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ques répandues dans le inonde ; elles ont été transmises d’un siècle a l’autre par la tradition ; elles sont propagées par la prédication de pays en pays, de génération en génération, et se trouvent semées dans toutes les parties du inonde ; elles ne sont intégralement et en toute pureté que dans l'Église; mais des parties grandes ou petites s’en détachent de temps en temps, se répandent au loin et pénètrent dans des lieux qui n’ont jamais été éclairés par la grâce. Les hommes peuvent s’emparer de ces vérités éparses et les professer, lorsque le hasard les leur a présentées. Des fragments de la révélation, tels que le dogme de la sainte Trinité ou celui de l’expiation, par exemple, sont la religion qu’ou leur a enseignée dans leur jeunesse ; c’est pourquoi ils conservent ces vérités, ils les professent, sans les voir réellement, comme lés voient les catholiques, mais comme les ayant reçues de la bouche d’autrui, et ils les répètent par imitation.
Voilà comment il arrive souvent que des hommes placés en dehors de l’Eglise catholique écrivent des sermons et des instructions, font des livres de dévotion, composent des hymnes et se livrent à d’autres travaux religieux contre lesquels il n’y a rien ou peu de chose à dire, qui sont le fruit, non pas de leur esprit , mais de sérieuses études , et souvent aussi des traductions fidèles faites sur des originaux catholiques. Les cérémonies et les vérités catholiques sont si belles, si grandes , si consolantes , qu’elles se font aimer et admirer d’un amour naturel , de même qu’un paysage et un chef-d’œuvre de mécanique sent des objets d’ad-
miration. Ainsi, l’on voit des hommes d’une imagination vive professer telle ou telle doctrine, adopter telles ou telles cérémonies, accepter tels usages, et cela à cause de leur beauté, sans se demander si ces choses sont vraies, sans en avoir l’intelligence. On les voit décorer leurs églises, développer et perfectionner leur liturgie , allumer des cierges, répandre des fleurs, brûler de l’encens, faire des processions, non par sentiment de foi, mais par poésie. La croyance catholique, venant de Dieu , est 3i harmonieuse , si conséquente avec ellemême , toutes ses parties se tiennent si bien, se correspondent si bien, qu’un esprit sagace -qui en connaît une partie peut en deviner d’autres par induction, par le seul travail du raisonnement. Ainsi un bon logicien peut avoir la certitude que si Dieu est infini et que si l’homme est fini , il doit y avoir des mystères dans la religion. 11 ne comprendra peut-être pas pour cela le sens mystérieux de la religion , mais il le juge nécessaire ; il est amené à cette conclusion par la force de la logique, et il la maintient pour échapper à une contradiction. Il y a des hommes qui, entendant parler d’une doctrine, disént : « Puisque cette doctrine a pour elle l’évidence et la raison, je dois l’adoptçr. » Ils ne la voient réellement pas ; ils n’en ont pas la perception , et pourtant ils l’adoptent, ils la professent , parce qu’ils sentent qu’il serait absurde de faire autrement dans les conditions où ils sont placés. L’homme se charge la mémoire d’une vaine formule au lieu de contempler avec les yeux de l’âme Dieu lui-même ,
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source de toute vérité, et la doctrine même <jui émane de sa bouche.
11 est possible , avec une grande pénétration , de deviner des doctrines dont on n’a jamais ouï parler. Ainsi, avant de savoir ce qu’en dit l’Ecriture, ou peut se former l’opinion que le péché est contre Dieu une offense grande au-delà de tout ce qu’on peut imaginer, car sans cela pourquoi Jésus-Christ aurait-il souffert? C’est-à-dire qu’on voit que, dans le système de la doctrine chrétienne, le péché doit être un grand mal. lin logicien conclurait facilement que nos corps doivent ressusciter, de ce que le Dieu [éternel a honoré la chair humaine au point de s’en revêtir comme d’une partie de lui-même; il déduirait nécessairement la résurrection et les peines éternelles, comme simples conséquences des vérités à lui connues. C’est ainsi que des savants, qui sont hors de l’Église, peuvent composer des ouvrages utiles sur les preuves de la religion, écrire des traités pour défendre des doctrines particulières, ou expliquer le système général du catholicisme; dans ces divers cas, la raison devient la servautede la foi; mais elle n’est pas encore la foi; la raison ne s’élève pas au-dessus d’une vue ou notion de l’intelligence ; elle affirme, non comme saisissant la vérité et la voyant , mais comme étant d'avis , comme jugeant ainsi, comme y arrivant par conclusion.
Voilà tout ce que l’homme , aidé des lumières de la nature, peut faire; il est capable de sentir, d’imaginer, de raisonner, de tirer des inductions; il peut, par tous
ces moyens, aller jusqu’à accepter en totalité ou en partie la vérité catholique - 0 mais il ne peut la voir , il ne peut l’aimer. II pourra cependant embarrasser des personnes religieuses qui ne se rendrontpas compte du secret par lequel il a pu arriver à ce résultat. Elles ne comprendront pas que l’on puisse parler si bien , à moins d’être inspiré par l’Esprit de Dieu, quoiqu’on se trouve hors de l’Église. Il en est ainsi des œuvres de plusieurs anciens hérétiques qui ont écrit sur l’Incarnation. Il en est de même des hérétiques modernes qui ont traité de la doctrine de la grâce. Ils s’expriment parfois avec une telle beauté de style et une telle profondeur d’idées , qu’on ne peut s’empêcher d’admirer ce qu’ils disent sur ces sujets, bien que l’on sache qu’au fond ils n’en parlent pas d’une manière exacte. Mais, mes frères, les sentiments qu’ils expriment peuvent être bons et justes en eux-mêmes, et cesser de l’être chez eux. Ce sont des vérités isolées qu’ils sont parvenus à déduire d’un ordre de faits sur lesquels ils ne voient et ne comprennent rien, et leur hérésie, sur d’autres points touchant de près à l’acceptation de ces vérités, prouve suffisamment qu’ils ne voient pas ce dont ils parlent. Un aveugle, discourant sur les formes et les couleurs , peut dire des choses justes; mais il en dira de fausses , et ces inexactitudes suffiront pour montrer qu’il ne possède pas réellement le sujet dont il parle quelquefois d’une manière irréprochable ; car s’il jouissait du sens de la vue , non-seulement il serait exact sur la plüp&rt des points, mais il ne se tromperait sur aucun. Supposons, par
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exemple, que cet aveugle sache que deux édifices sont de la même hauteur. 11 peut se faire qu’il en conclue hardiment qu’ils se présentent à nos yeux sous le même aspect et dans les mêmes proportions, ne sachant pas que l’un d’eux étant plus éloigné peut paraître plus petit que l’autre, d’un tiers ou d’un quart. Ainsi, lorsque des hommes qui sont hors de l’Eglise, et qui n’ont pas l’expérience pratique de la dévotion des catholiques pour la très-sainte Vierge Marie, mère de Dieu, lisent nos prières et nos litanies , lorsqu’ils voient leur longueur et l’énergie de leur langage, ils affirment, en toute confiance, que la très-sainte Vierge est, à tous égards, l’ohjet de notre adoration, à l’exclusion du Dieu suprême ou concurremment avec lui ; car ils ne comprennent pas que Celui « en qui nous vivons , nous nous mouvons et nous sommes , » qui nous crée une seconde fois par l’infusion de sa grâce, qui nous nourrit de son corps et de son sang, est plus près de nous, est plus intime avec nous que toutes les créatures. Ils ne savent pas que les saints, les anges , la très-sainte Vierge elle-même, sont nécessairement à une certaine distance de nous en comparaison de Dieu, et que , quel que soit le langage dont nous usons envers eux , quand bien même nous emploierions les mêmes expressions qu’en nous adressant à notre Créateur, elles ont un sens proportionné à la position de celui à qui nous nous adressons. Ainsi ces faiseurs d’objections sont confondus par leurs objections mêmes, qui prouvent qu’ils ne savent et ne voient rien de l’objet sur lequel ils raisonnent.
Je crois avoir suffisamment expliqué ce qu’on entend lorsqu’on dit que l’homme abandonné aux lumières de la nature croit les vérités divines, comme on U une opinion, et non comme un point de foi. La grâce croit; la raison pense. La grâce donne la certitude ; la raison est toujours incertaine. 11 est à remarquer que ce trait caractéristique de la raison est si bien senti par les personnes mêmes dont je parle , que , quelque extension qu’elles donnent à leurs opinions , quelles qu’elles soient, sachant qu’elles u’ont point de convictions réelles et déterminées relativement à la vérité révélée , elles abordent audacieusement la difficulté, en regardant comme une folie d’admettre la certitude de la vérité révélée et comme un mérite d’en douter. Par exemple : « la sainte Église catholique » est un point de foi , car c’est l’un des articles du Symbole des Apôtres; cependant ces personnes regardent comme des impatients ceux qui s’inquiètent de leur incertitude sur la' question de. savoir où est cette Église et ce qu’elle dit. Elles savent très-bien qu’aucun être vivant ne pourrait ayoir une foi et une confiance entières en l’Établissement anglican, à moins qu’il ne Tût dans un état de grossière ignorance ou qu’il ne fît violence à sa raison ; elles savent que la majeure partie de ses membres n’ont aucune foi en lui, et que les autres ne savent rien en dire, sinon qu’il vient indirectement de Dieu, et que le parti le plus sûr est de rester dans son sein.. Ces personnes-là n’ont point de foi ; elles ont seulement une opinion sur cet article du Symbole. Elles sont donc obligées de dire, pour