‹ Conferences adressees aux protestants et aux catholiques par le r.p. JohnHenry NewmanChapitre 15 sur 68 · LES HOMMES NE SONT PAS DES ANGES. — LE PRÊTRE · texte numérisé non relu

LES HOMMES NE SONT PAS DES ANGES. — LE PRÊTRE

de l'évangile.

Quand Jésus-Christ, le grand prophète, le grand prédicateur), le grand missionnaire , est venu en ce monde , il y es! venu de la manière la plus sainte , la plus auguste et la plus glorieuse. Quoiqu’il soit venu sur la terre dans Fhumiliation et pour souffrir, quoiqu’il ait vu le jour dans une étableet qu’il ait été couché dans une crèche , il est né du sein d’une mère immaculée, et, sous la forme d’un enfant, il brillait d’une lumière céleste. La sainteté a marqué chaque trait de son caractère et chaque circonstance de sa mission. L’ange Gabriel a annoncé son incarnation ; une vierge l’a conçu , une vierge l’a porté dans son sein , une vierge l’a allaité. Son père nourricier fut le pur et saint homme Joseph ; les anges ont procla;né sa naissance; une étoile lumineuse en répandit la nouvelle

parmi les Gentils. L’austère saint Jean-Baptiste marcha devant sa face , et une foule de pénitents confessèrent leurs péchés , et, couverts de vêtements blancs et radieux de grâce, le suivirent partout où il alla. De même que , dans le ciel , le soleil briHe à travers les nuages et se trouve ensuite réfléchi dans le paysage , ainsi , quand l’éternel soleil de justice se leva sur la terre, il changea la nuit.en jour, et son éclat fit briller toutes choses.

Il vint et s’en alla. Mais comme il était venu pour introduire dans le monde une nouvelle et dernière alliance de grâce , il laissa à sa-place , derrière lui, des apôtres , des maîtres , des missionnaires. — Bien alors, direz-vous, mes frères, puisque tout, à la venue de Jésus , était si glorieux autour de lui , ses serviteurs, ses représentants , ses ministres doivent , en son absence , être tels qu’il fut lui-même. Comme il fut sans péché , ils doivent être sans péché ; comme il était le Fils de Dieu, ils doivent au moins être des anges. Voüs direz que des anges seuls peuvent être choisis pour cette charge élevée ; que des anges seuls sont dignes de prêcher la naissance , les souffrances, la mort d’un Dieu.

Vous ajouterez , mes frères , que ces anges pourraient avoir à cacher leur éclat comme leur Seigneur et leur maître s’était déguisé avant eux ; qu’ils pourraient se présenter, comme sous l’ancienne loi, avec la forme humaine ; malgré cela, ils ne pourraient être des Sommes, s’ils devaient être les prédicateurs de l’Évangile éternel et les dispensateurs de ses mystères. S’ils

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doivent sacriiier comme Notre-Seigneur a sacrifié; s’ils doivent continuer, renouveler, appliquer le sacrifice même qu’il a offert , prendre dans leurs mains la victime, qui est Jésus-Christ lui-même, lier et délier, bénir et excommunier, recevoir les confessions de son peuple et donner à ses enfants l’absolution de leurs péchés, leur enseiguer la voie de la vérité et les guider dans le sentier de la paix ; s’ils doivent , dis-je , faire ces choses , qui est capable de les accomplir, si ce n’est un habitant de ces royaumes à jamais bénis , dont le Seigneur est la lumière toujours radieuse ?

Et cependant, mes frères , il arrive qu’il a délégué , pour remplir le ministère de réconciliation , non des anges , mais des hommes ; pour vous prêcher, il vous a envoyé vos frères, non des êtres d’une nature inconnue et d’un sang étranger, mais formés de vos os et de votre chair. « Hommes de Galilée, pourquoi regardezvous fixement vers le ciel? » — Tel est le style, le ton sur lequel les anges parlent aux hommes, même quand ceux-ci sont des apôtres; c’est le ton de ceux qui, n’ayant jamais péché , parlent de la hauteur de leur perfection aux hommes qui ont commis des fautes. Mais tel n’est pas le langage de ceux que Jésus-Christ a envoyés, car ce sont vos frères qu’il a choisis, et personne autre ; ils sont fils d’Adam, fils de votre nature, les mêmes que vous en nature, et en différant seulement par la grâce. Ils.sont hommes comme vous, exposés aux tentations, aux mêmes combats intérieurs et extérieurs. Ils ont, comme vous, le monde, la chair et le démon pour ennemis mortels. Ils ont le même cœur

humain et capricieux:, différant seulement du TÔtre en ce que la grâce de Dieu l’a changé et le gouverne. Les choses sont ainsi : ce ne sont pas des ahges' venus du ciel qui vous parlent , mais des hommes que la grâce, que la grâce seule rend différents de vous. Ecoutez l’Apôtre. Quand les Lycaoniens, voyant le miracle qu’il venait d’opérer, voulaient lui offrir des sacrifices, à lui et à saint Barnabé , des sacrifices comme à des dieitx , il se précipita au milieu d’eux et s’écria : « O mes amis ! que voulez-vous faire? Nous ne sommes que des hommes comme vous ; » ou , suivant l’expression plus énergique du grec; « Nous avons les mêmes infirmités que vous. » 11 dit encore, en écrivant aux Corinthiens : « Nous ne nous prêchons pas nousmêmes, mais nous prêchons Jésus-Christ iVotre-Seigheur ; et, quant à nous, nous nous regardons comme vos serviteurs pour Jésus, parce que le même Dieu qui a commandé que la lumière sortît des ténèbres est celui qui a fait luire sa clarté dans nos cœurs, afin que nous puissions éclairer les autres par la connaissance de la gloire de Dieu, selon qu’elle paraît èn Jésus- Christ. Or, nous portons ce trésor dans des vases de terre. » Et plus loin , if dit de lui-même : « De peur que la grandeur de mes révélations ne- me causât de P élèvement, Dieu a permis que je ressentisse dans ma chair un aiguillon qui est l’ange et le' ministre de Satan, afin que je ne m’élève point. » Tels sont, mes frères, vos ministres, vos prédicateurs, vos prêtres. Ils ne sont ni des anges ni des saints , quoiqu’ils ne soient pas à comparer aux pécheurs d’habitude; mais

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des hommes qui eussent été pécheurs , si la grâce de Dieu n était venue à leur aide , et qui, quoique, par la miséricorde de Dieu, en voie d’être des saints dans l'autre monde , vivent néanmoins ici-bas au milieu des infirmités, des tentations, et n’ont d’espoir de persévérer jusqu’à la fin qu’en la grâce de Dieu, qu’ils n’ont pas méritée.

Quelle étrange, quelle frappante anomalid! Tout est parfait, céleste, glorieux dans la nouvelle alliance que Dieu nous a apportée , excepté la personne de ses ministres. Lui, trois fois saint, trois fois haut, habite sur nos autels en une lumière inaccessible , et les anges y sont prosternés devant lui. Il choisit, parmi les substances et les formes visibles , ce qu’il y a de plus pur pour le représenter et le contenir. La plus belle fleur de farine et le vin du premier choix sont pris comme les symboles extérieurs de sa présence ; les mots les plus sacrés et les plus solennels sont employés dans la çérémonie du sacrifice. L’autel et le sanctuaire sont ornés avec décence ou splendeur, suivant que nos moyens le permettent. Le prêtre remplit son ministère vêtu d’ornements convenables , élevant vers le ciel un cœur chaste et des mains saintes. Et cependant ce même prêtre , ainsi distingué des antres hommes , ainsi consacré, est, avçc sa, ceinture de célibat et son manipule de douleur, fils d’Adam , fils de pécheurs , enfant d’une nature déchue qu’il n’a pas perdue , bien qu’elle ait été régénérée par la grâce. Cela est si vrai que c’est presque donner la définition du prêtre, que de dire qu’il a à offrir le sacrifice pour ses propres pé-

chés. « Car tout poutife, dit l’Apôtre, étant pris d’entre les hommes , est établi pour les hommes , en ce qui regarde le culte de Dieu, afin qu’il offre des dons et des sacrifices pour les péchés , et qu’il puisse être touché d’une juste compassion pour ceux qui pèchent par ignorance et par erreur, comme étant lui-même environné de faiblesse. Et c’est ce qui l’oblige à offrir le sacrifice de l’expiation des péchés aussi bien pour lui-même que pour le peuple. » C’est pourquoi , dans le saint sacrifice de la messe , quand le prêtre offre l’hostie avant la consécration, il prononce ces paroles : Suscipe, sancte Pater f omnipotem, œterne Deus. « Recevez, ô Père saint, Dieu éternel et tout-puissant, cette hostie sans tache que j’offre, moi qui suis votre serviteur indigne , à vous qui êtes mon Dieu vivant et véritable , pour mes péchés , mes offenses et mes négligences qui sont sans nombre , pour tous les assistants , et pour tous les fidèles chrétiens vivants et morts , afin qu’elle profite à eux et à moi pour le salut et la vie éternelle. »

Cette loi paraît très-étcange en soi, mes chers frères; mais elle cesse de l’être dès que l’on considère que c’est l’ordre établi par un Dieu plein de miséricorde. Elle n’est pas étrange en Jésus , puisque l’Apôtre en donne la raison dans le passage que je viens de citer. Les prêtres de la nouvellè loi- sont hommes, afin « qu’ils puissent être touchés d’une juste compassion pour ceux qui pèchent par ignorance et par erreur, comme étant eux-mêmes environnés de faiblesse. » Si vous aviez eu des anges pour prêtres , ils n’auraient

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pu s’affliger de vos peines, sympathiser avec vous, être touchés de compassion pour vous, avoir pour vous des tendresses et des indulgences comme nous -mêmes le pouvons. Ils n’auraie'nt pu être vos modèles , vos guides , et vous conduire , de l’état de péché à une vie nouvelle , comme ces prêtres sortis du miliei4 de vous , qui eux-mêmes ont été guidés comme vous devez l’être à votre tour, qui peuvent tenir compte de vos peines, qui ont eu, sinon l’expérience de vos péchés, au moins celle de vos tentations, qui connaissent les emportements de la chair et les ruses' du démon, même lorsque, différant de vous en cela , ils ont déjoué ces ruses ; comme ces prêtres disposés , dis-je , à Taire la part de votre faiblesse et à être indulgents; qui peuvent vous donner les conseils les plus pratiques et vous avertir à propos et avec prudence des dangers que vous courez. Pour ces motifs , il vous a envoyé des hommes pour ministres de réconciliation et d’intercession. Lui-même , quoiqu’il ne pût pécher, a pris néanmoins dans sa propre personne, en se- faisant homme, autant qu’il était possible à un Dieu , le fardeau et l’épreuve des infirmités humaines. 11 ne pouvait pas être pécheur, mais il pouvait être homme; il prit donc un cœur d’homme, afin que nous puissions lui ouvrir nos cœurs , et il « a éprouvé comme nous toutes sortes de tentations , sans être néanmoins sujet au péché. »

Mes frères , pesez bien cette vérité , et qu’elle soit votre consolation. Parmi les prédicateurs , parmi les prêtres de l’Évangile , il y a eu des apôtres , des martyrs , des docteurs ; il y a eu parmi eux des saints en

nombre considérable ! eh bien ' de ce nombre , quelque élevée qu’ait été leur sainteté, quelque variées qu’aient été leurs grâces , quelque prodigieuse qu’ait été leur puissance , il n’en est pas un qui n’ait commencé avec le vieil Adam , pas un qui n’ait été taillé du même roc que le plus endurci des reprouvés. Il n’en est pas un qui n’ait été façonné, à l’honneur du monde , avec la même argile qui a servi à former les plus dépravés et les plus vils des pécheurs ; pas un qui ne fût, par nature, frère de ces pauvres âmes qui ont commencé une société éternelle avec les démons, et qui brûlent en enfer.. La grâce a vaincu la nature : telle est l’histoire des saints. Pensée salutaire pour ceux qui sont tentés de s’enorgueillir de ce qu’ils font et de ce qu’ils sont ; avertissement capable de remplir de crainte ceux qui reconnaissent avec'douleur au fond de leurs cœurs l’énorme différence qui existe entre eux et les saints ; nouvelle joyeuse pour les hommes qui , haïssant le péché et désirant se soustraire à son joug odieux, sont cependant tentés de croire cela impossible !

Allons, mes frères, examinons cette vérité de plus près, et gravons-la dans nos cœurs. Considérons d’abord que, depuis la chute d’Adam , aucun des enfants de sa postérité, à l’exception d’un seul, n’a encore été conçu sans péché. Il y a eu une seule exception ; quelle est-elle? Nous ne parlons pas de Notre-Seigneur Jésus , car il ne fut pas conçu d’un homme , mais du Saint- Esprit : il ne s’agit donc pas de Notrc- Seigueur ; mais je veux parler de la Vierge sa mère ,

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qui, quoique conçue de' père et de mère humains, comme les autres créatures, fut cependant préservée par avance de la condition commune à tout le genre humain , et en fait ne participa jamais à la transgression d’Adam. Elle a été conçue par les voies de la nature, comme les autres créatures; mais la grâce intervint, et, s’emparant de son âme avant le péché, elle la remplit dès le premier moment de son existence, de telle sorte que le démon i\e souffla pas sur elle, ne souilla pas l’œuvre de Dieu. Tota pulchra es, Maria; et macula originalis non est in te. Mais si nous laissons de côté la très-sainte mère de Dieu , toutes les autres créatures , les saints les plus glorieux , comme les pécheurs les plus endurcis et les plus odieux , je veux dire l’âme qui devint la plus glorieuse comme celle qui fut la plus diabolique, étaient nées l’une et' l’autre entachées du même péché originel; toutes deux étaient des enfants de colère ; toutes deux étaient incapables de gagner le eiel par la puissance qu’elles avaient reçue de la nature ; l’unô et l’autre avaient en perspective de mériter l’enfer. -

Ces deux âmes étaient nées dans le péché , y étaient demeurées , et celle qui fut sainte plus tard eût continué à y vivre , eût péché d'une manière épouvantable et se serait perdue sans le secours d’une influence surnaturelle et gratuite , qui fit pour elle ce qu’elle-môme eût été incapable d'accomplir. Le pauvre enfant destiné à être héritier de la gloire éternelle repose dans le sein de sa mère, faible, maladif, chagrin, capricieux et misérable : c’est l’enfaut de la douleur; il est sans

espérance et sans assistance divine. Il reste ainsi plongé dans une nuit longue et accablante jusqu’à sa naissance ; et enfin , quand il ouvre les yeux et aperçoit la lumière, il recule et pleure de l’avoir vue. Mais Dieu, du haut des cieux , entend ses cris dans cette vallée de larmes , et il commence à lui prodiguer cette suite de miséricordes qui l’ont conduit de la terre aux cieux. Il envoie son prêtre pour lui administrer le premier sacrement et le baptiser par sa grâce. Alors s’opère en lui un grand changement;, car, au lieu de continuer à être l’esclave de Satan , il devient aussitôt l’enfant de Dieu. S’il était mort en cet instant , avant d’atteindre l’âge de raison , il eût été sans aucun délai'conduit au ciel par les anges et admis à jouir de la présence de Dieu. Mais l’enfant n’est pas mort; il est arrivé à l’âge de raison , et , oscTiops-nous dire , quoiqu’il çn soit ainsi dans quelques cas isolés dont nous devons bénir le Tout-Puissant, oserions-nous dire qu’il n’a pas mésusé du grqnd talent qui lui a été donné, qu’il n’a pas profané la grâce qui habitait en lui, qu’il n’a pas commis de péché mortel? Dans certains cas, Dieu en soit loué! nous osons l’affirmer ; c’est ce qui semble être arrivé à mon cher père , saint Philippe de Néri , qui conserva certainemeht la pureté de sa robe baptismale depuis le jour où il en'fut revêtu. 11 ne perdit jamais son état de grâce depuis le jour où il l’obtint. Il avança, de vertu en vertu, de mérite en mérite, et de gloire en gloire, à travers le cours de sa longue vie, jusqu’à quatre-vingts ans , âge où il fut appelé à rend Ve son compte à Dieu. U partit avec joie , traversa le purga-

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toire sans ressentir aucune atteinte de ses flammes , et arriva tout droit au ciel. •

Telles ont été quelquefois les voies de la grâce de Dieu avec les âmes, de ses élps ; mais généralement, comme s’il eût voulu les associer plus intimement à leurs frères et faire de la plénitude de ses faveurs pour eux une raison d’espérance et d’encouragemenl pour le pécheur pénitent, les hommes qui sont arrivés à être des prodiges de saintété, des héros de l’Eglise, ont passé un certain temps de leur vie dans l’oubli volontaire de leur devoir, se sont jetés hors de la lumière de la face de Dieu , ont été les esclaves de telle ou telle faiblesse , de telle ou telle erreur, jusqu’à ce qu’enfin ils se soient relevés peu à peu ou subitement, et qu’ils aient regagné l’état de grâce, ou plutôt un état plus parfait que celui qu’ils avaient perdu. Telle fut sainte Madeleine, qui avait mené une vie honteuse , à tel point» que, suivant les idées religieuses de son temps, on regardait comme une souillure d’être touché par elle. Fortunée, au milieu des avantages de ce monde , jeune et passionnée , elle avait donné son coeur aux créatures avant que la grâce de Dieu ne prévalût en elle. Mais, après sa conversion elle coupa ses cheveux , mit de côté scs habits de fête, et il s’opéra en elle un changement si profond, que si vous l’aviez connue avant et après cette transformation, vous auriez cru avoir vu deux personnes distinctes et non une seule personne. Il ne restait dans Madeleine pénitente aucune trace de Madeleine pécheresse, si ce n’est son cœur aimant, dont l’amour se portait alors vers le ciel

TROISIÈME CONFÈRENCE.

et Jésus-Christ. A part cela , ou ne retrouvait ni trace ni souvenir de cette vision brillante et séduisante, dans la modestie , la sérénité , la tenue grave et la voix si douce de celle qui alla chercher et trouver notre Sauveur dans le jardin.

L’histoire de saipte Madeleine est aussi celle de celui qui de publicain devint apôtre et évangéliste; qui, pour un vain lucre , ne se fit aucun scrupule d’entrer au service des Romains et d’opprimer le peuple auquel il appartenait. Les apôtres n’étaient pas formés d’une argile plus parfaite que les autres fils d’Adam ; leur nature animale eu faisait des hommes charnels et ignorants; livrés à eux-mêmes, ils auraient, comme les brute6, rampé et fixé leurs yeux sur la terre, et même se seraient nourris de terre , si la grâce de Dieu ne se fût emparée d’eux, ne les eût relevés sur leurs pieds et n’eût tourné leurs regards vers le ciel. Tel était le savant pharisien qui vint de nuit trouver Jésus. 11 était satisfait de sa positiôn , jaloux de sa renommée , plein de. confiance en sa raison ; mais le moment arriva où, alors même, que les disciples prenaient la fuite, seul il resta pour oindre le cadavre abandonné de celui qu’il avait été honteux de confesser de son vivant. Vous voyez que c’est la grâce de Dieu qui triompha dans Madeleine, dans Matthieu, dans Nicodème. La grâce céleste descendit sur la nature corrompue ; elle subjugua la chair dans la pécheresse , la cupidité dans le publicain , le respect humain dans le pharisien.

Laissez-moi vous parler d’une autre conquête célèbre de la grâce de Dieu dans un siècle postérieur, et vous

LE PRÊTRE UE I.’ÊVANGILE

verrez comment il lui plut de faire un confesseur, un saint, un docteur de son Église, en le tirant à la fois du péché et de l’hérésie. Il semble que ce ne fût pas assez que lo père des écoles d’Occident , l’auteur d’un millier d’ouvrages, le eontroversiste triomphant, le grand champion de la doctrine de la grâce, eût été autrefois un pauvre esclave de la chair, s’il n’était encore victime des erreurs de l’esprit. Celui qui , plus que tout -autre , devait exalter la grâce de Dieu , fut laissé plus que tout autre aussi à l’expérience de la fragilité de la nature. Le grand saint Augustin (je ne parle pas du saint missionnaire de ce nom qui vint en Angleterre et convertit nos ancêtres païens, mais du grand évêque d’Afrique qui porta ce nom), Augustin, dis-je, s.’inquiétail pen de son âme à une certaine époque; il ne se demandait pas comment on peut se laver du péché - y mais, au contraire, tant qu’il fut fort et jeune, il fut avide des jouissances de la chair et des plaisirs du monde. Il était ambitieux et. sensuel; il prononçait sur la vérité et l’erreur d’après son jugement privé et son caprice ; il méprisait l’Église catholique, parce qu’elle parlait trop de foi et de soumission ; il pensait faire de sa raison la mesure de toutes choses, et il embrassa en conséquence une secte très-répandue, qui axait des prétentions philosophiques, qui disait voir les choses en grand et qui s’efforçait de rectifier les idées vulgaires, entendant par là les notions catholiques sur Dieu , sur Jésus-Christ, sur le péché et sur les moyens d’arriver au ciel. Il resta quelques années dans cette secte ; mais ce qui lui fut enseigné dans son

fit)

sein ne le satisfit pas. Ces idées lui plurent quelque temps ; puis il ne tarda pas à s’apercevoir qu’il avait pris pour aliment des substances qui ne nourrissaient pas. Il eut faim et soif de quelque chose de plus substantiel; mais.il ne savait pas précisément ce que ce pourrait être. 11 se méprisait de se voir l’esclave de la chair ; il trouvait que sa' religion ne l’aidait pas à la dompter. 11 comprit qu’il n’avait pas trouvé la vérité, et s’écria : « Oh! qui me dira où la chercher? qui donc me conduira à elle ? »

Pourquoi n’entra-t-il pas de suite dans l’Eglise catholique? Je vous en ait dit la raison. 11 savait que la vérité n’était nulle part ailleurs; mais il n’était paS certain de la trouver dans l’Eglise catholique. Il pensait qu’il y avait, dans l’ensemble de ses doctrines, quelque chose de petit , d étroit, d’irrationnel; il manquait du don de la foi. Alors commença en lui une grande lutte : la lutte de la nature et de la grâce, de la nature et ses satellites, la chair et la fausse raison, contre la conscience et les. instances de l’Esprit divin le conduisant â des choses plus parfaites. Quoiqu’il fût en état de péché mortel et de perdition, Dieu cependant le visitait et lui faisait goûter les premiers fruits de ces influences qui devaient, au moment donné, le tirer de cet état. Le temps s’écoulait, et, en le considérant comme son ange gardien pouvait le faire, vous auriez vu, en dépit de sa grande perversité, de nombreuses luttes dont il sortait victorieux contre son adversaire toutpuissant, en dépit de son état de malédiction qui était le même qu’auparavant, vous auriez vu , dis-je,

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que néanmoins la grâce faisait son chemin dans son âme : il se rapprochait de l’Eglise. Lui-mâme n’en savait rien; il ne pouvait s’apercevoir du progrès; mais les anges de Dieu sentaient naître pour lui un intérêt des plus vifs, qui fut suivi d’une grande joie. Enfin , il se trouva en pays étranger à proximité d’un grand saint, et, tout en prétendant ne pas le reconnaître pour tel, son attention se porta vers lui; il ne put s’empêcher de se rendre dans les lieux sacrés, afin de le contempler à plaisir. Il commença à l’épier et à se livrer sur lui à mille conjectures ; il se demandait intérieurement s’il goûtait ou non le bonheur. 11 se rendi^ souvent à l’église pour entendre le saint prédicateur, et lui demanda une fois son avis sur le moyen de trouver.ce qu’il cherchait. C’est en ce moment qu’il eut à soutenir une lutte décisivq avec la chair. 11 était dur, bien dur, de renoncer aux péchés auxquels il s’était abandonné, durant de longues années ; il était bien dur de s’en séparer pour ne plus les retrouver jamais. Oh ! le péché était nhe chose si douce! Comment luj dire adieu pour toujours? Comment s’arracher à ses embrassements et entrer dans le chemin solitaire et aride qui conduit au ciel? Mais la grâce de Dieu fut beaucoup plus douce encore, ot, entraînant sa conviction à mesure qu’elle s’emparait de lui, elle finit par subjuguer sa raison et par en triompher. Ainsi celui qui , sans elle, eût vécu et fût mort en enfant de Sa-» tan, devint, sous sa merveilleuse influence, un ôlracle de sainteté et de vérité.

Ne pensez-vous pas, mes frères , qu’après avoir été

lui-même convaincu , il était plus propre qu’un autre à convaincre ses frères , et à prêcher la sainte doctrine qu’il avait méprisée ? Cela ne dit pas que le péché vaut mieux que l’obéissance aux lois de Dieu , ou que le pécheur est préférable à l’homme juste; mais ces exemples signifient que Dicü, dans sa miséricorde , se sert du péché contre le péché, qu’il tire du péché passé un avantage actuel ; qu’eu même temps qu’il en lave la culpabilité et qu’il en soumet la puissance, il en laisse au pécheur pénitent une connaissance qui le r,end capable, par l’expérience de ses ruses, de l’attaquer plus vigoureusement et de le frapper d’une manière plus efficace quand il le rencontre chez les autres. Ces exemples signifient que , tandis que Dieu peut , par sa grâce toute-puissante, rendre l’àine d’un pénitent aussi pure que si elle n’avait jamais péché, il lui laisse une tendresse et une compassion pour les autres pécheurs, une expérience sur la manière d’agir avec eux beaucoup plus grande, que s’il n’avait jamais péché. Et en outre, il nous montre, pour notre instruction et notre consolation , dans les exemples rares et spéciaux sur l’un desquels je viens d’appeler votre attention , ce qu’il peut faire , même pour les pécheurs les plus coupables, s’afs viennent sincèrement à lui pour obtenir leur pardon et leur guérison. On ne saurait assigner de limite à la bonté-et à la puissance de la grâce de Dieu. Eprouver de la douleur pour ses péchés et implorer la miséricorde divine, c’est déjà une sorte de gage donné à nos cœurs qu’il nous accordera les dons précieux que nous cherchons. 11 peut faire ce

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qu’il veut de l’àme humaine. Il est infiniment plus paissant que le malin esprit auquel le pécheur s’est vendu , et il peut le chasser de son âme. O mes chers frères ! quoique vos consciences portent témoignage contre vous, il peut les décharger de leurs crimes. Que vous ayez péché peu ou beaucoup , il peut vous rendre aussi purs à sa vue et aussi agréables à sa majesté que si vous lui aviez toujours été fidèles.. Il détruira par degrés vos habitudes de péché, et vous rendra en même temps ses faveurs. La puissance du sacreinept de la pénitence est telle que, plus ou moins lourde que soit la chargé de vos péchés, il vous en débarrassera. Il est aussi facile à Dieu de vous purifier de beaucoup de péchés que d’un petit nombre. Vous rappelez-vous avoir lu, dans l’Ancien Testament, la guérison de Naaman le Syrien par le prophète Elisée? Il était atteint de cette maladie affreuse et incurable appelée la lèpre, qui formait une sorte de croûte blanche sur la peau, rendait la personne hideuse et offrait le type de la laideur du péché. Le prophète lui ordonna de se baigner dans le Jourdain , et la maladie disparut. «Sa chair, dit l’écrivain sacré, devint comme celle d’un petit enfant. » Nous avons là un exemple, non-seulement de ce qu’est le- péché, mais encore de ce qu’est la grâce de Dieu. Elle peut défaire le passé ; elle peut accomplir ce qui nous paraît sans espoir. Il n’est pas de pécheur si abominable qui ne puisse devenir un saint; point de saint, si élevé en sainteté , qui n’ait -été ou n’ait pu être uu pécheur. La grâce dompte la nature , et la grâce seule a cette puissance.

Prenez sainte Agnès, par exemple, celte sainte enfant qui , à l’âge de treize ans , résolut de mourir plutôt que de renier sa foi , et qui , dans le séjour même des esprits malins où les païens la menèrent , se trouva enveloppée d’une atmosphère de pureté , et répandit autour d’elle une influence céleste. Considérez l’angélique Louis de Gonzague , dont ou ne peut pas dire avec certitude qu’il ait commis un seul péché véniel. Songez à sainte Agathe, à sainte Julienne, à sainte Rose , à saint Casimir, à saint Stanislas, saints pour qui une mauvaise pensée eût été pire que la mort. Eh bien ! mes frères, il n’est pas un de ces êtres angéliques qui, privé de la grâce de Dieu, n’eût pu être dégradé, offrir l’aspect d’une lèpre dégoûtante et devenir un objet de répulsion; il n’en est pas un qui n’eût pu mener ou plutôt qui n’eût mené la vie d’une créature abrutie , ne- fût mort de la mort d’un réprouvé, et- n’eût été plongé éternellement en enfer dans les bras du démon, si Dieu n’eût placé en lui un cœur et un esprit nouveaux , si Dieu ne l’eût rendu ce qu’il ne pouvait devenir par sa propre force.

Tous les hommes religieux , mes frères, ne sont pas des saints , toutes les âmes qui se convertissent ne deviennent pas saintes. Je ne vous promettrai pas — cela est vrai — que si vous venez à Dieu , vous parviendrez à ce degré de sainteté auquel les saints sont arrivés. Mais cependant je vous montre que les saints, par leur nature, ne sont pas meilleurs que vous; que les prêtrès laborieux qui ont la charge des fidèles ne sont pas, par leur nature , meilleurs que les hommes qu’ils travail-

LE PRÊTRE DE L’ÉVANGILE

lent à convertir, qu’ils s’efforcent de réformer. C’est par l’effet de la miséricorde spéciale de Dieu pour vous que nous , prêtres , sommes de la même nature .que vous ; c’est par considération et par commisération pour votre faiblesse qu’il nous a faits, nous vos frères , ses délégués et ses ministres de réconciliation.

C’est là ce que le monde ne peut pas comprendre. Non qu’il ne saisisse très-claireineut que la nature nous donne les mêmes passions qu’à lui ; mais ce qu’il ne voit pas, ce que son esprit étroit ne lui permet pas de concevoir, c’est qu’étant semblables à lui par notre nature , nous en différions tant par la grâce. Les hommes du monde , mes frères, connaissent la puissance de li> nature; mais ils ignorent, ils n’expérimentent pas la puissance de la grâce de Dieu, et ils ne croient pas en elle. Et comme ils. ne connaissent aucune puissance capable de dompter la nature, ils pensent qu’il n’en existe pas, et, conséquents avec eux-mêmes, ils croient que tout homme , prêtre ou non, reste en définitive tel que la nature l’a fait; ils ne voudront jamais admettre, comme possible , que quelqu’un puisse mener une vie surnaturelle. Or non-seulement le prêtre, mais quiconque est en possession de la grâce de Dieu, mène une vie surnaturelle , plus ou moins parfaite , selon sa vocation , la mesure des grâces qui lui sont accordées, la fidélité avec laquelle il y correspond. Voilà précisément ce que le monde ignore et ce qu’il n’admet pas; aussi, quand il entend parler de la vie qu’un prêtre doit mener par profession, de son jeune âge à- la vieillesse, il ne croit pas qu’il soit en réalité

ce qu’il prétend être. Les gens du monde ne savent rien de la protection de Dieu, des mérites de Jésus- Christ, de l’intercession de Marie ; ils ignorent la vertu de la prière revenant à des heures réglées, de la confession fréquente, des messes célébrées chaque jour; ils' sont étrangers à la puissance transformatrice du très-saint Sacrement, le pain des anges ; ils n’apprécient pas l’cfticacité que doivent avoir des règles salutaires, la fréquentation de saints compagnons, une longue habitude du bien, une vigilance active sur soi-même , la crainte du péché , l’horreur de l’esprit tentateur; ils n’apprécient .pas, dis-je, l’influence qu’exercent toutes ces choses quand ils cherchent à se rendre compte des moyens par lesquels une âme sc met à l’abri du mal. Les gens du monde savent seulement que, lorsque l’esprit tentateur a une fois pénétré dans un coeur, on ne peut pas lui résister; ils sSvent seulement qu’il y a (si l’on peut parler ainsi) nécessité de pécher quand l’âme s’est exposée et livrée à la malice du démon. Ils savent seulement que lorsque Dieu l’a abandonnée et que les bons anges se sont retirés d’elle, qu’.elle néglige toute sauvegarde , toute protection, toute précaution, et qu’enfm (c’est ce qui leur arrive) la victoire du démon est déjà à moitié gagnée, ils savent, dis-je, qu’il est certain qu’elle le sera tout à fait.

Eux-mêmes, dans leur meilleur état, ont toujours été battus par le démon avant d’avoir commencé à livrer bataille. C’est le seul état dont ils aient l’expérience; ils savent cela, et rien autre chose. Ils n’ont

LE PRÊTRE DE L’ÉVANGILE

jamais eu l’avantage du terrain; ils n’ont jamais été dans les murs de la cité forte , autour desquels l’ennemi rôde en vain, dans laquelle il ne peut pénétrer , et en dehors de laquelle l’âme fidèle est trop sage pour s’aventurer. Ils jugent, dis-je, parleur expérience, et ne veulent. pas croire ce qu’ils n’ont jamais connu.

S’il y a ici présentés, mes chers frères, des personnes qui nient l’efficacité de la grâce Dieu dans le sein dé l’Église, parce que scs effets sont si peu sensibles au dehors, ce n’est pas à elles que je m’adresse. Je parle à celles qui ne limitent pas leur foi à leur expérience ; je m’adresse à celles qui croient que la grâce peut rendre la nature humaine ce qu’elle n’est pas. Je pense que ces personnes verront, non pas une cause de jalousie et de suspicion, mais un grand avantage , une grande miséricorde dans ce fait , que les piètres envoyés pour leur prêcher la vérité , pour entendre leur confession, leur donner des conseils, peuvent condescendre à leurs faiblesses, bien qu’ils n’aient pas commis leurs péchés. 11 n’y a pas de tentation qui vous éprouve, mes frères, qui ne soit ressentie par tous ceux qui partagent votre nature, quoique vous y ayez succombé et que d'autres aient su y résister. Le prêtre peut vous comprendre, vous deviner, vous interpréter, quoiqu’il ne vous ait pas suivis dans vos écarts. Il sera plein de tendresse pour vous; il vous « instruira dans un esprit de douceur, » comme dit l’Apôtre,

« chacun de vous faisant réflexion sur soi-même, et craignant d’être tenté aussi bien que lui. »

Venez donc à nous, vous tous qui travaillez et êtes

lourdement chargés, et vous trouverez la paix de l’âme. Venez à nous qui tenons maintenant la place de Jésus- Christ-et qui vous .parlons en son nom ; 'car, comme vous, nous aussi avons, été sauvés par le sang rédempteur de Jésus-Christ ; comme vous , nous serions aussi des pécheurs perdus, si Jésus-Christ n’avait étendu sur nous sa miséricorde, si sa grâce ne nous avait purifiés, si son Eglise ne nous avait reçus, si ses saints n’avaient intercédé pour nous. Soyez sauvés comme nous avons été sauvés. « Vous tous qui craignez Dieu, venez et écoutez, et nous vous dirons ce qu’il a fait pour notre âme; » prêtez l’oreille à notre témoignage ; considérez la joie de notre cœur et augmentez-la en venant vous-mêmes la' partager. Choisissez la bonne part que nous avons choisie; joignezvous à notre compagnie ; vous ne vous en repentirez jamais , croyez-en notre parole ; nous avons le droit de le dire, vous ne vous repentirez jamais d’avoir cherché au sein de l’Église catholique la paix et le pardon ; car elle seule possède la grâce ; elle seule a la puissance ; elle seule a des saints. Vous ne vous repentirez jamais de cette résolution, quelles que soient vos inquiétudes, quelque grand que soit le' sacrifice que vous ayez à faire pouf venir à elle. Vous ne vous repentirez jamais d’avoir abandonné les ombres dq temps et des sens, les déceptions du sentiment humain et de la fausse raison, pour la liberté glorieuse des enfants de Dieu. O mes frères, quand vous aurez fait le grand pas, et que vous serez en possession de votre lot de bénédictions , comme pécheurs réconciliés avec le

LE PRETEE DE L’ÉVANGILE

Père que vous aviez offensé (j’anticipe sur ce qui arrivera certainement, j’en ai la confiance, pour plusieurs d’entre vous), oh ! alors, mes frères, n’oubliez pas ceux qui ont été les ministres de votre réconciliation. De même qu’ils vous prient maintenant de faire votre paix avec Dieu , ainsi vous, une fois réconciliés, priez pour eux, afin qu’ils obtiennent le don précieux de la persévérance, qu’ils puissent continuer jusqu’à l’heure de la mort à demeurer dans l’état de grâce où ils sont maintenant, de peur que, par hasard, après avoir prêché aux autres , ils ne deviennent eux-mêmes des réprouvés.

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Pl’RETÉ ET AMOUR.

La grâce divine se manifeste à nous de deux manières particulières, ainsi que nous pouvons le remarquer, soit dans l’Ecriturè sainte ou dans l’histoire de l’Église, soit dans la vie des Saints ou celle des personnes qui mènent une vie religieuse. On trouve même ces deux manifestations de la grâce chez les apôtres de notre Seigneur. Les deux membres les plus éminents de cette sainte compagnie, saint Pierre et saint Jean, en sont pour ainsi dire la personnification. Saint Jean nous apparaît comme le saint de la pureté, et saint Pierre comme le saint de l’amour. Ce n’est pas dire que l’amour et la pureté puissent être séparés, ni qu’un saint ne possède pas toutes les vertus à la fois ; on ne saurait en conclure que saint Pierre ne fut pas aussi pur qu’aimant, et que saint Jean eut moins d’amour, parce qu’il fut si pur. Les grâces du Saint-

Esprit ne peuvent être séparées , l’une implique les autres. Qu’cst-ce que l’amour, si ce n’est une délectation en Dieu, un dévouement à sa majesté, un abandon de tout notre être à sa volonté? D’autre part, qu’cst-ce que l’impureté, sinon le choix pour objet de nos affections d’un objet terrestre , criminel , que nous préférons à Dieu? N’est-ce pas l’abandon volontaire du Créateur pour la créature, la recherche du plaisir dans l’ombre de la mort, et non dans la présence sanctifiante de la lumière et de la sainteté? Par suite, l’homme impur n’aime pas Dieu , et celui qui n’a pas l’amour de Dieu né peut pas être réellement pur. Il faut que nous fixions nos affections sur un objet quelconque, et que nous trouvions en lui notre plaisir. Or, nous ne saurions trouver ce plaisir cil deux objets , de même que nous ne pouvons servir deux maîtres opposés l’un à l’autre. Un saint peut bien moins encore manquer de pureté ou d’amour, car la flamme de l’amour ne brille qu’autant que la substance qui l’alimente est pure et sans mélange.

Cependant, quelque certain que cela soit, il n’en est pas moins évident que les œuvres spirituelles de Dieu apparaissent à nos yeux différentes les unes des autres, et qu’elles laissent voir, dans leur caractère et dans leur histoire, celles-ci telle vertu et celles-là telle autre. En d’autres termes, il plait au divin dispensateur de la grâce, et cela pour sa gloire, d’enrichir ses saints de certains dons qui éclairent et embellissent d’une façon particulière une partie de leur âme, de manière à laisser dans l’ombre lès autres vertus qui brillent en

PUR ETlï ET AMOl'R.

eux. Cette grâce devient aussi leur trait caractéristique. Quand nous pensons à eux, elle se présente tout d’abord à notre esprit, et nous regardons leurs autres vertus comme renfermées en elle ou dépendant d’elle. Nous parlons d’eux comme' s’ils n’avaient pas les autres perfections, quoiqu’ils les aient possédées, et enfin nous leur donnons un titre ou une dénomination tirée de la grâce spéciale qui a brillé en eux avec tant d’éclat. Ainsi nous pouvons parler, et c’est ce que je vais faire , nous pouvons parler, dis-jé, de deux principales classes de saints, dont les emblèmes sont le lis et la rose, qui brillent d’une pureté angéliqile ou qui brûlent d’un amour divin.

Nous trouvons dans les deux saints Jean de grands exemples de la vie angélique. Pouvons-nous concevoir une sainteté plus majestueuse et plus sévère que celle de saint Jean-Baptiste? Il eut un privilège qui approchait beaucoup de la prérogative de la très-sainte Mère de Dieu; car si elle fut conçue sans péché, lui du moins naquit saris la tache originelle. Elle fut toute pure, toute sainte, et le péché n’eut aucune part en elle, tandis que saint Jean, dans les premiers jours de son existence, eut part à la malédiction d’Adam. 11 fut l’objet de la colère divine, privé de la grâce que le premier homme avait reçue, et qui est la perfection de la nature humaine. Mais dès que Jésus-Christ, son Seigneur et son Sauveur, se fut incarné, dès que Marie eut salué Élisabeth sa Mère, aussitôt il reçut la grâce de Dieu , et le péché Originel fut effacé de sou âme. C’est pourquoi nous célébrons la nativité de saint Jean-

Baptiste. L’Église ne célèbre rien qui ne soit saint ; elle ne célèbre ni la naissance de saint Pierre, ni celle de saint Paul, ni celle de saint Augustin, ni celle de saint Grégoire , ni celle de saint Bernard, ni celle de saint Louis de Gonzague, ni celle d’aucun autre saint, quelque glorieux qu’il soit, parce que tous sont nés dans le péché. Elle célèbre leur conversion , leurs grâces, leur martyre, leur mort, la translation de leurs reliqaes, mais jamais leur naissance, parce que la naissance d’aucun d’eux n’a été sainte. L’Église ne célèbre que trois nativités, celle de Notre-Seigneur, celle de sa Mère, et enfin celle de saint Jean. Quelle faveur spéciale, mes frères, fut celle de séparer saint Jean-Baptiste du reste des saints, de le placer ainsi audessus des prophètes et des apôtres, quelque saints qu’ils aient été, à l’exception peut-être de Jérémie? Tout le cours de sa vie fut privilégié comme le commencement. L’Esprit saint le conduisit dans 1er désert, et il y vécut nourri des mets les plus simples, vêtu d’habits grossiers, habitant dans la retraite des bêtes sauvages, isolé des hommes durant trente ans, menant une vie de mortification et de méditation , jusqu’au jour où il fut appelé à prêcher la pénitence, à proclamer Jésüs- Christ et à le baptiser. Puis, ayant accompli son œuvre, et n’ayant pas commis de péché, il fut mis de côté comme un instrument qui a fait son usage, et il languit en prison jusqu’à ce qu’il fut décapité par le fer de l’exécuteur. Dans tout le cours de sa vie, la sainteté est la principale idée de lui qui nous frappe ; nous voyons en lui un saint des plus merveilleux, ermite

PURÊTÉ ET AMOCR.

dès son enfance, puis apôtre" d’un peuple déchu, et cntm martyr. Assurément une telle vie remplit bien l’espérance que fit 'naître de lui avant sa "naissance là parole de Marie.

-L’image de. son homonyme, lp grand apôtre,. évangéliste et prophète de l’Église, qui vint de si bonne heure dans la compagnie intime de Notre-Seigneur, et qui vécut si longtemps après ses collègncs, est encore plus magnifique et presque aussi majestueuse'. Nous pouvons le contempler dans sa jeunesse , "dans sa vieillesse vénérable, dans tojitc sa vie : du premier jour au dernier, la pureté .apparaît -eomme la vertu principale* qui le distingue. C’est l’apôtre vierge qui, sous ce rapport, était. -si cher à Notre-Seigneur, « le disciple quô Jesils a aimé , » qui a reposé sur sim spin , à qui il confia saAJère quand il était sur la croix, qui aperçut dans une Vision tous les prodiges qui devaient s’àccomplir dans le. monde jusqu’à la fin des temps.

« De grarids honneurs doivent être rendus à saint Jean, dit-l’Église , à saint Jean qui reposa sa tête sur le sein de Notre-Seigneur, à qui, pour prix de sa virginité, Jésus-Christ en croix confia la Vierge sa Mère. C’est à. cause de-s.T virginité quai fut choisi par le Seigneur, et qu’il fut plus aimé que le reste de ses disciple», La prérogative spéciale de chasteté lui fit trouver plus . d’apiour, parce qu’ayant été choisi par Notre-Seigneur à cause de sa virginité", il resta vierge toute sa vie: » C’est lui qui, dans sa jeunesse , avait exprimé le désir ,de boire avec. Notre-Seigneur le calice d’amertume; c’est lui qui consuma, sa longue vie comme un exilé

QVATR1ÈMF. CONFÉRENCE .

inconsolable Sur une terre étrangère,. qui fut. enfin •mené Home, plongé dans l’huile bouillante,* et .ensuite exilé dans une 'île' lointaine où il finit ses jours.

i Oh ! comment serait-il possible de concevoir dignement la sainteté de ces deux grands serviteurs de Dieu, si différents l’un de l’eutre dans toute leur histoire, dans les circonstances de leur vie et de leur mort, et cependant* si parfaitement d’accord sur leur, éloignement du monde, le calmé de leur àme e.t leur pureté dfc tout péché ! Le péché mortel n’entra jamais- dans leur àme, et nous pouvons même croire qu’ils étaient purs .de pêchés véniels commrs.de propos délibéré; De plus, il est probable que, à des époques spéciales et dans certaines occasions ils n’ont pas commis. la moindre, faute. -Là. grâce toute-puissante de Dieu' domina chez eux la révolte de Ja raison, la perversité des sentiments, le désordre des pensées,- la fièvre des passions, .les illusions des Sens; Ils vécurent dans .un monde à eux , uniforme , serein, stable ; ils vécurent dans des visions de paix, en communion- avec le. cieK, . dans l’anticipation de la gloirè. ■ S’ils- parlèrent au monde -an dehors en qualité d’apôtres ou de confesseurs) ils s’adressèrent à lui c5mme dû fond d’une châsse sacrée, sans sc -mêler àlqi; alors même qn’ils lui faisaient entendre leurs paroles ; c’était comme « { une voix criant dans le désert, ou' domine si on l.’eiit vu* ravi crt esprit-, un dimhnche. » 'C’est pourquoi nous les représentons plutôt-comme des modèles de sainteté que d’amour, car l'amour s’adresse à un

FCRETÉ EX AMOUR.

objet extérieur, se porte vers lui- et travaille pour lui-,' tandis que nos deux saints approchèrent si près-de l’objet de leur amour, jouirent à lel pofut de la faveur de te rcccvojr dans leur sein et de s’identifiera lui , que leurs cœurs, étant eux-mêmes des cieirx, n’aimèrent pas tant le ciel, et. ne virent pas tant la lumière-, parce qu’ils étaient cùx-méities lumière. Us vécurent pa^i les hommes , semblables à ces anges dont il est question dans l’Ancien Testament, qui apparaissaient aux patriarches et s’adressaient à eux comme s’ils avaient été Dieu, 'parce que Dieu étjit en eux et parlait par leur bouche. Ainsi ces dcux saints étaient presque absorbés dans’ la divinité) ils mimaient une vie angéliquç aussi* parlait» que l’homme- peut la mener pis étaient si calmes, si tranquilles, tellement audessus des chogfrins et des craintes, des désappointements et des regrets, des désirs et des aversions, qu’ils nous offraient l’image la plus parfaite que la terre ait jamais vue de la paix et de l’immutabilité, de Dieu. Tels îO&t les" saints qui , eli si grand nombre , ont brillé par leur virginité , et que l’histoire de l’Eglise propose à -notre -vénération : saint Joseph, le grand saint Antoine, sainte, Cécile qui fut. servie par des amges, saitit 'Nicolas de Bapi, saint Pierre Cèles tin, sainte Rose de Viterbe, saiqte Catherine de Sienne, une foule d’autres et, par-dessus tous, la Vièrge des vierges, la reine des vierges, la bienheureuse Marie, qui, quoique comblée de la-grâce de l’amour qui débordait en elle, "est néanmoins, précisément pasee qu’elle -était Je siégé de la Sagesse et- V arche d'alliance, \ dus généralement

§4 QUATRIÈME. COXFÉRKSCE.

' représentée sons l'emblème du lis que sous celui de la rose. .

Maintenant,' mes frères, occupons-nous de l’autre classe de saints dont je vous ai parlé.. Nous' avons admiré ceux qui ont été protégés contre le-péché d’une manière extraordinaire et quelquefois miraculeuse, ceux qui, de leur plus tendre jeunesse à leur mort, ont été conduits de vertu en^veriu. Supposons à présent qu’il plaise à Dieu de répandre son esprit sur ceux qui ont mésusé. des secours spirituels et, méprisé les premières- grâ'ees qui leur ont été accordées, -sur ceux '(jpat l’âme èst par conséquent "possédée par uné armée d’esprits mnljns-dont il faut le? délivrer, qui' sont sous üempire d’habitudes invétérées,' de passions chéries, de fausses opinions, qui ont été esclaves de Satan, non cojnme les enfants avant loue baptême, mais do leur pleine volonté, avec toutelcnr raison, avec la plénitude de leur responsabilité , do. gaîté de coeur, avec la conscience de leurs actes. Dieu va-t-il attirer .à lui cos êtres privilégiés sans leur .conçQurs, sans puiser en eux les moyens de leur salut? Va-t-il les changer par so parole ,. comme il l’a fait en -les créant, ainsi qu’il fera à leur mort et qu’il. les ressuscitera du tombeau? ou bien va-t-il entrer dans leurs co'u.rs, leur parler, les persuader et les gagner ainsi à lui? Sans " aucun doute, il aurait pu être avec eux ^prc.fsant et absolu; il aurait pu, par une sainfe violence , s'emparer d’eut et en faire des saints. Il aurait pu laisser de côté les voies ordinaires de conversion, et faire surgir des pierres mêmes des enfants à Abraham,

PURETÉ ET AMOUR

Mais il a préféré agir autrement; sans Cela , dans quel but serait-il venu sur la'terra pour- se' manifester aux’ hommes? Pourquoi, à sa venue, .s’estril entouré de tant de circonstances touchantes, attachantes et entraînantes? Pourquoi a-t-il ordonné à ses anges de proclamer qu’on pouvait le’vqir sous la forme d’un petit enfant dans une crèche ou sur le sein d’une Vierge à Bethléem? Pourquoi eèl-il allé et venu en faisant )e bien? 'Pourquoi est-il mort eu public, devant le tijonde, ayant près de lui sa mère et Sou disc iple Bieïiainné? Pourquoi maintenant nous diWl combien il' est exalté dans les deux, entouré d’une armée demain I s glorifiés qui sont nos intercesseurs autour deson trône? Pourquoi .est- it^ venu à nous-dâns Marie et par 'iarie , après lui , l’image la - plus parfaite de eu .qui est beau et tendre, gracieux et caressant dans là nature hunîaÎBC? Pourcpioi se manifestc-t-il lui-même, eu pourtant son ineffable condesccndancc'jusqu’à venir sur nus autels, s’humiliant ainsi lui-même, quoiqu’il règne dans les deux? Que signifie tout cela, -si cè n’est que lorsque levâmes s’égarent loin de ltii, il les rap-v pelFe à l’aide .d’ellcs-njèmes, par •« les liens d’Adam » otf de la nature humaine , comme parle le prophète , nous subjuguant, il est vrai, selon sa volonté, nous sauvanten quelque sorte malgré nouà^nèmes, et cependant en se servant de nous, de telle façon que la raison et les. affections mêmes du vieil homme, qui étaient devenues « des armes de- perversité- pour le péché, » deviennent sous la puissance dé sa grâce. « dos armes de justice pour Dieu ?>

QUATRIÈME CONEÉREXCE.

Oui, sans doute, il nous' attire à lui par « tous lçs liens qui gagnent les hommes? »-Et quels sont les liens d'Adam , sinon, comme dit le prophète dans le même •verset, « les liefts, » ou'« les filamôhts de l’amour? » Ges liens-sont la manifestation der la gloire de Dieu dans la face dé Jésus-Christ,’ la vue des attributs et des perfections du Dieu totit-puissant, la beauté de sa sainteté , la 'douceur de sa miséricorde, l’éclat de son paradis, la majesté de-sa loi, l’harmonie de sa Providence, la m.usiqifo pénétrante de sa voix f qui est l'antagoniste de la chah' et le champion de l’âme contre le monde et le déuhon. «"Vous m'ayez séduit, 6 Seigneur, .dit le prophète, et j’ai été séduit. Vous avez été plus fort que-moij et voils aver prévalu contée moi..» Vous avez jeté votée filet avec habileté ; ses fils' cnlacerït chaque affection dé mon, cœur, et scs mailles ont cto cômftie une puissance divine, « réduisant en servitude tous les esprits pour les souincttré.à l’obéissance de Jésus-Christ. » Si le monde a ses 'faseinStions , l’autèf du DieH vivant a aussi les siennes;' si ses pompes et ses vanités sont éblouissantes, la'Visiandes anges qui montent et descendent l’échelle céleste le sera bien davantage. Si-la' vue de la terre-enivre, ét si scs chants exercent comme un Sortilège sur' Pâmé, coqtempjeZ Marie plaidant pour nous de Son- regard si chaste, et ■offrant l’enfant éternel à noS caressés, tandis qu’autour d’eile'on .entend des chœurs de chérubins qui chantent- la bénédiction qu’ils goûteUt en lui. Est-ce qüo l’espérance divine ne produit pas ses émotions? " Est-ce que la charité divine n’a pas ses transports?

PURETÉ ET ASIOIH.

« Seigneur des armées, <iit le^prophète , que vos tabernacles sont aimable; ! Mon âme désire ardemment d’être dans la maison du Seigneur; et elle est presque dans la défaillance par l’ardeur de ce désir. Mon cœur, ma chair font éclater par des transports de joie l’am'our qu’ils ont pour le Dieu vivant. ^n seul jour de demeure dans vos tabernacles vaut mieux quemille autrès jours. J’ai choisi d’êtrè plutôt des' derniers dans la maison de mon Dieu, que d’habiter dans les tentes du pécheur. » \

Ainsi que 1’g dit-un grand docteur et un grand pénitent, saint Augustin : « Cê n’esl pas assez d’être attiré par la volotaté ; voqs êtes aussi attirés j>ar le sentiment ■du plaisir. Qu’est-ce que d’être attiré par le plaisir? Réjouissez-vous dans k Seigneur , et il vous donnera pe que votre ceeur convoite. Il est un certain plaislrde cœur auquel -Ce pain céleste- eèt doux. En outre , si le poète dit que chacun est attiré par son propre plaisir, non par rtécessité, mais par plaisir, non par obligation, mais par jeuissance, Combien plus hardiment devonsnous dire que l’hoœme cst attiré vers Jésus-Christ, quand il trouve sa jouissance dans la vérité; le bonheur, -la justice, la vie éternelle, toutes choses qui sont Jésus-Christ ! Dira-t-on que les sens corporels ont leurs- -plaisirs, et que l’esprit n’a pas les siens? S’il en est ainsi,, d’où vient qu’il est dit : Les -fils de l'homme espéreront soté la protection de vos. ailes; ils seront enivrés par la richesse de votre maison , et vous leur donner ez"à boire au torrent de voire plaisir ,■ car- en nous est la source de la. vie, .et en-votre lumière nous

qcatrjème conférence.

vetrons la lumière ? Celui que le Père attire vient A moi. Qui le Pèren-t-il attiré? Celui qui a dit : Vous êtes le Christ, le Fils' du Dieu vivant. Vous faites approcher la hrebis en lui présentant une branche verte; vous attirez un -enfant en lui offrant des fruits; il est attiré , il court ; H est attiré par amour, sans violence corporelle,- par le lien de son cœur. Si donc il est vrai que la vue. d’un plaisir terrestre attire ceLui qui l’aime, est-ce que Jésus-Christ, quand il est révélé par son Père , ne vous attire pas! Car l’âme désire-t-elle quelque chose pkis fortement que la .vérité? »

Tels sont les moyens. anxquels.Dieu a recours pour faire sortir un saint d’un pécheur : il le prend tel qu’il est, et se sert de lui contre lui-même. Il donne à ses affections utr autre cours.* et il triomphe d’un amour 'chârnelr-cu lifi inspirant une charité céleste. Non pas qu’il agisse avec lé péché cpmmè- avec un être s%ns raison, poussé par ses .instincts et gouverné pardes impulsions extérieures ,.sans aucune volonté propre, pour qui un plaisir ne diffère pas d’un autre* quant à l’espèce, bien qu’il en diffère. quant ttu degré-. Je l’ai déjà dit, et .c’est -la gloire de sa grâce : il s’introduit dans le cœur de l’homnie,- le persuade, Je dompte à mesure qu’il, le change. JT -ne viole en rien la constitution originelle qu’il lui a donnée ; il le traite en holmne ; il lui lüisse-la. faculté d’agir dans tel sens ou dans tel autre ; il fait appel à toutes ses puissances, à toutes ses facultés, à sa rpison, à sa prudence* à soti sens moral; il évcilJe ses craintes aussi biçn que sèn amour-; il h éclaire sur la perversité- du péché , aussi

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