SA PASSION
Il n’est pas un trait de la vie de notre Seigneur et Sauveur qui ne soit d’une profondeur insondable, et qui n'ouvre un champ immense à la méditation. Tout ce qui se rapporte à lui est infini, et ce que nous apercevons d’abord n’est que la surface de ce qui commence et finit dans l’éternité. Il y aurait de la témérité à quiconque n’est ni un saint ni un docteur, à vouloir commenter les paroles et les actes du Seigneur autrement que par voie de méditation ; mais la méditation et la prière mentale sont un devoir si impérieux chex ceux qui aiment à entretenir leur foi et leur amour envers lui, qu’on nous permettra, mes frères, d’examiner et de développer, sous l’inspiration des saint* personnages qui nous ont précédés dans cette carrière, des objets qui autrement demanderaient à être plutôt
Digitizi
adorés qu’analysés. Il y a des moments dans l’année, celui où nous sommes cidre autres 1 , où l’on est naturellement porté à étpdier aussi minutieusement, aussi attentivement que possible, même les parties les plus sacrées de l’histoire évangélique. J’aime mieux m’exposer à être trouvé faible ou trop empressé, que de manquer une occasion si opportune. Ainsi, je vais, parce que l’usage religieux de l’Église le demande, appeler vos pensées, bien qu’un prédicateur puisse éprouver de l’hésitation en l’abordant, sur un sujet tout à fait de circonstance, et auquel peut-être le grand nombre d’entre vous pensent très-peu : je veux parler des souffrances que Notre-Seigneur éprouva dans son âme innocente et sans tache.
Vous savez, mes frères, bien que Notre-Seigneur fût Dieu, qu’il était aussi homme comme nous; il avait, en conséquence, non-seulement un corps, mais une âme comme la nôtre.; mais cette âme était pure et exempte de toute tache. Il ne revêtit pas un corps sans âme, car en faisant ainsi il n’eût pas été homme. Comment aurait-il pu sanctifier notre nature k s’il avait adopté une nature différente de la nôtre? L’homme dépourvu d’âme est semblable à l’animal des champs; mais Notre-Seigneur venait sauver une race capable de l’adorer et de lui obéir, possédant l’immortalité, quoique privée de l’espoir de la béatitude éternelle. L’homme fut créé à l’image de Dieu, et eette image est dans son âme; lorsqu’ensuile son créateur, par
1 La Semaine sainte . '
une condescendance inexprimable, revêtit la nature humaine ; il prit un came afin do pouvoir prendre un corps; il prit cette âme comme moyen de s’unir avec un corps; il prit d’abord une âme et ensuite un corps d’homme; il les prit en même temps, mais d’abord l’âme et ensuite le corps. Il créa lui-même l’âme qu’il prit, et tira son corps de celui de la sainte Vierge sa mère. C’est ainsi qu’il devint parfaitement homme, avec une âme et un corps; et, comme il revêtit un corps de chair et de nerfs ipii était sujet à la douleur et à la mort, qui était doué des organes de la sensation, il prit également une âme capable de percevoir ces sensations, de sentir ces douleurs, et qui, indépendamment de ces souffrances corporelles, était susceptible d’éprouver les peines et les tourments qui sont le partage de lame humaine; aussi, il soulfrit de sa passion dans son âme autant que dans son corps.
A mesure que nous avancerons dans la - semaine sainte, nous examinerons successivement, mes frères, les souffrances de son corps, son arrestation, ses courses errantes, ses meurtrissure®, ses blessures, sa flagellation, la couronne d’épines, les clous et la croix. Toutes ces choses se trouvent résumées dans le crucifix qui est sous nos yeux; elles sopt écrites sur ce corps attaché à la croix, et ce spectacle rend notre tâche singulièrement facile. 11 n’en est pas de même des souffrances do l’âme de Jésus-Christ; car on ne peut les peindre, et on ne peut les connaître à fond ; elles sont au-dessus de la portée de notre pensée et de nos sens, et pourtant elles précédèrent ses souffrances
corporelles. L’agonie fut le premier acte de sôn terrible sacrifice : c’était une pçine de l’âme et non du corps. « Mon âme est triste jusqu’à la mort, » dit-il. Ce qu’il souffrit dans son corps, il le souffrit en réalité dans son âme, car le corps n’était que le véhicule qui portait la douleur jusqu’au siège de ses sensations, c’est-à-dire à l’âme.
11 est essentiel et fort à propos d’insister sur ce point. Je dis que ce n’était pas le corps qui souffrait, mais l’àme dans le corps. C’est l’âme, et non le corps, qui était le siège des souffrances du Verbe Éternel. Remarquez qu’il peut y avoir souffrance apparente sans douleur réelle, quand il n’y a point de sensibilité intérieure ni d’esprit qui soit le siégade cette sensibilité. Un arbre, par exemple, est doué de vie et d’organes; il croit et meurt; il peut être blessé et endommagé; il tombe et cesse d’exister; mais il ne souffre pas, parce qu’il n’ést point doué de raison, de facultés sensitives. Mais partout où existe ce principe immatériel du sentiment, la douleur est possible, et elle est d’autant plus vive que ce don est plus étendu. Si nous n’avions de sentiments d’aucune sorte, nous serions aussi insensibles que les arbres ; si nous n’avions d’esprit d’aucune sorte, nous ne serions pas plus sensibles que la brute aux atteintes de la douleur; mais étant hommes, nous souffrons avec une Vivacité qui n’est donnée qu’à l’être doué d’une âme.
Les êtres vivants sont plus ou moius sensibles selon l’esprit qui est en eux; les animaux sont moins sensibles que les hommes, parce qu’ils ne raisonnent pas
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leurs sentiments; ils n’ont [ms la compréhension ou la conscience direcle de leurs souffrances. Ce qui rend nos douleurs si cruelles, c’est que nous ne pouvons nous empèchef d’y songer tant qu’elles durent; elles occupent nos pensées et absorbent toutes nos facultés intellectuelles. Tout ce qui nous en distrait, les calme et les adoucit; aussi, quand nous souffrons, nos amis s’efforcent-ils de nous amuser, parce que l’amusement opère une diversion. Quand la douleur est légère, ils parviennent parfois à nous la faire oublier, de telle sorte qu’au milieu de nos souff rances nous restons momentanément sans souffrir. De là vient qu’il arrive souvent que l’on peut, en faisant quelque exercice violent ou quelque travail pénible, recevoir des coups et des blessures très-graves, comme le prouvent, les marques, qui en restent, mais dont, toutefois, orme s’est pas aperçu dans le moment. Au milieu des rixes et des combats on reçoit souvent des blessures qui ne causent d’abord aucune douleur, et dont ou ne s’aperçoit que par le sang que l’on perd ensuite.
Maintenant, mes frères, je vais vous montrer comment j’enteuds appliquer ce que je viens de dire à la méditation des souffrances de Noire-Seigneur; mais je vous présenterai auparavant une observation. Remarquez qu’aucun coup n’est intolérable par lui-même , car il no le devient que par la continuité du mal. Vous vous écriez peut-être que vous ne pouvez souffrir plus .longtemps ; il semble au malade , à qui on fait une opération, qu’il cesserait de souff rir s’il pouvait arrêter la main du chirurgien, parce qu’il sent qu’elle cause
sa douleur en la renouvelant. 11 trouve qu’il souffre autant qu’il peut souffrir; il lui semble que c’est la continuité de la douleur, et non son intensité, qui le fait souffrir. Que signifie ceci, sinon que le souvenir de la souffrance qui a précédé agit sur celle qui suit, et en rend la sensation plus cuisante? Si l’on pouvait prendre isolément le troisième, quatrième ou vingtième moment de la douleur, si l’on pouvait oublier lasuccession des moments qui l’ont précédé, ce moment ne serait pas plus cruel que le premier, il serait aussi supportable que lui ; mais ce qui le rend insupportable, c’est qu’il est le vingtième; c’est qu ! en ce vingtième moment se concentrent le premier, le second, le troisième et les autres, jusqu’au vingtième inclusivement; de sorte que chaque nouveau moment de douleur a toute la force, la force toujours croissante de ceux qUi l’ont précédé. Dè là vient, je le répète, que les bêtes brutes paraissent sentir la souffrance moins vivement que nous, parce qu’elles n’ont pas la faculté de la réflexion, qu’elles n’ont pas la conscience de ce qu’elles éprouvent. EHes ne savent pas qu’elles existent ; elles ne s’étudient pas elles-mêmes ; elles ne regardent ni en arrière, ni en avant ; chaque instant qui s’écoule est tout pour elles ; elles errent sur la surface de la terre, elles voient une chose et une autre, elles éprouvent du plaisir et de la peine; mais elles prennent les choses comme elles se présentent , et les laissent avec la môme indifféVence ; elles font comme nous faisons dans les éêves. Elles ont de la mémoire, mais non pas celle des êtres intelligents; elles ne sa-
vent faire aucune comparaison; elles ne peuvent se former aucune idée nette des différentes sensations qu’elles éprouvent; il n'y a pour elles rien de réel et de substantiel en dehors de ces sensations ; elles n’apprécient les sensations qu’elles éprouvent que d’une manière isolée et successive. De là vient que leur sentiment de la douleur est faible comme leurs autres sensations, malgré les signes extérieurs par lesquels il se manifeste. C’est la compréhension intellectuelle de la douleur dans son ensemble, distribuée dans une suite de moments successifs, qui donne à cette sensation sa force et sa vivacité particulière, ét c’est l’âme seule, cette puissance dont la brute est privée, qui est capable de cette compréhension.
Appliquez ces réflexions aux souffrances dé Notre- Seigneur. Vous rappelez-vous qu’on lui offrit du vin' et de la myrrhe au moment de le crucifier? Il refusa d'en boire; pourquoi? Parce que cette boisson aurait paralysé km esprit, et qu’il voulait goûter sa douleur dans toute son amertume. Ce trait vous fait connaître, mes frères, le caractère de ses souffrances; il les aurait évitées, si telle avait été la volonté de son Père :
« Si cela se peut, dit-il, détournez de moi le calice. » Mais cela n’étant pas possible, il dit tranquillement et résolument à l’apôtre qui aurait voulu le soustraire au . supplice ï « Pounjuoi ne boirais-je pas le calice que mon Père m’a donné?» Puisqu’il devait souffrir, il se livra à la souffrance; il ne vint pas au monde pour souffrir le moins possible; il ne détourna pas son visage de la souffrance; il l’affronta, ou, je dirai près-
SEIZIÈME COJÎFÉnESCE.
que, il là provoqua; il ne voulut perdre aucune des tortures de son supplice. Et de même que les hommes Sont supérieurs aux bêtès brutes et sont affectés plus vivement que celles-ci par la douleur, à cause de leur esprit qui donne une continuité à la souffrance, — ce qui ne peut avoir lieu chez les animaux ; — de même Notre-Seigneur souffrait ses douleurs corporelles avec une conscience et conséquemment avec une vivacité, une intensité et une unité de perception qu’aucun de nous ne peut apprécier ni mesurer, car son âme était tout à fait en son pouvoir, complètement exemple de l’influence des distractions, entièrement attachée à sa douleur, parfaitement soumise et absolument livrée à la souffrance. Aussi il est permis d’affirmer qu’il endura tous les tourments do sa passion, réunis dans chaque instant que dura son épreuve. ,
Rappelcz-voils que ISotre-Seigneur bien-aimé était à cet égard très-différent dè nous; car quoiqu’il soit homme parfait, il y avait en ljji une puissance plus forte que son âme et qui gouvernait soji âme, parce qu’il était Dieu. L’âme des autres hommes est soumise aux désire, aux sentiments, aux impulsions, aux passions, aux perturbations qui ont leur source en ellemême; l’âme de Jésus-Christ, n’était soumise qu’à sa personne éternelle et divine. Rieu de ce qui arrivait à son âme n’arrivait par hasard ou soudainement ; jamais il np fut pris au dépourvu ; rien de ce qui l’affecta ne se fit saus sa volonté et sans qu’il eût ordonné que cida fût. Jamais il nléprouva le chagrin, la crainte, le désir, la joie, sans qu’il eû^ décidé auparavant qu’il
devnit être triste, craintif, désireux ou content. Nos souffrances à nous sont le résultat d’une action extérieure et des émotions imprescriptibles de notre esprit C’est malgré nous que nous subissons le joUg de la souffrance; nous souffrons plus ou moins vivement selon les circonstances qui nous entourent; nous montrons plus ou moins de patience selon l’état de notre esprit, et nons faisons tous nos efforts pour soulager nos douleurs et pour les guérir. Nous ne pouvons prévoir d’avance quel degré d’intensité elles atteindront et combien de temps nous pourrons les endurer ; et quand elles sont passées, nous ne saurions dire pourquoi nous avons souffert ce que nous avons souffert, ni pourquoi nous n’avons pas enduré la douleur avec plus de courage. 11 en est autrement dé Notre-Seigneur. Sa personne divine h’était pas assujettie et ne pouvait être exposée à l’influence de ses affections et de ses sensations humaines qu’autant qu’il le voulait bien. Je le répète, lorsqu’il voulait craindre, il craignait; lorsqu’il voulait être irrité, il était irrité; lorsqu’il voulait être affligé, il était affligé. 11 n’était pas soumis aux impulsions; mais, quand il lui plaisait de s’y soumettre, il déterminait lui-même l’impulsion qui devait agir sur lui. Ainsi,' lorsqu’il résolut de souffrir les douleurs de sa Passion expiatoire, if fit tout instdnter, immédiatement, selon l’expression du Sage, et par Sa puissance; il ne fit rien à demi ; il ne chercha pas de distractions à sa douleur, ainsi que font les hommes. (Comment eût-il agi ainsi, lui qui était venu ici-bas pour souffrir, et qui ne pouvait souffrir que
par un acte de sa volonté?) Non; il ne se dédit pas de. ce qu’il avait dit; il ne défit pas ce qu’il avait fait; il dit et il. agit eu conséquence; il s’écria: «Me voici, je viens faire votre volonté, ô mon Dieu ; vous ne vouliez pas de sacrifice ni d’offrande, mais vous avez préparé un corps pour moi. » 11 s’incarna dans un corps mortel afin de pouvoir souffrir; il se fit homme afin de souffrir comme les hommes, et quand son heure fut venue, l’heure de Satan et des ténèbres, l’heure où le péché devait épancher sur lui tout son venin, il s’offrit entièrement en holocauste, en victime qui devait être consumée; de même qu’il offrit son corps tout entier étendu sur la croix., il offrit, non pas une soumission virtuelle, une soumission à coptre-cœur, mais toute son. âme, toute sa pensée, toirte sa conscience, un esprit lucide, un sens parfait, une coopération vivante, une intention présente et absolue: voila ce qu’il offrit à ses bourreaux. Sa Passion- fut une action; ses forces vitales n’eurent jamais plus d’.énergie que lorsqu’il fut traîné, languissant, épuisé, mourant, sur le Calvaire. U né put mourir que par un acte de sa .volonté; car il baissa la tête en signe de. commandement autant que de résignation, et il dit : « Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains. » 11 donna le signal et rendit son âme, mais il. ne la perdit pas.
Vous voyez donc, mes frères, que quand même Notre-S.cigneur p’aurait souffert que dans son corps, et qu’il aurait souffert moins que les autres hommes, il aurait cependant souffert infiniment plus sous le rapport de la douleur physique, parce que l’intensité de
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la douleur dépend de l’esprit qui la ressent. C’était Dieu qui souffrait; il souffrait dans sa nature humaine; ses souffrances appartenaient à Dieu, il les endura jusqu’à la dernière extrémité; il vida le calice jusqu’à la lie, parce qu’il était Dieu ; il ne le goûta pas, ne le mitigea pas; il ne fit pas adoucir l’amertume de la coupe d’angoisses par les moyens que les hommes emploient. Les réflexions qui précèdent peuvent servir de réponse à une objection que je vais indiquer, qui existe peutêtre en germe, à l’état latent, dans l’esprit de plusieurs d’entre vous, et qui vous fait méconnaître la part que prit l ame de Notre-Seigneur dans sa gracieuse satisfaction.
Quand son agonie commença, Notre-Seigneur dit ':
« Mon âme est triste jusqu’à la mort. » Or, vous me demanderez peut-être s’il n’avait pas certaines consolations particulières à lui seul, impossibles chez un autre, lesquelles allégeaient ou calmaient les souffrances de son âme, et les lui faisaient sentir non pas plus vivement, mais moins vivement que ne les eût senties un homme ordinaire. Par exemple, il avait le sentiment de l’innocence à un degré tel qu’aucun autre cœur souffrant, excepté celui de sa très-sainte Mère , ne pouvait l’avoir comme lui. Ses persécuteurs, même l’apôtre perfide qui le trahit, le juge qui le condamna, et les soldats qui exécutèrent la sentence, attestèrent son innocence. « J’ai condamné le sang innocent, » dit Judas. « Je suis pur du sang de cet homme juste, » dit Pilate. « En vérité, cet homme était juste, » dit le centurion. Si les pécheurs rendaient ainsi hommage à
SEIZIÈME COXFÉREKCE.
son innocence, combien sa propre âme devait la proclamer hautement ! Nous savons fort bien que nousmêmes, tout pécheurs que nous sommes, nous avons plus ou inoins la force de supporter la persécution et la calomnie, selon que notre consciencè est plus ou moins exempte de reproches. Vous pouvez eucôre dire que chez Notre-Seigneur le sentiment de sa sainteté intérieure compensait les souffrances qu’il éprouvait, et dissipait sa honte ! Vous ajouterez peut-être qu’il Savait que ses souffrances seraient de courte durée, que le résultat en serait agréable à son Père, ce qui devait le consoler, car l’incertitude de l’avenir est le plus cruel élément de la douleur; il ne pouvait avoir d’anxiété, car il n’était point incertain; il ne pouvait être livré Au désespoir, car il ne fut jamais abandonné. La confirmation de ceci se trouve dans saint Paul, qui nous dit expressément que Notre-Seigrieur « brava la honte à cause de la joie qui lui était promise, w Assurément il nid dans tous ses çictes un calme et un sangfroid admirables; rappelez-vous ses avertissements aux Apôtres : « Veillez et priez, de peur que vous ne tombiez en tentation ; l’esprit, à la vérité, est hfen intentionné, niais la chair ést- faible; » Rappelez-vous cè qu’ildit à Judas : «Mon aini, pourquoi êtes-vous venu?» « Judas, pourquoi trahissez-vous le Fils de l’homme par un baiser?» Rappelez-vous ce qu’il dit à Pierre : « Tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée; » ou cè qu’il dit à l’homme qui le frappa : « Si j’ai mal parlé, portez témoignage du mal que j’ai dit; mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappez-vous? » Songez à
ce qu’il dit à sa mère : « Femme, voilà votre fils. r> Tout ceci est vrai et mérite qu’on s’y arrête; mais cela s’accorde parfaitement avec ce que je viens de dire, ou plutôt le démontre. Mes frères, vous avez seulement fait observer que Jésus-Christ (pour nous servir d’une expression humaine) fut toujours lui-même. Son esprit était son proprè centre, et jamais il ne perdit, pas même un seul instant, son céleste et trèsparfait équilibre. Il souffrit ce qu’il souffrit, parce qu’il voulut se soumettre à la souffrarice, et il s’y soumit avec calme et avec résolution.. De même qu’il avait dit au lépreux: «Je le veux, soyez pur;» au paralytique : « Que vô^ péchés vous soient pardonnés; » au centurion : « Je vais aller le guérir; » et à propos de Lazare : « Je vais l’éveiller de son sommeil ; » de même il dit : « Maintenaitt mes souffrances vont commencer, » et elles commencèrent. Sa patience prouve qu’il avait un empire absolu sur son âme. Quand le moment opportun fut venu, il tira lés verrous, lâcha les bondes, ouvrit les écluses, et les flots se précipitèrent sür son cœur dans toute leur plénitude. C’est ainsi que nous le représente saint Marc ? qui passe poilr avoir récùeilli ces détails de la bouche de saint Pierre, qui était l’un des trois témoins du fait. « Ils vinrent, dit saint Marc, au lieu qüi est appelé Gethsemani, et il dit à ses disciples : « Asseyez-vous ici pendant que je prie. » Il emmena Pierre, Jacques et Jean, et il commença ’à être effrayé et à être très-triste. » Vous voyez avec quelle délibération il agit: il se rend dans un certain endroit; puis, donnant ses ordres et écartant
de son âme la protection de la Divinité, il y laisse entrer aussitôt l’angoisse, la crainte et l’abattement. Ainsi il affronte des tortures morales d’une manière aussi active que si c’étaient des tortures physiques, comme celles de la roue ou du feu.
Telle étant sa position, vous voyez, mes frères, que l’on ne peut admettre l’opinion qu’il fut soutenu dans ses épreuves par le sentiment de son innocence et par J’anticipation de son triomphe; car, au nombre de ses épreuves, était la suspension de ce sentiment et de cette anticipation, ainsi que de toutes les autres consolations. Par le même acte de sa volonté, qui avait rendu son âme accessible à la douleur, il y laissa pénétrer toutes les angoisses à la fois. Ce ne fut pas une lutte entre des influences et des penchants incompatibles provenant du dehors, ce fut le résultat d’une résolution intérieure. De même que les hommes qui sont bien maîtres d’eux-mèmes peuvent, à leur gré, passer d’un ordre d’idées à un autre, ainsi le Seigneur repoussa, de propos délibéré, toute consolation, et se rassasia de sa douleur. En ce moment-là, son cœur ne songeait pas à l’avenir ; il ne songeait qu’au fardeau qui l’accablait et pour lequel il était venu sur la. terre. . .
Mais quel est le fardeau qu’il eut à porter quand il ouvrit ainsi son âme au torrent de celte douleur prédestinée? Hélas! nous savons ce qu’il dut porter, car c’était un fardeau auquel nous sommes accoutumés, mais qui était pour lui un supplice ineffable. Il dut porter ce poids que nous eortons si facilement, si
naturellement, si complaisamment, sans même nous
douter que ce soit un grand tourment, et qui était pour lui comme un poison mortel ; il dut porter, mes chers frères, le poids du péché, de ceux que vous avez commis et de ceux qui ont été commis par le monde entier ! Le péché nous paraît léger, à nous autres ; nous ne nous en effrayons point; nous ne concevons pas que le Créateur s’en effraie; nous ne pouvons amener notre esprit à croire qu’il mérite d’être puni, et quand il est châtié quelquefois, dès ce monde, nous cherchons une explication naturelle à ce châtiment, ou bien nous n’y faisons pas attention. Mais considérez ce qu’est le péché en lui-même ; c’est une révolte contre Dieu, c’est l’acte d’un traître qui complote la ruine et la mort de son souverain ; c’est un acte qui, si je puis m’exprimer ainsi, suffirait poim renverser Dieu, si Dieu pouvait être renversé : c’est l’ennemi mortel du Dieu très-saint. Aussi le péché et Dièu ne peuvent demeurer ensemble; et comme le Très-Saint le précipita loin de lui dans les ténèbres extérieures, si Dieu pouvait cesser d’être Dieu, le péché aurait la force de le détrôner. Remarquez à ce propos, mes frères, que lorsque la Toute-Puissante Charité; en s’incarnant, entra dans ce système créé et se soumit à ses lois, l’ennemi du bien et de la Vérité,- saisissant une occasion aussi favorable, s’élança sur celte chair, s’y attacha et en causa la mort. L’envie des Pharisiens, la trahison de Judas et la démence du peuple n’étaient que l’instrument ou l’expression de la haine que le péché portait à la Pureté Éternelle, depuis que, par une com-
passion infinie ponr les hommes, elle s’était mise » >* portée du péché le péché ne pon.ait toucher la *- Majesté, mais il pouvait assaillir Dieu, par es moy nue Dieu lui accordait, par l’intermédiaire de son hmmanité. Le dénouement du drame de la croix, a mo du Verbe incarné, nous apprend, mes frères, ce que le péché est en lui-même, et ce que devait «prouver à cette heure la nature humaiqe de Dieu,- quand Jésus-Christ frissonna d’horreur et d’effroi a la pensee du péché, qui venait l’attaquer de toutes ses orçes.
En ce moment si terrible, le Sauveur du monde se mit à genoux ; il renonça au*, garanties de sa divinité , il éloigna malgré eux tous ses anges, dont les innom lwables bataillons dépendaient, de ses oidres, ou vrant scs bras, découvrant sa poitrine, il se livra ans gon innocence aux coups de son ennemi, d un ennenn dont le souffle était un poison, dont les embiassemeu s étaient la mort. U 'se mit à genoux sans mouvement et en silence, tandis que le démon enveloppait son es prit comme d’un vêtement trempé dans tout ce que a perversité humaine a dé plus odieux.et de plus uoir. Ce vêtement serra son cœur, pénétra dans sa eon science, s’introduisit dans tous ses sens, s étendit sur .lui comme une lèpre morale, jusqu ! à ce qu il se sen 1 tel qu’il ne pouvait être, et tel que son ennemi au r ait voulu le faire devenir. Quelle ne fut pas son li erreur lorsque, se regardant, il ne se reconnut pas, lorsqu’il se trouva semblable à un pécheur impui et méprisable, et qu’il mesura des yeux cet amas de cor options que le péché avait amoncelé sur sa tête, et
qui descendait jusqu’au bas de sa robe ! Quel ne fut pas son étonuemcnt lorsqu’il vit que scs yeux, ses pieds, ses mains, ses lèvres,. son cœur ressemblaient aux membres du méchant, et non plus à ceux de Dieu ! Quoi ! ces mains souillées de dix mille crimes odieux sont les mains pures et innocentes de l’agneau sans tache, de l’agneau de Dieu? Ces lèvre^, qui ne prononcent plus de prières, ni de louanges, ni d’actions de grâces, mais des serments, des blasphènies et des paroles sataniques, sont les lèvres de Dieu ! Ces yeux profanés par la vue de tous ces spectacles hideux, de tous ces objets infâmes pour lesquels les hommes abandonnent leur adorable Créateur, sont les yeux de Dieu ! Les oreilles du Seigneur retentissent des cris de l’orgie et des disputes; son cœur est glacé par l'avarice, la cruauté, l’incrédulité ; sa mémoire est chargée de tous les péchés que l’homme a commis depuis sa, chute, dans tous les pays de la terre, de l’orgueil des anciens géants, de la luxure des cinq villes maudites, do l’endurcissement de l’Égypte, de l’ambition de Babel, de l’ingratitude et de l’insolence d’Israël ! Qui ne sait combien est importune une idée fixe qui revient sans cesse, malgré tous les efforts qu’on fait pour l’écarter, qui se venge en nous obsédant dès qu’elle ne peut nous séduire? Qui ne sait combien est cruelle une pensée odieuse et fatigante qui ne nous appartient pas, mais qu’une influence extérieure introduit dans notre esprit, ou uue connaissance dangereuse que nous avons acquise par notre faute ou sans le vouloir, et dont nous voudrions à tout prix être débarrassé^ pour toujours? - , , v
SÉ1ZIÊMB CONFÉRENCE.
Des milliers de pensées, de connaissances de ce genre , Tons entourent , vous pressent , ô mon Dieu' ! elles S’abattent sur vous en troupes plus nombreuses que les sauterelles, les chenilles, les grêlons, les mouches, les grenouilles, qui fondirent sur l’Egypte ! Tous les péchés dés vivants et des morts, de ceux qui sjûnt nés et de ceux qui ne le sont pas encore, de ceux qui sont perdus et de ceux qui sont sauvés, de votre peuple et des peuples étrangers, des pécheurs et des saints, se trouvent là pour vous accabler ! Vos bien-aimés, vos saints et vos élus y sont aussi ; vos trois apôtres, Pierre, Jacques et Jean, vous accompagnent, mais non pas pour vous consoler ; ils vous accompagnent pour vous accuser, comme les amis de Job « lançant la poussière contre le ciel, » et entassant des malédictions sur votre tête. Ils sont tous présents ; une seule est absente ; une seule , et c’est votre mère ; car elle n’a jamais péché; elle seule aurait pu vous consoler : c’est pour cela qu’elle n’est pas venue. Elle viendra vous trouver quand vous serez sur la Croix ; mais elle ne vient pas tant que vous êtes dans le jardin des Olives; elle a été votre compagne et votre confidente pendant toute votre vie ; durant trente ans, elle a partagé vos saintes pensées et vos saintes méditations; mais son oreille virginale ne pourrait saisir, son cœur immaculé ne pourrait concevoir la vision qui passe devant vous. 11 n’y avait que Dieu qui pût porter ce fardeau. Vous avez parfois présenté à vos saints l’image d’un péché tel qu’il apparaît à la splendeur de votre visage ; ce n’était peut-
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être pas celle d’un péché mortel, mais d’un péché véniel , et ils nous ont dit que celte vue leur causa une telle horreur qu’ils en seraient morts, si elle n’avait été écartée aussitôt de leurs yeux. La Mère de Dieu n’aurait voulu , malgré toute sa sainteté, ou plutôt à cause de sa sainteté, souffrir la société d’un seul de ces innombrables suppôts de Satan qui vous environnent ! C’est toute la longue histoire d’un monde, et ü n’y a que Dieu qui puisse en supporter le poids. Espérances déçues, vœux enfreints, lumières éteintes, avertissements dédaignés, occasions manquées; innocents trompés, jeunes gens endurcis, pénitents qui rechutent, justes persécutés, vieillards égarés; sophismes de l’incrèdulitéj fureurs de la passion, tyrannie de l’habitude, ver rongeur du remords, angoisses de la honte, amertumes de la déception, transports du désespoir : telles sont les scènes cruelles, déchirantes, hideuses, détestahles qui s’offrent au Seigneur ! Il a sous les yeux les figures sauvages, les lèvres contractées, les joues enflammées, les fronts sombres des victimes volontaires du péché; elles sont sur lui et en lui. Elles remplacent auprès de lui cette paix ineffable qui a toujours résidé dans son âme depuis le moment de sa conception. Elles sont autour de lui, et pourtant elles ne sont pas à lui ; il invoque son Père comme s’il était le coupable, tandis qu’il est la victime ; son agonie prend l’apparence du crime et du repentir. 11 fait pénitence, il fait sa confession, il fait acte do contrition avec uue sincérité et une vertu infiniment plus gran-
SKI2lfc.UK CO.\PKK£NCE<
dos que celles de tous les saints et de tous les pénitents ensemble ; car il est la victime unique désignée pour nous tous, l’unique satisfaction, le vrai pénitent, sans être le vrai pécheur.
LeSeigneur se relève enfui avec langueur ; il jette ses regards autour de lui pour voir le traître et son escorte, qui maintenant s’approchaient rapidement dans l’ombre épaisse. 11 regarde et il voit du sang sur sa robe et sur la trace de sqs pas. D’où viennent ces prémices de la passion de l’agneau? Les verges des soldats n’ont pas encore touché ses épaules ; les clous du bourreau n’ont pas encore percé scs mains et ses pieds. Me3 frères, son sang a coulé avant l’henre ; son sang a coulé, et c’est son âme agonisante qui a brisé son enveloppe corporelle et qui a fait jaillir ce sang; Sa passion a commencé par l’intérieur. Ce cœur tourmenté, asile de tendresse et d’amour, a commencé à souffrir, à battre avec force et au-delà de sa nature ; « les sources du grand abîme furent ouvertes; » le sang s’est précipité avec taut de violence et d’abondance qu’il a débordé ses vaisseaux, qu’il a jailli par les pores et formé une rosée épaisse sur sa peau ; puis, s’arrondissant en globules, il a coulé én gouttes pesantes et a inondé la sol. v -
« Mon âme est . triste jusqu’à la mort, » s’écrie-t-il. On a dit de l’horrible épidémie qui nous frappe qu’elle commence par la mort 1 . Cette expression signifia qu’elle n’a pas de gradations ni de crises; que lors-
l L'orateur fait allusion au choléra. (Mole du traducteui'.)
SOUFFRANCES MORALES DE Ji.-S.
qu’elle se déclare, il faut renoncer à toute espérance, et que le temps, pendant lequel elle suit son cours n’est qu’un temps d’agonie et de dissolution. La victime expiatoire commença pareillement, dans un sens plus élevé, par celte passion de douleur ; mais elle n’en mourut pas, parce qu’elle ne voulut pas que son cœur se brisât, ni que son âme se séparât de son corps avant qu’elle eût subi le supplice de la croix.'
Non, Jésus n’a pas encore épuisé le calice dont sa faiblesse naturelle se' détourna d’abord. L’arrestation, l’accusation, le soufflet sur la jouo, la captivité, l’interrogatoire, les dérisions, le renvoi de Caïpha à Pilate, la flagellation, la couronne d’épines, la lente ascension du Calvaire et le crucifiement sont encore à venir ! Il faut encore qu’une nuit et un jour s’écoulent lentement, heure à heure, avant que la fin arrive et que la satisfaction soit complète !
Puis, quand le moment fixé fut venu et qu’il eut donné le signal, sa passion finit avec son âme, comme elle avait commencé avec son âme. Il ne. mourut pas par suite de l’épuisement de ses forces, ni de l’intensité de sa douleur corporelle ; son cœur déchiré se brisa, et il recommanda son esprit à son Père.
O cœur de Jésus , cœur plein d’amour, je vous offre ces humbles prières en mon nom ét au nom de tous ceux qui s’unissent à moi en esprit pour vous adorer. O très-saint cœur de Jésus, cœur très-aimable, je me propose de renouveler à toüs moments, jusqu’à la fin de mes jours; ces actes d’adoration et ces
prières, pour moi-même, misérable pécheur que je $uis, et pour tous ceux qui partagent les mêmes sentiments d’adoration envers vous. Je vous recommande, ô mon Jésus, la sainîe Eglise, votre chère épouse et notre véritable mère, les âmes, qui pratiquent la justice, tous les pauvres pécheurs, les affligés, les mourants et tous les hommes. Que votre sang n’ait pas été versé sans profit pour eux. Enfin, daignez étendre les bienfaits de votre sang généreux aux âmes du purgatoire, particulièrement à celles qui, pendant le cours de leur vie, ont pratiqué cette sainte manière de vous adorer.
LES CLOIItES DE MARIE OXT POUR OBJET LA GLOIRE DE SOS FILS.
Nous savons, mes chers frères, que ce monde naturel ne renferme rien .de superflu, rien d’incomplet, rien d’isolé; les parties se correspondent, s’enchaînent, et les détails concourent tous à former un vaste ensemble. L’ordre et l’harmonie sont deux des premières perfections que nous remarquons dans la création visible, et plus nous l’examinons, plus nous voyons qu’elles y ont été appliquées dans l’ensemble et jusque dans les moindres détails. « Toutes les choses soiit doublés, dit le Sage ; les unes répondent aux autres, et Dieu n’a rien fait de défectueux. » Ce qui distingue essentiellement « les deux et la terre » du vide et du chaos qui les ont précédés, c’est que tout en eux est soumis à des lois tixes et invariables; c’eri qu’il n’y a pas de mouvement, pas d’effet auquel on ne puisse
DIX-SEtTIÈME COXFÉKBNCE.
assigner une cause, qu’on ne put prévoir si l’on avait une science suffisante. En outre, il est certain, d’autre part, que cette vérité ne devient évidente qu’en raison des efforts que nous faisons pour la découvrir, et du temps que nous mettons à l'observer ; car quoique, dans bien des cas, il soit facile de voir que telle et telle chose résultent d’un ordre préétabli, dans d’autres circonstances la loi qui produit ces résultats échappe à nos investigations , et nous avons adopté les mots « hasard, fortune, » pour désigner les causes que nous ne connaissons pas. De là vient que des esprits téméraires et irréligieux qui se livrejlt à la contemplation du monde, qui passent en revue les cicux et la terre, ont osé blâmer le grand architecte, en l’accusant d’avoir fait des créatures imparfaites, -et en adressant des questions qui n’ont servi, au fond, qu’à prouver l’imperfection de leurs connaissances scientifiques. ■ , Les mêmes faits ont lieu à l’égard du monde surnaturel. Toutes les vérités de la révélation sont intimement liées entre elles et forment un tout indivisible. 11 suffit, pour s’en convaincre, de jeter un simple coup d’oeil sur l’Evangile; mais on ne peut comprendre l’uniformité et l’harmonie parfaite de l’enseignement catholique sans des études et des méditations préparatoires. De même que lès savantsdu monde se renferment dans des musées et dés laboratoires, descendent dans les mines, errent dans les bois ou sur les bords de la mer, les amis des vérités célestes se retirent dans des cellules et dans des oratoires, épanchent leur âme en prières, se recueillent en eux-mêmes, méditent l’idé
LES GLOIRES l)K MARIE.
de Jésus, de Marie, de la grâce, de l’éternité,, pèsent et Scrutent les paroles des saints personnages qui sont venus avant eux, jusqu’à ce qu’ils aperçoivent, des yeux de l’esprit, la sagesse cachée des parfaits « prédestinés à notre gloire avant le inonde, » et qu’il leur « révèle par son esprit. » Et comme il peut se faire que des ignorants osent contester la beauté et la perfection de ce monde visible, il peut arriver aussi que des hommes occupés six jours de la semaine de travaux mondains, yivant pour jouir de leurs richesses, de leur rang, de leurs plaisirs, ne suivant, en fait d’études, que des sujets profanes, ne consacrant à la religion que leurs moments de loisir, n’élevant jamais leurs cœurs à Dieu, ne lùi demandant jamais la lumière de sa grâce, ne châtiant jamais leurs cœurs ni leurs corps, ne contemplant jamais sérieusement les objets de la foi, mais les jugeant à la hâte et d’une manière péremptoire, selon leurs vues privées ou leur humeur du moment; il peut arriver, dis-je, qiie'ces hommes soient facilement étonnés ou effrayés de certaines parties de la vérité révélée, qu’ils les trouvent étranges, barbares, outrées, inconséquentes, et qu’ils les rejettent en totalité ou en partie.
Je vais m’efforccr d’appliquer cette remarque aux prérogatives dont l’Église investit la très-sainte Vierge Marie, mère de Dieu. Ces prérogatives étonnent ou choquent les personnes pour qui elles sont nouvelles ou qui ne les ont jamais examinées de près; mais plus elles les examineront attentivement et religieusement, plus, j’en suis sûr, elles les trouveront nécessaires à la
foi catholique et inséparables du culte de Jésus-Christ. C’est là le point de vue que je vais développer. A la vérité, je trouverai des contradicteurs parmi les personnes étrangères à l’Église ; mais les enfants de l’Église seront d’accord aveç moi pour dire que les gloires de Marie sè rapportent à Jésus, et qne nous l’honorons et la bénissons .comme la première des créatures., afin de pouvoir reconnaître son Fils comme notre seul Créateur.
Quand le Verbe Éternel résolut de venir -sur Ja terre, il ne prit point de demi-mesure, il ne fit rien à moitié; il voulut être homme comme nous, avoir un corps et une âme et se les approprier. Il ne se donna pas une forme apparente ou accidentelle comme celle que prennent le$. anges quand ils descendent sur la terre ; il ne se borna pas à protégée simplement, en lui donnant le nom de Dieu, un homme déjà existant, à la façon dont il protégeait ses saints; non, mais il «se fit chair,» il prit Une humanité; il devint -aussi réellement homme qu’il était Dieu. .De sorte que, depuis lors, il est tout à la fors Dieu et homme, ou, en d’autres termes, il réunit deux natures: la nature divine et la nature humaine en une seule personne. C’est là un mystère si meryeilleuÈ, qu’il n’y a que la foi qui puisse l’admettre; l'homme naturel peut bien l’accepter pour quelque temps ; il peut croire qu’il l’admet, mais, en réalité, il ne. le croit jamais bien fermement; tout en le confessant, il le repousse en secret, il l’élude et s’en éloigne. L’homme naturel a toujours agi de cette façon ; même du temps du.disciple bjen-aimé,
LES GLOIRES DE MARIE
des hommes prétendaient que Notre-Seigneur n’avait point de corps, ou qu’il avait un corps formé dans le ciel; que ce n’était pas lui qui souffrait, mais un autre qui souffrait à sa place ; ou bien ils disaient qu’il avait visité passagèrement, au moment de son baptême et de sa passion, le corps mortel qui était né de Marie, et qui avait souffert la mort sur le Calvaire ; d'autres, au contraire, prétendaient qu’il n’était qu’un homme, et rien de plus. La raison humaine non -régénérée paf la foi, né pouvait se décider à croire à la vérité annoncée par saint Jéaii r « Au commencement était le Verbe, et le Vprbe était en Dieu, et le Verbe était. Dieu..., et le Verbe a été fait chair, et il a habite parmi nous. » •
Le même fait se présente de - noé jours. Il y a pou de protestants qui aient une notion exacte de la doctrine du Dieu homme en une personne ; ils parlent de la divinité de Jésus-Christ en termes vagues et évasifs; mais quand on les presse de s’expliquer clairement, on voit qu’ils craignent d’exprimer leur opinion d\ine manière assez précise pour qu’elle soit catholique. Ils nous disent que cette question est -de celles qu’il faut réserver, car on ne peut l’aborder sans s’exposer à tomber dans la technologie et les subtilités. Puis, quand ils expliquent l’Évangile, ils nous présentent Jésus-Christ non pas comme étant simplement Dieu, mais comme un composé de Divinité et d’humanité, moitié l’un, moitié l’autre, ou entre les deux; ils le représentent encore comme un homme chez lequel résidait une présence divine toute particulière. Quel-
quefois ils vont jusqu’à nier qu’il fût le Fils de Dieu dans lé ciel; ils disent qu’il devint Fils de Dieu lorsqu’il fut conçu du Saint-Esprit; mais ils se scandalisent et croient faire preuve de respect, et de bon sens en se montrant scandalisés, lorsqu’on représente l'Homme purement et simplement comme étant Dieu. Ils ne tolèrent que par manière de parler ou dans un sens figuré l’assertion contraire , qui consiste à dire que Dieu a un corps humain et qu’il a souffert; ils trouvent que « l’expiation » et la « sanctification par l’Esprit, w comme ils disent, est la somme et là substance de l’Evangile, et ils ont horreur de totite expression dogmatique qui va au-delà. Tel est, je crois, le caractère des opinions des protestants anglais sur la divinité de Jésus-<Christ, tant de ceux qui appartiennent à la communion anglicâne que de ceux qui en sont séparés, sauf une légère fraction des premiers.
Or, si vous voulez protester contre des opinions si ûnti-ehcétiennes ; si vous voulez établir d’une manière nette, évidente, précise, la simple pensée de l’Eglise catholique que Dieu est homme, pouvez-vous faire mieux que de l’exprimer dans les termes de saint Jean, qui dit que Dieu s’èst fait homme? Et ce dogme eûtjl pu être exprimé en termes plus clairs et plus énergiques qu’en déclarant qu’il naquit homme ou qu’il eut une mère? Le mônde convient que Dieu est homme; cette concession lui coûte peu, car Dieu est partout, et l’on pourrait ajouter qu’il est tout; mais le inonde redoute de confesser tjuc Dieu est fils de
LES GLOIRES DK MARIE
Marie. Il redoute de faire cet aveu, car cet aveu entraîne la réfutation de son incrédulité et le renversement de sa manière de voir los choses. La doctrine révélée prend, aussitôt cette vérité admise, sa formo véritable, et revêt un caractère de réalité historique; le Tout- Puissant est introduit dans son monde à une certaine époque, et d’une façon bien définie. Les rêves s’évanouissent, et les ombres disparaissent; la vérité de Dieu n’est plus une expression poétique ni une exagération dévote, ni une dispensation mystique, ni un point de vue mythique. « Vous ne vouliez pas le sacrifice ol l’offrande, » les ombres de la loi, « mais vous avez préparé un Gorps pour moi. » « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux et que nos mains ont touché, ce quo nous avons xu et entendu, nous vous le déclarons.» Tels sont les témoignages que l’Apôtre opposait « aux esprits qui niaient l’apparition de Jésus-Christ dans la chair,» et qui le «divisaient» en niant sa' nature divine et sa nature humaine. En reconnaissant que Marie est Deipara ou Mère de Dieu, on met la déclaration de l’Apôtre à l’ahri de toute fausse interprétation, de toute hérésie ; on déjoue toutes les ruses, ■on dénonce tous les complots de ces mauvais esprits de « l’antéchrist qui se sont répandus dans le monde. » Cette croyance déclare que Jésus-Christ est Dieu , elle implique qu’il est homme, elle présente à notre esprit qu’il est encore Dieu, quoiqu’il soit devenu homme, et qu’il est véritablement homme, quoiqu’il soit Dieu. En confirmant la réalité de l’union des deux principes, elle
atteste la réalité de ces deux principes en eux-mêmes : dü principe divin et du principe humain. Si Marie est mère de Dieu, Jésus-Christ est nécessairement Emmanuel, c’est-à-dire Dieu avec nous. C’est pourquoi lorsqüe , par la suite des temp, les mauvais esprits et les faux prophètes devinrent plus forts et s’introduisirent dans le sein même de l’Église, celle-ci, sous la conduite de Dieu, ne trouva pas de moyen plus efficace ni plus sûr de les expulser que d’adopter contre eifx le mot de Deipara ; et, d’autre part, lorsqu’ils sortirent du royaume des ténèbres et qu’ils conspirèrent l’entier bouleversement de la foi chrétienne au seizième siècle, ils ne trouvèrent pas de moyen plus sur d’atteindre leur but que de rabaisser et de blasphémer les prérogatives de Marie ; car ils savaient bien positivement qu’une fois qu’ils auraient amené le monde à mépriser Marie, ils l’amèneraient bientôt après à mépriser Jésus- Christ. Satan était en ceci du même avis que l’Église.
Il reconnaissait que la mère et le fils étaient inséparables, et ce témoignage a été confirmé par une expérience de trois siècles ; car les catholiques, qui honoraient la mère, adorent encore le fils, tandis que les protestants qui ont cessé de confesser le fils, avaient coimneftcé par insulter la mère. *
Vous voyez, mes frères,. que le système de la révélation est parfaitement conséquent sur ce point, et que toutes les doctrines en sont rigoureusement déduites les unes des autres. On hondre Mario pour la gloire de Jésus. H était juste que la sainte Vierge, en sa qualité de créature, et quoiqu’elle fût la première d’entre elles, eut
LES GLOIRES DE MARIE
une mission particulière. Elle est venue dans ce monde comme les autres créatures, pour accomplir une tâche, pour remplir une mission ; sa grâce et sa gloire ue sont pas à elle, elles sont à son Créateur; à elle, est confiée la garde de l’incarnation : telle est sa destinée. « Une vierge concevra un fils, et on lui donnera le nom d’Emmanuel. » Comme sur la terre elle était personnellement la gardien nu de son divin fils, qu’elle l’a porté dans- son sein, qu elle Ta serré dans scs bras, qu’elle l’a nourri de son lait, ainsi actuellement et jusqu’à la dernière heure de l’Église, sa gloire et les honneurs qu’on lui rend proclament et définissent la foi qu’on doit avoir en son fils, considéré comme Dieu et comme homme. Toutes les églises consacrées à la Vierge, tous les autels placés sous son invocation, toutes les images qui la représentent, toutes les litanies en son honneur, tous les Ave qu’on prononce en commémoration de celui de l’archange , ont pour but de nous rappeler qu’il y eut un Dieu qui , quoique bienheureux de toute éternité, « ne craignit pas de descendre dans le sein d’une vierge. » Elle est la lurris Davidica, comme l’appelle l’Église , la tour de David. Elle est le rempart solide et haut du roi du véritable Israël; c’est pourquoi l’Eglise lui attribue l'antienne « d’avoir détruit à elle seule toutes les hérésies du monde cuticr. »
Ceci m’amène à une considération qui est contenue implicitement daus ce que je viens de dire. Si la Deipara doit porter témoignage d’Emmanuel , il faut qu’elle soit nécessairement plus que la Deipara; car,
pour qu'un rempart mérite ce nom , il doit être fortf une tour doit avoir « des bastions ; » comme celle de David, il faut que « des milliers de boucliers y soient suspendus,, et toutes les armures des hommes de guerre. » Pour nous convaincre que Dieu s’était fait homme, il fallait que sa. mère fût une femtne à part; une mère sans asile dans l’Eglise , sans dignité , sans dons , n’eût pas été une mère en tant que devant porter témoignage de l’incarnation, Son souvenir ne se serait pas gravé dans Je ctèur ni dans l’esprit des hommes. Pour qu’elle puisse rappeler et attester que Dieu se fit homme , il faut qu’elle occupe dans le ciel un rang éminent et sublime , il est nécessaire qu’elle commande le respect pour pouvoir imposer la foi. Dès qu’elle a attiré notre attention , elle commence à nous parler de Jésus. Nous nous demandons : « Aurait-elle de semblables prérogatives, si son Fils n’était Dieu? Et que n’est-il pas de sa nature, puisqu’elle est si grande par la grâce ! » Voilà pourquoi elle a encore d’autres prérogatives , telles que le don de la pureté personnelle et dé l’intercession, dons qui sont distincts de sa maternité. Ces dons lui ont été départis, afin qu’elle puisse dignement remplir sn mission , et la gloire lui a été accordée, afin qn’ello puisse convertir les âmes à Jésus-Christ.
Voilà pourquoi sa personne a été rendue plus glorieuse que son rôle ; sa pureté est un don plus sublime que sa parenté avec Dieu. Tel est le sens de la réponse que Jésus-Christ fit à une 1 femme d’entre la foule qui s’écria en l’entendant prêcher : « Bénis soient le sein
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qui vous a porté et les mamelles qui vouâ ont allaité ! » Jésus, dans sa réponse, rappelle à ses disciples qu’il \ a une bénédiction encore plus grande : a Oui, dit-il , bénis sont ceux qui eutendent la parole de Dieu et qui la gardent. » Vous savez, mes frères, que les protestants voient dans ces paroles une insulte à la grandeur de Notre-Dame , mais , en réalité, ces paroles signifient tout le contraire de ce qu’ils imaginent. Kxamiuezles attentivement. « lœ Seigneur dit qu’il est plus glorieux de garder ses commandements que d’être sa mère; mais quel protestant oserait soutenir qu’elle ne gardait pas ses commandements? Elle les observait sans aucun doute , et Notre-Seigneur dit que cette obéissance était un privilège d’dn ordre plus élevé que celui d’être sa mère ; elle était plus heureuse dans son détachement des créatures, dans sa dévotion envers Dieu, dans sa pureté virginale, que dans sa maternité, et si , comme le pensent le9 catholiques, elle obéissait d’une manière dix mille fois plus parfaite que les plus saints d’entre les hommes , il s’ensuit que sa sainteté était une prérogative supérieure à celle des autres. Telle est l’opinion constamment professée par lés Pères do l’Eglise : « Ce fut, dit saint Augustin, une plus grande bénédiction pour Marie de recevoir la foi de Jésus-Christ que de concevoir sa chair. » Saint Chrysostome déclare que , même après avoir porté Jésus dans son sein , elle n’aurait pas été bénie , si elle n’avait pas entendu la parole de Dieu et ne l’avait pas gardée, Cela certes est impossible , car elle fut rendue sainte afin de pouvoir être sa mère , et les deux pri-
vilégcs sont inséparables. Dès qu’clie eut été choisie pour donner sa chair et son sang au Verbe éternel , son âme et son corps se trouvèrent pleins de grâce ; mais elle reçut une double bénédiction , celle de son emploi et celle de son aptitude à cet emploi ; or la seconde était supérieure à l’autre. C'est pour cette raison que l’Ange l’appelle bénie ; « pleine de grâce, lui ditil , bénie entre les femmes. » Sainte Elisabeth la bénit aussi .en disant : « Soyez bénie, vous qui avez cru. » Elle confirma elle-même cette vérité lorsque l'ange lui annonça la faveur qui lui était accordée.
Toutes les femmes juives, de génération en génération, avaient espéré être mères du Méssie; c’est pourquoi le mariage était considéré, comme -un état honorable et le célibat comme un déshonneur. Marie seule ne songeait point à une telle faveur et ne la désirait pas. Celle qui était destinée à donner naissance à Jésus-Christ refusait de le porter dans son sein. Il s’abaissa jusqu’à elle, mais elle se détourna, et pourquoi? Parce que , la première d’entre les femmes, elle avait reçu l’inspiration de consacrer sa virginité à Dieu , et elle n’accueillait pas avec joie un honneur qui impliquait la violation de son vœu. « Comment cela serait-il , s’éçria-t-elle , puisque je suis séparée de tout homme? » Et ce ne fut qu’après que l’ange lui eût dit qu’elle concevrait miraculeusement du Saint-Esprit, que son « trouble » se dissipa, qu’elle le. reconnut pour un messager du ciel, et qu’elle baissa la tête avec respect et gratitade devant la condescendance de Dieu.
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Marie est, dans la pureté de son âme et de son corps, un spécimen et plus qu’un spécimen de ce qu’était l’homme avant sa chute, et de ce qu’il eût étés’il s’était élevé à la perfection. C’eut été une' chose, triste, ç’eût été.une victoire pour l’esprit du mal , si toute la racé d’Adam avait passé sans présenter un seul exemple de, ce que le Créateur avait voulu qu’elle fût dans soiï état primitif. Vous savez qu’Adatn. avait été créé à l’imagé et a la ressemblance de -Dieu-; sa nature faible ét imparfaite avait été fortifiée et ennoblie par les dispensations de la grâce divine. Les passions- violentes n’existaient chez lui- qu’c» germe /comme un mal latent' et possible ; son igdo’rance fut dissipée par la pure clarté de l’Esprit saint, et-«a raison „• soûyeraine sur fou» ICS . mouvements de son âme, était humblement soumise à la volonté de Dieu. Son corps fut préservé de tous les appétits, de tous lesgoûtsdésordonnés, et Dieu lui avait promis l’inTmortaiité an lieu de la dissolution. Adam était conséquemment dang un état surnaturel; et s’il n’avait point commis de péché , il aurait avancé tous, les ans en grâce et en mérite ; 41 aurait gagné toujours plus la faveur de Dieu , jusqu^au moment où il aurait passé du. paradis dans le ciel. Mais il succomba ,, et ses descendants furent formés à son image et non pas à celle de-Dieu ; le monde devint .pire au lieu- de dévenir meilleur; les jugements de Dieu retranchaient les générations coupables les mnei après les autres-, mai* sans améliorer la race humaine , parce que « l’homme était chair*» et que « Içs pensées de son cœur avaient, dé.toqt temps, été-tournées au-mal. » Cependant, Dieu
4 blXTSÇPTljiME CONFÉRENCE.
a résolu de porter jreniède à optte situation- ; le Rédempteur est prêt ; Dieu va faire une grande-œuvre, et il Veut- la faire convenablement : « Là où le' pêché, abonijaitjia gfâce devait abonder eqppre plus- » Quand il naît up fils aux rois de la terré , ils répandent leurs largesses, à pleines mains ÿ ils élèvent des monuments remarquables ; Ils honorent le jour, le lieu,.fêmoin§ de cet heureux événement ; ils récompensent les personnes qui l’an notice u t. La naissance- d'Emmanuel ne chaugeà*r|en à'cCt usage anciennement établi dansk inonde LJ époque q'u U naquit fai un temps de grâces et de prodjges ; or, ces grâces et pps .prodiges devaient .se mamïestcr d’une; manière ; toute spéciale dans la personne de sa mère. 'Le codrs^des âges, devait êtré renversé - f la tradition, dp mal devait étro interrompue ; une porte de lumière, devait s’ouvrir nU'' milieu des ténèbres pour servir do passage «u juste ; nne vierge lç ioHçut et l’enfanta. Il fallait , pour l’bonpeur et la gloire du Sauveur, que celle qui devait' être- l’instrument de son. incarnation - fût. lé prsmier miraçle de sa grâce ; il fallait qu’elle triomphât là ou Eve avait succombé , et qu’elle u brisât la tète dii serpent » par la perfection irréprochable de sa sainteté. A quelques . égards, cependant , la malédiction ne fut pas. retirée, gar Marie vint dans un monde, déchu ot'Se soumit à ses lois. Ellefutexposée, comme le fils qu’ellé portait, aux douleurs de l’âme et du corps ; elle fut soumise â la mort; mais elle ne- lut pas soumise au pouvoir du péché. Comme la grâce fut -départie à Adam , dès le premier moment de sa création,- de -telle façon qu’il ne
LKS Gl.fUUKS DH -MAUlKv * I *419
s’aperçut jamais de sa pauvreté naturelle avant le me*- •. ment où io péché la. lui montra, ainsi la grâce fut •' donnée à MaTie encore plus abondamment, et elle resta- étrangère à la privation d’Adam. Elle commença, tant en science qu’en amour, par où lies antres
finissent.. Klje fut dès le commencement revêtue de
sainteté, mafquée du -sceau de lu persévérance-, elle fut lumineuse et glorieuse aux ^çux deJ)ieu,.ct-coritinitelleinent occupée -à, des actes méritoires' jusqu’à soif dernier jour. On. peut dire d’elle avec emphase qp’à elle, appartenait « le sentier du juste qui ,• semblable à l’aéirofe brillante, avance et s’aeeroît jusqu’au jour de la perfèetion. ». L’innocence des pensées , des paroles- et des actes, dam» les petites choses cotame dans Jes grandes» -dans les questions peu importantes eomme dâus les questions plus graves, n’est que la conséquence nécessaire et naturelle d’un pareil commencement. Si Adam.' eut' pu sc préserver du.pécbé dans son premier état, à plus forte raison Marie' g dû conserver intacte l’admirable pureté de son âme.,
. Telle est sa prérogative de perfection exempte de tout péché, et relie prérogative lui fut donnée, comme sa maternité, à causé d'Emmanuel : e’est pour cela que lorsque l’ange, pu la saluant',' Fuppcla gmtiq. yknu. elle répôndit bqinblement : Eecç .cmcHlà Dvnùni , voici la scrvanle.du Soigneur. Sa troisième prérogative , qui complète . l’énumération de Ses gloires, dérive à la. fois do sa matorqité-ôt de sa pureté : ckist son pouvoir d’intercession. Car ji « Djtùi n’écoute pas les pécheurs", quand Un ImmmeTadOre et faifsa vo-
'420 * UIX-iRF.PTIBME CONFÉRENCE.
lontê , it l’ccoute, » Si- « les prières continuelles d’un tomme juste sont très-utiles ; * sllè fidèle Abraham .fut chhrgé de prier pour Abimélee, « car il était prophète ; v rsi Job le patient dut « prier pour ses âmfe , » parce qu’il avait dit des choses justes devant Dieu ; si le bon Moïse, en levant les mains nu ciel, fit pencher •la fortune du combat en faveur d’isrdêl contre Ainalec , qu’.y a-t-il à’étounant qui? Marie-, la seule enfant ■sains tache delà race d’Adam, ait une influence transcendante auprès du Dieu dé grâce ?Æt si les gentils de Jérusalem, désirant être admis auprès de' Jésus, allèrent trouver Plrilippe, qu’ils savaient être un de ses apôtres, pour le prier de leur obtenir cette faveur; si Philippe s’adressa à André, parce que celui-ci jouissait encore plus de la confiante du Seigneur, doit-on s’élonnér que. la Mère du Sauveur ait auprès de son Fris une autorité différente daris l’espèce de celte des anges les plus pitrk et des saints les plus élevés en gloire? Si. nouk avons la foi nécessaire pour croire .à. l’Incarpâttôn} nous devons l’admcltre avec toute sa plénitude ^qrourqftoiiuqrousserioné-nous les grâces qui en découlent, qui s’y rattachent,. qui y sont contenues? Si le Créateur est venu dans le monde sous Informe d’un ekdavè-et d’une créature, pourquoi, d’autre part, sa Stère ne s’élèverait-elle pas au rang de reine dek dieux', ne serai Lelle pas rÇvêtue de la lumière du. soléîl., el n’aurait- elle pas "fa lune sous sès pieds? .. Je ne cherche pas â vous prouver ces' doctrines, ilies frères; cdlos sont Vraies, puisque l’Eglise les déclare Vraies.. L’Eglise est Ud racle de là vérité religieuse ; elle
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est chargée de répandre'en'loultémps et en touslieqx les vérités dont les ApôireS lui ont confié le dépôt. Nous devons la croire sur parole et sans preuve, parce que Dieu nous l’a envoyée pour nous enseigner comment' il faut faire pour lui plaire; et c’est à ce signe qu’on recotinait si nous sommes catholiques ou non. Je ne cherche pas à prouver ce que vous admettez déjà ; je veux seulement vous montrer, dans un exemple , la beauté et l'harmonie des enseignements de l’Eglise, qui sont si proprés , selon les vues de Dieu, àja recommander aux investigateurs et à la faire aimer par ses enfants. Encore un mot, et j’ai fini; je vous ai montré Combien sont * pleines de sens les vérités que l’Église enseigne concernant la très-sainte Vierge ; remarquez maintehant copibien est pleine de seps aussi la dispensation que Marie a. faite, de ces vérités. ,*è .'Vous trouverez sous ce rapport la même tendnuçeà rehausser lq gloire de Jésus-Christ que nous ayons déjà rejnarquée dans les .prérogatives' de Màj-ie. Vous savez que lorsque Jésus commença ses prédications, su mère se tint à l’écart ; elle ne se mêla pas do son œur f ce i et même; quand, il fut retobrné au ciel, elle n'alla pas prêcher ei enseigner ; elle ne s’assit pas dans lesiège apostolique ; elle ne prit point pa^t au ministère du prêtre; 'elle sé-borna à’ebereher humblement son ,Fils dans la messe dite, chaque jour par les.A|:ôtn.s, qui, bien que «es nwuistrgs daqs-1c ciel , étaient sur ■ là terre, ses supérieurs dans l’Église/ Après sa mort et'cclle des Apôtres, lorsqu’elle devjnl lieine,et quelle pett place à la4roite Fils^qHe ne s’adressa, pas 1
• IU\-.<K1*T1ÉMK CÛM»BHEKCI. •
même alors aù-peuplo lidèle pourqu’il piibliât>bn nom jssqu’ijHi extrémités du monde, oü pour qu’il l'exposât uses regards ;' mais allé 'attendit traTiquiilenieiit le temps où sa gloire pourrait contribuer à servir celle de son Fils. Jcsus-Cbrist avait etc dès le commencement proclamé par la suinte Église" et inauguré dans son temple, car il était Dieu; il eût été peu convenable de la part de l’oracle vivant de la yérité de dérober aux tidèles l’objet de leur adoration; mais il en futaü- , trement de Marie. La qualité de créature, de mère, de femme , lui imposaitlè devoir de céder le pas à son Fils, de se faire sa servante, ci de nc'se IrayerAin. chemin dans le cœur des homrnes que par la voie de la persuasion et de la doucèdr. Quand le.iroin de Jésus fut déshonoré , elle sentit son zèle se ranimer ; quand Emmanuel fut renié, la Mère dé Dieu entra en scène; ellc'jeta seS'hrus autour de 'lui et permit qH’on l’honorèt afin de consoliderictrône de son Fils. Lorsqu’elle eut rempli celté sainte tâche , elle' déposa les armes ; -car elle ne combattait pas -pour eHe-nièmc. L’histoire de sa manifestation ne présente ni 'controverses animées, ni confesseurs persécutés, ni hérésiarques, ni ' anathèmes ; de même qu’elle avait grandi de jour en jour eh, grâce et eu mérite à l’insu du inonde, elle s’éleva gTadueneincùt au Sein de l'Église par une influence paisible et un progrès naturel. Elle est semblable à mi bel ârbre qui -étortd ati lpin ses branches • fécondes et ses feuilles odorantes, en ombrageant le thâmp des saints. Aussi l’Antiphonaire dit— H eh parlant de Marie r « (lüc ta demeure soit en Jacob, et ton
LES GLOIRES DE MARIE. 423
aéritàge en‘ Israël , et pousse tes rapines dans Mon Elu. » Plus, loin il dit :j*.Et ainsi je fns établie à Sion , et je reposai également dans la ville sainte, et, ma paissance était à Jérusalem. Je prisracînc chez Un peuple honorablëj et je fus retenue dans la plénitude des saints. Je fus exaltée comme un cèdre du Liban et comme un ' cyprès du mont de Sion; j’ai étendu mes branches comme un térébinthe, et mes branches sont d’honneur et de grâce. » Elle fut mise sur le pavois sans le secours des bras des fidèles ; elle remporta une victoire modeste , et elle exerce une autorité aimable qu’elle à obtenue sans la rechercher. Quand des débats se sont é! evés entre ses fcnfants relativement à sa puissance , elle les a apaisés ; quand on a fait dés objections* contré son culte , elle a patiemment attendu le joùr où ses droits ne seraient plus contestés ; oui , elle a attendu jusqu’à co qu’elle reçoive enfin, en notre temps, si Dieu le permet , et sans aucune opposition, sa plus brillante couronne, et qu’on salué, au milieu des jubilations de l’Église entière , la pureté immaculée de sa conception. .
Ainsi, ô sainte Mère, vous êtes; dans la croyance et le culte de l’Eglise, la sauve-garde d’un grand nombre de ses doctrines, la grâce et la douce lumière de toutes ses dévotions. En voüs-, ô Marie , est accompli , autant que nous en sommes capables, un dessein primitif du Très-Haut. 11 avait résolu de descendre sur la terre dans sa gloire céleste; mais les hommes ont péché, et . en conséquence il ne pouvait les visiter avec sécurité qu’en voilant son éclat, en amortissant sa majesté, car.
il était Dieu. C’est pourquoi il vint parmi noua sous les dehors de la faiblesse, et non sous ceux, de la puissance ; c’est pour cela qu’il vous envoya en sa place, ô Marre, vous sa créature, avec la beauté d’une créature et. un lustre approprié à notre état. Votre ligure et votre personne, douce Mère, nous rappellent l’Eternel ; votre beauté n’est pas dangereuse à voir comme la beauté terrestre; elle est brillante et harmonieuse comme l’étoile du matin , votre emblème ; elle respire la pureté, elle annonce le ciel,. elle inspire la paix. O messagère du jour ! ô espoir du pèlerin 1 continuez à nous conduire comme vous nous avez conduits jusqu’ici; conduisez-nous au milieu de la. nuit sombre et à travers les déserts arides ; conduisez-noùs vers Jésus; conduisez-hous vèps la patrie. •**..
Maria,. mater gTatür, . ' ...
Dulcis'parens 'démenti®,
Ta'nos ah hoste protégé .
, Ét mortis horÀ suscipe.. • .
. .-’355Fî“.
DE LA COYVEPfAKCÉ DES GLOIRES DE MARIE.' '
Vous vous souvenez- sans doute, mes frères, des paroles que ÏVotre-Seigneur prononça le. jour de sa résurrection, lorsqu’il joignit ses deux disciples sur la route d’Ernmaüs, et qu’il les vit tristes et abattus à cause de sa mort. Il leur dit : « Le Christ ne devait-il pas souffrir ces choses, et entrer ainsi dans sa gloire? » .
11 en appelait à la convenance de Cet' événement x lr'c&étonnant d’ailleurs et àux autres mérités qui avaient été . généralement éévéléeS, relativement à l’intention dé Dieu de sauver le monde. Saint Paul, parlant de ce même dessein merveilleux , dit : « Il convenait à celui - ■ pour qui et par qui sont toutes choses, qui avait amené plusieurs de ses fils à la gloire, de consommer 1’auléur ‘ • de leur salut par la souffrance. » Dans un autre en-, droit, l’Apôtre', parlant du don de prophétiser on d’exposer les parties cachées de la vérité divine, or-
426 ‘ IUX-HCITIKJIE C05FÉRESCE.
donne à scs frères d’exercer ce don « selon l’ analogie ou la règle île, la foi, » c’est-à-dire de manière à ce que la doctrine prçchée réponde et convienne à celle qui est déjà reçue. C’est donc une grande présomption en faveur de la vérité des doctrines révélées, que celte liaison, cette cohésion, qui les fait dépendre et sortir les unes des autres-, de fellc sorte que toutes les partie? se tiennent, se correspondent exactement, sont nécessaires les unes aux autres. ' .
Ce- grand 'principe, dont l’application est générale dans la structure et l’Jiistôire du système catholique, et qui apparaît toujours plus puissârit à mesure qu’on l'examine avec plus d’attention, se présenté à nous d'une manière particulière , en ce jour où nous célébrons l’Assomption de notre très-sainte Dame, la Mère de DreiK Nous croyons à ce- miracle sni* la foi de l’Église; mais, examiné au flambeau- de la critiqué, il nous apparaît comme le digne terme de la carrière de la Vierge, et c’est Sa convenance qui te recommande d’une manière si pressante à notre esprit. Nous sentons que cela- devait être ; qu’il convenait à son Seigneur et Fils de glorifier ainsi celle dont les rapports avec lui et dont le caractère avaient été si remarquables et si particuliers. Nous trouvons que cc-miracle est en étroite union et On harmonie parfaite avec la substance ét les' principaux tvdits du dogme de l’Incarnation, et q¥e, Sans lui, Pènséigrtément catholique présenterait- quelque chose d’incomplet qui tromperait notre pieuse attente.'
Reportons aujourd’hui nos penscès sur cé sujet,
CONVENANCE I»ES GLOIRES WE StARIK. "- 127
mes frères; afin de vous aider à le faire, je vais commencer par exposer quels ont été , .des les premiers siècles, les enseignements de J’Eg lise- concernant la* très-sainte Vierge, et vous verrez que l&^dévotion que ses enfants lui témoignent et le culte dont ils l’honorent sont la conséquence naturpîle de ses leçons. '.
Or, vous-savez qu’on a cru désole commencement , ét défini dès les premiers siècles, que Marie est la Mère de 'Dieu. Elle nîest pas seulement la Mère de l’humanité 1 oir du corps' de INotre-Seigneur ; il -faut aussi la considérer comnic la Mère du Verbe luimême,, dû Verbe-inèat né. Dieu , dans 1$ personne du Verbe j dans k etconde personne de la très-glorieuse . Trinité, s’humilia jusqu ’à;de,vemr le Fifs de Marie; n-Non horrjiiHi virginis^utcrtim, » vous nkvez pas eu horreur du eein d’uno vjcîge, ainsi que le chante • l’Eglise, Il emprunte de la . Vierge la substance de sg .chair rnorfelle; revêtu de' cette chair, il demeura daùs son sein.; il' ty porta après sa naissance comme un gage .et gne preuve que, tout en étahf Dieu , il était Fils de Marie. On fut Marie qui le nourrit et qui l’éleVû ; oe ftrt ellèquj le berça dansées bras.- -Quand-ii lut.pttis grand, 'il Jd servit et lui obéit. 11 vécut peu J dgrit taente «fis dans la même maison , ayant dos rapports cgatinirels' avec elle ét avec Joseph, la seule personne qui eut part aux premières affections de Jésus. Éllejut, -témoin de- sa croissance, de ses joies, de ses douleurs, de ses prières ; elle fut bénie ’ par son sourire, par, le contact de -ses mains} par l’expression de son amofer filial ,,-de ses pensées et de ses sentiments.
428 • BIX-HUTlèMK OOWFÉBESCE.. '
Je tous le demande , mes frères , ceHe qtji jouissait de semblables faveurs, que devait-elle être? qu’était-il eontenable qu’elle fût? ;. • •
Lne fois , un roi païen, voulant honorer on de ses sujets d’une maniéré conforme au degré d’intimité qui existait entre eux, fit la question que jè viens de vous •faire. Cet homme avait sauvé la vie de soq maître ; quelle récompense fallait-il lui donner ? Le roi de- . manda : « Que faut-il faire à celui quo le roi désire )iônorer d’une manière particulière ? » Qn lui répondit : « 11 faut le revêtir des Jaâbite 'du -roi , k faire monter sur son cheval, et -mettre aur sa tête Je^iadèfhe royal ; puis ensuite les princes et les seigneurs de. ld cour;
• tenant les brides du.ehéval/parconiÿoht les rues de la ville en criant : Ainsi sera honoré celui que. le roi- .. veut honorer. » Marjn est dans oocn»: e'Ue a donné le jour au Sauveur ; quelle sera -sa récompense ? que tera-t-on peur ceHo qui a joui d’un degré de pare u té si intime avec le Trcs-Ilaut? quels hommages ren- . drons-nons à celle que le Seigneur a faite, non pas sou amie, sa confidente, inais sa supérieure; la'source de sa seconde existence , la nourriee de son enfance persécutée , la-protectrice de scs. prend ères années? Je ferai la réponse qui fut faite au poi : lln’ÿ a , rien de trop grand pour celle à qui Dieu doit la vie ; il n’y a aucun excès de grâce ni de gloire qui ne lui convienne , qui . ne soit la juste récompense de celle qui, après avoir porté le Seigneur dans son, sein , lui a donné le jour. Qu’elle soit « revêtue des habits du réi , » c'est-à-dire que la plénitude de sa Divinité, l’environne, afin qu’elle
CONVENANCE DES GtOIRES DE MARIE. ' 429
devienne l'emblème- de la sainteté, de h beauté, de la gloire incommunicable de Dieu lui -même; afin qu’c) lé soit le miroir de la justice^ la rose mystique , la loup d’ivoire, la maison d’or; d'étoile du matin ; «qu’on lui mette le diadème royal sur là tête, * par-ce qu’elle ést la reine dü ciel , la mère de tous les vivants, le sàint • des faibles, le refuge des pécheurs, ki consolation des affligés ; que k les seigneurs qui sont auprès du rai marchant devant eHe, » c’eSt-à-dîrç que los.aügeS, leé prophètes , Je» apôtres , les martyrs' et tous les saints ,■ baisent lé bas de- sa robe et se réjouissentai l’ombrade son trône. Q’esUainsi qne le-roi Salomon s’est levé pour aller -à la rqncQûtre de sa mèrç, sV'st incliné devant elle; a fait apporter un siège pour la mère du roi, et l’a fait asseoir à sa droite. • ‘
Ainsi, mes frères, quand même l’existence d’une pareille dispensation nciious aufajt pas été enseignée, taous devrions être préparés à croire - (jue La Mèpe de Dieu est pleine de grâce et de gloire, par la raison, même de la convenance. dé cette dispensation ; et , en examinant ce sujet, plus attentivement., cette convenance*'hous ppparaîtra d’une maniéré encore plus Sensible et plus certaine. Considères que Diéu, dans ses rapports avec nous , prend ordinairement pour règle de rendré la sainteté personne H a la compagne des. dignités spirituelles de rang ou de ministère. Les anges,, qui soniles ntessagorsrde Dieu , selon la signification de leur nom, sont' aussi parfaits en sainteté., « Sans sainteté, nul ne verra Dieu; >Krien de souillé ne peut entrer dons la cour céleste, et plus Les habitants-du
: 430 ' ,»• Dix-HirmèifF. coN^éiexcu. •. »
ciel dont rapprochés dirtrAo.edu Très-Haut, plus ils sont Saints, et plris iis pénètrent' avant dans la contemplation dé çette sainteté qu 7 ils .servent. Les- séraphins; qui soét les plus proches du trône do la gloire r divirte, crient joitr et nuit t «Saint, saint’, saint; est le Seigneur Dieu des armées! » Il en est de méme sur. •la terre/ La plupart des prophètes -n’ont pas seule- • mont des dons, mais ils Ont aussi des grâces; ils ne ' sont pas seulement inspirés pour'connaîtrè et énsei- 'gnêr ta volonté de'Dien , mats ils sont convertis inté- •' ricurement pour lui obéir. 11 n’v hdorie que ceux qui sentent intérieurement la vérité qui puissent ta pré-' chèr convenablement ; il n’v a que ceux qui seJa sont assimilée en la recevant, qui puissent ta transmettre entièrement de Dieu à l'homme. " • ■ '
, Jo ne dis' pas que celte Vègle est sans exceptions , - /‘mais ces exceptions s’expliquent facilement ; je ne dis pas cpi’il ne. puisse arriver que .Dieu ne nous fasse connaître sa v< lOntépa r i’orga ne d'hommes pervers : car il péirt tout foire tourner au bien ; il. accomplit ses desseins.rrtênîe par le moyen des méchants e.t est glorifié par eux. 4 • ' . •' . ' . : -
Ln mort de Notre-Seigneur fut accomplie par sef ennemis, qui croyaient fàiredejO' |iropre volonté, tandis .qu’en réalité ils faisaient la sieuhe. Caïphe; qui conçut et exécuta te dessein de le faire mourir, fut” choisi pour prédire sa mort. Batnam, forcé par le Seigneur, annonça de bonnes choses au peuple do Dieu tout en voulant en prophétiser de mauvaises Cela est vrai ; mais , en pargit cas , la- miséricorde, divine met
CONVENANCE I)ES (ftOIRES DE MARIE. 43i '
un frein.au mal , et manifeste sa puissance sans reeon- . uaître ni sanctifier l’instrument dont elle ge sert. Il est' encore vrai, ainsi qu’il'Jc dit lui-même, qu’au dernier jour, « plusieurs diront : Seigneur, Seigneur, n’ayons-nous pas prophétisé en votre nom? n’avons- . nous pas cliassé les démons et fait des. miracles en votre, nom? » Mais il Içnr répondra : «Je ne vous, ai' jamais connus. )>€eei est donc incontestable,. D-abordy il est certain que ceux qui ont prophétisé au nom- de Dieu peuvent se détacher de lui et perdre leur unie. • Quelque saint que- soit un homme actuellement., il peut cesser de l’être ; et’ connue li gràcenctuelte n’est pas un gage de persévérance, les dous présents le sont encore moins; mais çommont.cela montre-t-il que les grâces et les dons ne sont, pas ordinairement inséparables? 11 est. également, incontestable que des persoimes qui ont -reçu des dons miraculeux peuvent n’avoir jamais joui dé la faveur divine,. pas même, lorsqu’elles exprçaieht ses dons r . ainsi que, je vais leprouver tout à l’heure. Mais je, parlé à présent non pas de ceux qui. ont reçu.dos dons , niais de ceux, qui * sont prophètes. Etre prophèteest.une qualité beau-, coup plus personnelle que de possédor fies dons, car c’eût exercer un . îhinistèce sacré, c’est remplir uite‘ mission , c’eût une distinction qui appartient non pas . aux ennemis de Dieu, mais à ses amis/ Telle est la f règle -do l’Ecriture. Quel fut le premier prophète et,, prédicateur do In justice? Ce fut En<x , qui marcha «dans la foi,, « qui « plut à Dieu » et qui fut tiré d’un monde robvilo. Quel fut le-second? « üfoé, » qui
432 DIX-HUITIÈME COSTÉRENCE.
« condamna le monde et fut fait héritier de la justice qui est pat- la foi. » Quel fut le premier grand prophète après ceux-bi? Ce fut Moïse , le législateur du peuple élu, qui fut « le plus doux de tous les hommes qui vivent sur la 'terre. «Ensuite vint Samuel, qui, dès son enfance, servit le Seigneur-dans son temple ; puis David , qui , après être, tombé dans Je péché, se repentit et devint « un homme selon le cœur de Dieu. » Joli, Élie, Isaïe, Jérémie, Daniel, saint Jean-Baptiste, et ensuite saint Pierre, saint Paul, saint Jean et les autres, sont également des exemples de vertu héroïque et des modèles pour leurs frères. Judas fait exception , mais celle exception devait servir à augmenter l’humiliation et la souffrance de Notre-Seigncur.
S’il en a été ainsi fsour-cenx « à qui fut adressée la parole de Dieu, » que ditons-nûHs de celle qui tut tellement favorisée deUieu que le Verbe luj-même , dans sa réalité et sa substance , entra non-seulement en cl)e, mais s’incarna dans son sein ! de celle qui ne tut pas- seulcmenU’organe du message de Dieu, mais le berceau de son existence humaine, la source vive d’où il tira son très-précieux sang., la matière d’où il' lira sa chair! N’était-il pas convenable quelle fût préparée à ce saint ministère par une sanctification particulière? N’est-ce pas là ce que les parents mortels font pour leurs enfants? Les confient-ils à des étran- • gers? Les font-ils allaiter par la première nourrice venue? Même les parents irréligieux montrent une certaine tendresse et une certaine sollicitude sous ce rapport, bien qu’ils ne comprennent pas et ne s’in-