LES GLOIRES DE MARIE ONT POUR OBJET LA GLOIRE DE SON FILS
Nous savons, mes chers fn;res, que ce inonde naturel ne renferme rien de superflu, rien d'incomplet, rien d'isolé ; les parties se correspondent, s'<^nchaînent, et les détails concourent tous à former un vaste ensemble. L'ordre et l'harmonie sont deux des premières perfections que nous ren;arquons dans la création visible, et plus nous l'examinons, plus nous voyons qu'elles y ont été appliquées dans l'ensemble et juscjun dans les moindres détails. « Toutes les choses sont doubles, dit le Sage ; les unes répondent aux autres, et Dieu n'a rien fait de défectueux. » Ce qui distingue essentiellement « les cieuxet la terre » du vide et du chaos qui les ont précédés, c'est que tout en eux est soumis à des lois fixes et invariables; c'est qu'il n'y a pas de mouvement, pas d'effet auquel on ne puisse
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assigner une cause, qu'on ne pût prévoir si l'on avait une science suffisante. En outre, il est certain, d'autre part, "que cette vérité ne devient évidente qu'en raison des efforts que nous faisons pour la découvrir, et du temps que nous mettons à l'observer ; car quoique, dans bien des cas, il soit facile de voir que telle et telle chose résultent d'un ordre préétabli, dans d'autres circonstances la loi qui produit ces résultats échappe à nos investigations , et nous avons adopté les mots « hasard, fortune, » pour désigner les causes que nous ne connaissons pas. De là vient que des esprits téméraires et irréligieux qui se livrent à la contemplation du monde, qui passent en revue les cieux et la terre, ont osé blâmer le grand architecte, en l'accusant d'avoir fait des créatures imparfaites, et en adressant des questions qui n'ont servi, au fond, qu'à prouver l'imperfection de leurs connaissances scientifiques. ' ' ' Les mêmes faits ont lieu à l'égard du monde surnaturel. Toutes les vérités de la révélation sont intimement liées entre elles et forment un tout indivisible. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un simple coup d'œil sur l'Evangile; mais on ne peut comprendre l'uniformité et l'harmonie parfaite de l'enseignement catholique sans des études et des méditations préparatoires. De même que les savants du monde se renferment dans des musées et des laboratoires, descendent dans les mines, errent dans les bois ou sur les bords de la mer, les amis des vérités célestes se retirent dans des cellules et dans des oratoires, épanchent leur âme en prières, se recueillent en eux-mêmes, méditent l'idé
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de Jésus, de Marie, de la grâce, de rétcrnilc, pèsent et scrutent les paroles des saints personnages qui sont venus avant eux, jusqu'à ce qu'ils aperçoivent, des yeux de l'esprit, la sagesse cachée des parfaits « prédestinés à notre gloire avant le monde, » et qu'il leur « révèle par son esprit. » Et comme il peut se faire que des ignorants osent contester la beauté et la perfection de ce monde visible, il peut arriver aussi que des hommes occupés six jours de la semaine de travaux mondains, vivant pour jouir de leurs richesses, de leur rang, de leurs plaisirs, ne suivant, en fait d'études, que des sujets profanes, ne consacrant à la religion que leurs moments de loisir, n'élevant jamais leurs cœurs à Dieu, ne lui demandant jamais la lumière de sa grâce, ne châtiant jamais leurs cœurs ni leurs corps, ne contemplant jamais sérieusement les objets de la foi, mais les jugeant à la hâte et d'une manière péremptoire, selon leurs vues privées ou leur humeur du moment; il peut arriver, dis-je, que ces hommes soient facilement étonnés ou effrayés de certaines parties de la vérité révélée, qu'ils les trouvent étranges, barbares, outrées, inconséquentes, et qu'ils les rejettent on totalité ou en partie.
Je vais m'eflbrcer d'appliquer cette remarque aux prérogatives dont l'Église investit la très-sainte Vierge Marie, mère de Dieu. Ces prérogatives étonnent ou choquent les personnes pour qui elles sont nouAclles ou qui ne les ont jamais exann'nées de près; mais plus elles les examineront attentivement et religieusement, plus, j'en suis sûr, elles les trouveront nécessaires à la
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foi catholique et inséparables du culte de Jésus-Christ. C'est là le point de vue que je vais développer. A la vérité, je trouverai des contradicteurs parmi les personnes étrangères à l'Eglise ; mais les enfants de l'Église seront d'accord avec moi pour dire que les gloires de Marie se rapportent à Jésus, et que nous l'honorons et la bénissons comme la première des créatures, afin de pouvoir reconnaître son Fils comme notre seul Créateur.
Quand le Verbe Éternel résolut de venir sur la terre, il ne prit point de demi-mesure, il ne fit rien à moitié; il voulut être homme comme nous, avoir un corps et une âme et se les approprier. Il ne se donna pas une forme apparente ou accidentelle comme celle que prennent les anges quand ils descendent sur la terre ; il ne se borna pas à protéger simplement, en lui donnant le nom de Dieu, un homme déjà existant, à la façon dont il protégeait ses saints; non, mais il «se fit chair,)) il prit une humanité; il devint aussi réellement homme qu'il était Dieu. De sorte que, depuis lors, il est tout à la fois Dieu et homme, ou, eu d'autres termes, il réunit deux natures : la nature divine et la nature humaine en une seule personne. C'est là un mystère si merveilleux, qu'il n'y a que la foi qui puisse l'admettre; l'homme naturel peut bien l'accepter pour quelque temps; il peut croire qu'il l'admet, mais, en réalité, il ne le croit jamais bien fermement; tout en le confessant, il le repousse en secret, il l'élude et s'en éloigne. L'homme naturel a toujours agi de cette façon ; même du temps du disciple bien-aimé.
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des hommes prétendaient que Notre-Scigneur n'avait point de corps, ou qu'il avait un corps formé dans le ciel; que ce n'était pas lui qui souffrait, mais un autre qui souffrait à sa place ; ou bien ils disaient qu'il avait visité passagèrement, au moment de son baptême et de sa passion, le corps mortel qui était né de Marie, et qui avait souffert la mort sur le Calvaire ; d'autres, au contraire, prétendaient qu'il n'était qu'un homme, et rien de plus. La raison humaine non régénérée par la foi, ne pouvait se décider à croire à la vérité annoncée par saint Jean : «Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu..., et le Verbe a été fait chair, et il a habité parmi nous. »
, . Le même fait se présente de nos jours. Il y a peu de protestants qui aient une notion exacte de la doctrine du Dieu homme en une personne ; ils parlent de la divinité de Jésus-Christ en termes vagues et évasifs; mais quand on les presse de s'expliquer clairement, on voit qu'ils craignent d'exprimer leur opinion d'une manière assez précise pour qu'elle soit catholique. Ils nous disent que cette question est de celles qu'il faut réserver, car on ne peut l'aborder sans s'exposer à tomber dans la technologie et les subtilités. Puis, quand ils expliquent l'Évangile, ils nous présentent Jésus-Christ non pas connue étant simplement Dieu, mais comme un composé de Divinité et d'humanité, moitié l'un, moitié l'autre, ou entre les deux ; ils le représentent encore comme un homme chez lequel résidait une présence divine toute particulière. Quel-
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qiicfois ils vont jusqu'à nier qu'il fût le Fils de Dieu dans le ciel; ils disent qu'il devint Fils de Dieu lorsqu'il fut conçu du Saint-Esprit; mais ils se scandalisent et croient faire preuve de respect et de bon sens en se montrant scandalisés, lorsqu'on représente l'Homme purement et simplement comme étant Dieu. Ils ne tolèrent que par manière de parler ou dans un sens figuré l'assertion contraire , qui consiste à dire que Dieu a un corps humain et qu'il a souffert; ils trouvent que « l'expiation » et la « sanctification par l'Esprit, » comme ils disent, est la somme et la substance de l'Evangile, et ils ont horreur de toute expression dogmatique qui va au-delà. Tel est, je crois, le caractère des opinions des protestants anglais sur la divinité de Jésus-Christ, tant de ceux qui appartiennent à la communion anglicane que de ceux qui en sont séparés, sauf une légère fraction des premiers.
Or, si vous voulez protester contre des opinions si anti-chrétiennes ; si vous voulez établir d'une manière nette, évidente, précise, la simple pensée de l'Eglise catholique que Dieu est homme, pouvez-vous faire mieux que de l'exprimer dans les termes de saint Jean, qui dit que Dieu s'est fait homme? Et ce dogme eûtil pu être exprimé en termes plus clairs et plus énergiques qu'en déclarant qu'il naquit homme ou qu'il eut une mère? Le monde convient que Dieu est homme; cette concession lui coûte peu, car Dieu est partout, et l'on pourrait ajouter qu'il est tout ; mais le monde redoute de confesser que Dieu est fils de
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Marie. H redoute de faire cet aveu, car cet aveu entraîne la réfutation de son incrédulité et le renversement de sa manière de voir les choses. La doctrine révélée prend, aussitôt cette vérité admise, sa forme véritable, et revêt un caractère de réalité historique; le Tout- Puissant est introduit dans son monde à une certaine époque, et d'une façon bien définie. Les rêves s'évanouissent, et les ombres disparaissent; la vérité de Dieu n'est plus une expression poétique ni une exagération dévote, ni une dispensation mystique, ni un point de vue mythique. «Vous ne vouliez pas le sacrifice et l'offrande, » les ombres de la loi, « mais vous avez préparé un corps pour moi. » « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux et que nos mains ont touché, ce que nous avons vu et entendu, nous vous le déclarons.» Tels sont les témoignages que l'Apôtre opposait « aux esprits qui niaient l'apparition de Jésus-Christ dans la chair, » et qui le « divisaient » en niant sa nature divine et sa nature humaine. En reconnaissant que Marie est Deipara ou Mère de Dieu, on met la déclaration de l'Apôtre à l'abri de toute fausse inter- |[>rétation, de toute hérésie ; on déjoue toutes les ruses, on dénonce tous les complots de ces mauvais esprits de « l'antéchrist qui se sont répandus dans le monde. » Cette croyance déclare que Jésus-Christ est Dieu , elle implique qu'il est homme, elle présente à notre esprit qu'il est encore Dieu, quoiqu'il soit devenu homme, et qu'il est véritablement homme, quoiqu'il soit Dieu. En confirmant la réalité de l'union des deux principes, elle
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altestc la réalité de ces deux principes en eux-mêmes : du principe divin et du principe humain. Si Marie est mère de Dieu, Jésus-Christ est nécessairement Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous. C'est pourquoi lorsque , par la suite des temps, les mauvais esprits et les faux prophètes devinrent plus forts et s'introduisirent dans le sein même de l'Eglise , celle-ci , sous la conduite de Dieu, ne trouva pas de moyen plus efficace ni plus sûr de les expulser que d'adopter contre eux le mot de Deipara; et, d'autre part, lorsqu'ils sortirent du royaume des ténèbres et qu'ils conspirèrent l'entier bouleversement de la foi chrétienne au seizième siècle, ils ne trouvèrent pas de moyen plus sûr d'atteindre leur but que de rabaisser et de blasphémer les prérogatives de Marie ; car ils savaient bien positivement qu'une fois qu'ils auraient amené le monde à mépriser Marie, ils l'amèneraient bientôt après à mépriser Jésus- Christ. Satan était en ceci du même avis que l'Église. Il reconnaissait que la mère et le fils étaient inséparables , et ce témoignage a été confirmé par une expérience de trois siècles ; car les catholiques, qui honoraient la more , adorent encore le fils , tandis que les protestants qui ont cessé de confesser le fils, avaient commencé par insulter la mère.
Vous voyez, mes frères, que le système de la révélation est parfaitement conséquent sur ce point, et que toutes les doctrines en sont rigoureusement déduites les unes des autres. On honore Marie pour la gloire de Jésus. Il était juste que la sainte Vierge, en sa qualité de créature, et quoiqu'elle fût la première d'entre elles, eût
une mission particulière. Elle est venue dans ce monde comme les autres créatures, pour accomplir une tache, pour remplir une mission ; sa grâce et sa gloire ne sont pas à elle , elles sont à son Créateur ; à elle , est confiée la garde de l'incarnation : telle est sa destinée. « Une vierge concevra un flls, et on lui donnera le nom d'Emmanuel. » Comme sur la terre elle était personnellement la gardienne de son divin iîls, qu'elle l'a porté dans son sein, qu'elle l'a serré dans ses bras, qu'elle l'a nourri de son lait, ainsi actuellement et jusqu'à la dernière heure de l'Eglise, sa gloire et les honneurs qu'on lui rend proclament et définissent la foi qu'on doit avoir en son fils, considéré comme Dieu et comme homme. Toutes les églises consacrées à la Vierge, tous les autels placés sous son invocation, toutes les images qui la représentent, toutes les litanies en son honneur, tous les Ave qu'on prononce en commémoration de celui de l'archange , ont pour but de nous rappeler qu'il y eut un Dieu qui , quoique bienheureux de toute éternité , o. ne craignit pas de descendre dans le sein d'une vierge. » Elle est la turris Davidica, comme l'appelle l'Église, la tour de David. Elle est le rempart solide et haut du roi du véritable Israël; c'est pourquoi l'Eglise lui attribue l'antienne « d'avoir détruit à elle seule toutes les hérésies du monde entier. »
',! Ceci m'amène à une considération qui est contenue implicitement dans ce que je viens de dire. Si la Deipara doit porter témoignage d'Emmanuel , il faut qu'elle soit nécessairement plus que la Deipara; car,
pour qu'un rempart mérite ce nom , il doit être fort; une tour doit avoir a des bastions ; » comme celle de David, il faut que « des milliers de boucliers y soient suspendus, et toutes les armures des hommes de guerre. » Pour nous convaincre que Dieu s'était fait homme , il fallait que sa mère fût une femme à part ; une mère sans asile dans l'Église , sans dignité, sans dons , n'eût pas été une mère en tant que devant porter témoignage de l'incarnation. Son souvenir ne se serait pas gravé dans le cœur ni dans l'esprit des hommes. Pour qu'elle puisse rappeler et attester que Dieu se fit homme , il faut qu'elle occupe dans le ciel un rang éminent et sublime , il est nécessaire qu'elle commande le respect pour pouvoir imposer la foi. Dès qu'elle a attiré notre attention , elle commence à nous parler de Jésus. Nous nous demandons : « Aurait-elle de semblables prérogatives, si son Fils n'était Dieu? Et que n'est-il pas de sa nature, puisqu'elle est si grande par la grâce ! » Voilà pourquoi elle a encore d'autres prérogatives , telles que le don de la pureté personnelle et de l'intercession, dons qui sont distincts de sa maternité. Ces dons lui ont été départis, afin qu'elle puisse dignement remplir sa mission , et la gloire lui a été accordée , afin qu'elle puisse convertir les âmes à Jésus-Christ.
Voilà pourquoi sa personne a été rendue plus glorieuse que son rôle ; sa pureté est un don plus sublime que sa parenté avec Dieu. Tel est le sens de la réponse que Jésus-Christ fit à une femme d'entre la foule qui s'écria en l'entendant prêcher : a Bénis soient le sein
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qui vous a porté et les mamelles qui vous ont allaité! » Jésus, dans sa ré[fonsc, rappelle à ses disciples qu'il y a inie bénédiction encore plus grande : « Oui, dit-il , bénis sont ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent. » Vous savez , mes frères , que les protestants voient dans ces paroles une insulte à la grandeur de Notre-Dame , mais , en réalité, ces paroles signifient tout le contraire de ce qu'ils imaginent. Examinezles attentivement. « Le Seigneur dit qu'il est plus glorieux de garder ses commandements que d'être sa mère; mais quel protestant oserait soutenir qu'elle ne gardait pas ses commandements? Elle les observait sans aucun doute , et Notre-Seigneur dit que cette obéissance était un privilège d'un ordre plus élevé que celui d'être sa mère ; elle était plus heureuse dans son détachement des créatures, dans sa dévotion envers Dieu, dans sa pureté virginale, que dans sa maternité, et si , comme le pensent les catholiques, elle obéissait d'une manière dix mille fois plus parfaite que les plus saints d'entre les hommes , il s'ensuit que sa sainteté était une prérogative supérieure à celle des autres. Telle est l'opinion constamment professée par les Pères de l'Eglise : « Ce fut, dit saint Augustin, une plus grande bénédiction pour Marie de recevoir la foi de Jésus-Christ que de concevoir sa chair. » Saint Chrysostome déclare que , même après avoir porté Jésus dans son sein , elle n'aurait pas été bénie , si elle n'avait pas entendu la parole de Dieu et ne l'avait pas gardée. Cela certes est ùupossiblc , car elle fut rendue sainte afin de pouvoir être sa mère , et les deux pri-
viléges sont inséparables. Dès qu'elle eut été choisie pour donner sa chair et son sang au Verbe étemel , son âme et son corps se trouvèrent pleins de grâce ; mais elle reçut une double bénédiction , celle de son emploi et celle de son aptitude à cet emploi ; or la seconde était supérieure à l'autre. C'est pour cette raison que l'Ange l'appelle bénie ; « pleine de grâce, lui ditil , bénie entre les femmes. » Sainte Elisabeth la bénit aussi en disant : « Soyez bénie , vous qui avez cru. » Elle confirma elle-même cette vérité lorsque l'ange lui annonça la faveur qui lui était accordée.
Toutes les femmes juives, de génération en génération, avaient espéré être mères du Messie; c'est pourquoi le mariage était considéré comme un état honorable et le célibat comme un déshonneur. Marie seule ne songeait point à une telle faveur et ne la désirait pas. Celle qui était destinée à donner naissance à Jésus-Christ refusait de le porter dans son sein. Il s'abaissa jusqu'à elle, mais elle se détourna, et pourquoi? Parce que, la première d'entre les femmes, elle avait reçu l'inspiration de consacrer sa virginité à Dieu , et elle n'accueillait pas avec joie un honneur qui impliquait la violation de son vœu. « Comment cela serait-il , s'écria-t-elle , puisque je suis séparée de tout homme? » Et ce ne fut qu'après que l'ange lui eût dit qu'elle concevrait miraculeusement du Saint-Esprit, que son « trouble » se dissipa, qu'elle le reconnut pour un messager du ciel, et qu'elle baissa la tête avec respect et gratitude devant la condescendance de Dieu. ' byW 'ikif
Marie est , dans la pureté de son âme et de sou corps , un spécimen et plus qu'un spécimen de ce qu'était l'homme avant sa chute, et de ce qu'il eût été s'il s'était élevé à la perfection. C'eût été une chose triste, c'eût été une victoire pour l'esprit du mal , si toute la race d'Adam avait passé sans présenter un seul exemple de ce que le Créateur avait voulu qu'elle fût dans son état primitif. Vous savez qu'Adam avait été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu ; sa nature faible et imparfaite avait été fortifiée et ennoblie par les dispensations de la grâce divine. Les passions violentes n'existaient chez lui qu'en germe , comme un mal latent et possible ; son ignorance fut dissipée par la pure clarté de l'Esprit saint, et sa raison , souveraine sur tous les mouvements de son âme, était humblement soumise à la volonté de Dieu. Son corps fut préservé de tous les appétits, de tous les goûts désordonnés, et Dieu lui avait promis l'immortalité au lieu de la dissolution. Adam était conséquemment dans un état surnaturel, et s'il n'avait point commis de péché , il aurait avancé tous les ans en grâce et en mérite ; il aurait gagné toujours plus la faveur de Dieu, jusqu'au moment où il aurait passé du paradis dans le ciel. Mais il succomba, et ses descendants furent formés à son image et non pas à celle de Dieu ; le monde devint pire au lieu de devenir meilleur; les jugements de Dieu retranchaient les générations coupables les unes après les autres, n:ais sans améliorer la race humaine, parce que w l'homme était chair, » et que « les pensées de son cœur avaient, de tout temps, été tournées au mal. » Cependant, Dieu
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a résolu de porter remède à celte situation ; le Rédempteur est prêt; Dieu va faire une grande œuvre, et il veut la faire convenablement : « Là où le péché abondait, la grâce devait abonder encore plus. » Quand il naît un fils aux rois de la terre , ils répandent leurs largesses à pleines mains ; ils élèvent des monuments remarquables ; ils honorent le jour, le lieu , témoins de cet heureux événement ; ils récompensent les personnes qui l'annoncent. La naissance d'Emmanuel ne changea rien à cet usage anciennement établi dans le monde. L'époque où il naquit fut mi temps de grâces et de prodiges ; or, ces grâces et ces prodiges devaient se manifester d'une manière toute spéciale dans la personne de sa mère. Le cours des âges devait être renversé ; la tradition du mal devait être interrompue ; une porte de hmiière devait s'ouvrir au milieu des ténèbres pour servir de passage au juste ; une vierge le conçut et l'enfanta. Il fallait, pour l'honneur et la gloire du Sauveur, que celle qui devait être l'instrument de son incarnation fût le premier miracle de sa grâce ; il fallait qu'elle triomphât là où Eve avait succombé , et qu'elle « brisât la tête du serpent » par la perfection irréprochable de sa sainteté. A quelques égards, cependant, la malédiction ne fut pas retirée, car Marie vint dans un monde déchu et se soumit à ses lois. Elle fut exposée, comme le fils qu'elle portait, aux douleurs de l'âme et du corps ; elle fut soumise à la mort ; mais elle ne fut pas soumise au pouvoir du péché. Comme la grâce fut départie à Adam , dès le premier moment de sa création, de telle façon qu'il ne
s'aperçut jamais de sa pauvreté naturelle avant le moment où le péché la lui montra, ainsi la grâce fut donnée à Marie encore plus abondamment, et elle resta étrangère à la privation d'Adam. Elle commença, tant en science qu'en amour, par où les autres finissent. Klle fut dès le commencement revêtue de sainteté, marquée du sceau de la persévérance; elle fut lumineuse et glorieuse aux yeux de Dieu, et continuellement occupée à des actes méritoires jusqu'à son dernier jour. On peut dire d'elle avec emphase qu'à elle appartenait « le sentier du juste qui , semblable à l'aurore brillante, avance et s'accroît jusqu'au jour de la perfection. » L'innocence des pensées, des paroles et des actes , dans les petites choses comme dans les grandes , dans les questions peu importantes comme dans les questions plus graves, n'est que la conséquence nécessaire et naturelle d'un pareil commencement. Si Adam eût pu se préserver du péché dans son premier état , à plus forte raison Marie a dû conserver intacte l'admiiable pureté de son àme.
Telle est sa prérogative de perfection exempte de tout péché, et cette prérogative lui fut donnée, comme sa maternité , à cause d'Enuuanuel : c'est pour cela que lorsque l'ange , en la saluant , l'appela gratia plena, elle répondit humblement: Ecce ancilla Dominif voici la servante du Seigneur. Sa troisième prérogative , qui complète l'énumération de ses gloires , dérive à la fois de sa maternité et de sa pureté : c'est son pouvoir d'intercession. Car si « Dieu n'écoute pas les pécheurs , quand un homme l'adore et fait sa vo-
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lonté , il l'écoute. » Si « les prières continuelles d'un homme juste sont très-utiles; » si le fidèle Abraham fut chargé de prier pour Abimélec , « car il était prophète ; « si Job le patient dut a prier pour ses amis , » ])arce qu'il avait dit des choses justes devant Dieu ; si le bon Moïse, en levant les mains au ciel, fit pencher la fortune du combat en faveur d'Israël contre Amalec, qu'y a-t-il d'étonnant que Marie , la seule enfant sans tache de la race d'Adam, ait une influence transcendante auprès du Dieu de grâce ? Et si les gentils de Jérusalem, désirant être admis auprès de Jésus, allèrent trouver Philippe, qu'ils savaient être un de ses apôtres, pour le prier de leur obtenir cette faveur; si Philippe s'adressa à André, parce que celui-ci jouissait encore plus de la confiance du Seigneur, doit-on s'étonner que la Mère du Sauveur ait auprès de son Fils une autorité différente dans l'espèce de celle des anges les plus purs et des saints les plus élevés en gloire? Si nous avons la foi nécessaire pour croire à l'Incarnation, nous devons l'admettre avec toute sa plénitude ; pourquoi repousserions-nous les grâces qui en découlent, qui s'y rattachent, qui y sont contenues? Si le Créateur est venu dans le monde sous la forme d'un esclave et d'une créature, pourquoi, d'autre part, sa Mère ne s'élôverait-elle pas au rang de reine des cieux, ne serait-elle pas revêtue de la lumière du soleil, et n'aurait- elle pas la lune sous ses pieds? Je ne cherche pas à vous prouver ces doctrines, mes frères ; elles sont vraies , puisque l'Eglise les déclare vraies. L'Eglise est l'oracle de la vérité religieuse ; elle
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est chargée de répandre en tout temps et en tous lieux les vérités dont les Apôtres lui ont confié le dépôt. Nous devons la croire sur parole et sans preuve , parce que Dieu nous l'a envoyée pour nous enseigner comment il faut faire pour lui plaire ; et c'est à ce signe qu'on reconnaît si nous sommes catholiques ou non. Jo ne cherche pas à prouver ce que vous admettez déjà ; je veux seulement vous montrer, dans un exemple , la beauté et l'harmonie des enseignements de l'Eglise, qui sont si propres , selon les vues de Dieu , à la recommander aux investigateurs et à la faire aimer par ses enfants. Encore un mot , et j'ai fini ; je vous ai montré combien sont pleines de sens les vérités que l'Église enseigne concernant la très-sainte Vierge; remarquez maintenant combien est pleine de sens aussi la dispensation que Marie a faite de ces vérités.
Vous trouverez sous ce rapport la même tendance à rehausser la gloire de Jésus-Christ que nous avons déjà remarquée dans les prérogatives de Marie. Vous savez que lorsque Jésus commença ses prédications, ea mère se tint à l'écart ; elle ne se mêla pas de son œuvre ; et même, quand il fut retourné au ciel, clic n'alla pas prêcher et enseigner ; elle ne s'assit pas dans le siège apostolique ; elle ne prit point part au ministère du prêtre ; elle se borna à chercher humblement Eon Fils dans la messe dite chaque jour par les Apôtres , qui, bien que ses ministres dans le ciel, étaient sur la terre ses supérieurs dans l'Église. Après sa mort et celle des Apôtres, lorsqu'elle devint Reine et qu'elle prit place à la droite de son Fils, elle ne s'adrcsfn pas
niéinc alors au peuple iidèlc pour qu'il publiât son nom jusqu'aux extrémitcs du monde, ou pour qu'il l'exposât à ses regards ; mais elle attendit tranquillement le temps où sa gloire pourrait contribuer à servir celle de son Fils. Jésus-Christ avait été dès le con)mencement proclamé par la sainte Eglise et inauguré dans son temple , car il était Dieu ; il eût été peu convenable de la part de l'oracle vivant de la vérité de dérober aux fidèles Tobjet de leur adoration; mais il en fut autrement de Marie. La qualité de créature, de mère, de femme , lui imposait le devoir de céder le pas à son Fils, de se faire sa servante, et de ne se frayer un chemin dans le cœur des hommes que par la voie de la persuasion et de la douceur. Quand le nom de Jésus fut déshonoré , elle sentit son zèle se ranimer ; quand Emmanuel fut renié, la Mère de Dieu entra en scène ; elle jeta ses bras autour de lui et permit qu'on l'honorât afin de consolider le trône de son Fils. Lorsqu'elle eut rempli cette sainte tâche, elle déposa les armes; car elle ne combattait pas pour elle-même. L'histoire de sa manifestation ne présente ni controverses animées , ni confesseurs persécutés , ni hérésiarques , ni anathèmes ; de même qu'elle avait grandi de jour en jour en grâce et en mérite à l'insu du monde , elle s'éleva graduellement au sein de l'Eglise par une influence paisible et un progrès naturel. Elle est semblable à un bel arbre qui étend au loin ses branches fécondes et ses feuilles odorantes, en ombrageant le champ des saints. Aussi l'Antiphonaire dit-il en parlant de Marie : c< Que ta demeure soit en Jacob, et ton
Héritage en Israël, et pousse tes racines dans Mon Elu. n Plus loin il dit : ce Et ainsi je fus établie àSion, et je reposai également dans la ^ille sainte, et ma puissance était à Jérusalem. Je ^ms racine chez un peuple honorable, et je fus retenue dans la plénitude des saints. Je fus exaltée comme un cèdre du Liban et comme un cyprès du mont de Sion; j'ai étendu mes branches comme un térébinthe, et mes branches sont d'honneur et de grâce. » Elle fut mise sur le pavois sans le secours des bras des fidèles; elle remporta une victoire modeste , et elle exerce une autorité aimable qu'elle a obtenue sans la rechercher. Quand des débats se sont él evés entre ses enfants relativement à sa puissance , elle les a apaisés ; quand on a fait des objections contre son culte , elle a patiemment attendu le jour où ses droits ne seraient plus contestés ; oui , elle a attendu jusqu'à ce qu'elle reçoive enCn, en notre temps, si Dieu le permet, et sans aucune opposition, sa plus brillante couronne, et qu'on salue, au milieu des jubilations de l'Eglise entière , la pureté immaculée de sa conception.
Ainsi, ô sainte Mère, vous êtes, dans la croyance et le culte de l'Eglise, la sauve-garde d'un grand nombre de ses doctrines, la grâce et la douce lumière de toutes ses dévotions. En vous, ô Marie, est accompli, autant que nous en sommes capables, un dessein primitif du Très-Haut. 11 avait résolu de descendre sur la terre dans sa gloire céleste; mais les hommes ont péché, et en conséquence il ne pouvait les visiter avec sécurité qu'en voilant son éclat, en amortissant sa majesté, car
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il était Dieu. C'est pourquoi il vint parmi nous sous les dehors de la faiblesse, et non sous ceux de la puissauce ; c'est pour cela qu'il vous envoya en sa place, ô Marie, vous sa créature, avec la beauté d'une créature et un lustre approprié à notre état. Votre figure et votre personne, douce Mère, nous rappellent l'Eternel; votre beauté n'est pas dangereuse à voir comme la beauté terrestre ; elle est brillante et harmonieuse comme l'étoile du matin , votre emblème ; elle respire la pureté, elle annonce le ciel , elle inspire la paix. 0 messagère du jour ! ô espoir du pèlerin ! continuez à nous conduire comme vous nous avez conduits jusqu'ici ; conduisez-nous au milieu de la nuit sombre et à travers les déserts arides ; conduisez-nous vers Jésus; conduisez-nous vers la patrie.
; ^ Maria, mater gratiae,
*• Dulcis parens clementiae,
Tu nos ab hoste protège
Et mortis horâ suscipe.
Vous vous souveuez sans doute, mes frères, des paroles que Notre-Seigneur prononça le jour de sa résurrection, lorsqu'il joignit ses deux disciples sur la route d'Emmaûs, et qu'il les vil tristes et abattus à cause de sa mort. Il leur dit : « Le Christ ne devait-il pas souffrir ces choses et entrer ainsi dans sa gloire? >> 11 en appelait à la convenance de cet événement trèsétonnant d'ailleurs et aux autres vérités qui avaient été généralement révélées, relativement à l'intention de Dieu de sauver le monde. Saint Paul , parlant de ce même dessein merveilleux , dit : « Il convenait à celui pour qui et par qui sont toutes choses, qui avait amené plusieurs de ses fils à la gloire, de consommer l'auteur de leur salut par la souffrance. » Dans un autre endroit, l'Apôtre, parlant du don de prophétiser ou d'exposer les parties cachées de la vérité divine, or-
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donne à ses frères d'exercer ce don <( selon Vanalogie ou la règle de la foi , )> c'est-à-dire de manière à ce que la doctrine prèchce réponde et convienne à celle qui est déjà reçue. C'est donc une grande présomption en faveur de la vérité des doctrines révélées, que cette liaison, cette cohésion, qui les fait dépendre et sortir les unes des autres, de telle sorte que toutes les parties se tiennent, se correspondent exactement, sont nécessaires les unes aux autres.
Ce grand principe, dont l'application est générale dans la structure et l'histoire du système catholique, et qui apparaît toujours plus puissant à mesure qu'on l'examine avec plus d'attention, se présente à nous d'une manière particulière , en ce jour où nous célébrons l'Assomption de notre très-sainte Dame, la Mère de Dieu . Nous croyons à ce miracle sur la foi de l'Église; mais, examiné au flambeau de la critique, il nous apparaît comme le digne terme de la carrière dé la Vierge , et c'est sa convenance qui le recommande d'une manière si pressante à notre esprit. Nous sentons que cela devait être ; qu'il convenait à son Seigneur et Fils de glorifier ainsi celle dont les rapports avec lui et dont le caractère avaient été si remarquables et si particuliers. Nous trouvons que ce miracle est en étroite union et en harmonie parfaite avec la substance et les principaux traits du dogme de l'Incarnation, et que, sans lui, l'enseignement catholique présenterait quelque chose d'incomplet qui tromperait notre pieuse attente.
Reportons aujourd'hui nos pensées sur ce sujet.
CONVENANCE DBS GLOIRES DK MARiK. 427
mes frères; afin de vous aider à le faire, je vais commencer par exposer quels ont été, dès les premiers siècles, les enseignements de l'Eglise concernant la très-sainte Vierge, et vous verrez que la dévotion (juc ses enfants lui témoignent et le culte dont ils l'honorent sont la conséquence naturelle de ses leçons.
Or, vous savez qu'on a cru dès le commencement , et défini dès les premiers siècles, que Marie est la Mère de Dieu. Elle n'est pas seulement la Mère de l'humanité ou du corps de Notre-Seigneur ; il faut aussi la considérer comme la Mère du Verbe luimême, du Verbe incarné. Dieu, dans la personne du Verbe , dans la seconde personne de la très-glorieuse Trinité, s'humilia jusqu'à devenir le Fils de Marie. « Non horruisti virginis uterum, » vous n'avez pas eu horreur du sein d'une vierge , ainsi que le chante l'Eglise. Il emprunta de la Vierge la substance de sa chair mortelle; revêtu de cette chair, il demeura dans son sein ; il la porta après sa naissance comme un gage et une preuve que , tout en étant Dieu , il était Fils de Marie. Ce fut Marie qui le nourrit et qui l'éleva ; ce fut elle qui le berça dans ses bras. Quand il fut plus grand , il la servit et lui obéit. Il vécut pendant trente ans dans la môme maison , ayant des rapports continuels avec elle et avec Joseph, la seule personne qui eut part aux premières affections de Jésus. Elle fut témoin de sa croissance , de ses joies , de ses douleurs , de ses prières ; elle fut bénie par son sourire , par le contact de ses mains , par l'expression de son amour fihal , do ses pensées et de ses sentiments.
Je vous le demande, mes frères, celle qui jouissait de semblables faveurs, que devait-elle être? qu'était-il convenable qu'elle fût?
Une fois , un roi païen , voulant honorer un de ses sujets d'une manière conforme au degré d'intimité qui existait entre eux , fit la question que je viens de vous faire. Cet homme avait sauvé la vie de son maître ; quelle récompense fallait-il lui donner? Le roi demanda : c( Que faut-il faire à celui que le roi désire honorer d'une manière particulière? » On lui répondit : « Il faut le revêtir des habits du roi, le faire monter sur son cheval , et mettre sur sa tête le diadème royal ; puis ensuite les princes et les seigneurs de la cour, tenant les brides du cheval , parcourront les rues de la ville en criant : Ainsi sera honoré celui que le roi veut honorer. » Marie est dans ce cas : elle a donné le jour au Sauveur; quelle sera sa récompense? que fera-t-on pour celle qui a joui d'un degré de parenté si intime avec le Très-Haut? quels hommages rendrons-nons à celle que le Seigneur a faite, non pas son amie, sa confidente, mais sa supérieure, la source de sa seconde existence, la nourrice de son enfance persécutée , la protectrice de ses premières années ? Je ferai la réponse qui fut faite au roi : 11 n'y a rien de trop grand pour celle à qui Dieu doit la vie ; il n'y a aucun excès de grâce ni de gloire qui ne lui convienne , qui ne soit la juste récompense de celle qui, après avoir porté le Seigneur dans son sein , lui a donné le jour. Qu'elle soit « revêtue des habits du roi , » c'est-à-dire que la plénitude de sa Divinité l'environne, afin qu'elle
devienne l'emblème de la sainteté, de la beauté, de la gloire incommunicable de Dieu lui-même; afin qu'elle soit le miroir de la justice, la rose mystique, la tour d'ivoire, la maison d'or, l'étoile du matin ; « qu'on lui mette le diadème royal sur la tète , » parce qu'elle est la reine du ciel , la mère de tous les vivants , le salut des faibles, le refuge des pécheurs, la consolation des affligés ; que « les seigneurs ([ui sont auprès du roi marchent devant elle, » c'est-à-dire que les anges, les prophètes, les apôtres, les martyrs et tous les saints, baisent le bas de sa robe et se réjouissent à l'ombre de son trône. C'est ainsi que le roi Salomon s'est levé pour aller à la rencontre de sa mère, s'est incliné devant elle, a fait apporter un siège pour la mère du roi, et l'a fait asseoir à sa droite.
Ainsi, mes frères, quand même l'existence d'une pareille dispensation ne nous aurait pas été enseignée, nous devrions être préparés à croire que la Mère de Dieu est pleine de grâce et de gloire , par la raison même de la convenance de cette dispensation ; et , en examinant ce sujet plus attentivement, cette convenance nous apparaîtra d'une manière encore plus sensible et plus certaine. Considérez que Dieu, dans ses rapports avec nous, prend ordinairement pour règle de rendre la sainteté personnelle la compagne des dignités spirituelles de rang ou de ministère. Les anges, qui sont les messagers de Dieu , selon la signification de leur nom, sont aussi parfaits en sainteté. « Sans sainteté , nul ne verra Dieu ; » rien de souillé ne peut entrer dans la cour céleste, et plus les habitants du
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ciel sont rapprochés du trône du Très-Haut , plus ils sont saints, et plus ils pénètrent avant dans la contemplation de cette sainteté qu'ils servent. Les séraphins, qui sont les plus proches du trône de la gloire divine, crient jour et nuit : « Saint, saint, saint, est le Seigneur Dieu des armées ! » Il en est de même sur la terre. La plupart des prophètes n'ont pas seulement des dons, mais ils ont aussi des grâces; ils ne sont pas seulement inspirés pour connaître et enseigner la volonté de Dieu, mais ils sont convertis intérieurement pour lui obéir. Il n'y a donc que ceux qui sentent intérieurement la vérité , qui puissent la prêcher convenablement ; il n'y a que ceux qui se la sont assimilée en la recevant, qui puissent la transmettre entièrement de Dieu à l'homme.
Je ne dis pas que cette règle est sans exceptions , mais ces exceptions s'expliquent facilement ; je ne dis pas qu'il ne puisse arriver que Dieu ne nous fasse connaître sa volonté par l'organe d'hommes pervers : car il peut tout faire tourner au bien ; il accomplit ses desseins même par le moyen des méchants et est glorifié par eux.
La mort de iNotre-Seigneur fut accomplie par ses ennemis, qui croyaient faire leur propre volonté, tandis qu'en réalité ils faisaient la sienne. Caïphe, qui conçut et exécuta le dessein de le faire mourir, fut choisi pour prédire sa mort. Balaam, forcé par le Seigneur, annonça de bonnes choses au peuple de Dieu, tout. en voulant en prophétiser de mauvaises. Cela est vrai ; mais , en pareil cas , la miséricorde divine met
un frein au mal , et manifeste sa puissance sans reconnaître ni sanctifier l'instrument dont elle se sert. Il est encore vrai, ainsi qu'il le dit lui-même, qu'au dernier jour, « plusieurs diront : Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé en votre nom ? n'avonsnous pas chassé les déinons et fait des miracles en votre nom? » Mais il leur répondra : « Je ne vous ai jamais connus. » Ceci est donc incontestahle. D'abord, il est certain que ceux qui ont prophétisé au nom de Dieu peuvent se détacher de lui et perdre leur âme. Quelque saint que soit un homme actuellement, il peut cesser de l'être; et comme la grâce actuelle n'est pas un gage de persévérance, les dons présents le sont encore moins; mais comment cela montre-t-il que les grâces et les dons ne sont pas ordinairement inséparables? Il est également incontestable que des personnes qui ont reçu des dons miraculeux peuvent n'avoir jamais joui de la faveur divine, pas même lorsqu'elles exerçaient ses dons, ainsi que je vais le prouver tout à l'heure. Mais je parle à présent non pas de ceux qui ont reçu des dous , mais de ceux qui sont prophètes. Etre prophète est une qualité beaucoup plus personnelle que de posséder des dons, car c'est exercer un ministère sacré, c'est remplir une mission, c'est une distinction qui appartient non pas aux ennemis de Dieu , mais à ses amis. Telle est la règle de l'Ecriture. Quel fut le premier prophète et prédicateur de la justice? Ce futÉnoc, qui marcha «dans la foi, w qui « plut à Dieu » et qui fut tiré d'un monde rebelle. Quel fut le second? « Noé, » qui
« condamna le monde et fut fait héritier de la justice qui est par la foi. » Quel fut le premier grand prophète après ceux-ci? Ce fut Moïse, le législateur du peuple élu, qui fut « le plus doux de tous les hommes qui vivent sur la terre, w Ensuite vint Samuel, qui, dès son enfance , servit le Seigneur dans son temple ; puis David , qui , après être tombé dans le péché, se repentit et devint « un homme selon le cœur de Dieu. » Job^ Elie, Isaïe, Jérémie, Daniel, saint Jean-Baptiste, et ensuite saint Pierre, saint Paul, saint Jean et les autres , sont également des exemples de vertu héroïque et des modèles pour leurs frères. Judas fait exception , mais cette exception devait servir à augmenter l'humiliation et la souffrance de Notre-Seigneur.
S'il en a été ainsi pour ceux « à qui fut adressée la parole de Dieu, » que dirons-nous de celle qui fut tellement favorisée de Dieu que le Verbe lui-même , dans sa réalité et sa substance , entra non-seulement en elle , mais s'incarna dans son sein ! de celle qui ne fut pas seulement l'organe du message de Dieu , mais le berceau de son existence humaine, la source vive d'où il tira son très-précieux sang, la matière d'où il tira sa chair ! N'était-il pas convenable qu'elle fût préparée à ce saint ministère par une sanctification particulière? N'est-ce pas là ce que les parents mortels font pour leurs enfants? Les confient-ils à des étrangers? Les font-ils allaiter par la première nourrice venue? Même les parents irréligieux montrent une certaine tendresse et une certaine sollicitude sous ce rapport , bien qu'ils ne comprennent pas et ne s'in-
quiètent pas de ce qui est agréable à Dieu. Comment Dieu ne prendrait-il pas les mêmes précautions à l'égard de son Verbe éternel , en le confiant à la garde de l'homme? La nature atteste pareillement l'affinité qui existe entre la sainteté et la vérité ; elle prononce d'avance que la source de laquelle jaillit une doctrine pure doit être pure ; que le siège de l'enseignement divin, l'oracle de la foi, doit être l'habitation des anges ; que la demeure consacrée où s'élabore la parole de Dieu et d'où elle sort pour opérer le salut des hommes, doit être sainte comme cette parole est sainte. Vous voyez ici la diflërence entre l'office de prophète et un simple don tel que celui des miracles. Les miracles sont une œuvre directe de Dieu; celui qui les fait n'est que l'instrument ou l'organe de Dieu. En conséquence , il n'est pas nécessaire que cet homme soit saint, car il n'a pas , à proprement parler, de part à l'œuvre qu'il exécute. De même, le pouvoir d'administrer les sacrements , qui est un pouvoir surnaturel et miraculeux , n'implique aucunement la sainteté personnelle , et il n'est point surprenant que Dieu accorde ce don ou celui des miracles à un méchant, pas plus qu'il n'est étonnant qu'il lui accorde un don ou un talent naturel , tel que la force , l'agilité, l'éloquence, la sagacité médicale. Il n'en est pas de même du ministère de prédication et de prophétie, dont j'ai déjà parlé ; car la vérité se révèle d'abord à l'esprit de ceux qui exercent ces dons; elle s'y mûrit et s'y développe ; ensuite elle en sort comme d'un moule ou d'une source pour se répandre dans le monde. La pa-
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rôle divine s'engendre en eux comme dans le sein maternel; elle leur ressemble par les traits, et les rappelle comme le ferait un enfant. Us ne sont pas comme tt l'animal muet » que montait Balaam , et qui « parlait avec une voix d'homme, » simple instrument involontaire de la parole de Dieu ; mais ils ont « reçu une onction du Très-Saint et ils savent toutes choses, » et n où est l'esprit du Seigneur, là est la liberté. » En proclamant ce qu'ils ont appris par inspiration , ils expriment ce qu'ils sentent et ce qu'ils savent. « Nous avons connu et nous avons cru y » dit saint Jean, a la charité que Dieu a pour nous. »
Il en a été ainsi dans tonte l'histoire de l'Eglise. Moïse n'écrit pas comme David; Isaïe n'écrit pas comme Jérémie, ni saint Jean comme saint Paul. Cette remarque s'applique pareillement aux grands docteurs de l'Eglise, à saint Athanase, à saint Augustin, à saint Ambroise, à saint Léon , à saint Thomas; chacun de ces Pères a une manière à part; chacun exprime ses propres pensées , quoiqu'en même temps il exprime les pensées de Dieu. Ils parlent de leur propre mouvement, du fond du cœur, en leur nom, d'après leur propre expérience, avec leurs propres raisons, avec leurs déductions et leur style particulier. Or, peut-on admettre, mes frères, que de tels hommes, de pareils sentiments, ne fussent pas saints? Admettre cela , ne serait-ce pas déshonorer et conséquemment annuler la parole de Dieu ? S'il suffit d'une goutte de poison pour corrompre l'eau la plus pure , comme il suffit de la moindre saveur amère pour gâter les mets les plus
délicats, comment la parole de vérité et de sainteté découlerait-elle efficacement d'une bouche impure et d'un cœur terrestre? Non; tel arbre, tel fruit. « Gardez-vous des faux prophètes, » dit Notre-Seigneur ; et il ajoute : a Vous les connaîtrez à leurs fruits. Les hommes cueillent-ils des raisins sur les épines ou des figues sur les chardons? » i^ i
Cela n'est-il pas vrai , mes frères? Lequel d'entre vous irait demander conseil à un homme, quelque savant, expérimenté et capable qu'il fût, s'il était connu comme un homme pervers et impie? Vous savez que l'absolution donnée par un mauvais prêtre est aussi valide que celle qui est donnée par un bon prêtre; cependant, vous irez plutôt chercher des conseils, des consolations et des enseignements auprès d'un bon prêtre qu'auprès de celui que vous ne respectez pas. a La bouche parle de l'abondance du cœur. » « Un homme bon tire de bonnes choses du bon trésor de son cœur, et un homme pervers en tire de mauvaises de son mauvais trésor. »
Il en est ainsi pour l'âme ; il en est ainsi pour le corps. De même que le produit de la sainteté est saint dans les naissances spirituelles, il l'est aussi dans le cas qui nous occupe. Marie ne fut pas un simple instrument de la dispensation de Dieu ; le Verbe de Dieu nd se borna pas à venir et à s'en aller; il ne se borna pas à passer par son sein, connue il passe par notre bouche dans la sainte communion. Le Fils Eternel ne prit pas un corps céleste façonné par les anges et apporté par eux dans ce bas monde ; non, il assimila le sang et la
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chair de Marie à sa personne divine ; c'est par elle qu'il devint homme, c'est d'elle qu'il reçut la forme et les traits, l'air et le caractère sous lesquels il se manifesta au monde. Sa ressemblance montrait de qui il était fils. Ainsi sa mère est le premier des prophètes , car c'est d'elle que sortit corporellement le Verbe; elle est le seul oracle de vérité, car la Voie, la Vérité et la Vie daignèrent la choisir pour mère; elle est le seul moule de la Sagesse divine, qui prit en elle sa forme indélébile. 11 ne faut donc pas douter que « si les prémices sont saintes , la masse l'est aussi ; et si la racine est sainte, les branches le sont aussi. » 11 était naturel , il était convenable qu'il en fût ainsi ; il était juste que tout ce que le Tout-Puissant peut faire dans la personne de l'être fini se réalisât en elle. Il fallait que , le fils étant Dieu, la mère fût aussi digne de lui qu'une créature peut l'être du Créateur; que la grâce accomplît en elle u une œuvre parfaite; » que, portant dans son sein la Sagesse éternelle, elle fût cette sagesse créée dans laquelle réside « toute la grâce de la voie et de la vérité ; » qu'étant la mère du « bel amour, de la crainte et de la sainte espérance, » « elle répandît une odeur de cinnamome et de baume , et un parfum comme la myrrhe franche. » Peut-on assigner des limites à la sainteté de la Mère de Celui qui est trois fois saint?
L'Eglise a toujours chéri, dans le fond de son cœur, et ses enfants ont toujours proclamé avec empressement cette vérité , qu'on ne peut assigner d'autres limites que celles de la nature créée à la sainteté de
Marie. Abraham cnit qu'un fils naîtrait de sa femme âgée ; mais Marie eut plus de foi qu'Abraham, lorsque Gabriel vint lui annoncer la volonté de Dieu. Judith consacra son veuvage à Dieu, au grand étonnemenlde son peuple ; mais Marie offrit dès sa plus tendre enfance sa virginité au Seigneur. Samuel passa ses premières années dans le temple, se tenant éloigné du monde; mais Marie fut logée par ses parents dans le sanctuaire, à un âge où les enfants savent à peine distinguer le bien du mal. Salomon , à sa naissance, fut appelé « cher au Seigneur; » or comment celle qui devait être la Mère de Dieu n'aurait-elle pas été chère au Seigneur dès le jour de sa naissance? Mais il y a plus : saint Jean-Baptiste fut sanctifié par l'Esprit saint avant sa naissance; or, Marie ne sera-t-elle que l'égale du Précurseur? N'est-il pas convenable que ses privilèges surpassent ceux de saint Jean? Est-il étonnant que la grâce qui précéda sa naissance de trois mois, commence chez Marie au moment même de son existence, l'exempte du péché originel , et soit en avance sur l'usurpation de Satan? Marie doit surpasser tous les saints ; le fait même que certains privilèges leur ont été accordés nous prouve immédiatement que de toute nécessité elle a eu les mêmes privilèges et de plus grands encore. Sa conception fut inmiaculée, afin qu'elle pût surpasser tous les saints par la date aussi bien que par la perfection de sa sainteté.
Mais, quelque incompréhensible et quelque grande qu'ait été la grâce qui lui fut accordée, n'allez pas croire, mes frères, que cette grâce la dispensait de
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tout effort personnel. Elle était, comme nous, soumise à une épreuve ; elle grandit en grâce de la même manière que nous, et comme nous elle mérita cet accroissement. C'est une autre considération qui nous mène à la conséquence que je viens de tirer : Marie n'était pas, comme les œuvres inanimées du Créateur, belle et glorieuse par quelque loi de sa nature ; car elle finit, mais elle ne commença pas par être toute parfaite. Elle reçut une première grâce, puis une autre, et elle mérita celle-ci par le bon usage qu'elle fit de la première. Elle était entièrement un agent moral comme les autres; elle marcha, comme les saints, de vertu en vertu, d'élévation en élévation, de sorte que à l'âge de cinq ans, elle méritait ce qu'elle ne méritait pas encore à sa naissance, et à l'âge de treize ans ce qu'elle ne méritait pas à l'âge de cinq. Or, mes frères, de quoi fut-elle jugée digne à treize ans? Qu'est-ce que Dieu jugea à propos d'accorder à cette pauvre fille, à un âge où la plupart des autres enfants n'ont encore commencé à penser ni à Dieu, ni à euxmêmes, ni à faire le moindre usage de la grâce qu'il leur accorde à un âge où bien des saints sont encore plongés dans le pesant sommeil du péché, et où, loin de mériter les bienfaits, ils ne méritent que les châtiments de leur juste juge? C'est la sainteté dont elle était ornée à cet âge qui lui mérita d'être élevée à la dignité de Mère de Dieu. Il n'y a assurément aucune proportion entre la nature de l'homme et les récompenses de Dieu ; il nous permet de mériter ce que nous ne pouvons réclamer que de sa bonté. Il nous promet
le ciel pour nos bonnes œuvres en cette vie, et, à la faveur de cette promesse, nous pouvons nous regarder comme tout à fait dignes du ciel, quoique le ciel soit un bien infini, et que nous soyons des créatures finies. Quand donc je dis que Marie méritait d'être la Mère de Dieu, je fais allusion à ce qu'il était naturel et convenable que Dieu, en sa qualité de Dieu, accordât à la perfection plus qu'angélique obtenue par Marie avec la grâce du Seigneur. Je ne veux pas dire qu'elle pût réclamer, pas plus qu'elle n'espérait la récompense qu'elle reçut; mais, ceci une fois concédé, considérez combien dut être souveraine et transcendante une sainteté que Dieu daigna récompenser par une pareille prérogative. Enoch fut retiré d'entre les méchants, et c'est pourquoi nous disons : Voilà un homme juste qui était trop bon pour le monde. Noé fut sauvé du déluge et en sauva d'autres, et c'est sa justice qui lui mérita cette faveur. Combien était forte la foi d'Abraham, puisqu'elle lui valut le titre d'ami de Dieu ! Combien était grand le zèle des lévites, puisqu'il leur mérita d'être la tribu sacerdotale ! Combien était ardent l'amour de David, puisque, par égard pour lui, son fils ne fut pas détrôné après sa chute dans l'idolâtrie! Combien était grande l'innocence de Daniel, puisqu'il lui fut révélé dans cette vie qu'il persévérerait jusqu'à la fin! Quelle {'lait donc la foi, quel étaitle zèle, quel était l'amour, quelle était l'innocence de Marie, puisque ces vertus la préparèrent, après un si court inter\allc, à être la Mère de Dieu ! Vous voyez par là, mes frères, que les gloires de
Marie ne sont pas uniqiicnient basées sur sa maternité; sa maternité n'en est que la récompense. Si elle n'avait pas été « pleine de grâce, » selon l'expression de l'Ange; si elle n'avait pas été prédestinée à être la reine des saints; si elle n'avait pas eu plus de mérites que tous les hommes et tous les anges ensemble, elle n'aurait pas pu être convenablement élevée à son ineffable dignité de Mère de Dieu. La fête de l'Annonciation, où Gabriel lui apparut; la fête de Noël, où le Christ naquit, sont le centre et non le cercle de ses gloires ; elles forment le zénith de sa carrière, la mesure de son commencement et de sa fm. Ces fêtes reportent nos pensées à la fête de sa Conception et ensuite à celle de l'Assomption ; elles nous rappellent combien le lever de cet astre divin fut pur, et nous donnent un avant-goût de la beauté de son couchant.
Mes chers frères, je ne voudrais pas, dans ce moment heureux, vous fatiguer par de lourds arguments; et cependant, permettez-moi de finir comme j'ai commencé. Je serai bref; mais veuillez me pardonner si je considère la brillante Assomption de la sainte Vierge plutôt comme un point de doctrine que comme un motif de dévotion ; c'est ainsi que j'ai déjà considéré sa pureté immaculée.
Il était juste, il était convenable que la sainte Vierge, dont l'existence avait été si remplie de sainteté et de miracles, fût élevée au ciel et ne fût pas laissée dans le tombeau jusqu'au second avènement de Jésus-Christ. Toutes les œuvres de Dieu offrent une magnifique harmonie ; leur fm répond toujours à leur commence-
ment. C'est là ce qui fait la difficulté que les incrédules ont à croire le moins du monde aux miracles. Ils trouvent que les miracles intervertissent Tordre que Dieu a établi et troublent Tharmonie générale du monde; ils ne comprennent point que les miracles sont subordonnés à une harmonie encore plus élevée, et constituent une perfection surnaturelle. En tout cas, mes frères , quand un miracle a été. opéré , il faut nécessairement que d'autres le suivent pour accomplir ce qui a été commencé. Les miracles se font pour une grande fin; si les choses reprenaient leur cours naturel avant l'achèvement de l'œuvre commencée miraculeusement, ne serions- nous pas cruellement trompés dans notre attente? Et si l'on nous annonçait que cela doit être, ne regarderions-nous pas cette nouvelle comme invraisemblable et difficile à croire? Cette vérité s'applique à l'histoire de la sainte Vierge. Je dis que si, après une vie telle que la sienne, sa mort avait été semblable à celle des autres hommes, c'aurait été un miracle plus étonnant que celui d'une mort analogue à sa vie. Comment admettre, mes frères, que Dieu ait laissé se décomposer dans un tombeau le corps d'où il daigna tirer sa chair et son sang, et qu'il ait si mal récompensé celle qui fut sa mère? Les enfants des hommes se montrent-ils ingrats envers leurs mères? ne les nourrissent-ils pas dans leur vieillesse? ne lâchent-ils pas de prolonger leurs jours autant que possible? Comment admettre que ce corps virginal, qui ne commit jamais de péché, dut subir la mort du pécheur? Comment supposer que celle qui n'eut aucune
part dans le péché d'Adam partagea la punition de ce péché? « Tu es poussière, et tu retourneras en poussière. » Telle fut la condamnation du péché ; mais celle qui ne pécha jamais ne fut pas soumise à cet arrêt. Elle mourut sans doute , parce que Notre-Seigneur et Sauveur était mort; elle mourut comme elle avait souffert, parce qu'elle était de ce monde, parce qu'elle faisait partie d'un monde où la souffrance et la mort sont la loi commune. Elle vécut sous l'empire de cette loi ; et comme elle avait obéi à César, en se rendant à Bethléem pour le recensement , elle obéit , quand il plut à Dieu , aux ordres de la mort, et son être se décomposa en corps et en àme, comme celui de tous les mortels. Mais si elle mourut de la mort des autres créatures, sa mort ne fut pas semblable à la leur ; car, par les mérites de son Fils, par qui elle était ce qu'elle était , par la grâce de Jésus-Christ, qui la mit à l'abri du péché , qui la remplit de lumière , qui purifia sa chair de toute souillure, elle fut exemptée de toutes les maladies du corps et de toutes les infirmités de la vieillesse. Le péché originel, n'existant pas en elle, ne put altérer son corps et le décomposer par l'affaiblissement des sens , par l'épuisement des forces , par l'appauvrissement du sang. Marie mourut , mais sa mort ne fut qu'un simple fait et non un effet, et, une fois accompli , il cessa d'être. Elle mourut afin de vivre à jamais; elle mourut pour la forme, et uniquement afin de payer sa dette à la nature, comme on le dit ; ce fut pour elle une cérémonie comme le baptême ou la confirmation ; elle mourut, non pas pour elle-même
OU à cause du péché, mais pour se soumettre à sa condition , pour glorifier Dieu , pour faire ce que faisait son Fils ; elle ne mourut pas cependant , comme son Fils, au milieu des souffrances et pour un but particulier ; elle ne mourut pas de la mort des martyrs , car son martyre avait précédé sa fin ; sa mort ne fut pas une expiation , car la créature ne pouvait en donner ; l'expiation avait été offerte par celui qui pouvait l'offrir, et il l'avait offerte pour tous les hommes; elle mourut donc pour achever sa carrière et pour recevoir sa couronne.
C'est pour cela que Marie ne mourut pas en public. Il convenait à celui qui mourut pour le monde entier de rendre le dernier soupir exposé aux yeux de tous ; il convenait à la grande victime d'être élevée bien haut comme une lumière qui ne pouvait être cachée. Mais le Lis d'Eden , qui avait vécu loin des regards de la foule , devait expirer dans l'ombre des bocages , parmi ces douces fleurs qui avaient été témoins de sa naissance. Son départ ne fit point de bruit dans le monde. L'Eglise remplissait ses devoirs ordinaires ; elle prêchait, convertissait et souffrait; les fidèles étaient persécutés ; ils fuyaient d'un lieu à l'autre ; il y avait des martyrs; la foi remportait des victoires; et enfin , le bruit se répandit dans la chrétienté que Marie était morte. Des pèlerins allèrent de divers côtés cherchant ses reliques ; mais ils ne les trouvèrent point. Etaitelle morte à Ephèse? Était-elle morte à Jérusalem? Des rapports différents circulaient à ce sujet ; mais on ne put découvrir son tombeau ; et si on le trouva, il était
ouvert et contenait des lis qui avaient crû aux endroits que son corps pur et parfumé avait touchés. Les voyageurs retournèrent chez eux étonnés, et attendirent des éclaircissements. La tradition , portée sur les ailes du vent d'Orient , ne tarda pas à leur apprendre que, lorsque le moment de la dissohition fut proche , et que l'âme de Marie fut près de passer triomphante devant le tribunal de son Fils, les Apôtres s'assemblèrent tout à coup dans le même lieu , dans la cité sainte , pour prendre part à la joyeuse cérémonie ; ils ensevelirent la Vierge avec les solennités d'usage ; mais le troisième jour, comme ils vinrent au tombeau, ils le trouvèrent vide et ils entendirent les chœurs des anges qui chantaient nuit et jour les louanges de leur reine ressuscitée. Quel que soit notre sentiment sur les détails de cette histoire, qui ne présente d'ailleurs rien que la piété ait de la difficulté à admettre , il est hors de doute , par suite de l'assentiment du monde catholique tout entier et des révélations faites aux âmes baintes , que la Vierge est, comme il convenait qu'elle fût, en corps et en âme avec son Fils et son Dieu dans le ciel , et que nous devons célébrer, non-seulement sa mort, mais son Assomption.
Or, mes frères, voyons ce que nous devrions être si Marie fut telle que je viens de vous la montrer. S'il était convenable que la Mère d'Emmanuel fût la première des créatures en sainteté et en beauté ; s'il convenait qu'elle fût exempte de tout péché dès le premier moment de son existence, et qu'elle commençât, dès qu'elle reçut sa première grâce, à en mériter
davantage; si sa fin fut telle qu'avait été son commencement, si sa conception fut immaculée et sa mort une assomption, si elle mourut, mais si elle ressuscita et fut enlevée au ciel , n'est-il pas convenable que les enfants d'une telle mère imitent, dans la mesure de leurs forces , sa dévotion , sa douceur, sa simplicité, sa modestie et sa bonté? Ses gloires ne lui ont pas été données seulement pour son fils , mais aussi pour nous. Imitons la foi de celle qui accueillit le message de Dieu sans témoigner le moindre doute ; imitons la patience de celle qui vit la surprise de saint Joseph sans dire mot; imitons l'obéissance de celle qui se rendit à Bethléem en hiver, et qui enfanta Notre-Seigneur dans une étable ; imitons l'esprit méditatif de celle qui examina en son cœur ce qu'elle voyait et ce qu'elle entendait dire de Jésus-Christ; imitons le courage de celle dont le cœur fut transpercé par le glaive ; imitons l'abnégation de celle qui renonça à son fils pendant son ministère, et qui consentit à sa mort.
Imitons , par-dessus tout , la pureté de cette vierge qui , plutôt que de renoncer à sa virginité, aima mieux renoncer à la maternité divine. 0 mes chers frères, jeunes hommes et jeunes femmes , que vous avez besoin de l'intercession de la Vierge-Mère , de son secours et de ses exemples sous ce rapport ! Si vous vivez dans le monde , qui est-ce qui vous fera avancer dans la voie étroite, si ce n'est la pensée et le patronage de Marie? Qui calmera vos sens, qui tranquillisera votre cœur, quand des objets dangereux vous
environnent, si ce n'est Marie? Quand vous êtes las de vos longues luttes avec le mal , de la nécessité incessante des précautions à prendre contre lui, de l'ennui de les observer, de la monotonie de leur répétition , des efforts que vous faites sur vous-mêmes, de votre situation morale si triste et si dure, où puiserez-vous la patience et le courage , si ce n'est dans une communion avec Marie? Elle vous consolera dans vos découragements ; elle vous soulagera dans vos fatigues ; elle vous relèvera après vos chutes ; elle vous récompensera de vos succès ; elle vous montrera son fils , votre Dieu et votre tout. Quand votre esprit s'affaisse ou s'irrite , quand il perd son équilibre, quand il est inquiet et bizarre, quand il est las de ce qu'il possède et qu'il soupire après ce qu'il n'a pas j quand le mal attire vos regards et que votre corps mortel est ébranlé par les efforts du tentateur, qu'est-ce qui peut vous rendre la paix et la santé , si ce n'est le souffle rafraîchissant de l'immaculée et le parfum de la rose de Saron? C'est une des gloires de la religion catholique de rendre les jeunes cœurs chastes; or, 'd'où vient cela , si ce n'est de ce qu'elle nous donne Jésus pour nourriture et Marie pour mère nourrice ? Accomplissez ce miracle en vous-mêmes; prouvez au monde que la loi que vous suivez n'est pas fausse; vengez la gloire de votre mère Marie, que le monde blasphème; vengez-la par la simplicité de votre conduite , par. la sainteté de vos paroles et de vos actes; adressez-vous à elle pour obtenir l'innocence qui ravit le cœur du roi. Marie est un talisman merveilleux
du Seigneur, qui dissipe les fascinations du monde pervers; Marie est une protectrice qu'on n'implore jamais en vain. « Elle est plus précieuse que toutes les richesses , et toutes les choses que l'on désire ne peuvent se comparer à elle. Ses voies sont splendides, tous ses sentiers sont pacifiques. Elle est comme un arbre de vie pour ceux qui s'attachent à elle, et celui qui ne s'éloigne pas d'elle est béni. Semblable à la vigne , elle exhale une odeur suave, et ses fleurs sont le produit de l'honneur et de la vertu ; son esprit est plus doux que le miel, et son héritage est plus doux que les rayons de miel. Ceux qui les mangent seront encore affamés, et ceux qui les boivent seront encore altérés. Quiconque l'écoute ne sera pas confondu , et ceux qui travaillent par elle ne pécheront pas. »