PERSPECTIVE DD MISSIONNAIRE
Quel avantage en retirerions-nous? Nous ne ferions qu’assumer inutilement une grave responsabilité. Je vous le dis dans la sincérité de mon cœur, nous aimons mieux, dans l’intérêt de notre repos, que vous restiez où vous êtes. Notre intérêt personnel nous dit de vous laisser dans l’erreur. Mais je ne puis supporter l’idée que des cœurs pieux, religieux, sur lesquels la grâce de Dieu s’est répandue si abondamment, si bien préparés pour leur conversion, et destinés au ciel, retombent en péché mortel et perdent une récompense qu’ils étaient si près d’atteindre. Je neveux pas croire que vous tromperez toujours les ardentes espérances de ceux qui vous aiment tant au souvenir du passé; Dies venit, dies tua; le jour viendra ; il tardera peutêtre à venir, mais nous l’attendons avec patience. Cependant il faut que la vérité soit connue; il faut glorifier les actes du gouvernement de Dieu ; nous n’avons pas besoin de vous, mais vous avez besoin de nous. Ce n’est pas nous qui serons ji plaindre, si nous ne vous convertissons pas à la cause de la vérité ; c’est vous qui avez tout à perdre si vous ne vous y laissez pas gagner. Conservez, si vous l’osez, cette sécheresse de sentiments, ces perplexités de votre raison, celte décadence de votre amour, en ne vous convertissant pas. Hélas ! nous avons assez de travaux bien moins pénibles et moins difficiles que de prendre soin de vos âmes. 11 y a des milliers de péclwurs à réconcilier, de jeunes enfants à surveiller, de fidèles à consoler. Dieu n’a pas besoin d’adorateurs ; sa miséricorde ne manque pas d’objets sur lesquels s’exercer ; il peut se
passer de vous; il peut changer les pierres mêmes en enfants d’ Abraham ; il offre ses bienfaits et il passe; il ne s’arrête pas ; il les offre Hne fois et ne réitère pas son offre. Puis il va plus loin ; il s’adresse aux Gentils ; il s’adresse aux pécheurs endurcis ; il laisse les hommes honnêtes et prend les débauchés ; « il a rempli les affamés de bonnes choses, et il a renvoyé les riches les mains vides. »
Quant n moi, mes frères, il est probable que vous ne m’entendrez plus ; les paroles que je viens de vous adresser peuvent être les premières et les dernières que vous entendrez de ma bouche, car ma demeure n’est pas ici. Si justificare me voluero, os'meum condemnabit me; « si je veux me justifier, ma bouche me condamnera; si je cherche à montrer mon innocence, je montrerai mon iniquité. » Cependant , quoique plein d’imperfections et de misères, je crois pouvoir dire, en une certaine mesure, avec l'apôtre : « J’ai vécu en toute bonne conscience devant Dieu jusqu’à ce jour. Notre gloire, c’est le témoignage de notre conscience, attestant que nous avons vécu en ce monde dans la simplicité du cœur, dans la sincérité de Dieu, et non point selon la' sagesse charnelle, mais dans la grâce de Dieu. »
J’ai suivi ses traces, et il ne m’a pas abandonné ; je me suis remis entre ses mains, et il m’a donné ce que je cherchais : ainsi puissent-ils, Lui, sa très-sainte Mère, tous les bons anges et tous les saints, être pour moi jusqu’à la fin ce qu’ils ont été pour moi jusqu’à ce jour !