent pas de ce qui s'est passé dans son cœur; et peut-être que, s'ils le savaient, ils ne s'en effraieraient pas, car ils sont, comme lui, en état de péché mortel. Eux aussi, avant de se connaître, ont commis des péchés, des péchés mortels, et ils ne se sont jamais réconciliés avec leur Dieu ; ils ont vécu de longues années dans cet état, sans en comprendre l'horreur. Puis ils se sont unis par les liens du mariage; ce jour fut un jour de joie pour eux;
mais ce fut un jour de deuil pour les anges. Leur condition est modeste ou brillante , leur existence temporelle est heureuse ou malheureuse; mais leur union n'a pas obtenu les bénédictions de Dieu. Ils ont donné le jour à un enfant; ce dernier n'a pas été condamné à l'enfer dès son berceau, mais il est né sous de mauvais auspices. On pouvait facilement prévoir qu'il suivrait la voie de toute chair ; le moment fatal est arrivé; nos présages funestes vont se réaliser. Cet enfant a mangé du fruit défendu; il a dévoré avec délices le fruit de l'arbre de mort et de péché ; les portes de l'enfer se sont ouvertes pour lui , mais il n'a pas entendu le bruit qu'elles ont fait en tournant sur leurs gonds ; il ne les a pas vues s'entre-bâiller ; il n'a pas d'yeux pour voir ses flammes; mais les habitants de l'abîme fixent leurs regards sur lui ; sa place est irrévocablement marquée parmi eux ; à moins que son Créateur n'intervienne par quelque moyen extraordinaire, il est
Cependant, quoiqu'il soit l'esclave du péché , son esprit se développe toujours; son intelligence s'ouvre; le temps passe; il apprend peut-être une foule de choses; il a de belles dispositions; on s'applique à les cultiver. Il peut avoir des manières engageantes ; son humeur surtout est légère et enjouée comme celle de la plupart des enfimts. Il est élevé pour le monde; il forme ses jugements; il arrête ses principes; il se fait des opinions et un certiiin caractère. Ce caractère est plus ou moins aimable; il possède plus ou moins de vertu naturelle; peu importe : le cœur est atteint d'un
MOTIF DU PRÉDICATEIIR. i3
mal interne qui croît et s'étend. Le démon est déchaîné et règne en maître dans son âme. Autrefois, il avait l'habitude de prier de temps en temps; maintenant, il s'est affranchi de ce devoir; ses prières n'étaient qu'un balbutiement des lèvres, le cœur n'y avait aucune part, pourquoi continuer d'en dire? A quoi servent-elles? Sont-elles obligatoires, par hasard? C'est ainsi qu'il a raisonné en lui-même , et il a agi selon ce raisonnement : il a cessé de prier. Son premier péché, ce péché mortel qui l'a mis hors la grâce, ce fut peutêtre cette incrédulité du pouvoir de la prière. Etant enfant, il refusait de prier, alléguant pour excuse qu'il était trop âgé, et que d'ailleurs ses parents ne priaient pas. En conséquence, il renonça à la prière, et le démon entra dans son cœur, en prit possession , s'y établit comme dans sa demeure.
Pauvre enfant, chaque jour la liste de ses péchés mortels grossit ; chaque jour les instances de la grâce ont moins de prise sur son cœur; il respire l'air empoisonné du mal , et la corruption fait chez lui des progrès effrayants. Il a rejeté loin de lui la pensée de Dieu, et y a substitué sa propre personne. Il a repoussé les traditions de la religion qui apparaissent autour de lui , pour embrasser les traditions du monde qui sont plus en harmonie avec ses goûts, et c'est à elles qu'il livre la conduite de sa vie. Il est plein de confiance en sa sagesse , et ne soupçonne pas que le mal est devant lui , sur son chemin. Il s'accoutume à rire des hommes sérieux et des choses sérieuses; il recueille avec avidité toutes les plaisanteries qu'on en
fait. Il en parle avec assurance, quoiqu'il n'ait aucun moyen de connaître ce qu'il avance. Moins il croit aux vérités révélées , plus il pense être sage et savant. Ou bien, si son naturel le préserve de tant d'endurcissement, il n'en répète pas moins, par laisser-aller et par esprit d'imitation, à mesure que l'occasion s'en présente, les moqueries qu'il entend débiter contre les personnes et les choses saintes. 11 est railleur, plaisant, enjoué , et il consacre ses talents à la cause de Satan. 11 a une antipathie secrète contre les vérités et les pratiques de la religion ; elles lui inspirent un dégoût dont il s'aperçoit à peine , et dont il ne saurait dire la cause , si on la lui demandait. C'est ainsi que pensait Caïn, le fils aîné d'Adam , qui tua son frère parce que ses œuvres étaient justes. Ainsi pensaient ces malheureux enfants de Bethel qui se moquaient du grand prophète Elisée et lui criaient : « Monte , monte, tête chauve! » Il n'y a pas de particularité, si insignifiante qu'elle soit, qui ne puisse devenir un^sujetde risée, d'insulte pour l'homme, quand il est irrité par la vue de la religion.
0 mes frères ! je pourrais énumérer les autres défauts du jeune homme pécheur, les vices cachés et honteux qui se développent, se multiplient et grandissent en son cœur à mesure qu'il avance en âge et que sa vie s'écoule. Hélas ! qui pourrait sonder les profondeurs du mal qui n'a pour fin que la mort? Oh! que ce monde déchu oiïre un spectacle douloureux à contempler ! Il est brillant et séduisant à la surface; il a l'ap* parence de la sincérité dans ses manières ; il a honte
MOTIF DU PRKDICATEUR. i$
de ses péchés et les cache, et cependant on ne trouve en lui qu'une masse de corruption! Il a honte de ses péchés; mais il ne s'avoue pas à lui-même que ce sont des péchés; il les détend contre sa conscience, qui parfois les lui reproche, et peut-être a-t-il l'audace de dire, ou tout au moins d'insinuer que si un instinct est hon en lui-même, il ne saurait être mauvais en se manifestant chez un individu, et que d'ailleurs la satisfaction que nous éprouvons en y cédant prouve qu'il n'est pas mauvais ; il ajoute enfin que la tentation est la voix de Dieu. Pourquoi est-ce que j'entreprendrais d'analyser Tinfluence combinée de l'orgueil et de la concupiscence, — la concupiscence qui explore la route du mal, et l'orgueil qui la fraie et l'aplanit — lorsque les vérités les plus élémentaires de la révélation sont regardées comme des contes de nourrice? Non; j'ai voulu seulement vous montrer comment une nature pervertie entre dans la voie de la perdition, et je l'abandonne maintenant, mes frères, à vos réllexions, aux critiques individuelles que chacun de vous peut faire sur l'esquisse que je viens de tracer, esquisse que vous achèverez, chacun selon votre jugement et selon votre conscience, d'une manière plus parfaite que mes paroles ne pourraient le^faire. Le pécheur avance dans sa carrière temporelle; l'enfant est devenu homme; il a embrassé une profession ou un métier ; il y réussit ; il se marie, comme lit sou père avant lui. Il joue un rôle sur la scène de celte vie mortelle ; le cercle de ses relations sociales s'étend à mesure qu'il avance eu âge ; il jouit d'une certaine
réputation et d'une certaine influence dans la classe à laquelle il appartient ; sa réputation, son influence , sont celles d'un homme sensé, prudent et habile. Ses enfants grandissent autour de lui ; il a passé l'âge de virilité, et son astre commence à s'incliner \ers l'horizon. Aux yeux du monde, et selon le critérium du monde , il est parvenu à une honorable et vénérable vieillesse; il a été homme du monde, le monde le loue et l'honore. Mais qu'est-il dans la balance du ciel? quel est le jugement de Dieu sur lui ? que dironsnous de son âme? oui, de l'état de son âme? Ah! son âme ! il l'a oubliée; il n'a pas songé qu'il a une âme placée, du premier jour au dernier, sous les regards de son Créateur. Posuisti sœculum nostrum in illuminatione vuUûs tui, « vous avez placé notre vie à la lumière de votre visage. » Hélas! hélas! en ce qui touche son âme, le monde ne sait rien et ne se soucie pas de rien savoir. Le monde ne croit pas à l'existence de l'âme ; le monde ne croit qu'à une intelligence unie à un corps mortel; il s'occupe de l'homme tant qu'il est ici-bas; il l'oublie une fois qu'il a quitté cette terre. Cependant le temps approche où il va abandonner le séjour d'ici-bas , où il va disparaître parmi les ombres de ce monde inconnu et invisible, sur l'existence duquel le monde est si sceptique. Mais , nous qui croyons fermement à ce monde invisible, nous nous empressons de lui demander avec inquiétude : Quel est l'état de son âme? Hélas ! cet homme a joui des plaisirs et des honneurs du monde ; il a laissé un nom honorable parmi les hommes ; il a modifié ses opinions scepti-
MOTIF DU PRKDICATKUR. \1
tiques eu avançant en âge ; il commentait à croire que l'ordre et la rclij>ion sont de bonnes choses, qu'il faut rendre un certain hoinniago au culte de son pays, et assister parfois à ses cérémonies ; mais il n'est encore, malgré cela, selon la parole de notre Sauveur, qu'un sépulcre blanchi. Il est rempli au dedans d'ossements eu décomposition et de toutes sortes d'impuretés. Tous les péchés de sa jeunesse , dont il ne s'est jamais repenti, dont il ne s'est jamais lavé, son ancienne mondanité, ses vices, ses antipathies, ses idolâtries, le souillent encore de leur corruption ; seulement, ces vieux péchés sont recouverts de plusieurs couches de fautes plus récentes. Son cœur est un séjour de ténèbres ; il a été souillé , gouverné , possédé par les esprits du mal ; c'est un être sans foi et sans espérance. S'il admet l'existence de quelque vérité, ce n'est chez lui qu'une simple opinion ; et s'il jouit d'une sorte de calme et de repos, ce n'est pas la paix du ciel, mais de l'inertie, de rabaissement et de la dissolution. Son vieil ennemi a écarté loin de lui son bon ange, et en a pris la place; il est assis près de lui, joyeux de sa victoire, et attendant patiemment sa proie. 11 ne le pousse pas à de nouveaux péchés , de peur de réveiller sa conscience endormie et d'y porter le trouble; il le laisse parfaitement tranquille; il le laisse s'amuser d'un simulacre de foi, d'une ombre de piété, d'un semblant de culte; il l'aide à se créer un simulacre de religion capable de satisfaire sa raison affaiblie, sachant bien que cette parodie ne doit pas avoir une longue durée, que la mort n'est plus qu'une
afifaire de temps, et qu'il pourra bientôt l'entraîner avec lui dans sa demeure embrasée.
Moment redoutable ! l'heure inévitable est enfin venue ; il meurt, il meurt avec calme; ses amis sont édifiés de sa fin. Us remercient le Seigneur de l'avoir appelé à lui, de l'avoir délivré des peines de la vie et des souffrances de la maladie. « C'était un bon père , disent-ils , un bon voisin ; on le regrette sincèrement ; il est pleuré par ses nombreux amis. » Ils ajoutent peut-être : a II est mort avec une parfaite confiance en la miséricorde de Dieu. » De plus, il a manqué de quelque chose qui est au-delà de cette miséricorde ; il a manqué de quelque attribut sans lequel il n'y a pas de perfection, et qui n'est pas et ne peut pas être dans le Dieu de toute gloire et de toute sainteté : je veux dire d'une confiance aux yroimsses de l'Évangile, qu'il n'a jamais partagée, ou qu'il a perdue de très-bonne heure. Puis, après sa mort, de temps à autre, on rappelle son souvenir avec respect ou avec regret, tandis qne lui, cependant, — bien que les enfants du monde ne veuillent pas l'entendre dire, qu'ils se récrient, protestent et s'indignent quand on leur insinue une si solennelle vérité, — lui, depuis longtemps il a levé les yeux en haut, étant dans les tourments et enseveli dans l'enfer!
Telle est l'histoire d'un homme dans l'état de nature ou celui de péché, d'un homme pour qui l'Evangile n'a jamais été une réalité, en qui la bonne semence n'a jamais pu germer, sur qui Dieu a vainement répandu sa grâce ; d'un honnne , enfin, que la grâce n'a jamais pu amener à chercher la face de Dieu et à im-
plorer les faveurs d'un ordre élevé qui nous ouvrent le paradis. Telle est sa triste histoire. Mais je n'ai parlé que d'un pécheur isolé ; hélas! mes chers frères, c'est l'histoire de milliers de personnes; c'est, d'une manière ou d'une autre , l'histoire de tous les enfants du monde. « Dès qu'ils sont nés, dit le sage, ils ont cessé « d'être ; ils sont incapables de montrer aucun signe a de vertu , et ils sont consumés dans leur méchan- « ceté. » Qu'ils soient riches ou pauvres, savants ou ignorants , polis ou grossiers , décents et réguliers dans leur conduite ou désordonnés et immoraux , au fond, ils sont tous semblables; ils n'ont point de foi, ils n'ont point d'amour, ils sont impurs ou ils sont orgueilleux , le plus souvent ils sont l'un et l'autre ; ils s'entendent très-bien entre eux dans leurs opinions et dans leur conduite ; ils s'aperçoivent de cette ressemblance, ils s'en félicitent, et regardent cet accord comme une preuve de la bonté de leur conduite et de la justesse de leurs opinions. Tel arbre, tels fruits. Il n'est pas surprenant que les fruits soient les mêmes quand ils viennent de la même tige , de la même nature non régénérée, non renouvelée. Ils les considèrent comme bons et sains, parce qu'un grand nombre de cœurs donnent les mêmes produits ; mais ils rejettent comme odieuse , insupportable et horrible , la pure et céleste doctrine de la révélation , parce qu'elle pèse trop lourdement sur eux. Personne n'aime les mauvaises nouvelles , personne n'accueille avec joie l'arrêt qui le condamne. Le monde, pour se disculper de ses fautes, calomnie la Vérité qui l'accuse.
Mes frères, s'il en est ainsi, ou plutôt si nous croyons fermement, nous autres catholiques, (ju'il en est ainsi, car c'est ce dont il est question ; si nous le croyons avec une telle fermeté que nous aimerions mieux mourir que d'en douter, y a-t-il lieu de s'étonner de notre conduite et de nous demander à ce sujet de longues explications? Peut-on s'étonner de ce que des hommes tels que nous viennent au milieu d'une population comme celle-ci , où l'erreur religieuse est toute-puissante , où la corruption de» mœurs est la cause et la conséquence de cette erreur ? Pourquoi s'étonner de ce que nous venons au milieu d'une population (jui , en vérité , n'est pas pire que le reste du monde, mais qui n'est certes pas meilleure? Je dis qu'elle n'est pas meilleure , parce qu'elle ne possède pas le trésor de la vérité catholique , et j'ajoute qu'elle n'est pas plus pure , parce qu'elle ne possède pas ce don de grâce qui est le seul capable de détruire l'impureté. Nous venons au milieu d'une populatrou pécheresse, adonnée , j'en suis sur, à des plaisirs défendus, chargée de crimes et exposée à la perdition éternelle, parce qu'elle ne jouit pas de la présence du Verbe incarné , qui répand dans les cœurs la douceur, la tranquillité et la chasteté. Y a-t-il lieu de s'étonner ^ que nous nous mettions à instruire par nos prédications une population pareille , pour laquelle Jésus- . Christ est mort sur la croix , et que nous nous efforcions de la convertir à sa foi et à son Eglise? Est-il nécessaire de demander les raisons qui nous font agir? Est-il nécessaire de nous attribuer des motifs mondains
MOTIF DU PRKDICATErR. 21
pour expliquer une conduite si naturelle chez ceux qui croient aux avertissements de l'autre vie et à ce qu'elle exige de nous? Mes chers frères, si nous sommes convaincus que notre très-saint Rédempteur a versé son sang pour tous les hommes , n'est-il pas parfaitement simple et naturel que nous , ses serviteurs, ses frères, ses prêtres, nous voyions avec regret son précieux sang être versé en vain, gaspillé pour ainsi dire, en ce qui regarde vos âmes? N'est-il pas naturel que nous tâchions de vous faire partager les bienfaits dont nous jouissons ? Est-il nécessaire que des voix s'élèvent pour nous accuser d'être animés d'une vaine ambition, pour nous traiter d'hommes inquiets , avides de pouvoir et d'autorité, rancuniers, partiaux, quand notre empressement et notre zèle ont des motifs si puissants, si influents, si réels? Peut-il y avoir, pour un prédicateur, un plus bel encouragement que la ferme conviction de prêcher la vérité? Peut-il y avoir un stinuilant plus fort à convertir les àmea que la pensée qu'elles sont en état de péché et en péril de mort? Peut-il y avoir un plus grand mobile à attirer les îimes dans le giron de l'Eglise , que la conviction que c'est là le moyen dont Dieu se sert pour opérer le salut de ceux que le monde entretient dans le péché et l'incrédulité? Admettez seulement que nous croyons ce que nous enseignons (et ce n'est pas vous demander grand'chose, car qu'avons-nous fait qui vous autorise à penser le contraire?) , admettez, dis-je, que nous croyons ce que nous professons , et vous comprendrez facilement notre conduite. Nous venons parmi vous parce que
22 PREMIÈRE r.ONF^.RKNCE.
nous croyons qu'il n'y a qu'une voie de salut tracée dès le commencement des choses , et que vous ne la suivez pas. Nous venons parmi vous en qualité de ministres de celte grâce extraordinaire de Dieu, dont vous avez besoin; nous venons parmi vous, parce que nous avons reçu nous-mêmes un grand don de Dieu, et que nous voudrions vous en faire partager la jouissance. 11 est écrit : « Vous avez reçu gratuitement , donnez gratuitement. » Or, nous ne voulons pas tenir enveloppées dans un mouchoir les miséricordes et les grâces que Dieu nous a accordées , non pour notre salut seulement , mais aussi pour le salut des autres.
Ce zèle , quelque faible et quelque misérable qu'il soit en nous, a été la vie de l'Eglise , le soutien de ses prédicateurs et de ses missionnaires dans tous les temps. Ce fut ce zèle , ce feu sacré, qui fit descendre Notre-Seigneur du ciel , et c'est ce zèle qu'il tâchait de communiquer à tous ceux qui l'entouraient. « Je suis venu jeter le feu sur la terre, » dit-il , « et qu'est-ce que je désire, sinon qu'il s'allume? » Tel était aussi le sentiment du grand apôtre à qui son Maître apparut pour lui départir ce feu. « Je vous envoie aux Gentils, » lui avait- il dit lors de sa conversion , « pour leur ouvrir les yeux , afin qu'ils se convertissent des ténèbres à la lumière, et du pouvoir de Satan au pouvoir de Dieu. » Et, conformément à cette recommandation, il se mit à leur prêcher de faire pénitence et de se tourner vers Dieu avec de dignes fruits de pénitence; « car, » dit-il, « l'amour de Jésus-Christ nous presse, » et il se faisait a tout à tous pour les sauver tous , » et
il supportait tout pour les élus, afin qu'ils pussent obtenir leur salut, qui est en Jésus-Christ, avec la gloire céleste. » Telle est aussi l'ardeur du zèle de ces premiers apôtres, auxquels nous , Anglais, devons notre foi chrétienne. Quel motif les amena de Rome dans cette île lointaine , chez un peuple barbare , à travers mille craintes et mille souffrances , si ce n'est le désir tout-puissant, irrésistible, de sauver ceux qui périssent et d'unir les membres et les esclaves de Satan au corps de Jésus-Christ? Tel a été le secret de la propagation de l'Eglise depuis le commencement; telle en sera la cause jusqu'à la fin. Voilà pourquoi l'Eglise, avec la grâce de Dieu , au grand étonnement du monde, convertit les nations , tandis qu'aucune secte ne peut en faire autant. Voilà pourquoi les missionnaires catholiques pénètrent si courageusement au milieu des tribus les plus sauvages , s'exposent aux plus cruels tourments : c'est qu'ils connaissent le prix de l'âme ; c'est qu'ils croient feniiement à la réalité du monde à venir; c'est qu'ils aiment tendrement leurs frères sans même les avoir jamais vus ; c'est qu'ils frémissent à la pensée des peines éternelles ; c'est qu'ils désirent multiplier les fruits de la passion de leur Seigneur et les triomphes de sa grâce.
Quant à nous, mes frères , nous ne sommes pas dignes d'être nommés à côté des évangélistes , des saints et des martyrs; nous venons à vous dans un temps de paix et de civilisation , au milieu d'une société régulière et policée, sous la sauvegarde de ce respect et de cette vénération que, quoi qu ils en disent , la plupart
i4 PREMIÈRE CONFÉRENCE.
des Anglais, ou u» grand nombre d'entre eux, sentent encore pour la religion de leurs pères, pour cette religion qui a laissé dans ce pays tant de traces de son ancienne puissance. Il ne faut pas une grande dose de zèle ni de charité pour venir à vous sans péril , vous prier de quitter le sentier de la mort et d'entrer dans celui du salut. Il ne faut pas de grands efforts pour cela ; il ne faut pas un courage surhumain ; il ne faut pas être des saints ; il suffit d'avoir la conviction profonde , et nous l'avons , que la religion catholique vient de Dieu , et que toutes les autres religions sont des parodies. 11 suffit d'avoir la foi, d'avoir un but unique , un cœur honnête et une manière de s'exprimer claire ei précise. Nous venons à vous au nom de Dieu ; nous ne vous demandons pas autre chose que de nous écouter ; nous n'exigeons de vous que de vouloir bien examiner si ce que nous disons est la parole de Dieu ou non. Cette parole restera avec vous, que nous soyons ou non les prêtres et les prophètes de Dieu. Ce n'est pas trop demander ; mais c'est plus que la plupart des hommes ne veulent donner, car ils n'osent pas venir nous entendre ; ils sont nos ennemis par préjugé ; ils ont peur des convictions que nous voudrions leur inculquer. Oui ! il y en a un certain nombre qui auraient de grandes raisons de venir nous entendre, à qui nous avons le droit d'adresser nos exhortations, qui devraient avoir une certaine confiance en nous, et qui pourtant ferment les oreilles, détournent la tète, et préfèrent s'ex[to?er à perdre la vie éternelle plutôt que d'écouter .nos conseils.
MOTIF DU PRÉDICATECB. 25
Que cette pensée est désolante ! Mais vous n'êtes pas, vous ne pouvez pas être de ce nombre. Nous ne vous demandons pas votre confiance, mes frères, car vous ne nous avez jamais vus ; nous ne vous demandons pas d'admettre sans examen tout ce que nous avons à vous dire, car nous vous sommes étrangers. Nous vous prions seulement de considérer que vous avez vos âmes à sauver, et nous vous engageons ensuite à juger pap vous-mêmes si, Dieu ayant révélé une religion qui doit sauver les âmes, cette religion n'est pas celle que nous vous prêchons.
n'i'^:îà"yti>
lŒGLIGENCE DES APPELS ET DES AVERTISSEMENTS DE LA GRACE.
Le pécheur ne manque jamais de chercher à excuser son péché à ses propres yeux. Il ne peut faire autrement, car l'homme n'agit jamais sans réflexion comme les animaux ; il a en lui un don divin que l'on appelle raison , et auquel il doit rendre un compte exact de tous ses actes. Il ne peut agir selon son caprice ; quelles que soient ses actions , il doit , pour y trouver une satisfaction , les soumettre ii une espèce de règle et de contrôle moral. Ce n'est pas qu'il soit très-difficile dans le choix de ses raisons; quand il est embarrassé d'en trouver une bonne, il se contente de la première venue , car il lui en faut une quelconque. C'est pour cela que nous voyons souvent ceux qui négligent leurs devoirs religieux se mettre à attaquer la conduite des personnes pieuses, ou amis ou
28 SECONDE CONFÉREXCE.
ministres de la religion, ou simples- fidèles, cherchant à excuser, par ce très-mauvais moyen , leur injustifiable négligence. D'autres, même des catholiques sont dans ce cas , allèguent la distance qui les sépare de l'église ou le nombre de leurs occupations domestiques , pour prouver que , malgré toute leur bonne volonté, il leur est impossible de servir Dieu comme ils le doivent. D'autres déclarent que c'est peine inutile; ils disent être allés souvent à confesse, avoir fait tous leurs efforts pour ne plus commettre de péchés mortels , et être toujours retombés dans les mêmes fautes ; c'est pour cela qu'ils renoncent à une tentative qu'ils regardent comme désespérée. D'autres, qui ne sont pas catholiques, prétendent qu'en succombant au péché , ils ne font que céder à leurs impulsions naturelles; que ces impulsions sont irrésistibles, et qu'il ne saurait y avoir de mal à obéir à la nature que Dieu nous a donnée. D'autres, encore plus hardis, repoussant la religion d'une manière absolue, eu nient la vérité , méconnaissent l'Eglise , l'Evangile et l'Ancien Testament, et vont même jusqu'à révoquer en doute l'action d'une Providence divine dans le gouvernement de l'humanité. Ils nient audacieusement qu'il y ait après la mort une autre vie ; et , avec de pareilles convictions, ils seraient bien insensés s'ils ne s'empressaient pas de chercher leur plaisir ici-bas , et de jouir, autant qu'ils peuvent , de cette misérable vie. > 11 y en a d'autres, et c'est à ceux-là que je m'adresse eu ce moment, qui cherchent à tranquilliser leur conscience par la pensée que quelque circonstance impré-
vue viendra les sauver de la perdition éternelle, quoiqu'ils persévèrent à négliger Dieu. Ils se disent que la mort est encore éloignée ; qu'il y a bien des chances en leur faveur ; qu'ils se repentiront plus tard de leurs fautes, quand ils commenceront à vieillir, comme c'est l'usage ; qu'ils ont continuellement l'intention de se repentir; qu'un peu plus tôt, un peu plus tard, ils feront l'examen de leur conscience et rattraperont le temps perdu. S'ils sont catholiques, ils ajoutent qu'en tin de compte , ils mourront avec les derniers sacrements, et que par conséquent ils peuvent vivre sans inquiétude.
Eh bien! ces personnes, mes frères, tentent Dieu; elles mettent sa bonté à l'épreuve; elles le tenteront peut-être trop longtemps , et finiront par s'attirer, non pas des gages de sa clémence , mais des marques non équivoques de sa sévérité et de sa justice. C'est ainsi que les Israélites dans le désert se conduisirent envers le Tout-Puissant. Au lieu d'être pénétrés de respect pour lui, ils se montraient trop libres ; ils le traitaient familièrement , cherchaient des excuses , proféraient des plaintes, lui adressaient des reproches, comme si le Dieu éternel eût été une faible créature humaine , comme s'il eut été leur ministre et leur serviteur. Aussi l'historien inspiré nous dit-il que « le Seigneur f envoya parmi le peuple des serpents dont la morsure
brûlait comme le feu. » C'est à cela que saint Paul fait allusion quand il dit : « Ne tentons pas Jésus-Christ comme quelques-uns d'entreeuxle tentèrent, qui furent détruits par les serpents. » Cet avertissement signifie
que ceux qui sont trop hardis cl impérieux envers le Sauveur tout-puissant, n'obtiendront pasle pardon qu'ils cherchent, mais se trouveront, au contraire, enveloppés dans les replis du vieux serpent , respireront son haleine pestilentielle et mourront sous sa dent. Le serpent apparut en personne à notre bienheureux Sauveur pendant qu'il était sur la terre, et il tâcha de faire succomber le fils du Très-Haut au péché de présomption. Il le plaça sur le pinacle du temple , et lui dit : « Si vous êtes le fils de Dieu , jetez-vous en bas , car il est écrit qu'il a ordonné à ses anges de vous garder, et qu'ils vous soutiendront de leurs mains , de peur que vous ne heurtiez le pied contre quelque pierre. » Mais Notre-Seigneur lui répondit : « 11 est écrit aussi : Vous ne tenterez point le Seigneur votre Dieu. » Ainsi , bien des âmes sont tentées de se jeter la tête la première dans l'abîme du péché; elles se flattent de ne pas arriver à l'enfer qui est au fond , de ne pas se heurter contre ses roches meurtrières , de ne pas être plongées dans ses flammes , parce que les anges et les saints courront à leur secours au moment du dernier péril , ou du moins parce que la miséricorde générale de Dieu ou ses promesses particulières viendront s'interposer entre eux et la mort pour les retirer sains et saufs du précipice. Tel est, mes frères, le péché des hommes dont je vais vous entretenir ; ce n'est pas un péché d'incrédulité, ou d'orgueil, ou de désespoir : c'est un péché de présomption.
Je veux constater avec plus de précision le genre de pensées qui préoccupent leur esprit , qui les tranquil-
APPELS DE LA GRACE. 3l
lisent el les satisfont dans le sein de leur irréligion. Ils se disent : a Je ne puis renoncer au péché à présent ; je ne puis abandonner tel ou tel plaisir; je ne puis rompre avec mes habitudes d'intempérance, renoncer à ces gains illicites, quitter ces subordonnés ou ces supérieurs qui m'empêchent d'écouter la voix de ma conscience. Il m'est impossible de servir Dieu maintenant ; je n'éprouve pas le désir de me repentir ; je n'ai aucun goût pour la religion. Mais cela deviendra plus facile plus tard, et alors il sera aussi naturel d'être religieux et repentant qu'il est naturel de pécher maintenant. J'aurai alors moins do tentations , je rencontrerai moins de difficultés. Les vieillards sont quelquefois pervers, mais ils sont encore plus généralement religieux; ils sont religieux comme par nécessité ; ils jurent un peu , mentent un peu et commettent quelques autres péchés de ce genre; mais enfui ils sont exempts de péchés mortels , et quand la mort les enlève subitement, ils vont en paradis. » Lorsque ces pécheurs éprouvent quelque tentation particulière, ils pensent : « Ce n'est qu'un péché ; je ne l'ai jamais commis , et je ne le commettrai plus de ma vie ; » ou bien : « J'en ai commis d'aussi graves autrefois, ce n'est qu'un péché de plus, et il faudra que je me repente un jour ou l'autre. Quand je me repentirai , un péché de plus ou de moins ne changera rien à l'état de mon àrae , car il faudra que je me repente de tous mes péchés. » Ils se disent aussi : « Si je suis damné, je ne serai pas le seul ; un tel et un tel ne seront-ils pas dans le même cas que moi? Je suis un saint en corn-
paraison d'un tel; il y a des gens qui ont péché cent fois plus que moi et qui , à la fin , se sont repentis. »
Or, mes chers frères , ceux qui se font de pareilles excuses ne savent ni ce qu'est le péché en lui-même , ni ce que sont leurs péchés ; ils ne connaissent ni la grièveté ni la multitude de leurs crimes. 11 faut donc établir nettement un ou deux points de doctrine qui serviront à mettre cette question dans son vrai jour , et à la faire envisager d'une manière plus juste qu'on n'est accoutumé de le faire. Ces points sont très-simples et tres-sensibles ; mais ils sont tout à fait oubliés des personnes dont je parle; sans cela, elles ne pourraient pas tranquilliser leur raison et leur conscience avec des excuses et des prétextes aussi frivoles que ceux que je viens de signaler.
Remarquez d'abord que lorsqu'une personne dit : « J'ai commis des péchés tout aussi graves auparavant; » ou bien : ce Ce n'est qu'un péché de plus; » ou : « 11 faut que je me repente un jour ou l'autre, et alors je me repentirai de tous mes péchés; » lorsqu'elle tient d'autres propos semblables , elle oublie que tous ses anciens péchés sont sous la garde de Dieu et dans le livre du jugement, et que le péché qu'elle commet actuellement n'est pas simplement un péché seul , mais un péché à ajouter à un long catalogue. Cette personne oublie que si ce péché n'en fait qu'un , il n'est pas le second ou le troisième de la série, mais le millième, le dix millième ou le cent millième; il est le dernier d'une longue suite de péchés. Ce n'est pas le premier de ses péchés , c'est le plus récent, et peut-
être sera-ce le dernier, c'est-à-dire le péché qui comble la mesure. Le pécheur oublie, s'imagine d'oublier, cherche à oublier, désire oublier tous ses péchés antérieurs, ou il ne se les rappelle que pour se dire qu'il a péché impunément jusque-là, et que, par conséquent, il peut pécher encore sans crainte d'être châtié. Mais tout péché a son histoire ; un péché n'est pas un fait isolé : il est la conséquence d'autres péchés commis en pensées ou en actions ; c'est la marque d'une habitude invétérée et générale ; c'est le symptôme d'une maladie mortelle qui \a en empirant, et, de même qu'un brin de paille ajouté à sa charge rompt, selon le proverbe, les reins du cheval, de même notre dernier péché, quel qu'il soit, nous enlève tout espoir de salut et nous prive de notre place dans le ciel. Ainsi, mes frères, sachez-le bien, c'est une ruse diabolique que celle qui vous fait considérer vos péchés un à un, tandis que Dieu les voit dans leur ensemble. « Signasti quasi in sacculo ddicta mea, » dit le saint homme Job. « Vous avez scellé mes péchés comme dans un sac, » et un jour ils seront tous comptés. Les péchés isolés sont comme ces coups de pinceau que le peintre donne l'un après l'autre sur sa toile ; ils sont comme les pierres que le maçon empile et cimente ensemble pour construire une maison. Les coups de pinceau, les pierres s'unissent et finissent par former un tout, tendent à un but et doivent achever une œuvre.
Allez, mes frères, commettez le péché auquel Satan vous invite , et que vous considérez à part, isolément; regardez-le , comme Eve regardait le fruit
défendu ; dôclarez-lc léger et de peu d'iinportance, et peut-être vous apercevrez-vous trop tard que ce péché est la dernière pierre du faîte de l'édifice d'iniquité qui s'élève en souvenance devant Dieu, et qui comble la mesure de vos crimes. « Achevez donc, » dit Notre- Seigncur aux Pharisiens, a de remplir la mesure de vos pères. » La colère qui fondit sur Jtîrusalem n'était pas allumée seulement par les péchés du jour où Notre-Seigneur parut, bien qu'en ce jour fût commis le plus horrible de tous les crimes : le rejet de Jésus- Christ. Le péché de ce jour-là n'était que le couronnement d'une longue série de crimes. De même , à une époque plus reculée, à l'époque d'Abraham, avant que le peuple de Dieu eût pris possession de la terre promise, les païens qui habitaient ce pays étaient adonnés à des péchés odieux et énormes; cependant ils n'en furent pas chassés tout de suite, et Abraham n'y fut pas encore conduit. Pourquoi cela? Parce que les miséricordes de Dieu à leur égard n'étaient pas épuisées. H continua d'accorder sa grâce à ce peuple abandonné, et attendit sou repentir. Mais il prévit qu'il attendrait en vain, et que viendrait aussitôt l'heure de la vengeance. C'est à quoi il fit allusion , quand il dit qu'il ne donnerait pas le pays de Canaan de suite à son peuple, « parce que la mesure des iniquités des Amorrhéens n'était pas encore remplie. » Elles remplirent la mesure une centaine d'années plus lard, et alors les Israélites entrèrent avec ordre d'exterminer les Amorrhéens par le glaive. Vous connaissez l'histoire de l'impie Balthasar. Au milieu de son superbe
feslin, pendant qu'il était plein de vin, il se fit apporter les vases sacrés d'or et d'argent appartenant au temple de Jérusalem , qui avaient été transférés à Babylonc après la prise de la cité sainte ; il se fit apporter ces vases afin d'y boire du vin avec ses nobles, ses femmes et ses concubines. Eu ce moment on vit paraître des doigts semblables à ceux d'une main d'homme, qui tracèrent sur les murs de la salle du banquet l'arrêt de mort du roi et de son royaume. Cette inscription disait : « Dieu a compté les jours de votre règne, et il en a marqué l'accomplissement; vous avez été pesé dans la balance, et vous avez été trouvé trop léger. » Ce malheureux prince n'avait tenu aucun compte de ses péchés. De même qu'un dissipateur ne s'inquiète pas de ses dettes, il poursuivait sans remords le cours de ses cruautés, de ses iniquités, de ses abominations et de ses insultes envers la majesté divine. Enfin, la miséricorde de Dieu se lassa, et la coupe de la colère se remplit. L'heure de Balthasar arriva ; il commit un péché de plus , qui fit déborder la coupe. La vengeance céleste l'atteignit, le frappa, et il fut retranché d'entre les vivants.
Il n'est pas nécessaire, mes Irères, que le dernier péché commis soit un grand péché, un péché plus grand que ceux qui l'ont précédé ; il peut être moins grave. Il y avait un homme riche, dont parle notre Sauveur, qui se disait à lui-même en voyant que ses moissons étaient abondantes : «Que ferai-je? car je n'ai pas de lieu où mettre mes récoltes. Je démolirai mes greniers, j'en cgnslruirai de plus grands et je dirai à mon âme * Mon
âme, tu as des provisions en réserve pour plusieurs années; repose-toi, mange, bois et réjouis-toi. » Il fut emporté celte nuit môme. Le péché qu'il venait de commettre n'était pas très-extraordinaire, et certainement ce n'était pas le premier; mais c'était le dernier d'une longue série d'actes d'arrogance et d'oubli de Dieu. Il n'était pas plus grave que ceux qui l'avaient précédé; mais il comblait la mesure. De même encore, le père du roi impie dont je viens de parler, Nabuchodonosor, après avoir pendant une année négligé les avertissements du prophète Daniel , qui l'invitait à dépouiller son orgueil et à se repentir, dit un jour, en se promenant dans le palais de Babylone : « N'est-ce pas là cette grande Babylone dont j'ai fait le siège de mon royaume, que j'ai bâtie dans la grandeur de ma puissance et dans l'éclat de ma gloire? » Il avait à peine achevé ces mots, que la justice divine fondant sur lui le frappa d'un mal étrange et nouveau qui le priva de toutes ses facultés, qui le réduisit à manger du foin, comme les bœufs, et à vivre dans les champs, comme les animaux. Son dernier mouvement d'orgueil n'était peut-être pas plus coupable que ceux de l'année qui avait précédé, mais il comblait la mesure, et c'est pour cela qu'il fut puni.
Non, mes frères, vous ne pouvez juger si vous abusez de la patience de Dieu, si vous dépassez la limite de sa miséricorde , parce que le péché (jue vous commettez dans le moment vous paraît peu grave. Le dernier péché commis n'est pas toujours le plus grand. D'ailleurs vous ne pouvez calculer quel sera votre dernier péché,
d'après le nombre de ceux qui l'ont précédé, car ceci varie selon les personnes. Ce point mérite une attention sérieuse. Il se peut que vous soyez perdu sans retour pour avoir commis un ou deux péchés seulement, tandis que d'autres qui en ont commis plus (jue vous ne sont pas danmés. I! est impossible d'assigner la cause de cette différence. 11 est certain que Dieu , qui se montre miséricordieux envers tous les hommes et qui accorde sa grâce à tous , est plus miséricordieux pour les uns que pour les autres, donne des grâces plus abondantes aux uns qu'aux autres. 11 en accorde à tous une part suffisante pour opérer leur salut, et beaucoup plus qu'ils n'en pourraient attendre , car ils n'ont pas le droit de rien exiger de lui ; cependant il en donne plus aux uns (ju'aux autres. Il nous apprend lui-même que si les habitants de ïyr et de Sidon avaient vu les miracles opérés à Corozaïu, ils auraient fait pénitence et se seraient tournés vers lui. Ce n'est qu'en nous pénétrant bien de celle vérité que nous parviendrons à nous faire une idée juste du péché en lui-même, et de ce qu'on a à attendre en vivant dans l'habitude de le commettre. De même que Dieu détermine la taille, la disposition d'esprit, la durée de la vie de chaque individu , et qu'il varie ces dons pour chacun de nous selon sa volonté; de même qu'il accorde aux uns un jour d'existence seulement , tandis qu'il donne aux autres une vie de quatre-vingts ans, ainsi il punit les uns à leur premier péché, et les autres seulement à leur quatre-vingtième. La raison de cette différence nous est inconnue ; mais elle n'est pas
plus étonnante qu'une foule de faits analogues qui se passent journellement sous nos yeux dans la société. Deux hommes sont condamnés pour crime ; Tun est gracié, l'autre subit sa peine; et ceci arrive lorsqu'il n'y a pas lieu d'établir la moindre différence entre le crime de l'un et celui de l'autre, lorsque les motifs, quels qu'ils soient, qui invitent à agir envers l'un autrement qu'envers l'autre sont entièrement indépendants des coupables eux-mêmes. Vous avez entendu parler de l'usage qui existait autrefois de décimer les rebelles après les avoir faits prisonniers; on en exécutait un sur dix , et on laissait la vie aux autres. Les jugements de Dieu sont conformes à cet usage , sans que nous puissions en comprendre la raison. Il n'est pas obligé d'épargner les coupables; il a le droit de les condamner tous, et cependant il ne le fait pas. Je vous présente ces observations pour vous montrer que nos idées de justice ici-bas n'empêchent pas d'agir diversement selon les personnes. Le Créateur laisse aux uns le temps de se repentir, aux autres il envoie une mort subite. Il permet à ceux-ci de mourir avec les sacrements ; d'autres meurent sans l'assistance d'un prêtre pour recevoir leur acte de contrition et leur donner l'absolution. Le premier reçoit son pardon et monte au ciel ; l'autre va au séjouj des peines éternelles. Personne ne peut savoir quelle fin lui est réservée ; personne ne peut nous prédire si nous aurons le temps de nous repentir de nos fautes; et si nous en avons le temps , qui nous garantit que nous aurons un élan d'amour pour notre Dieu, ou un
prêtre à notre portée pour nous donner l'absolution? Nous avons peut-être commis moins de péchés que notre voisin; mais ce voisin est peut-être prédestiné à la pénitence finale et à la jouissance du règne de Jésus-Christ, tandis que nous, nous serons peut-être punis avec l'esprit malin.
Oui, bien des âmes ont été retranchées de ce monde et envoyées en enfer pour leur premier péché. Tel fut le sort des anges rebelles, ainsi que nous l'apprennent les théologiens. Ils perdirent leur premier état et devinrent des démons pour leur première faute, un péché de pensée, un simple acte consenti d'orgueil. Les saints et les personnes pieuses rapportent des exemples d'hommes et même d'enfants qui , après avoir blasphémé ou commis un premier péché mortel, furent immédiatement frappés de mort. On trouve dans l'Ecriture un certain nombre de ces faits, c'est-à-dire des exemples de châtiment terrible pour un seul péché, sans égard à la vertu ni au mérite général de celui qui le commettait. Adam, pour une seule faute, légère en apparence, pour avoir mangé du fruit défendu , fut chassé du paradis et entraîna toute sa postérité dans sa ruine. Les Bethsamites regardèrent l'arche du Sei- ^ gneur, et plus de cinquante mille d'entre eux furent ^ ^ ' ' ' exterminés à cause de ce seul péché. Oza porta la main i>r- '■'^^ ^'^ à l'arche, comme pour l'empêcher de tomber, et il ^jC /lu^v. / fut frappé de mort sur le lieu même, en punition de son audace. L'homme de Dieu venu de Juda mangea du pain et but de l'eau à Bethel, contrairement au commandement du Tout-Puissant, et fut, en consé-
qiience de ce crime, tué par un lion à son retour. Ananic etSaphire dirent un mensonge, et tombèrent morts presque aussitôt (ju'ils l'eurent prononcé. Qui sommesnous pour que Dieu attende notre repentir plus longtemps, quand il n'a pas attendu pour d'autres, et qu'il a frappé des pécheurs qui avaient moins péché que nous? 0 mes chers frères , ces pensées présomptueuses ne se présenteraient pas à notre esprit si nous avions une notion exacte de la malignité du péché, considéré en lui-même. ÎS'ous sommes des criminels, nous ne pouvons être juges dans notre propre cause. IS'ous sommes infatués de nous-mêmes; nous prenons notre défense, nous nous familiarisons avec le péché, et, par orgueil, nous ne voulons pas nous avouer perdus. C'est par toutes ces raisons réunies que nous ne savons pas au juste ce que sont le péché, le châtiment et la grâce. Nous ne savons pas ce que c'est que le péché, parce que nous ignorons ce que c'est que Dieu , car on ne peut se former une jusle idée de son énormilé que lorsqu'on connaît Dieu. Il n'y a que les gloires de Dieu, ses perfections, sa sainteté, sa majesté, sa beauté, qui puissent, par leur contraste, nous apprendre à connaître le péché; et comme nous ne voyons pas Dieu ici-bas, nous ne pouvons avoir une idée exacte du péché. 11 faut donc, en attendant de le contempler dans le ciel , que nous croyions par la foi ce que Dieu nous dit du péché. Mais, même dans le ciel, nous ne pourrons condamner le péché que dans la mesure où il nous sera donné de voir et de louer Dieu. Celui-là seul qui peut comprendre Dieu est capable
APPELS DE LA GRACE. i
d'apprécier le péché. Celui qui connaissait le Père de toute éternité d'une manière parfaite, montra ce qu'il pensait du péché quand il résolut de se faire homme : celui-là seul jugea le péché dans toute l'étendue de sa malignité. Celui (jui, quoique Dieu, consentit à souffrir des peines inconcevables d'àme et de corps pour racheter le péché, est seul en état de dire ce que c'est que le péché. Recevez sa parole, ou plutôt ses actes, comme la preuve de cette terrible vérité, qu'un seul péché mortel suffit pour vous séparer de Dieu à tout jamais. Descendez dans la tombe avec un seul péché dont vous ne vous soyez pas repenti, que Dieu ne vous ait pas pardonné, et ce péché vous entraînera en enfer. Vous pouvez avoir la certitude qu'il sera la cause de votre ruine. Ce peut être votre centième péché, comme votre premier : n'importe, un seul péché suffit pour vous perdre. Cependant, plus vous en aurez commis, plus vous serez puni. Il n'est pas nécessaire que vous ayez péché autant que vous l'auriez désiré pour périr éternellement. Il y a des pécheurs qui perdent ce monde et l'autre ; ils embrassent le parti de la révolte, et en retirent, non les bénéfices, mais la mort.
Ou bien, supposez que la colère de Dieu ralentira son cours, et que vous aurez le temps d'accroître le nombre de vos péchés : cela ne servira qu'à rendre plus sévère le châtiment qui vous est réservé. Dieu est terrible quand il parle au pécheur; il est plus terrible quand il contient sa colère. 11 est plus à redouter encore quand il garde le silence et qu'il laisse amasser sa vengeance. Hélas ! il y a des pécheurs auxquels est
accordée une longue vie, une vie heureuse qu'ils passent dans l'oubli de Dieu, sans avoir songé à ce qui les attend à la fin de leur carrière, avant l'heure où l'irrévocable sentence est prononcée. La vie de ces hommes-là s'écoule en silence, d'une manière tranquille et gaie, comme les eaux d'un fleuve avant d'arriver à l'abîme où elles tombent en torrents. « Ils n'ont point part aux travaux des hommes, et n'éprouvent point les fléaux auxquels les autres hommes sont exposés. y> « Ils sont remplis des biens renfermés dans vos trésors; ils ont de nombreux enfants, et ils ont légué ce qu'il leur restait de bien à leurs petits-enfants. » « Leurs maisons sont en sûreté et en paix, et la verge de Dieu ne s'étend pas sur eux. Leurs petits-enfants avancent comme un troupeau, et leurs enfants sautent dans la danse. Ils prennent le tambour et la harpe, et se réjouissent au son de l'orgue. Ils passent leurs jours dans le plaisir, et en un instant ils descendent en enfer. » C'est ce qui arriva aux habitants de Jérusalem, quand Dieu les eut abandonnés , bien qu'ils parussent plus heureux que jamais. Le roi Hérode venait de rebâtir le Temple , dont les marbres étaient d'une dimension et d'une beauté extraordinaires; le saint édifice s'élevait brillant et éblouissant aux rayons du soleil. Les disciples du Seigneur l'invitèrent à le regarder, mais il ne vit dans ce monument que le sépulcre blanchi d'un peuple réprouvé, dont il annonça la chute. « Voyez-vous toutes ces choses? » leur dit-il; « en vérité, je vous le dis, tout ce que vous voyez ici sera tellement détruit, qu'il n'y restera pas pierre sur
pierre ; » et il regarda la ville et pleura sur elle , en disant : « Si tu reconnaissais au moins en ce jour ce qui peut Rapporter la paix ! Mais maintenant tout cela est caché à tes yeux! » En effet, son châtiment lui était inconnu; car des millions de personnes se pressaient à la fête annuelle de la ville coupable. Sa fin paraissait éloignée , et sa destruction ne semblait devoir venir qu'à une époque très-reculée dans l'avenir, lorsque déjà elle était résolue et imminente.
0 changement, changement effrayant que celui qui s'opère, mes frères, quand la fatale sentence est prononcée , quand la vie mortelle finit, et que la mort éternelle commence ! Le pauvre pécheur s'est tellement accoutumé au péché, il y a succombé si longtemps , qu'il a entièrement oublié avoir commis des péchés dont il devait se repentir. Il a fini par ne plus songer qu'il est dans un état d'inimitié envers Dieu. Il ne cherche plus à s'excuser comme il faisait au commencement. Il vit dans le monde et ne croit pas aux sacrements. Il n'a aucune confiance dans les prêtres quand il en rencontre. Peut-être il n'a jamais entendu parler de la religion catholique qu'avec insulte, et il n'en a jamais parlé lui-même qu'en la tournant en ridicule. Le soin de sa famille et de ses affaires absorbe toutes ses pensées; et s'il songe à la mort, c'est avec répugnance, avec tristesse, parce que la mort est ce qui doit le séparer de ce monde ; mais il y songe sans effroi, car il ne croit pas à l'autre vie. Il a toujours joui d'une bonne et vigoureuse santé, et n'a jamais été malade. Il est d'une famille où l'on vit jusqu'à un âge
très-avancé; il compte donc sur de longs jours et croit avoir du temps devant lui. Ses amis le précèdent au tombeau ; leur mort lui inspire plus de mépris pour leur néant que de peine de les perdre. Il vient de marier une de ses filles et d'établir un de ses fils. Il se dispose à se retirer du monde, mais il est embarrassé de savoir comment il passera son temps dans la retraite. H se met donc à réfléchir sur sa position, et, jetant un regard dans l'avenir, il a des doutes sur bien des choses ; mais il croit fermement que le Créateur est la bonté, la clémence même, et il s'irrite, il se fâche quand on lui parle des peines éternelles. Bercé de ces idées, il vit encore quelques mois, ou quelques années ; enfin le délai qui lui était accordé expire , le terme de ses jours est arrivé. Le temps s'est écoulé sans bruit et à son insu ; la mort le surprend comme un voleur de nuit; sa dernière heure sonne, il est enlevé de ce monde.
Mais peut-être il était catholique , et il a fait servir à sa ruine les grâces que Dieu lui avait accordées pour opérer son salut. Il a compté sur les sacrements, sans chercher à se mettre dans les dispositions requises pour les recevoir. Il y eut un temps où il négligeait complètement ses devoirs religieux; mais plus tard il éprouva le désir de se réconcilier avec son Créateur. Alors il prit l'habitude de se confesser et de communier à des intervalles réguliers. Il se présenta au tribunal de la pénitence , avoua ses péchés au confesseur; le prèlre fut obligé de recevoir sa confession, qui était très-défectueuse, sans se douter de son inexactitude, et
ne vit aucune raison de refuser l'absolution à son pénitent. Celui-ci s'en retourna absous autant que les paroles sacramentelles peuvent le faire. Puis, quand revint l'époque où il avait coutume de se confesser, il s'adressa de nouveau au prêtre, se confessa encore et reçut, comme par le passé, une absolution de pure forme. Il tomba malade, reçut les derniers sacrements et les derniers rites de l'Église, et cependant il est perdu. Il est perdu, parce que son cœur ne s'est jamais donné réellement à Dieu; parce que si pour un temps il a eu un faible degré de contrition, ces sentiments étaient passagers et ont cessé immédiatement après sa première ou sa seconde confession. Il s'est habitué à recevoir les sacrements sans le moindre repentir ; il s'est accoutumé à se tromper lui-même et à négliger ses péchés les plus importants et les plus graves ; il a même fini par se persuader que ses faiblesses n'étaient pas des péchés, ou du moins qu'elles n'étaient pas des péchés mortels. Il en a passé plusieurs sous silence , et sa confession est devenue aussi défectueuse que sa contrition. Mais, par cette misérable apparence de religion, il est parvenu à endormir, à paralyser sa conscience, et il a continué d'agir ainsi pendant des années , ne faisant jamais une bonne confession et recevant le sacrement de la communion en état de péché mortel, jusqu'à ce qu'enfin il est tombé malade. Alors on lui a apporté le saint Viatique et l'huile de l'extréme-onction. En les recevant, il a commis un dernier sacrilège. Puis, ainsi chargé de crimes, il a comparu devant Dieu.
4t> SECONDE CONFÉRENCE.
Oh ! quel moment terrible que celui où la pauvre âme pécheresse , en revenant à elle , se trouve tout à coup devant le tribunal de Jésus-Christ! Quel moment cruel lorsque, accablée des fatigues du voyage, éblouie par l'éclat des magnificences qui l'entourent, étourdie par la nouveauté de sa situation, incapable de comprendre où elle est , elle entend la voix de l'esprit accusateur qui énumère tous les péchés qu'elle a commis dans sa vie , péchés qu'elle a oubliés ou qu'elle s'est pardonnes complaisammeut , et qu'elle n'a pas voulu considérer comme des péchés, bien qu'elle se doutât de leur caractère ! Quel moment que celui où elle entend énumérer toutes les grâces de Dieu qu'elle a dédaignées, tous les avertissements qui lui ont été donnés et dont elle n'a pas tenu compte, tous les jugements par lesquels Dieu lui a parlé et qu'elle n'a pas voulu comprendre; où cet esprit impitoyable expose comment l'âme pécheresse s'est perdue, comment elle s'est . engagée dans la voie du péché, comment elle s'y est affermie et y a persévéré , comment son péché s'est engendré, a germé, a pris racine, a grandi, a poussé des feuilles et des rameaux, a porté des fruits, comment enfin la plante d'iniquité a acquis tout son développement et est arrivée à maturité pour sa condamnation ! Oh ! moment plus terrible , plus épouvantable encore , lorsque le juge prend la parole, livre l'âme coupable aux geôliers de l'enfer, jusqu'à ce qu'elle ait payé la dette infinie qui la condamne ! « C'est impossible! s'écrie -t-elle. Quoi! moi, je serais perdue ! je serais privée à tout jamais de paix et d'espérance! Non,
ce n'est pas de moi que le juge a voulu parler ! 11 y a erreur; Jésus-Christ, mou Sauveur, Icudez-moi votre main, je demande une minute pour m'expliquer. Je m'appelle Dénias, je suis Dénias, et non Judas, on Nicolas, ou Alexandre, ou Philèto, ou Diotrèphes. Quoi ! moi condamné aux peines éternelles ! Moi ! c'est ini- U, g ■j.u^''-^ possible, cela ne saurait être! » Et la pauvre âme se tord, lutte et se débat sous les grifies du démon puissant qui l'a saisie, et dont chaque étreinte lui cause des souffrances inouïes. « 0 supplice atroce! » s'écrie-telle avec désespoir et colère, comme si la sévérité du châtiment en prouvait l'injustice. «Encore un! un troisième ! Je ne puis en supporter davantage ! Arrêtez ! horrible démon; lâchez-moi, je suis un homme, et non pas un être comme vous; je ne suis pas fait pour êti'C votre pâture ou votre jouet ! Je n'ai jamais été en enfer ; je ne sens ni le soufre, ni le charnier comme vous ! J'ai des sentiments humains ; je connais ma religion; j'ai une conscience ; j'ai un esprit cultivé! je suis versé dans les sciences et dans les arts ; je me suis forrhé le goût par la lecture des grands écrivains; j'avais un cœur sensible aux beautés de la nature ; je suis philosophe, oupoëte, ou habile observateur des hommes; je suis un héros, ou un homme d'Etat, ou un orateur, ou un homme d'esprit et d'imagination. Bien plus, je suis catholique; je ne suis pas un protestant non régénéré ; j'ai rei^u la grâce du Rédempteur ; j'approchais des sacrements d'une manière régulière tous les ans; j'ai été élevé dans la foi catholique dès ma naissance ; je suis fils des martyrs , je suis
mort en communion avec l'Église ; rien de ce que j'ai été, de ce que j'ai vu, n'a jamais eu de ressemblance avec vous , ni de rapport avec les flammes et l'odeur fétide que vous exhalez : ainsi , ô ennemi des hommes, je vous défie, soyez maudit ! »
Hélas! pauvre âme! — Et pendant qu'elle lutte ainsi contre le sort qu'elle s'est attiré et qu'elle mérite si bien , pendant qu'elle se révolte contre les compagnons qu'elle s'est choisis , son nom est peut-être solennellement célébré dans ce monde, où son souvenir est religieusement conservé et honoré par ses amis. On n'a pas oublié la facilité avec laquelle le défunt s'exprimait, l'abondance de ses pensées, sa sagacité, sa sagesse. On parle de lui de temps à autre ; on invoque son opinion comme une autorité ; on cite ses paroles ; peut-être même lui a-t-on érigé un monument et at-on écrit son histoire. « Quel esprit vaste et profond ! quelle étonnante faculté d'éclairer les questions les plus obscures, de coordonner, de concilier les idées ou les faits les plus contradictoires ! » « Quel admirable discours il a prononcé en telle ou telle occasion ! J'étais présent, et je ne l'oublierai jamais ! » Ou bien on fait allusion à lui en disant : a C'était l'opinion d'un homme d'un grand sens ; » ou « un homme d'un grand mérite , que quelques - uns d'entre nous ont connu; » ou « un de mes meilleurs amis, qui n'est plus, avait pour habitude de faire ainsi ; » ou « on n'a jamais vu son égal; personne n'était aussi juste dans ses remarques , plus gai , plus varié dans sa conversation, plus réservé , plus modeste dans sa manière de pré-
STi
senter son avis ; » ou « j'ai été assez heureux pour le voir une fois quand j'étais enfant ; » ou « c'était un véritable bienfaiteur de son pays et de l'humanité ; ses découvertes sont si belles 1 » ou « sa philosophie est si profonde! »
0 vanité ! vanité des vanités, tout est vanité ! A quoi servent cette gloire, cette renommée , ces regrets? Son âme est en enfer. 0 fils des hommes ! pendant que vous parlez ainsi, son âme commence à subir les tourments que son corps partagera bientôt à son tour, et qui n'auront point de fin.
Vanité des vanités ! misère des misères ! ils ne nous écoutent pas ! ils ne nous croient pas ! Nous ne sommes qu'un petit groupe, et ils sont beaucoup. Les plus nombreux ne veulent pas croire aux paroles de quelques-uns. 0 misère des misères ! il meurt tous les jours des milliers de personnes qui se réveillent devant la colère éternelle de Dieu ! Jetant alors un coup d'œil rétrospectif sur les jours de leur existence terrestre, elles les trouvent courts et mauvais ; elles condamnent et réprouvent les raisonnements sur lesquels elles s'appuyaient, et dont l'événement a prouvé la fausseté. Elles maudissent l'insouciance avec laquelle elles ont différé de se repentir. Elles sont tombées sous les coups de la justice de celui sur la miséricorde duquel elles croyaient pouvoir compter. Et cependant leurs amis, leurs compagnons, marchent sur leur trace , et bientôt ils iront les joindre. La nouvelle génération se berce des mêmes illusions que celle' qui l'a précédée. Le père ne pouvait pas croire que Dieu voulût le pu-
ttO SECONDE CONFÉRENCE.
nir; le ûls a les mêmes idées. Le père se révoltait quand on lui parlait des peines éternelles ; le fils grince des dents ou sourit dédaigneusement. Le monde se louait et s'admirait il y a trente ans ; il se louera et s'admirera encore dans le même nombre d'années. Ainsi s'écoule le temps, ainsi passent les générations ; des milliers d'êtres se jouent de l'amour de Dieu, tentent sa justice, et, pareils au troupeau de pourceaux , ils courent avec impétuosité vers l'abîme. 0 Dieu toutpuissant ! ô Dieu d'amour ! c'en est trop ! Ton doux fils Jésus sentit son cœur se briser quand il jeta les yeux sur le spectacle lamentable de la misère de l'homme. Ce fut elle qui le fit mourir, comme il mourut pour elle. Nous aussi , nous soufi'rons profondément , dans une autre mesure , quand nous voyons cette misère. Nos yeux se mouillent de larmes, nos cœurs se serrent, notre tête se trouble. 0 tendre cœur de Jésus ! pourquoi ne veux-tu pas mettre un terme à ce nombre toujours croissant de péchés et de douleurs? Quand repousseras-tu le démon dans son enfer, et fermeras-tu l'ouverture de l'abîme , afin que tes élus puissent se réjouir en toi, oubliant le souvenir de ceux qui meurent dans leur endurcissement ? Oh ! par ces cinq plaies de tes mains, de tes pieds et de ton côté, — sources éternelles de miséricorde, d'où l'abondance de l'éternelle Trinité coule toujours fraîche , toujours puissante , toujours bienveillante pour ceux qui te cherchent , — si le monde doit durer encore , amasses-y du moins une ample moisson , recueilles-y une plus nombreuse foule d'âmes à mettre dans ton gre-
nier, afin que ces derniers temps surpassent les premiers sous le rapport de la sainteté, de la gloire et des triomphes de ta grâce !
« Deus misereatur nostri et benedicat nobis. Que Dieu ait pitié de nous et nous bénisse ; qu'il fasse luire sur nous la lumière de son visage , et qu'il nous fasse miséricorde, afin que nous connaissions votre voie sur la terre , et que le salut que vous avez promis soit connu de toutes les nations. Que les hommes vous louent , ô mon Dieu ! que tous les peuples vous bénissent ; que les nations se réjouissent et tressaillent d'allégresse , parce que vous jugez les peuples dans l'équité et que vous conduisez avec droiture les nations sur Id terre. Que Dieu , que notre Dieu nous bénisse , qu'il nous comble de ses bénédictions , et que son nom soit redouté jusqu'aux extrémités de la terre ! »
UBRART —
uNfVERsrrroFïiuiw»