FOI ET JUGEMENT PRIVÉ. 2.ÏÏ
la confiance en la parole de l’hoimne comme venant de Dieu ; puisque cette foi est maintenant ce qu’elle était dans l'origine; puisque la foi est nécessaire' pour le salut , qu’ils tâchent de l’exercer énVers une autre que la Fiancée de l’Agneau ; qu’ils donnent leur foi , s’ITs le peuvent, à quelqu'une de ces religions qui ont duré , en tout, deux ou trois cents ans dans quel-' que coin obscur de la terre. Qu’ils jouent leurs espérances éternelles en plaçant leur confiance dans les rois, leg nobles, les parlements, la force armée; qu’ils acceptent comme interprétation dé la volonté divine quelque fiction de la loi; quelque rêve de l’école;qu’ils prennent comme prophète- dé Dieu quelque idole de la populace-, quelque "parvenu sorti d’une crise • révolutionnaire ,. quelque oracle de cabinet de lecture! Hélas! ils ne sont guère plus avancés, car ils doivent posséder Une vertu sans avoir les moyens de l’exercèr, et ils feront un acte de foi sans savoir en qui ni pourquoi ! ’ ‘
Quelle reconnaissance nous devrions témoigner à Dieu, mes frères , de ce qu’il lions â faits ce que nous sommes! C’est là un effet de sa grâce. Il y a sûrement de puissantes raisons pour engager les âmes à entrer dans l’Église, mais ces raisons ne forcent pas la volonté. Ôn peut les connaître et cependant ne pas agir d’après elles. On peut être convaincu sans être persuadé. H y a une grande différence entre comprendre la nécessité de la foi et croire; la raison, abandonnée à elle-même, vous amènerait à conclure que vous avez suffisamment de motifs pour croire; mais la foi est le
dofj de la grâce. Vous êtes ce que vans étés, non par up mérite (fui vous soit propre., mais par la grâce de Dieu qui vous-a appelés à croire. Vous auriez'pu être semblables aux Barbares de. l'Afrique ou aux esprits forts de l’Europe, tout en ayant reçu assez de grâce pour être condamnés, parce qu’elle n’aurait pas avancé Votre salut. Vous pourriez avoir en de foçtes inspirations de la grâce , y avoir résisté, et ri’avoir pas reçu assez dégrâce additionnelle pQür .surmonter votre résistance. Dieu ne donne pas la même mesure de grâce à chacun de nous. We vous a-t-il pas accqrdé.une surabondance de grâce '} N’e vous en fallait-il pas plus qu’il n’en faut aux autres hommes pour amollir-! a du^ reté de votre cœur? Loùcz-h; et bénissezrle continuellement poqr ce bienfait;, n’oubliez pas, à mesure, que lo temps s’écoule, qup c’est iiu bienfait de sa grâce; .pe vous en vantez pûS.; priez pour ne pas lcjerdre,. et }âcbcz d’aliiener d’autres âmes à le partager.
< Et vous, protestants, qui m’écoulez,, s’il y en a dans cet auditoire, .vous qui êtes aussi nos frères, quoique vous ne soyez pas encore catholiques; mais qui , per votre présence ici , témoignez de l’intérêt que vous prenez à notre enseignement, et de votre désir d’en savoir davantage sur nos doctrines, considérez, bien que >Ous n’ayez peut-être pas encore la foi; que cependant la miséricorde de Dieu vous a mis çn bon chemin de l’obtenir. Vous êtes sons l’influencé de la grâce de Dieu; il vous a fait faite le premier pas; il désire que vous poursuiviez votre voyage; il vous aidera à aller plus loin; il répandra sur vous la plénitude
FOI F.T JÇOCMFNT l'IUVF. 25#
de Ses bénédjc lions , çt vous rendra, catholiques. Vous êtes, encore plongés dans Jfc péché ; probablement votre conscience est chargée de tous.cêux que vo.tis •avez commis depuis plusieurs années j. vous porlpz Ip fardeau d’un grand nombre de péchés mortels qij’aitcune contrition n’a effacés ,, et auxquels vous n’avez pas appliqué le remède des sacrements. Vous èjes tourmentés par une' conscience inquiète , un coeur im-r pur, upc volonté incertaine; vous avez besoin de. vous convertir. Malgré votre état, les premières inspirations de la grâce cemipencèiit à o ppre rs u r vo troè nie : elles produiront le pacdoil pour Je passé et la -sainteté pour L’avenir. Dieu vous pousse à des actes de foi, à- l’espérance, àt’ainonr, à JaJiainé du péché, au repentir; ne ‘If désappoiutez^pas ; hq le eontrariôzpas;' secondez-le ; obéissez-lui. En Levant les jeux , il vous seinble. voir une haute montagne qu’il faut gravir, et vous dites : « Comment pourrai-je franchir ces cimes gigantesques qni s’élèvent cnlrc moi et l’Eglise catholique pour me fermer le chemin? .Le ne comprends pas telle doctrine, et telle'antrc m'afflige; celte ci semble impossible,; je ne puis me familiariser avec celte pratique; cet usage me fait peur ; je me sens comme ébloui ét étourdi ; je suis prêt à m’abandonner au désespoir. »
, — Ne tenez pas ce langage, mes-chers frères ; reprenez courage ; comptez sur les secours du Seigneur, qui vous appelle en avant. « •Qu’êtes vous, ô grande montagne, devant Zorobabel? Vous n 'êtes qu'une plaine. » Il vous conduira pas à pas, comme il l’a fait pour plusieurs d’entre nous. 11 redressera les sentiers tortueux,
2i)8 DIXIÈME CONFÉRENCE.
cl aplanira les ‘•entiers, raboteux- Il détournera le cours des torrents et tarira les rivières qui se trouvent sur votre chemin. « Il fortifiera vos pieds comme les pieds du cerf ; il vous élèvera sur des lieux élevés. 11 élar-
gira vos pas sous vous , ét votre marche ne sera pas affaiblie. » « Il n’y a pas de Dieu comme le Dieu des justes; votre protecteur est celui qui monte au ciel; par sa puissante autorité les nuages se dispersent. Son habitation est en haut, et au-dessous sont les armes éternelles. Il chassera l’ennemi de devant vous, et il lui dira : Dispersez-vous. » « La fleur de l’âge se lasse et succombe au travail, et la vigueur do la jeunesse a ses affaiblissements; mais ceux qui espèrent au Seigneur trouveront des forces toujours nouvelles; ils prendront des ailés et voleront comme l’aigle; ils courront sans se- fatiguer,- et ils marcheront sans qu’ils se lassent. » • , . . “
— cs-H-e>—
y LA. FOI ET LE DOUTE.
Ceux qui, par curiosité ou par un meilleur motif, sont portés à s’occuper de la religion catholique , nous font parfois une question étrange : ils nous demandent si,, dans le cas où ils embrasseraient cette religion, ils seraient libres de reprendre, quand ils le jugeraient à propos, l’çxamen de son autorité divine, et, par examen , ils entendent une étude inspirée par le doute et pouvant aboutir à la négation. La même question est souvent posée , sous forme d’objection , par ceux qui n’ont nullement le désir de devenir catholiques. Ceuxci insistent sur- un point qu’ils regardent comme effrayant : c’est que , lorsqu’on est une fois entré dans le giron de l’Eglise, on ne peut plus en sertir, la porte étant irrévocablement fermée. Ils ajoutent qu’une fois devenu catholique, on ne peut plus se livrer au doute; que, quelques scrupules que l’on ait, il faut les étouf-
fer, les repousser comme des suggestions de l’esprit du mal ; en un mot , qu’il faut renoncer à l’examen de la vérité , faire violence à son esprit , ce qui n’est rien moins que moral. Voilà ce que l’on dit, mes frères; telles sont les objections que l’on nous fait. Nos adversaires, s’ils étaient conséquents, devraient déclarer que c’est faire acté de folie que de se prononcer irrévocablement sur un sujet religieux quelconque , et que, quelque sacrée que soit une doctrine , quelque évidente qu’elle nous paraisse, nous devrions toujours nous réserver le droit d’en douter. Je ne puis m’emp.êcher de trouver qu’une opinion si extravagante se réfute d’elle-même; cependant je vais examiner la question au point de vue contraire, c’est-à-dire au point de vue catholique , dans sa valeur intrinsèque , sans toutefois admettre les termes dans lesquels la question vient d’être posée.
dl est parfaitement vrai que l’Eglise ne permet pas à ses enfants d’élever le moindre doute sur ses enseignements , et céla , avant tout , par la raison qu’ils ne peuvent être catholiques qu’autânt qu’ils ont la foi , et que la foi est incompatible avec le doute. On ne peut être catholique, si l’ob ne croit pas que ce que l’Eglise enseigne au nom de Dieu est la parole de Dieu, et conséquemment est vrai. Ün catholique doit croire que l’Eglise est l’oracle de Dieu ; il doit être aussi certain de la mission de l’Eglise , qu’il l’est de la mission des apôtres. Or, pourrait-on croire qu’un homme est con- T aincu que les apôtres étaient envoyés de Dieu , si , après l’avoir reconnu , il ajoutait que peut-être un
LA FOI ET LE DOCTE
jour il doutera de leur mission? Cette anticipation serait un doute réel, quoique latent ; elle prouverait que cet homme n’est pas ccnvaincu actuellement de ce qu’il affirme. Une pe: sonne qui dit : « En ce moment je crois, mais peud etre est-ce un moment d’exaltation involontaire, et je ne puis répondre que je croirai demain , » est une personne qui ne croit pas. Un homme qui dit : « Je suis peut-être sous le coup d’une illusion qui cessera un jour ou Vautre, et qui me laissera tel que j’étais auparavant, » ou qui pense : « Je crois autant que possible , mais peut-être y a-t-il au fond des arguments qui changeront ma manière de voir, » est un homme qui n’a pas la foi. Lorsque les protestants nous reprochent, entre autres choses, que ceux qui entrent dans l’Eglise doivent renoncer pour l’avenir à toute liberté de douter de l’Eglise , leur accusation équivaut à dire que nous insistons sur la nécessité de la foi en l’Eglise. Qu’ils soient francs , qu’ils avouent que notre tort est d’exiger qu’on ait foi dans l’Eglise catholique , et rien de plus. Je dois insister sur ce point : la foi implique une conviction que la chose crue est réellement vraie ; or, si elle est vraie , elle ne peut jamais être fausse. S’il est vrai que Dieu s’est fait homme , à quoi bon prévoir le moment où je ne croirai plus cette vérité ! C’est tout à fait comme si j’anticipais le moment où je ne croirai plus à une vérité. Se réserver la faculté de ne pas croire ou de douter dans un temps à venir que Dieu s’est fait homme , c’est •vouloir être autorisé à douter d’une vérité éternelle pour arriver à la nier. Je ne conçois pas du tout les
OXZI ÈM F. CONFÉRENCE.
avantages d’une pareille faculté , ni l’empressement qu’on met à se la garantir. Si je n’ài actuellement aucun doute sur cette vérité , la liberté que je demande est la liberté de tomber dans l’erreur ; si j’ai actuellement des doutes sur cetle vérité , je ne la crois donc pas, jo n’y ai point foi. Mais je ne puis y croire réellement à présent , et prévoir le jour où peut - être je n’y. croirai plus ; car, anticiper sur les doutes à venir, c’est douter présentement. Cela prouve, lorsqu’on raisonne ainsi, que l’on n’est pas dans les dispositions nécessaires pour devenir un bon catholique. On peut aimer à demi , obéir à demi, mais on ne peut croire à demi ; ou l’on a la foi, ou on ne l’a pas.
Pareillement, si, après être devenu catholique , on se met à suivre un doute qui s’est présenté à l’esprit , déjà on ne croit pas. Il n’est plus nécessaire d’avertir une personne qui estdans ce cas, et de lui dire qu’elle risque de perdre la foi, car elle l’a déjà perdue; par le fait même de sa résolution, elle l’a perdue ; elle a cessé d’être en grâce dès le moment où elle a résolu de persévérer dans son doute. Vous ne pouvez vous déterminer à douter d’une chose dont vous êtes'certain; or, dès que vous n’ètes plus certain que l’Eglise est l’ouvrage de Dieu , vous ne croyez plus. Ce n’est pas moi qui vous défends le doute , c’est vous qui vous arrogez -le droit de douter, en en demandant l’autorisation; le doute chez vous n’est pas un résultat, c'est un point de départ ; votre désir , votre dessein , voilà votre péché. Ce n’est pas moi qui fais du doute un péché ; il est tel par la nature même des circonstances dans lesquelles
LA FOI KT LK DOCîTK.
vous concevez votre coupable dessein. Vous avez entendu dire quelquefois que des catholiques avaient quitté l’Eglise par suite d’une lecture attentive des Ecritures , lecture qui leur avait ouvert les yeux , qui leur avait prouvé que l’Eglise est fondée sur des bases contraires à l’esprit des Livres-Saints (j’emploie les expressions dont on se sert en parlant de l’Eglise du Dieu vivant). Non, ce n’est pas l’Ecriture qui les a fait douter; cela -est impossible! Ils doutaient déjà lorsqu’ils ouvrirent la Bible ; ils l’ouvrirent dans un esprit et dans un but d’incrédulité; ils ne l’auraient pas ouverte s’ils n’avaient pas prévu, je dirai même, s’ils u’avaienl pas espéré d’y trouver des passages en. contradiction avec les enseignements-dc l’Eglise. Ainsi ils ont commencé par l’orgueil et la désobéissance , et ils ont fini par l’apostasie. Voilà la raison réelle fct directe pour laquelle l’Eglise ne peut accorder à ses enfants la liberté de douter de la vérité de sa parole. Celui qui y croit réellement maintenant , né peut supposer que , dans un temps plus ou moins rapproché, il découvrira des raisons qui ébranleront sa foi ; s’il le suppose, c’est qu’il n’a déjà plus de foi ; et les protestants, qui appellent une tyrannie la défense de douter des enseignements de l’EgHse, prouvent, en disant cela, qu'ils ne savent pas ce que c’est que la foi , et , en effet , cette foi leur est étrangère. Il faut ou cesser d’examiner, ou cesser de se dire enfant de l’Eglise.
Voilà ma première remarque ; je passe à une autre. Vous devez facilement comprendre, mes frères, que ceux qui entrent dans le giron de l’Eglise ou qui déjà
y sont entrés, ont plus que de la foi : ils ont aussi quelques étincelles d’amour divin. Ils ont entendu parler dans l’Eglise de la charité de Celui qui est mort pour eux, qui leur a donné les sept Sacrements comme moyens de faire participer leur âme aux mérites de sa mort, et, à ce récit, leur âme a ressenti plus ou moins l’influence d’une charité sympathique qui les a attirés vers Lui. Or, je demande si la prévisipn que l’on pourra révoquer en doute ou nier les grandes grâces dont on jouit s’accorde mieux avec un amour confiant qu’avec la foi. Prenons un exemple. Que penserjez-vous d’un ami qui vous est cher, si , malgré la confiance qu’il vous témoigne actuellement, il vous annonçait qu’un joqr il pourrait cesser de se fier à' vous? Ne seriez-vous pas étonné de ce que, ayant soupçonné que vous voulez le tromper, et que vous êtes unjiialhonnête homme ou un dissipateur, il n’ait pps écarté cette pensée avec indignation , ou qu’il n’en ait pas ri comme d’une absurdité; mais, au contraire, qu’il ait cru devoir s’arrêter à ces soupçons, les examiner, en peser la vraisemblance ? Penseriez- vous que votre aini , en concevant des craintes si injustes, a outragé l’amitié et la vérité, a fait défaut à sa raison , a manqué à son honneur; ou bien diriez-vous qu’il a agi dignement et noblement? Quant à moi, mes frères, si cet ami persistait dans a défiance , je désirerais bien ne jamais connaître une telle personne. Les esprits soupçonneux , jaloux , qui se tiennent à distance, qui s’exagèrent leurs droits, qui changent facilement d’avis, qui s'imaginent sans cesse des offenses ; les esprits froids , moqueurs, capricieux ,
LA FOI KT LK DOUTE. 263
incertains, doivent souvent être supportés comme une croix ; mais je choisirais pour ami un homme qui s’unirait à moi de cœur et d’âme j qui embrasserait mes intérêts, qui prendrait ma défense quand je serais attaqué ; qui d’avance me donnerait raison ; qui, enfin, s’il était sévère, comme il aurait le droit de l’être envers un ami tel que moi , plein de péchés et d’imperfections, le serait par amitié , par loyauté , dans le désir de me voir toujours estimé et estimable , et afin que les autres puissent m’aimer coinme il m’aime luimême. Je ne pourrais pas croire à l’amitié d’un homme qui prêterait l’oreille à toutes les calomnies qu’on dirigerait contre moi , et je préférerais son éloignement à sa société, s'il venait me dire gravement qu’il se croit obligé de concevoir des doutes sur ma probité.
Passons à un sujet plus élevé. Pourrait-on dire qo’un homme a confiance en Dieu et aime Dieu, s’il doutait de l’existence même de l’Être suprême, ou s’il croyait pouvoir mettre en doute, aussi souvent qu’il lui plairait, sa bonté, sa justice, sa toute-puissance? Pourrait-on dire qu’il aime Diep, celui qui craindrait, en agissant autrement, de devenir semblable à un malheureux esclave, de rendre son esprit captif et incapable d’offrir aucun hommage libre et agréable à son Créateur ? Que penseriez-vous de celui qui soutiendrait que le Seigneur aime un culte accompagné d’un éternel caveat de la part de ses adorateurs, et qui ajouterait qu’il ne s’est pas engagé à lui rendre ce culte demain , qu’il ne répond pas que quelque argument nouveau pour lui ne vienne lui faire un devoir
ONZIÈME CONFKRKNC.K.
2<ii
moral de suspendre son jugement et sa dévotion ? Eh bien ! je vous dirai , mes frères, que cet homme rendrait un culte à son propre esprit, à sa personne, et non à Dieu ; son idée de Dieu serait une forme accidentelle. que sa pensée prendrait de temps à autre, pour un temps plus ou moins long, selon les circonstances, et non pas une image du grand Objet Extérieur ; ce serait un sentiment passager ou une fantaisie sans signification aucune. J’ajouterai, et bien des gens seraient de mon avis s’ils examinaient attentivement la question , que la personne dont il s’agit serait infatuée d’elle-inème, qu’elle n’aurait ni amour, ni foi, ni crainte, ni enfin rien de surnaturel dans son cœur; que son orgueil devrait être brisé et son cœur régénéré, avant de devenir capable d’nucim acte de religion. Ce même argument s’applique à l’Eglise ; die vient à nous en qualité de messagère' de Dieu ; comment celui qui connaît sa mission divine, qui viept à elle et tombe à ses pieds, peut-il faire des réserves et exiger qu’on lui permette de douter un jour ou l’autre? Que le monde crie tant qu’il voudra que sa raison est mise aux fers, qu’il serait hypocrite et imposteur s’il ne se réservait pas le droit de douter ; mais il sait bien qu’il serait ingrat et insensé en se réservant ce droit. Oui, des fers! «les liens qui charment les hommes, » les liens de l’amour, voilà les. fers qui attachent à la sainte Église celui qui croit; il est, avec l’Apôtre, l’esclave de Jésus-Christ, Seigneur de l’Eglise; il est uni à l’Eglise pour toujours, il en a du moins l’espérance; il est uni pour toute sa vie à ses sacrements, à ses
LA FOI ET LE DOfTK.
sacrifices, à ses saints, à Marie, a Jésus et à Dieu.
La vérité est, mes très, -chers frères, que le monde, ne connaissant pas les bénédictions de la foi catholique et n’v soupçonnant que du mal, s'imagine qu’un converti, sa premier ferveur passée, ne trouve que des désappointements, de l’ennui, de l’amertume dans sa nouvelle religion , et qu’il souhaite en son cœur de revenir sur ses pas. On voit cela au fond de l’étonnement et de l’irritation que le monde témoigne, lors- , qu’on lui dit que les doutes sont incompatibles avec la profession du 'catholicisme; car le inonde est persuadé que le nouveau converti aura des doutes , et que , par conséquent, il sera malheureux. Le monde ne peut pas concevoir, dans son étroite imagination, qu’bu. trouve dans l’Église la paix, la joie, la connaissance, la liberté, la force spirituelle ; il regarde l’Église comme une conspiration épouvantable contre le bonlieur de l’homme, séduisant ses victimes par des protestations spécieuses, les négligeant dès qu’elles sont entrées, ou ne s’occupant d’elles quç pour éterniser leur servitude et pour river leurs fers. 11 mous dépeint comme étant continuellement en guerre avec notre raison, et toujours occupés à étouffer des doutes sans cesse renaissants. U croit que, semblables à un navire qui a éprouvé une avarie en mer, nous sommes sans cesse occupés à 'vider l’eau qui nous submerge, et que nous avons beaucoup de peine à nous tenir à flot; il pense que nous ne nous soutenons qu’en violentant notre raison ou en la détournant des questions religieuses. Le monde ne croit pas à nos doctrines, et ne peut croire que nous y
ONZIÈME CONFÉEENCE.
SW
ayons foi. Il trouve ces doctrines si étranges, qu’il a*sure que nous sommes, jour et nuit, assaillis de doutes et tourmentés de la crainte d’y céder, quoique nous nous en défendions. Le monde doit encore penser qu’une des principales occupations des confesseurs est de dissiper les inquiétudes de leurs pénitents. 11 s'imagine que notre raison est en révolte continuelle comme la chair; que le doute, pareil à la concupiscence, se réveille en nous à la vue de certains objets, à l’ouïe de certains sons; que la vue de chaque page d’un livre protestant, que le son môme de la voix d’un controversiste nous donnent des tentations, nous plongent dans la plus profonde perplexité d’esprit. Quand il voit passer un prêtre catholique, il le regarde fixement pour démêler ce qu’il peut y avoir dans sa composition de sottise et d’hypocrisie. Mais si telles sont vos idées, mes chers frères, vous êtes simplement dans l’erreur. Croyez plutôt à mes paroles qu'à celles du inonde, quand je vous dis qu’il n’est pas difficile à un catholique de croire, et qu’il n’y a de difficile pour lui que de douter, à moins toutefois qu’il ne se néglige extraordinairement. Il a reçu un don qui lui rend la foi facile ; ce n’est pas sans effort, sans un effort déplorable, que ceux qui ont reçu ce don cessent de croire. Le catholique ne fait pas violence à sa raison en exerçant sa foi, mais il lui fait violence en ne croyant pas. Quand une difficulté l’arrête , ce qui peut lui arriver facilement s’il vit dans le inonde, cette difficulté lui est aussi odieuse et insupportable que le sont les pensées impures aux hommes vertueux. Il s’éloigne d’elle
LA POI ET LE DOUTE
avec horreur ; il la repousse avec effroi ; mais pourquoi la fuit- il 7 pourquoi la rejette-t-il î Ce, n'est pas
parce qu’elle est dangereuse, mais parce qu’elle est cruelle et méprisable. Son bon Maître , qui a tout fait pour lui, a-t-il mérité une pareille récompense? Papule meus, quid, feci tibi ? « O mon peuple! que vous ai-je fait? En quoi vous ai-je offensé? Répondez-moi. Je vous ai fait sortir de la terre d’Egypte ; je vous ai délivré de la maison des esclaves; j’ai envoyé devant vous Moïse, Aaron et Marie ; je vous ai entouré de biens et j’ai planté pour vous les vignes les plus exquises. Qu’y a-t-il que je puisse faire à ma vigne de plus que ce que j’ai fait? » 11 a répandu sur neus sa grâce ; il a été avec nous dans nos perplexités ; il nous a conduits d’une vérité à l’autre^ il nous a pardonné nos péchés ; il a satisfait notre raison ; il nous a rendu la foi facile; il nous a donné ses saints; il nous montre jour par jour sa passion : pourquoi l’abandonneraisrje? Que vn’a-t-il fait qui ne soit pour mon bien? Pourquoi examinerais-je encore ce que j’ai examiné une fois pour- toutes? Pourquoi prêterais-je l’oreille à tous les vains propos que l’on tient contre lui autour de moi? Pourquoi ne les repousserais-je pas, au risque d’être traité de bigot et d’esclave? Pourquoi me conduirais-je envers le Très-Haut comme ceux qui me traitent ainsi n’oseraient pas agir à l’égard d’un de leurs amis ou d’un bienfaiteur? Si je suis convaincu dans ma raison et persuadé dans mon cœur, pourquoi ne pourrais-je pas continuer d’adorer Dieu sans nulle interruption, sans nulle perturbation?
J’en ai dit assez sur ce sujet; mais il peut être utile de le considérer encore sous un autre point de vue. La prudence personnelle n’est ni le premier ni le second motif propre à détourner les catholiques de prêter l’oreille aux objections contre l’Eglise'; mais c’est néanmoins un motif important, par suite de la nature particulière de la loi, qui ne peut être traitée comme une conviction ou une croyance ordinaire. La foi est un don de Dicta, et non pas un simple acte de notre volonté que nous puissions exercer quand bon nous semble. Elle est tout à fait distincte d’un exercice de la raison, bien qu’elle vienne à sa suite. On peut sentir la force des arguments en laveur de l’origine divine de l’Église ; ou peut voir qu’op doit croire, et cependant être incapable de croire. Ce n’est pas là une supposition gratuite ; il y a bien des hommes qiii ont des , motifs suffisants de croire, qui voudraient croire, et qui pourtant ne le peuvent pas. C’est toujours leur faute sans doute, car Dieu donne' la grâce à tous ceux qui la demandent et qui en font usage; mais le fait est que la conviction n’est pas la foi. Prenez l’exemple analogue de l’obéissance. Bien des gens savent qu’ils doivent obéir à Dieu, et cependant ils ne lui obéissent pas et ne peuvent pas lui obéir : c’est leur faute, sans doute; mais enfin ils ne peuvent obéir, car on ne peut obéir que par la grâce. Or, la foi n’est pas une simple conviction basée sur la raison ; c’est un assentiment positif, c’est une certitude claire, plus forte que toute autre certitude; elle s’établit dans l’esprit par la grâce de Dieu, et par la grâce seulement. On peut être con-
i. i . . w-ïi tf wrBry l. ^.-
LA FOI ET LE DOCTE
vaincu et ne pas agir selon ses convictions ; de mémo, on peut être convaincu et ne pas croire selon ses convictions. On peut avouer que c’est là un argument contre soi-même, que l’on n’a rien à dire pour sa défense, qu'on est impardonnable, qu’on serait beureüx de croire, et néanmoins on avoue qu’on ne le peut pas ; on ne sait pourquoi, mais on ne le peut pas; on persiste dans l’incrédulité, et l’on tourne le dos à Dieu et à son Église. La raison de ceux qui agissent ainsi est convaincue ; leurs doutes sont des doutes moraux provenant d’un défaut de leur volonté. En un mot, les arguments en faveur de la religion ne forcent personne à croire, pas plus que Je» raisonnements et les bons exemples ne contraignent à obéir. L’obéissance est la conséquence de la volonté d’obéir, et la-foi est la conséquence de ..la volonté de croire; nous pouvons voir par nous-mêmes ce qui est bien , tant en matière de foi qu’en matière d’obéissance ; mais nous ne jwuvons vouloir ce qui est juste sans la grâce de Dieu. Voilà la différence entre les autres exercices de la raison et les arguments-en faveur de la vérité de la religion. Aucun acte de foi n’est nécessaire pour croire que deux et deux, font quatre ; nous ne pouvons refusér notre assentiment à cette . vérité ; mais il. y a du mérite à croire que l’Eglise vient de Dieu , car, bien qu’il y ait des milliers de preuves à l’appui de ce fait, cependant on peut, sans encourir le reproche d’absurdité, contester l’exactitude de la conclusion. On peut regretter qu’elle ne soit pas plus claire; on peut suspendre son adhésion ; on peut douter du fait si l’on veut-,
niais il n’y a que la grâce qui puisse changer une mauvaise volonté en une bonne.
Vous voyez maintenant pourquoi un catholique n’ose pas, par prudence, faire attention aux objections qu’on élève contre sa foi : il ne craint pas qu’elles prouvent que l’Église ne vient pas de Dieu; mais il craint que Dieu rie le punisse par la perte de sa foi surnaturelle, s’il y prêtait l’oreille sans nécessité. Cela fait connaître une des causes de ce malheureux état d’esprit auquel j’ai déjà fait allusion , et dans lequel se trouvent ceux qui voudraient être catholiques, et qui ne le sont pas. Ils ont plaisanté avec la conviction; ils ont prêté l’oreille à des arguments opposés à ce qu’ils savaient être la vérité,^ leur esprit a été frappé de mort; la foi a reculé devant eux, et leurs paroles, leurs actions, trahissent chaque jour davantage le jugement de Dieu qui les a visités. Ils deviennent insouciants et indifférents, ou inquiets et malheureux, ou impatients de toute contradiction; ils demandent des conseils, et' les rejettent quand on les leur donne; ils n’essaient pas de réfuter les arguments qu’on emploie pour les combattre; mais, se contentant de lés repousser, ils s’obstinent à ne pas croire. Voilà leur position ; en deux mots, ils ne croient pas. Je ne sais ce qu’ils deviennent ensuite; peut-être restent-ils dans cet état d’anxiété et de désespoir, soupirant après l’Église et n’y entrant pas ; ne sachant ce qu’ils croient ni ce qu’ils ne croient pas, comme des aveugles ou des aliénés, privés de la vue du corps ou de celle de l’esprit, et incapables de se conduire par eux-mêmes. Ils se proposent souvent de revenir à 11
LA POI ET LE DOCTE
vérité, et n’y reviennent jamais ; ou bien , s’ils sont d’un caractère ardent et résolu , ils se lancent à corps perdu dans l’incrédulité, sans croire moins qu’aupâr&vant, puisqu’au début ils ne croyaient point; mais ils s'affermissent dans leurs erreurs, et aboutissent enfin à l’athéisme, si les circonstances leur en laissent la faculté. Telle est la fin de ceux qui, sous prétexte de rechercher et d’examiner la vérité, jouent avec leurs convictions.
Ce sont là quelques-uns des motifs pour lesquels l’Êgllse catholique ne peut raisonnablement permettre à $es enfants de douter de la divinité et de la vérité de ses paroles. L’examen et l’étude des raisons de la foi ne sont pas le doute, et ce n’est pas douter que d’examiner la vérité des arguments dont on se sert pour l’attaquer, quand il y a de bonnes raisons de le faire : je veux parler d’un doute réel ou d’une réflexion inutile aUx objectiofts. L’Église condamne une pareille conduite, non-seulement pour les motifs que j’ai signalés plus haut, mais parce que, si elle agissait autrement, elle abdiquerait son caractère et scs devoirs. Comment l’Église, douée de la prérogativede l’infaillibilité, pourrftit-elle permettre à scs enfants de douter de son droit? Ce serait une inconséquence dë la part de celle qui est l’oracle infaillible de la vérité et la messagère des cieux, què d’admettre dans son sein des esprits rebelles à son autorité. Elle fait ce qu’avaient fait avant elle les apôtres dont elle est l’héritière. « Celui qui nous méprise, dit saint Paul, ne méprise pas l’homme, mais Dieu qui nous a donné aussi son Saint-Esprit. »
Et saint Jean dit : « Nous sommes de Dieu; celui qui connaît Dieu nous écoute ; celui qui n’est pas de Dieu ne nous écoute pas; c’est à cela que nous connaissons l’esprit de vérité et l’esprit de mensonge. » 11 y a dans l’Ancien Testament un trait remarquable qui nous fait voir combien le doute est déplacé chez ceux qui professent une religion, et quelle doit être la conduite de l’Église à leur égard. Lorsque Elie fut enlevé au ciel, Elisée fut le seul témoin de ce miracle ; et quand il retourna auprès des fils des prophètes, ceux-ci demandèrent ce qu’était devenu Elit, et voulurent aller le chercher. Bien qu’ils reconnussent Elisée pour son successeur, ils refusèrent cependant de croire à sa parole. Ayant frappe les eaux du Jourdain, elles s’ôtaient ouvertes, et il avait passé à travers le fleuve ; c’étaient là des raisons de croire, et, en conséquence, quand u, à Jéricho les fils des prophètes, qui étaient vis-à-vis, l’eurent vu, ils dirent : L’esprit d’Elie s’est reposé sur Elisée ; ils vinrent au-devant’de lui et se prosternèrent devant lui. » Que pouvaient-ils exiger de plus? Ils con , fessaient qn’Elisée avait l’esprit de son illustre maître, et, en confessant cela, ils reconnaissaient implicitement que ce maître avait' été enlevé ; eh bien ! malgré cela, ils font, par faiblesse de jugement, une demande qui trahit le doute : « Voici maintenant avec vos serviteurs cinquante hommes puissants ; nous vous prions qu’ils s’en aillent chercher votre maître, de peur que l’esprit de l’Eternel ne l’ait enlevé et ne l’ait jeté sur quelque montagne ou dans quelque vallée. » Ils demandaient à poursuivre leurs doutes jusqu’au bout, et
LA FOI ET LE DOl/'TE.
à faire, des recherches; Elisée le leur permit-il? ,11 savait très-bien que les recherches aboutiraient, comme elles aboutirent en effet, à la confirmation de, la vérité; mais c’était un mauvais esprit qui les inspirait, et Elisée n’approuva pas leur conduite. 11 dut trouver ces hommes religieux bien inconséquents, car ils doutaient ■ de la véracité de celui qu’ils venaient de reconnaître comme prophète; que dis-je? ils doutaient même de son autorité, car ils semblaient croire qu’Elie était encore parmi eux. Aussi refusa-t-il de les satisfaire; il leur dit : « N’y envoyez point. » Le monde prétendrait que e’était étouffer la vérité, que c’était obliger ces genèà croire, bon gré ou mal gré, ce qu’on leur annonçait. sans fournir aucune preuve ; que c’était les .empêcher de se convaincro par eux-mêmes de l’exactitude du rapport qu’on leur faisait; mais Elisée n’eùt pu agir autrement sans manquer à sa divine mission, et sans donner sa sanction à leur péché. Je sais bien qu’ils « le pressèrent tant, qu’il consentit à les laisser faire, et qu’il leur dit enlin.: Euvoycz-y ; » mais c’était un consentement 3e pure Complaisance, un consentement forcé, pajeil à celui que le Dieu tout-puissant accorda aux prières de Balaam. Quand Balaam désira aller avec lçs anciens de Moab, Dieu lui dit : « Vous n’irez pas avec eux; » mais Balaam. ayant réitéré sa demande, Dieu lui Répondit : «Levez-vous et allez avec eux. » Puis l’écrivain sacré ajoute : « Balaam alla avec eux et Diciren fut irrité. » Dans l’histoire d’Elisée, les mêmes circonstances se présentent; le prophète répond : « Envoyez-y ; ils envoyèrent alors cinquante
hommes, qui cherchèrent trois jours; mais ils ne Je trouvèrent pas; » et, bien que ees recherches démontrassent qu’Elie était ailleurs, Elisée ne les approuva point, même après qu’elles furent finies. « Il leur observa : Ne vous avais-je pas dit de n’y point aller? » C’est ainsi que l’Eglise interdit toute recherche indiscrète à ceux qui reconnaissent son autorité ; mais s’ils veulent se livrer à ces recherches, elle ne peut les en empêcher ;. seulement, en s’y livrant, ils commettent ata péché. - •
Je pense que maintenant vous comprenez , mes frères, pourquoi Eexamen ■ précède la foi et ne la suit pas. Vous avez examiné avant d’entrer dans le sein de l’Eglise ; vous vous-êtes déclarés satisfaits, et Dieu vous a récompensés par lé don de la foi; si vous vous livriez à de nouvelles recherches , vous nous autoriseriez à croire que vous avez perdu cette foi , car l’examen et la foi sont deux choses essentiellement incompatibles. J’ajoute que l’Église catholique est la seule puissance qui ait le droit d’exigôr votre foi et de vous défendre tout examen ultérieur, par 1» seule raison qu’aucune autre Eglise ne se donne pour infaillible, abstraction faite de la preuve de cette prétention. C’est là un vice qui frappe tout d’abord, et qui rend les autres Églises incapables d’entrer en lutte avec l’Églisé de Dieu. Les autres religions, au lieu de vous demander votre foi, vous invitent à examiner leurs dogmes et à douter de leur vérité; elles protestent qu’elles ne sont que des associations volontaires, et qü’elle9 seraient fâchées d’être considérées autrement ; elles vous supplient de
LA FOI ET I.F. DOUTE
ne voir, dans leurs prédicateurs et leurs missionnav*res que de faibles mortels et dé pauvres pécheurs ; elles vous invitent à apporter la Bible à leurs sermons, afin de juger par vous-mêmes si leur doctrine est d’accord avec l’Écriture. Je sais qu’il y a dans la religion officielle de ce pays des ministres qui interdisent le libre examen ; mais je demanderai s’ils osent soutenir que leur Église , comme ils l'appellent , est infaillible ? S’ils ne la regardent pas comme telle , et vous savez que non., coinmcut peuvent-ils condamner le libre examen ou exiger que des membres de cette Église aient foi jen elle.? La foi, dans ce cas, n’est pas une foi véritable , mais de L’obs.ti nation. Aussi, ils n'exigent pas tant de confiance de la part de leurs adhérents ; ils disent : « N’examinez- pas ; » mais ils ne peuvent- dire : « Croyez; >rcar en qui les adhérents de ce culte auraient-ils foi? De qui individuellement ou de quelle autorité- collective peuvent-ils dire : n 11 est ou ils sont doués d’infaillibilité et ne peuvent nous égarer ? » Et Jorsqu’on les presse de s’expliquer, ils dennént "pour môtif de leur persévérance dans leurs erreurs, l’attachement qu’ils portent àr leur Église , mais jamais la foi qu’ils ont en elle, ce qui est trèsdifférent; car l'attachement qiLon -a pour la religion dans laquelle on est né, peut se; justifier par une foule dé raisons^ On peut alléguer qu’élle renferme encore dés restes nombreux des: doctrines catholiques; on pent alléguer ses formes établies, la beauté et l’étégancc de sa ■ liturgie , sa littérature , la piété de sels ■nombres, ses rapports avec l’histoire nationale , son
caractère domestique , les- charmes que présentent les "fonctions de son ministère à la campagne , le souvenir des années écoulées , l’exemple des supérieurs et des amis ; ce sont là autant de lieos qui attachent au culte national. Mais autre chose est l’attachement, autre chose est la confiance ; obéir n’est pas la même chose que croire et avoir confiance, et je suis convaincu qu’il n’est pas un seul . homme réfléchi et instruit qui croie ou qui ait quelque confiance en la parole de .cette Église. Pour moi, je n’en ai jamais rencontré un seul, et je ne crois pas qu’une telle personne existe et avoue qu’elle a .cette confiance. Les partisans 'de cette Église croiraient certainement, s’ils le pouvaient; mais leur plus haut -degré de confiance est accompagné de soupçons. Us obéissent, ils gardent le silencé devant leurs supérieurs, mais ils n’ont pas la prétention de croire. ■Évidemment, si la foi est nécessaire pour le salut, l’Église catholique est la seule religion qui nous offre le moyen de l’exercer.
Peut-être, mes frère?, que ceux d’entre vous qui ne sont pas catholiques, me feront observer- que si , en entrant dans l’Église , on se. délivre de tous les doutes^ il faut au moins s’assurer, avant d’y entrer, que cette Église vient de Dieu. .Vous avez raison, mes frères-, on ne doit entrer dans l’Église qu’avec )a Terme résolution de la croire sur parole dans toutes les questions de doctrine et de morale, et cela en se fondant sur la raison qu’elle vient .directement du Dieu de vérité. J1 est essentiel de bien se pénétrer de cette maxime , de bien faire son compte et ,de bien sonder ses forces.
LA FOI ET LE DOUTE. '
Ceux qui ne viendraient pas dans cette disposition d’esprit , feraient mieux de rester où ils sont ; qu’on soit grand ou petit, savant ou ignorant, quand ou entre dans le sein de l’Église, c’est pour. s’instruire. Quand on admet ee premier point, on ne saurait tarder à accepter les. autres , et on ne peut faire fausse route ni manquer son but; mais , quand on se trouve dans des dispositions différentes , il vaut mieux attendre encore quelque temps et remettre la chose à un moment plus favorable. Si vous entrez dans l’Eglise , c’est pour vous instruire; vous y entrez , noil pour lui apporter le tribut de vos lumières , mais pour devenir son disciple et pour l’ètre toujours ; vous y entrez, afin de partager ses bienfaits et.de ne jamais la quitter. Gardez-vous d’y, entrer seulement par curiosité et pour faire un essai; gardez-vous d’y entrer. comme vous entreriez vous asseoir dans une chapelle de dissidents, ou comme vous iriez entendre un discours; mais entrez-y comme vous entreriez chez vous, comme vous iriez à l’école de votre àme )( à la hière des saints, an vestibule du ciel. Chassez loin de vous toute inquiétude à l’égard de la durée de votre foi, après que vous serez entrés dans l’Église. l)e pareils soupçons, sont des suggestions de Satan, destinées à empêcher votre salut. Celui qui a commencé une bonne œuvre en vous, l’achèvera; celui qui .vous a choisis ne vous abandonnera pas; mettez votre cause entre ses mains, ayez confiance en lui, et vous persévérerez sans nul doute. Quelle entreprise mènerait-on à bonne jin, si on la commençait avec défiance et avec crainte? Quand ou
veut tout faire à la fois, on ne vient à bout de rien ; mais un ouvrage bien commencé est à moitié fini. Ce n’est pas en cachant le talent que Dieu vous a confié , que vous mériterez les éloges de votre Seigneur au jour où vous réglerez vos comptes avec lui. Non, en vous conduisarft de Terreur à la vérité; il accomplit la chose la plus difficile (s’il y a rien de difficile pour lui), et sans aucun doute il vous préservera île retomher dans Ter-: reur. Prenez l’exemple de ceux qui vous ont précédés dans la même voie ; ils craignaient, eux aussi, que leur foi ne vînt à faillir avant qu’ils ne fissent le dernier pas, et cependant leurs craintes cessèrent quand ils l’eurent fait. Avant d’avoir reçu la grâce de la foi, ils craignaient de la perdre.' après l’avoir reçue , ils étaient parfaitement tranquilles et rassurés , et s’ils avaient encore quelques appréhensions , elles ne portaient que sur la faiblesse naturelle à l’homme.
Que votre raison soit bien convaincue que l’Eglise catholique est un maître qui vous est envoyé par Dieu même, et cela suffit. Je ne vous engage pas à entrer dans son sein avant d’être convaincus de cette vérité. Si vous n’êtes convaincus qu’à demi, priez Dieu de vous donner une conviction entière, et attendez qu’elle vienne. H est bon Bans doute de se presser d’entrer; mais il vaut mieux ajourner cet acte que de le faire négligemment, car souvent , comme dit le proverbe , en se hâtant trop on recule. -Seulement ayez soin de vous assurer que le retard qpe vous apportez à l’œuvre de vçtre salut est indépendant de votre volonté. Dieu nous traite de bien des manières différentes : aux ung
LA FOI RT LE DOUTE
la conviction arrive lentement et par degrés, aux autres elle vient tout d’un coup et comme un trait de lumière ; chez les uns , elle est le résultat de longues réflexions et de nombreuses recherches; à d’autres elle vient soudainement et sans effort. 11 y en a qui sont convaincus en un moment, comme dans l'exemple cité par saint Paul en parlant de l’exposition de la doctrine : « Si tous prophétisent , dit-il , et qu’un infidèle ou un ignorant entre dans votre assemblée, tous le convainquent, tous le jugent. Les secrets de son coeur sont découverts, et, se prosternant sur son visage, il adorera Dieu et dira que Dieu est véritablement parmi vous. >» On voit des exemples analogues de nos. jours. Certaines personnes sont converties la . prertiièrc fois ' qu’elles mettent les pieds dans une église catholique; d’autres le sont par la lecture d’un livre ; d’autres, par la connaissance d’une seule de ses doctrines. Elles sentent le poids de leurs péchés , ét comprennent que la religion, ipii a le pouvoir de les leur pardonner, doit venir de Dieu. Les uns sont touchés de la beauté, de la sainteté, je dirais presque du parfum de la religion catholique. D’autres ont besoin d’un guide, au milieu de la confusion des croyances, et la doctrine de l’Église sur la foi, cette doctrine qui paraît si difficile à certains esprits, est la source de leur conversion. D’autres enfin, entendant les arguments des ennemis de l’Église , les étudient , les examinent, et leur conviction est le résultat de cet examen. Devant les tribunaux, ofl voit souvent l’innocence d’un accusé démontrée dès-le premier interrogatoire ; d’autres fois,
elle ne ressort qu’ après d’attentives recherches. On voit des accusés contre lesquels ne s’élève aucune charge grave, et dont la conduite a toujours été irréprochable, tandis qu’il y en a d’autres contre qui s’élèvent à la première vue de fortes présomptions. Ainsi, la sainte Église se présente sous des aspects très-divers aux différents esprits placés hors de son sein qui la contemplent. Dieu ne les traite pas de la même manière; mais, s’ils restent fidèles à la lumière qu’il leur accorde, il les conduira enfin, chacun en son temps, mais à des époques différentes, selon les individus, à un état d’esprit identique, à cet étal bien défini, et qui se reconnaît à des signes certains, que nous appelons conviction. Ils ne douteront plus de l’origine divine de l’Église, quelles que soient les difficultés que présente le dogme ; ils ne seront peut-être pas capables de réfuter telle ou telle objection, mais ils n’en seront pas moins convaincus.
L'n fait qu’on ne devrait jamais perdre de vue, c’est que la conviction est un état d’esprit bien distinct et bien au-dessus des raisonnements dont il est le résultat; car il ne varie pas selon leur force et leur nombre. Les raisonnements mènent à une conclusion, et plus ils sont forts, plus la conclusion est claire; mais la conviction résultant d’une conclusion passablement claire, peut cire aussi profonde que celle résultant d’une conclusion plus claire encore. Cinq ou six raisons peuvent suffire pour convaincre une âme; une de plus ne la convaincra pas davantage. Ainsi, en ce qui regarde l’Église catholique, les hommes arrivent à la convic-
LA FOI ET LE DOUTE. 281
lion par des moyens souvent très-différents; ce qui convainc l’un ne convainc pas l’autre ; mais c’est là
quelque chose d’accidentel; un peu plus tôt, un peu plus tard, le moment de la conviction vient toujours, et, quand il est venu, on n’a pas besoih d’autres arguments, on ne tient pas à les connaître, quoiqu’ils existent. Quand la conviction est venue, on refuse d’entendre de nouvelles preuves, on déclare qu’on en a suffisamment ; on ne cherche pas à lire ni à méditer davantage : l’esprit est satisfait. Alors c’est un devoir d’entrer immédiatement dans le sein de l’Eglise. On ne doit pas hésiter un seul instant; on a été lent à prendre un parti, on doit être prompt à l’exécuter. Voilà ce qui rend les catholiques si inquiets , à l’égard des âmes disposées à se convertir. Ils ne désirent pas qu’elles se hâtent; mais, connaissant à quelles tentations le qialin esprit nous expose, ils sont dans une tendre inquiétude à l’égard de ces âmes arrivées à la conviction, de peur qu’elles ne laissent échapper le moment opportun et qu’elles ne perdent leurs chances de conversion. Une fois l’occasion favorable échappée, on peut ne la retrouver jamais ; car Dieu ne nous a pas tous choisis pourrie salut. C’est un don rare que d’être catholique; Dieu peut ne nous l’offrir qu’une seule fois dans le cours de notre vie; malheur à nous si nous ne. saisissons pas le « moment favorable» et si nous ne connaissons pas « en nos jonrs les choses qui appartiennent à notre paix!» Que dirons-nous si la mort nous surprend, par suite de notre négligence volontaire, avant que nous soyons convertis?
« La Sagesse enseigne au dehors, elle fait entendre sa voix dans les places publiques, elle dit : O enfants, jusqu'à quand aimerez-vous l’énfance? Jusqu’à quand les insensés désireront-ils ee qui leur est pernicieux, et les imprudents haïront-ils la science? Convertissezvous par les remontrances que je vous fais. Je vais répandre sur Vous mon esprit, et je vous ferai entendre mes paroles. Parce que je vous ai appelés et que vous n’avez point voulu m’écouter; que j’ai teridu ma main et qu’il ne S’est trouvé personne qui m’ait regardée ; que vous avez méprisé tous mes conseils, et que vous avez négligé mes réprimandes, je rirai aussi à votre mort, et je vous insulterai, lorsque ce que vous craignez vous sera arrivé. Lorsque le malheur viendra tout à coup et que ht mort fondra sur vous comme une tempête, lorsque vous vous troüverez surpris par l’affliction et par les maux lesr plus pressants, alors ils m’invoqueront, et jé ne les écouterai point; ils se lèveront dès le matin, et ils ne me trpuveront point, parce qu’ils ont haï la discipline; qu’ils n’ont point embrassé la crainte du Seigneur/ qu’ils ne se sont point soumis à mes conseils ; qü’ils n’ont eu que du mépris pour tontes mes remontrances. Ainsi ils mangeront le fruit de leur voie, ef ils seront rassasiés de leurs conseils. r>
Oh ! malheur à ceux d’entre nous qui seront de ce uombre! Quelle' pensée terrible pour toute l’éternité ! quel remords cruel et perçant ! « J’ai été appelé, » nous dirons-nous, «j’aurais pu répondre,' et je ne l’ai pas fait. >• Quel bonheur, au contraire, si, en repor-
LA FOI ET LE DOUTE
tant nos regards sur le temps de nos épreuves, sur le temps où nos amis nous suppliaient, où nos ennemis nous insultaient, nous pouvons dire : J’aurais été perdu, si je n’avais pas suivi mon chemin, si j’avais reculé quand Jésus-Christ m’a appelé! Oh! quelle confusion d’esprit, quelle absence de foi et d’opinion, quel vide de cœur, quel froid scepticisme, quel désespoir, quels gages certains d’une éternité de ténèbres à venir, auraient été mon partage, si j’avais hésité à le suivre ! J’ai perdu mes amis, j’ai perdu les plaisirs du monde, mais je. l’ai gagné, Lui qui me donne au centuple, en sa personne, des maisons, des frères, des sœurs, des mères, des enfants, des terres; j’ai perdu les biens périssables, j'ai gagné les biens infinis; j’ai perdu le temps, mais j’ai gagné l’éternité. «O mon Seigneur, mon Dieu! je suis votre serviteur et le fils de votre servante ; vous avez rompu mes chaînes. Je vous offrirai le sacrifice de louanges et j’invoquerai le nom du Seigneur. »
Digifzed by 'GîSoglc
DOUZIÈME CONFÈRENCE.