PERSPECTIVE DF MISSIONNAIRE
moment, nous direz-vous, quand vous ne repose* plus comme autrefois sur un centre immobile, que vous n’êtes plus ce que vous avez été; quand votre vie est en danger, votre avenir mis en jeu, votre maître en exil, reportez vos regards sur vous-mêmes, et vous aurez assez à faire. Regardez le rocher d’où vous avez été détachés, la carrière d’où vous avez tirés ! Oii est Pierre maintenant ? Ce ri’est plus que magni nominin timbra, selon l’expression de l’auteur païen ; vous défendez une cause ancienne, -qui fut vraie et divine en son temps-, mais qui appartient au passé; oui, elle a été vraie et divine autant qu’une cause peut l’être; mais elle est fausse aujourd’hui ; elle est terrestre, parce qu’elle est dégénérée; parce qu’elle chancelle sous le poids de dix-huit siècles d’existence, parce qu’elle marche vers sa ruine ! Choz les Anglais, personne ne l’ignore, le succès justifie les principes ; à leurs yeux, c’est la lorce qui fait le droit. Vous connaissez la règle de nos actions : nous élevons lés hommes et les abaissons ; nous les estimons ou les méprisons, selon qu’ils réussissent ou qu’ils échouent. D’après ce système, le faible a toujours tort ; la puissance seule a raison. La fortune, le génie, la gloire, la science, sont des puissances, et c’est pourquoi nous vénérons, la fortune, le génie, la gloire et la Science. Nos compatriotes nous disent : Nous savons ce que sont lé génie et la fortune, mais nous ne vous connaissons pas : qui êtes-vous ? qu’avons-nouS besoin de vous, revenants d’un monde qui n’est plus, types d’une organisation antérieure? ' ■-
Il est vrai que ce lieu et ce moment sont étranges pour commencer notre œuvre. C’est un endroit étrangement choisi que cette capitale pour y dresser les tabernacles des saints et des anges; je n’ajouterai pas que c’est un lieu bien peu digne de vous, ma mère Marie, car aucune partie de l’héritage catholique ne vous est étrangère, et vous êtes présente partout où l’Église se trouve : Porta mânes et Stella maris; vous êtes l’objet constant de la dévotion de l’Église; vous êtes la patronne de tous ses enfants ; ce lieu ne vous est pas inconnu, mais il est étranger à mon saint patron et maître, Philippe de Néri. Oui, mon cher Père, ce lieu vous est étranger ; vous aurez de la peine à passer des tranquilles et brillantes villes du Midi sur cette scène impie, bruyante, industrieuse, égoïste, aventureuse ; vous aurez de la peine à vous accoutumer à traverser, avec votre longue soutane noire et votre collet blanc, ces rues encombrées d’une foule active, vous qui étiez habitué à vous promener d’un pas mesuré sur les routes ouvertes et dans les lieux retirés de la grande ville où Dieu féconda autrefois vos jeunes méditations, et ou, par son inspiration, vous lixâtes votre séjour. Oui, notre entreprise doit paraître singulière aux yeux du monde ; mais elle ne l’est point .aux yeux de la Fiancée de l’Agneau, dont les premiers présents, l’existence mémo, et les prérogatives essentielles paraissent, à l’orgueil et à l’incrédulité des hommes, encore plus étranges que toutes les circonstances de lieu et de conduite qui s’y rattachent. Ces choses ne sont pas nouvelles pour elle, car elle