‹ Conferences adressees aux protestants et aux catholiques par le r.p. JohnHenry NewmanChapitre 41 sur 68 · LA GRACE DE L'ENTENDEMENT · texte numérisé non relu

LA GRACE DE L'ENTENDEMENT

Lorsque Dieu créa l’homme, il lui donna des facultés supérieures à sa nature, a l’aide desquelles cette nature fut rendue plus parfaite. De même qu’un fort stimulant, qui ne renferme aucun shc nutritif, de même qu’un parfum ou un breuvage ravive nos forces physiques , rend nos pérceptiorts plus fines et donne de l’énergie à nos efforts, ainsi, ou plutôt dans Un sens bien plus èleté et d’une manière plus variée encore, la grâce surnaturelle de Dieu donne une signification, un but, de la fermeté , de la certitude, aux différentes facultés de co cdmposé d’âme et de Corps qui s’appelle l’homme. La chute do l’homme lui fit perdre ce don divin gratuitement accordé, et, au lieu de s’élancer vers le ciel , il tomba à terre , sans forcé > dans un état d’épuisement et d’impuissance. Or, lorsque Dieu se dispose, pour- l’amour de Jésus-Christ, à

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rendre sa faveur à. use âme égarée, son premier aelc de miséricorde est dlaccorder à cette âme une portion' de cette grâce, prémices de cette puissance souveraine, * énergique, qui rétablit et relève sa nature, gui. le rend capablo d’accomplir sa tâche , tout en en rem- ‘ plissant une plus élevée que la sienne propre.

Or, l’ignorance de la vérité spirituelle est un des défauts qui oni été la conséquence de la eliulc de l’homme, et la perception des choses spirituelles, est un des dons que Dieu lui accorde dans sa. restauration. Do sorte que , avant d’être appelé à participer à la grâce de Jésus-Christ, l’honnno ne -petit que raisonner, argumenter, conjecturer et tirer des conclusions sur' la vérité religieuse ; mais, après avoir reçu cette grâce, il voit la vérité.* « Vous êtes bien heureux, §imon, fils . de Jean, dit JS’otrc-Seigneur à saint Kerre, quand celui-ci confessa l’Incarnatioà ; car ce n’est pas la chair et le sang qui vous ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieiix. » « Je vous rends grâces, ô mon *

Père, Seigneur du ciel et deJa têfçe, dç çe^uç vous. * avez caché ces choses au* sages et aux prudents, et de ce que vous les avez révélées aux petits... Nul ne connaît le Filé, excepté le Pète, et nul ne connaît le Père, excepté le Fils et ceux à qui le Fils veut bien le r$*‘ . vêler. » Saint Paul dit, dans le même seiis : «L'homme charnel ». ou naturel « n’aperçoit pas les choses de l’esprit de Dieu. » Et ailleurs il ajoute : « Nul ne peut dire le Seigneur Jésus que dans le Saint-Esprit.

Saint Jean dit aussi : « Vous avez une onction du Saint , et vous Connaissez toutes choses. » Les Prô.-

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pliùtes avaient promis le même don avant la venue de Jésus-Christ. «Je vous rendrai, dit Isaïe, tous vos fils disciples du Seigneur , pt la paix se répandra sur vous connue des (lots. » «, L'homme « (fit Jérémie , n’instruira plus son voisin et son frère, en disant : Connaissez le Seigueur; car tous me connaîtront, depuis le plus petit d'entre eux.jusquîaù plus grand. »

Vous pourrez me demander, mes frères,, « que sir gnitie tput çela'î Sommes-nous ou ne sonjmes-nous pas des hommes ? Avons-nouS, oui ou non, perdu une partie de notre nature par la chute d’Adam ? La raison ne fuit-elle pas partie de la nature de ihonlmq? 'Nu voitelle pas aussi clair quojes yeux? Ne pouvous-nous pas, paria force naturelle de la raison, comprendre toutes sortes de vérités, toutes les vérités relatives à ce monde , A la société humaine, aux royaumes, de l’espace, à ia malii.re , à l’âme? Pourquoi la religion seule serait-elle incompréhensible à la raison? Pourquoi ne pourrionsr nous pas comprendre le Dieu ToutJ’uissaul et le ejel -J Si nous pouvons/jxaminér^éludier, approfondir l’une deces claosçs,. nous pouyons approfondir l’autre; si nous pouvons imaginer une chose , nous pouvons un imaginer une autre, Comment serions-nous incapables d’arriver aux vérités de Ja religion sans le secours

surnaturel de la grâce ? » V oilà une question qui est de nature à suggérer d’utiles réllexious, et je vais esstyor d’)f répondre. V; - ' ,.,i ..

Vousjnc demandez s’il, faut autre chose que des yeux pour voir les vérités de la révélation. Je vous réponds, saus hésiter, que nous avons aussi besoin do lumière.

208 NEUVIÈME COOT’ÉRÉtiCE-

L’oeil lé plus perçant, ne distingue rien datls l’obscurité. Votre esprit est l’qeil; la grâce de Dieu est là lumière; et H yous serait aussi difficile de faire usage de Vos yeux, dans ce monde-matériel, sans le secours du soleil , que de faire usage de votre esprit, dânç le - monde spirituel, sans le secours de la lumière d’en haut. Or, vous êtes nés privés da cette sainte lumière spirituelle, et tant que vous en resterez privés, tous ne verrez puis, vous ne pourrez pas voir réellement Dieu, Je ne prétends pas que vous serez entièrement privés de toute Idée de Dieu, ni que vous serez Incapables de parler de lui; Je veut dire que vous ne pourrez faire plus que de raisonner sur lut . Vos pensées ot vos paroles ne s’élèveront pas au-dessus de la sphère du raisonnement. J 'accorde, donc -ce que Vous désirez. Vous

de vôtre esprit : Oui, sans doute, vous le pouvez ; mais inférer qu’une chose est, ee n’est la voir, ni par rapport au monde phyéiqué , ni par rappor t au monde ’ spiritHèl, ' . ' • " .

Supposez un v lmnarrie ; privé dé là yue dissertant ' sur les formes ot lès çoufeUrs; et tous çomprendéfez mieux ce que je veux dire. Un aveuglé peut acquérir beaucoup' de connaissances de différents genres, et . connaître très-bien des objets visibles qu’il ne lui est pas donné d’apercevoir; Il peut être capable d’én parler conlammeht et aimer à en, parler; il peut même parler de la faculté de là Vue-, comme s’il voyait, au point de faire croire qu’il voit réellement; il parle des hauteurs, des distances , des directions, de la dis-

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position des lieux , des formes , des apparences , aussi naturellement que les autres hommes. Il ne se rend pas compte de l’extrême privation qu’il éprouve, et si vous me demande* comment cela se fait , je vous répondrai que cela vient de ce qu’il a entendu parler de ces choses, et il répète ce qu’il a entendu dire; cela vient aussi de ce qu’il ne peut s’empêcher de parler des sujets dont tout le monde s’entretient, et d’en tirer des conclusions. Il finit ainsi par se persuader qu’il sait ce qu’il ignore.

L’aveugle entend des conversations autour de lui ; on peut lui faire des lectures ; il Se forme une idée vague des objets visibles , et, quand il en parle, ce qu’il en dit est assez exact pour ne pas permettre de soupçonner tout d’abord qu’il connaît si peu ce dont il parle. D’inductions en inductions, il se met en état de causer des choses qu’il ne voit pas, mais qu’il suppose devoir être ainsi, en admettant que d’autres sont telles qu’il se les représente. Par exemple , s’il sait que le jaune et le bleu forment le vert, il peut affirmer, sans crainte de se tromper, que le vert est plus semblable au bleu que ne l’est le jaune. Si on lui a dit qu’un homme a cinq pieds et quelques pouces, et qu’un autre a six pieds , il pourra, s’ils se trouvent tous deux «levant lui , affirmer, comme s’il les voyait , que le dernier est plus grand que le premier. Il ne juge pas par ses yeux; mais sa raison les remplace. 11 y a peu de temps, on s’est" beaucoup occupé dans le monde d’un savantqui a découvert une nouvelle planète. Gomment a-t-il fait pour arriver à ce résultat? passait-il

ses nuits entières exposé à la fraîcheur de l’air pour observer le ciel avec ses instruments , jusqu’à ce qu’à l’aide d’un télescope puissant, il aperçût dans l’éloignement, à travers les vapeurs, ce nouveau corps céleste? Loin de là ; on raconte, au contraire, qu’il est resté tranquillement assis dans son cabinet , faisant des calculs sur le papier, non la nuit, mais le jour, et qu’il est parvenu, sans regarder une seule fois les astres , à démontrer, d’après la position connue du soleil et des planètes, d’après leur nombre, leurs positions, leurs mouvements, leurs influences, qu’il devait y avoir une planète inconnue dans un certain endroit, et que les astronomes l’y découvriraient s’ils tournaient leurs instruments de ce côté. Voilà un homme qui lisait dans le ciel, non avec le secours des yeux , mais avec celui de sa raisom La raison peut donc , en quelque sorte, remplacer la vue ; il en est, sous plusieurs rapports , de même avec les autres sens. Vous savez combien les aveugles s’aperçoivent facilement de la présence de leurs amis, et avec quelle faculté ils devinent les sentiments des personnes qui leur sont inconnues, par le ton , la voix et les pas, au point qu’on dirait qu’ils comprennent les regards, les gestes, le maintien des gens, comme s’ils les voyaient, et cette faculté extraordinaire étonne ceux qui croient pouvoir cacher leur façon de penser à un aveugle.

Cet exemple vous explique comment l’homme, abandonné aux ressources de la raison naturelle, peut comprendre en partie les objets surnaturels et surtout en parler. 11 y a un corps flottant de vérités catholi-

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