‹ Conferences adressees aux protestants et aux catholiques par le r.p. JohnHenry NewmanChapitre 23 sur 68 · LA VOLONTÉ DE DIEU EST LE DUT DE LA VIE · texte numérisé non relu

LA VOLONTÉ DE DIEU EST LE DUT DE LA VIE

.levais, mes chers frères, vous adresser une question qui vous paraîtra avoir été faite si souvent et, au premier abord, être si insignifiante , que vous serez étonnés que je vous l’adresse; vous la jugerez indigne de votre attention, et vous la déclarerez oiseuse et tout à fait inutile. La voici : « Pourquoi avez-voüs été envoyés en ce monde? » C’est peut-être au fond une question plus naturelle qu’elle n’est commune, plus facile qu’elle n’est familière ; je veux dire qu’elle devrait se présenter souvent à votre esprit , mais qù’elle ne s’y présente jamais: Vous ne l’avez jamais examinée .qu’en passant et d’une manière superficielle, bien que vous la connaissiez depuis plusieurs années. Peutêtre s’est-elle présentée une fois ou deux à votre esprit d'une manière plus particulière ; mais l’attention que vous lui avez donnée était presque involontaire et ne

dura qu’un instant. Plusieurs se souviennent du joûr où ils se firent cette question pour la première fois. Ils étaient tout petits, et, se trouvant seuls, ils se dirent tout à coup, ou plutôt Dieu, parlant en eux, leur fil se demander : « Pourquoi suis-je ici ? Comment y suis-je venu? Qui in’y a mis? Qu’ai-je à y faire? » Ce fut peut-être le premier acte de leur raison naissante , le commencement de leur responsabilité réelle et de leurs épreuves. Peut-être est-ce à dater de ce jour qu’ils entrèrent en possession de la terrible faculté de choisir entre le bien et le mal et de commettre le péché mortel. Comme ils avançaient en âge , cette même pensée se représentait de temps en temps à leur esprit avec une force nouvelle* tantôt pendant une maladie, tantôt sous le coup d’un grand chagrin, ou bien dans un moment d’isolement, ou en entendant un prédicateur, ou en lisant un livre religieux. Ils sentaient vivement alors la vanité et la misère des choses de ce inonde, et ils se posaient cette question : Pourquoi

ai-je été envoyé sur la terre ? »

Certes, ce monde vain, sans avantage, et pourtant superbe et insolent , ne peut répondre que bien imparfaitement à celte question. Elle doit paraître singulièrement déplacée aux habitants de celte grande et magnifique Babylone. Le monde a la prétention de remplir tous nos désirs , de suffire à. tous nos besoins , comme si nous n’avions été envoyés sur cette terre que pour y vivre et y mourir , sans destinée ultérieure. C’est une grande faveur que d’avoir une introduction à ce monde auguste. Voici , selon le monde, l’explica-

BUT DE LA VIIv-

• tion des ijvysteres de la vie. Chaque individu y fqit ce qui lui plaît, y cherche la satisfaction de.sçs penchants, y poursuit scà projets , et c’est pour cclteu fin qu’il à été créé. Parcourez lés rue^ de.cclte cité populeuse; contemplez cette production incessante d’activité ,' les efforts extraordinaires du génie-de l’homme, la variété infinie des physionomies, et Soyez convaincu 1 Les rués sont pleines*!’ une joule immense ; les uns voûta leurs affaires, les autres sç promènqnt, soit qu’ils n’aient pas d’occupation,, soi), qu’ils ne soient sortis que: pour voir el être vus , pour étafer leur fûilclte et* s’amuser. Lçs .éqtjipage^ des riches se mêlent aux charrctlés lourdertient chargées dé provisions-ou de marchandises, des produits dé l'-nrt ou des exigences de luxe. À droite çt à gauche, (les milliciîs. de magasin» ouvert?" et pompeusement partis invitent des passants à'fairé des emplettes. Puis les rues s’élargissent et deviennent de§. places tlauquéps de vààjes bâtiments de pierres ou dé Lriquesyhrillaut aux levons du Soleil, et environnés d’arbres qui siijmlènt vla.vçrdurc d’un jardin. Suivra .les rues dans Une autre direction, et vous arriverez à dé vastes constructions ; asiles des arts . mécaniques.. ■ L’oreille est frappée d’utv bruit continuel, importun , monotone, qui pénètre jnsque.dans les pièces les plus

retirées dés maisons , et au-dessus, de yos têtes se, dé-'

•roule dans les- airs une voûte de fumée, qui dérobe la douce clarté du. jfinr au* regards des. habitants de. ce .royaume, de labeur opiniâtré. Voilà la destinée de Lhommc ! Ou bien encore, restez chez vous et prenez uuede ces feuilles quotidiennes qui olfrent une peinture

si exacte du monder Parcourez ses colonnes d’annonces et vous verre? la liste complète des préoccupations, des tendances, des projets,' des travaux, des amusements, des plaisirs-quimnplissent l’esprit daThomnie. On le voit jouer plusieurs rôles : ici, il a dès marchandises à vendre; là il cherche de.l’occupatien ; plus loin il demande de l’argent à, emprunter; ailleurs il vous offre des maisons, de- grands ét de petits établissements il a du pain pour les {nasses ; des objets de’ luxe pour lès riches, des vèmèdqs infaillibles pour les crédules, dés livres nouveaux . et à bon marché pour les geng studieux.. Parcourez dans ce même jour pal lés nouvelles du-jonr; vous ÿ trouverez ce i que ÏQût nos’ grands hommes dans le pays ou à l’étranger; 'vous lirez des détails sur là guerre ou lés bruits degpçrre, lé compte-rendu des séances du corps- .législatif ; vous verrez apparaître sur la Scène politique des' homrdes nouveaux, tandis que les gnciisns hommes d’Etat sîep éloignent; vous y trouverez des discussions sur. les lultéspolitiqucs de telle cité ou de tel cônùé. les luttes des intérêts rivaux. Ce journal vous offrifala 'bulletin, de ,1a bourse , le taux de l’argent, le prfx des céréajtes, le tableau de la situation commerciale, des iïerriandçs des. manufactures, l’arrivage des navires dans les ports , les' accidents sorvenusen'inéx, lés nouvel les de l’ex*poétation, ét de ' Fimportatidn, les pertes et les bénéfices, les fraudés et. leur découverte.- - ■ j

; Availeez'teu jèyiV, et vous trouverez le récitale nonvelfes découvertes d.àns'les sciences et dans los arts, lés soi-disant découvertes Tartes même dans la reïi-

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gion ; vous y lirez Jies nouvelles dp la cour et de la far mille royare. tç's amusements des grands, lés spectacles et les concerts, les procès curieux, Ics.crimes, les accidents , Ips évasions; les traits de bravoure, les expériences, les disputes, les rixes, les faits singuliers et les aventures ronumesques. O l’étrange chose que. ce que nous a'ppelous'la Vie l Oue.de mouvement , que de, bruit, qliel tableau! N’y a- t-il jiucune tin à tout cela? Et toutcela est-il sans objet? Non, il n’y a pas de fin à -attendre, et ces clioses-sont à elles-mêmes leur propre objet. «Maintenant, mes frères^ oubli pz un moment le spectacle ef la -description dp monde, efforcezvous de pénétrer par la pensée dans le coeur dé ceur qiii le composent- Examine^-les aussi attentivement ct-d.’ausyi prèS-que vous le pourrez ; etttrez dans leurs maiçbns et leurs appartements; choisissez au hasard dans une rue ou ime alfCcélroite, un palais ou l’habir talion du pativrc, un bureau où une . manufacture , qu’y trouvercz-vouS? Hélas ! écoutez ce que l’on dit, voyez cé qûe l’Qfi. fait !- Vous trouverez che2-la plupart des hommes , grands pu petits,, savants ou ignorants , leS mêmes pensées désordonnées, les mêinés désirs effrénés, les mêmes passions indomptées, lcs mêmesoptnions terrestres, le’s mêmes caprices ; vous verrez qu’ils vivent tous uniquement pour vivre , ot que tons semblent dire ; v Nous noue- prenons nôiïs-mênies pour centre, pour but de toutes nos actions:. » Pourquoi sc donnent-ils tant de peine? pourquoi font- ils tant de projets? pourquoi vivent-ils? Ils répondent: «Nous sofumes au inonde -ponr satisfaire nos penchants; la

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