‹ Conferences adressees aux protestants et aux catholiques par le r.p. JohnHenry NewmanChapitre 57 sur 68 · PERSPECTIVE DU MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

PERSPECTIVE DU MISSIONNAIRE

tournons les yenx de peur de voir, et nous fermons les oreilles de peur d’entendre plus que nous 11e désirons. Vous étiez si simples et si sincères quand vous étiez avec nous, qu’il faut croire que l’esprit de parti est maintenant votre mobile. Vous étiez si honnêtes quand vous nous avez quittés, qu’il faut croire que c’est l’amour de la renommée qui vous fait agir. La plus vive mortification que nous puissions vous infliger est de ne pas faire attention à ce que vous dites; la meilleure manière de triompher de vous, c’est de détourner ceux qui voudraient s’adresser à vous. Vous avez gâté une belle cause; vous ne méritez aucun égard ! n llélns! hélas! qu’ils aillent tenir ce langage devant le tribunal de Jésus-Christ ! Admettons que leurs intentions soient pures, mes frères; prenons lenrs raisonnements par le bon côté ; quel en est le fondement, si ce n’est que tout examen est faux et criminel, lorsqu’il a pour résultat un changement de religion? L’examen est condamné à cause de la conclusion à laquelle il mène; il est absurde de renoncer à la religion dans laquelle ou est né, à la religion qui est le centre de nos affections, le siège de notre influence, la source de nos moyens d’existence. Il était absurde à saint Paul d’embrasser le christianisme ; il était absurde à cet apôtre de pleuier sur ceux de ses frères qui ne voulaient pas l’écouter. Je comprends maintenant une chose dont je ne m’étais pas rendu compte jusqu’à ce jour : je comprends pourquoi les Juifs tenaient tant à leur judaïsme, et résistaient à toutes les raisons qu’011 leur donnait pour les engager

à le quitter. En vain l’Apôtre leur disait : « Votre religion conduit à la nôtre, et la nôtre est un fait qui est sous vos yeux ; pourquoi attendre ce qui est, comme si ce n’était pas encore? Regardez-vous votre Eglise comme parfaite? regardez-vous vos prédicateurs comme infaillibles? croyez-vous avoir atteint la perfection? Pourquoi ne pas tourner vos pensées vers le christianisme?» Non, répondaient-ils, « nous vivrons, nous mourrons où nous sommes nés ; la religion de nos ancêtres, la religion de notre nation est la seule véritable; il est plus prudent de n’en point changer. Nous ne voulons pas abandonner notre Eglise ; nous ne voulons pas renoncer à nos prétentions; nous voulons fermer nos cœurs à la conviction et risquer l’éternité dans notre position actuelle. » O magnifique raisonnement, non-seulement pour les Juifs, mais pour les Indiens et les Mahométans! Magnifique raisonnement pour les païens de tous les pays, pour tous ceux qui préfèrent ce monde-ci à l’autre, une paix temporaire à la paix éternelle, le bien-être matériel au pardon des péchés, les éloges de leurs amis à la faveur de Jésus-Christ! Mais faible argument, misérable sophisme, quand un homme le verra à la lumière du ciel, sous les yeux de Celui qui doit venir juger le monde par le feu !

O mes chers frères, s’il y a parmi vous quelques personnes à qui ces observations puissent plus ou moins s’appliquer, veuillez ne pas nous faire l’injure de croire que nous cherchons à vous convertir pour tout autre motif que par amour pour vous-mêmes.

Page 1