‹ Conférences adressées aux protestants et aux catholiquesChapitre 11 sur 18 · LES H091MES NE SONT PAS DES ANGES. — LE PRETRE · texte numérisé non relu

LES H091MES NE SONT PAS DES ANGES. — LE PRETRE

DE l'Évangile.

Quand Jésus-Christ, le grand prophète, le grand prédicateur!, le grand missionnaire , est venu en ce monde , il y est venu de la manière la plus sainte , la plus auguste et la plus glorieuse. Quoiqu'il soit venu sur la terre dans l'humiliation et pour souffrir, quoiqu'il ait vu le jour dans une étable et qu'il ait été couché dans une crèche , il est né du sein d'une mère immaculée, et, sous la forme d'un enfant, il brillait d'une lumière céleste. La sainteté a marqué chaque trait de son caractère et chaque circonstance de sa mission. L'ange Gabriel a annoncé son incarnation; une vierge l'a conçu, une vierge l'a porté dans son sein, une vierge l'a allaité. Son père nourricier fut le pur et saint homme Joseph ; les anges ont proclamé sa naissance; une étoile lumineuse en répandit la nouvelle

parmi les Gentils. L'austère saint Jean-Baptiste marcha devant sa face , et une foule de pénitents confessèrent leurs péchés , et, couverts de vêtements blancs et radieux de grâce, le suivirent partout où il alla. De même que , dans le ciel , le soleil brille à travers les nuages et se trouve ensuite réfléchi dans le paysage , ainsi , quand l'éternel soleil de justice se leva sur la terre, il changea la nuit en jour, et son éclat fit briller toutes choses.

Il vint et s'en alla. Mais comme il était venu pour introduire dans le monde une nouvelle et dernière alliance de grâce , il laissa à sa place , derrière lui, des apôtres , des maîtres , des missionnaires. — Bien alors, direz-vous, mes frères, puisque tout, à la venue de Jésus , était si glorieux autour de lui , ses serviteurs, ses représentants , ses ministres doivent , en son absence , être tels qu'il fut lui-même. Comme il fut sans péché , ils doivent être sans péché ; comme il était le Fils de Dieu, ils doivent au moins être des anges. Vous direz que des anges seuls peuvent être choisis pour cette charge élevée ; que des anges seuls sont dignes de prêcher la naissance , les souffrances, la mort d'un Dieu.

Vous ajouterez , mes frères , que ces anges pourraient avoir à cacher leur éclat comme leur Seigneur et leur maître s'était déguisé avant eux ; qu'ils pourraient se présenter, comme sous l'ancienne loi, avec la forme humaine ; malgré cela, ils ne pourraient êti-edes hommes, s'ils devaient être les prédicateurs de l'Évangile éternel et les dispensateurs de ses mystères. S'ils

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doivent sacrifier comme Notrc-Seigiieur a sacrifié ; s'ils doivent continuer, renouveler, appliquer le sacrifice même qu'il a offert , prendre dans leurs mains la victime, qui est Jésus-Christ lui-même, lier et délier, bénir et excommunier, recevoir les confessions de son peuple et donner à ses enfants l'absolution de leurs péchés^ leur enseigner la voie de la vérité et les guider dans le sentier de la paix ; s'ils doivent, dis-je , faire ces choses , qui est capable de les accomplir, si ce n'est un habitant de ces royaumes à jamais bénis , dont le Seigneur est la lumière toujours radieuse ?

Et cependant, mes frères , il arrive qu'il a délégué , pour remplir le ministère de réconciliation , non des anges , mais des hommes ; pour vous prêcher, il vous a envoyé vos frères, non des êtres d'une nature inconnue et d'un sang étranger, mais formés de vos os et de votre chair. « Hommes de Galilée, pourquoi regardez vous fixement vers le ciel ?» — Tel est le style, le ton sur lequel les anges parlent aux hommes, même quand ceux-ci sont des apôtres; c'est le ton de ceux qui, n'ayant jamais péché , parlent de la hauteur de leur perfection aux hommes qui ont commis des fautes. Mais tel n'est pas le langage de ceux que Jésus-Christ a envoyés , car ce sont vos frères qu'il a choisis , et personne autre ; ils sont fils d'Adam, fils de votre na-' ture , les mêmes que vous en nature , et en différant seulement par la grâce. Ils sont hommes comme vous, exposés aux tentations, aux mêmes combats intérieurs et extérieurs. Us ont, comme vous, le monde, la chair et le démon |K)ur ennemis mortels. Ils ont le même cœur

humain cl capricieux , différant seulement du vôtre en ce que la grâce de Dieu l'a changé et le gouverne. Les choses sont ainsi : ce ne sont pas des anges venus du ciel qui vous parlent , mais des hommes que la grâce, que la grâce seule rend différents de vous. Écoutez l'Apôtre. Quand les Lycaoniens, voyant le miracle qu'il venait d'opérer, voulaient lui offrir des sacrifices, à lui et à saint Barnabe , des sacrifices comme à des dieux , il se précipita au milieu d'eux et s'écria : « 0 mes amis ! que voulez-vous faire? Nous ne sommes que des hommes comme vous ; » ou , suivant l'expression plus énergique du grec , a Nous avons les mêmes infirmités que vous. » Il dit encore, en écrivant aux Corinthiens : « Nous ne nous prêchons pas nousmêmes, mais nous prêchons Jésus-Christ Notre-Seigneur ; et, quant à nous, nous nous regardons comme vos serviteurs pour Jésus, parce que le même Dieu qui a commandé que la lumière sortît des ténèbres est celui qui a fait luire sa clarté dans nos cœurs, afin que nous puissions éclairer les autres par la connaissance de la gloire de Dieu, selon qu'elle paraît en Jésus- Christ. Or, nous portons ce trésor dans des vases de terre. » Et plus loin , il dit de lui-même : « De peur que la grandeur de mes révélations ne me causât de relèvement. Dieu a permis que je ressentisse dans ma chair un aiguillon qui est l'ange et le ministre de Satan, afin que je ne m'élève point. » Tels sont, mes frères, vos ministres, vos prédicateurs, vos prêtres. Ils ne sont ni des anges ni des saints , quoiqu'ils ne soient pas à comparer aux pécheurs d'habitude; mais

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des hommes qui eussent été pécheurs , si la grâce de Dieu n'était venue à leur aide , et qui, quoique, par la miséricorde de Dieu, en voie d'être des saints dans l'autre monde , vivent néanmoins ici-bas au milieu des infirmités , des tentations , et n'ont d'espoir de persévérer jusqu'à la fin qu'en la grâce de Dieu, qu'ils n'ont pas méritée.

Quelle étrange, quelle frappante anomalie! Tout est parfait , céleste , glorieux dans la nouvelle alliance que Dieu nous a apportée , excepté la personne de ses ministres. Lui, trois fois saint, trois fois haut, habite sur nos autels en une lumière inaccessible , et les anges y sont prosternés devant lui. Il choisit, parmi les substances et les formes visibles , ce qu'il y a de plus pur pour le représenter et le contenir. La plus belle fleur de farine et le vin du premier choix sont pris comme les symboles extérieurs de sa présence ; les mots les plus sacrés et les plus solennels sont employés dans la cérémonie du sacrifice. L'autel et le sanctuaire sont ornés avec décence ou splendeur, suivant que nos moyens le permettent. Le prêtre remplit son ministère vêtu d'ornements convenables , élevant vers le ciel un cœur chaste et des mains saintes. Et cependant ce même prêtre , ainsi distingué des autres hommes , ainsi consacré, est, avec sa ceinture de célibat et son manipule de douleur, fils d'Adam , fils de pécheurs , enfant d'une nature déchue qu'il n'a pas perdue , bien qu'elle ait été régénérée par la grâce. Cela est si vrai que c'est presque donner la définition du prêtre, que de dire qu'il a à offrir le sacrifice pour ses propres pé-

ehés. a Car tout pontife, dit l'Apôtre, étant pris d'en-» tre les hommes , est établi pour les hommes , en ce qui regarde le culte de Dieu, afin qu'il offre des dons et des sacrifices pour les péchés , et qu'il puisse être touché d'une juste compassion pour ceux qui pèchent par ignorance et par erreur, comme étant lui-même environné de faiblesse. Et c'est ce qui l'oblige à offrir le sacrifice de l'expiation des péchés aussi bien pour lui-même que pour le peuple. » C'est pourquoi , dans le saint sacrifice de la messe , quand le prêtre offre l'hostie avant la consécration, il prononce ces paroles : Suscipe, sancte Pater, omnipotens, œterne Deus. « Recevez, ô Père saint. Dieu éternel et tout-puissant, cette hostie sans tache que j'offre, moi qui suis votre serviteur indigne , à vous qui êtes mon Dieu vivant et véritable , pour mes péchés , mes offenses et mes négligences qui sont sans nombre , pour tous les assistants , et pour tous les fidèles chrétiens vivants et morts , afin qu'elle profite à eux et à moi pour le salut et la vie éternelle. »

Cette loi paraît très-étrange en soi, mes chers frères; mais elle cesse de l'être dès que l'on considère que c'est l'ordre établi par un Dieu plein de miséricorde. Elle n'est pas étrange en Jésus , puisque l'Apôtre en donne la raison dans le passage que je viens de citer. Les prêtres de la nouvelle loi sont hommes, afin « qu'ils puissent être touchés d'une juste compassion pour ceux qui pèchent par ignorance et par erreur, comme étant eux-mêmes environnés de faiblesse. )» Si vous aviez eu des anges pour prêtres, ils n'auraient

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pu s'affliger de vos peines, sympathiser arec vous, être touchés de compassion pour vous, avoir pour vous des tendresses et des indulgences comme nous-mêmes le pouvons. Ils n'auraient pu être vos modèles , vos guides , et vous conduire , de l'état de péché à une vie nouvelle , comme ces prêtres sortis du milieu de vous , qui eux-mêmes ont été guidés comme vous devez l'être à votre tour, qui peuvent tenir compte de vos peines, qui ont eu, sinon l'expérience de vos péchés, au moins celle de vos tentations, qui connaissent les emportements de la chair et les ruses du démon, même lorsque, différant de vous en cela , ils ont déjoué ce» ruses ; comme ces prêtres disposés , dis-je , à faire la part de votre faiblesse et à être indulgents; qui peuvent vous donner les conseils les plus pratiques et vous avertir à propos et avec prudence des dangers que vous courez. Pour ces motifs , il vous a envoyé des hommes pour ministres de réconciliation et d'intercession. Lui-même , quoiqu'il ne pût pécher, a pris néanmoins dans sa propre personne, en se faisant homme, autant qu'il était possible à un Dieu , le fardeau et l'épreuve des infirmités humaines. 11 ne pouvait pas être pécheur, mais il pouvait être homme ; il prit donc un coeur d'homme, afin que nous puissions lui ouvrir nos cœurs , et il « a éprouvé comme nous toutes sortes de tentations , sans être néanmoins sujet au péché. »

Mes frères , pesez bien cette vérité , et qu'elle soit votre consolation. Parmi les prédicateurs , parmi les prêtres de l'Evangile , il y a eu des apôtres , des martyrs , des docteurs ; il y a eu parmi eux des saints en

nombre considérable ! eh bien ' de ce nombre , quelque élevée qu'ait été leur sainteté, quelque variées qu'aient été leurs grâces , quelque prodigieuse qu'ait été leur puissance , il n'en est pas un qui n'ait commencé avec le vieil Adam , pas un qui n'ait été taillé du même roc que le plus endurci des reprouvés. Il n'en est pas un qui n'ait été façonné, à l'honneur du monde , avec la même argile qui a servi à former les plus dépravés et les plus vils des pécheurs ; pas un qui ne fût, par nature, frère de ces pauvres âmes qui ont commencé une société éternelle avec les démons, et qui brûlent en enfer. La grâce a vaincu la nature : telle est l'histoire des saints. Pensée salutaire pour ceux qui sont tentés de s'enorgueillir de ce qu'ils font et de ce qu'ils sont ; avertissement capable de remplir de crainte ceux qui reconnaissent avec douleur au fond de leurs cœurs l'énorme différence qui existe entre eux et les saints ; nouvelle joyeuse pour les hommes qui , haïssant le péché et désirant se soustraire à son joug odieux , sont cependant tentés de croire cela impossible !

Allons, mes frères , examinons cette vérité de plus près, et gravons-la dans nos cœurs. Considérons d'abord que, depuis la chute d'Adam , aucun des enfants de sa postérité, à l'exception d'un seul, n'a encore été conçu sans péché. Il y a eu une seule exception ; quelle est-elle? Nous ne parlons pas de Notre-Seigneur Jésus, car il ne fut pas conçu d'un homme, mais du Saint-Esprit : il ne s'agit donc pas de Notre- Seigneur j mais je veux parler de la Vierge sa mère ,

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qui, quoique conçue de père et de mère humains, comme les autres créatures, fut cependant préservée par avance de la condition commune à tout le genre humain , et en fait ne participa jamais à la transgression d'Adam. Elle a été conçue par les voies de la nature, comme les autres créatures; mais la grâce intervint, et, s'emparant de son âme avant le péché, elle la remplit dès le premier moment de son existence, de telle sorte que le démon ne souffla pas sur elle, ne souilla pas l'œuvre de Dieu. Tota pulchra es, Maria; et macula originalis non est in te. Mais si nous laissons de côté la très-sainte mère de Dieu, toutes les autres créatures , les saints les plus glorieux , comme les pécheurs les plus endurcis et les plus odieux , je veux dire l'âme qui devint la plus glorieuse comme celle qui fut la plus diabolique, étaient nées l'une et l'autre entachées du même péché originel; toutes deux étaient des enfants de colère; toutes deux étaient incapables de gagner le ciel par la puissance qu'elles avaient reçue de la nature ; l'une et l'autre avaient en perspective de mériter l'enfer.

Ces deux âmes étaient nées dans le péché , y étaient demeurées , et celle qui fut sainte plus tard eût continué à y vivre , eût péché d'une manière épouvantable et se serait perdue sans le secours d'une influence surnaturelle et gratuite , qui fit pour elle ce qu'elle-même eût été incapable d'accomplir. Le pauvre enfant destiné à être héritier de la gloire éternelle repose dans le sein de sa mère, faible, maladif, chagrin, capricieux et misérable : c'est l'enfant de la douleur ; il est sans

espérance et sans assistance divine. Il reste ainsi plongé dans une nuit longue et accablante jusqu'à sa naissance ; et enfin , quand il ouvre les yeux et aperçoit la lumière, il recule et pleure de l'avoir vue. Mais Dieu, du haut des cieux , entend ses cris dans cette vallée de larmes , et il commence à lui prodiguer cette suite de miséricordes qui l'ont conduit de la terre aux cieux. Il envoie son prêtre pour lui administrer le premier sacrement et le baptiser par sa grâce. Alors s'opère en lui un grand changement; car, au lieu de continuer à être l'esclave de Satan , il devient aussitôt l'enfant de Dieu. S'il était mort en cet instant , avant d'atteindre l'âge de raison , il eût été sans aucun délai conduit au ciel par les anges et admis à jouir de la présence de Dieu. Mais l'enfant n'est pas mort; il est arrivé à l'âge de raison , et , oserions-nous dire , quoiqu'il en soit ainsi dans quelques cas isolés dont nous devons bénir le Tout-Puissant , oserions-nous dire qu'il n'a pas mésusé du grand talent qui lui a été donné, qu'il n'a pas profané la grâce qui habitait en lui, qu'il n'a pas commis de péché mortel? Dans certains cas, Dieu en soit loué ! nous osons l'affirmer ; c'est ce qui semble être arrivé à mon cher père , saint Philippe de Néri , qui conserva certainement la pureté de sa robe baptismale depuis le jour où il en fut revêtu. 11 ne perdit jamais son état de grâce depuis le jour où il l'obtint. Il avança, de vertu en vertu, de mérite en mérite, et de gloire en gloire, à travers le cours de sa longue vie, jusqu'à quatre-vingts ans , âge où il fut appelé à rendre son compte à Dieu. Il partit avec joie , ti-aversa le purga-

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toire sans ressentir aucune atteinte de ses flammes , et arriva tout droit au ciel.

Telles ont été quelquefois les voies de la grâce de Dieu avec les âmes de ses élus ; mais généralement, comme s'il eût voulu les associer plus intimement à leurs frères et faire de la plénitude de ses faveurs pour eux une raison d'espérance et d'encouragemenl pour le pécheur pénitent, les hommes qui sont arrivés à être des prodiges de sainteté , des héros de l'Eglise , ont passé un certain temps de leur vie dans l'oubli volontaire de leur devoir, se sont jetés hors de la lumière de la face de Dieu , ont été les esclaves de telle ou telle faiblesse , de telle ou telle erreur, jusqu'à ce qu'enfin ils se soient relevés peu à peu ou subitement, et qu'ils aient regagné l'état de grâce, ou plutôt un état plus parfait que celui qu'ils avaient perdu. Telle fut sainte Madeleine , qui avait mené une vie honteuse , à tel point que, suivant les idées religieuses de son temps , on regardait comme une souillure d'être touché par elle. Fortunée, au milieu des avantiigcs de ce monde , jeune et passionnée , elle avait donné son cœur aux créatures avant que la grâce de Dieu ne pré* valût en elle. Mais, après sa conversion elle coupa ses cheveux , mit de côté ses habits de fête, et il s'opéra en elle un changement si profond, que si vous l'aviez <!onnue avant et après cette transformation, vous auriez cru avoir vu deux personnes distinctes et non une seule personne. Il ne restait dans Madeleine pénitente aucune trace de Madeleine pécheresse, si ce n'est son cœur aimant, dont l'amour se poitait alors vers le ciel

et Jésus-Christ. A part cela , on ne retrouvait ni trace ni souvenir de cette vision brillante et séduisante, dans la modestie , la sérénité , la tenue grave et la voix si douce de celle qui alla chercher et trouver notre Sauveur dans le jardin.

L'histoire de sainte Madeleine est aussi celle de celui qui de publicain devint apôtre et évangéliste; qui, pour un vain lucre , ne se fit aucun scrupule d'entrer au service des Romains et d'opprimer le peuple auquel il appartenait. Les apôtres n'étaient pas formés d'une argile plus parfaite que les autres fils d'Adam ; leur nature animale en faisait des hommes charnels et ignorants; livrés à eux-mêmes, ils auraient, comme les brutes, rampé et fixé leurs yeux sur la terre, et même se seraient nourris de terre , si la grâce de Dieu ne se fût emparée d'eux, ne les eût relevés sur leurs pieds et n'eût tourné leurs regards vers le ciel. Tel était le savant pharisien qui vint de nuit trouver Jésus. Il était satisfait de sa position, jaloux de sa renommée, plein de confiance en sa raison ; mais le moment arriva où, alors même que les disciples prenaient la fuite, seul il resta pour oindre le cadavre abandonné de celui qu'il avait été honteux de confesser de son vivant. Vous voyez que c'est la grâce de Dieu qui triompha dans Madeleine, dans Matthieu, dans Nicodème. La grâce céleste descendit sur la nature corrompue ; elle subjugua la chair dans la pécheresse, la cupidité dans le publicain , le respect humain dans le pharisien.

Laissez-moi vous parler d'une autre conquête célèbre de la grâce de Dieu dans un siècle postérieur, et vous

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