Partie inférieure 51 c. 55 c
— moyenne 55 56
— supérieure. ... 45 43
La douleur occupe le trajet de la saphène, depuis son abouchement avec la crurale jusqu'au genou. (Prescription : la même et, de plus, un vésicatoire sur le trajet de la veine.)
Le 10. 80 pulsations, pouls assez plein et ferme ; mauvais goût à la bouche, pas de frisson; assez de chaleur pendant la nuit; utérus, 12 centimètres, sans douleur; ventre ballonné, pas d'envie de vomir, langue très-sale. Douleur de la cuisse très-diminuée, noyau externe du mollet gauche toujours rouge, mais moins douloureux. A la partie supérieure et externe du mollet du même côté, autre tumeur veineuse ; pas d'oedème du membre. Sur le membre inférieur droit on remarque pour la première fois à la cheville externe un gonflement avec rougeur ; sur la cuisse du même côté, une série de noyaux rouges et douloureux, formant une ligne non continue qui coupe en X le muscle couturier. Seins souples, indolents, lait suffisant. Lochies peu abondantes et jaunâtres ; pas
de selles. (Prescription : 1 gramme d'ipéca en trois paquets ; julep diacodé ; cataplasmes sur la cuisse droite.)
Le 11. 80 pulsations; peu de chaleur à la peau, grande faiblesse, Cette nuit, chaleur assez vive ; peu de toux, langue moins sale ; la malade n'a pas vomi hier, mais a été plusieurs fois à la selle (.ï à 6 fois). Pas de coliques, pas de douleur de ventre à la pression ; utérus, 7 centimètres ; les piqûres des sangsues suppurent. Ala cuisse droite, six noyaux gontlés et rouges, mais mous. Ces gonflements sont diffus, mais assez considérables. La coloration des noyaux inflammatoires de ce membre et de ceux du mollet droit est moins vive. Au dire de la malade, ce seraient des varices enflammées. Des deux côtés, on trouve de la douleur au niveau du contluent des deux saphènes internes avec les crurales. Au bras droit s'est développé, depuis hier, un érysipèle qui occupe en une large plaque rouge tout le coude, et s'étend à cinq ou six travers de doigt au-dessus et au-dessous, couvrant tout le côté externe et postérieur. A Faisselle, un peu de douleur, quoique les ganglions ne soient pas développés. Un peu de rêvasserie la nuit. (Prescription : décoction de kina; extrait de kina, 2 grammes ; bagnols, 60 grammes ; cataplasme de fécule sur les cuisses ; vésicatoire au milieu de l'érysipèle du bras, et sur le reste de l'érysipèle compresses imbibées d'eau de sureau. (Deux soupes, deux bouillons; deux vins.)
Le 12. 80 pulsations, pouls faible, chaleur modérée de la peau; cette nuit, délire léger. L'érysipèle a gagné l'avant-bras, mais s'est limité en haut, du côté du vésicatoire. Langue pâle et couverte d'un enduit jaunâtre. Cuisse gauche moins douloureuse. Le noyau supérieur du mollet gauche est couvert de petites vésicules contenant un liquide puriforme. Le noyau inférieur, toujours rouge, n'est que très-peu douloureux. Les points enflammés, signalés à la cuisse droite, subsistent et sont occupés par une varice dilatée etrougeàtre au centre. Douleur vive au talon droit qui porte sur le lit; un peu d'oedème de la jambe droite ; utérus, 8 centimètres, sans douleur ; peu de ballonnement ; ni selles ni coliques ; toutes les piqûres de sangsues suppurent; lochies supprimées. (Prescription : décoction de kina ; extrait de kina, 2 grammes ; limonade vineuse, un pot ; bagnols, 60 grammes ; trois vésicatoires sur la cuisse droite ; quatre bouillons, un potage.)
Le 13. Pas de sommeil, pas de frissons, agitation, délire ; 96 pulsations; peau chaude, moite ; langue sale, bouche mauvaise ; envies de vomir, trois ou quatre selles liquides. Ventre indolent à la pression ; utérus, 9 centimètres ; lochies blanches, peu abondantes. Au bras droit, empâtement, phlyetènes; l'érysipèle s'étend sur le dos de la main. Au bras gauche, au niveau du coude, douleur ; un peu d'empâtement, rougeur superficielle à la partie externe. Le membre inférieur droit est dans le même état ; le gauche est moins douloureux ; empâtement du mollet et du cou-de-pied ; noyau dur et douloureux au niveau du dos du
pied. (Prescription : la même ; vésicatoire sur le dos du pied gauche.)
Le 14. 148 pulsations à la carotide. Subdélirium pendant la nuit et ce matin; encore un peu de chaleur de la peau ; 64 inspirations; langue humide, sans rougeur à la pointe ; euduit blanc jaunâtre à la base; utérus indolent, 8 centimètres ; ventre ballonne, une selle demi-liquide bier matin ; jambe droite légèrement œdématiée. Noyaux des membres inférieurs moins douloureux; mais au bras droit la surface du vésicatoire, au niveau du pli du coude et le long du dos du bras, est couverte de taches noirâtres gangreneuses. Forces complètement déprimées ; le pouls n'est plus sensible à la radiale, œdème de la grande lèvre droite. (Prescription : décoction de kina; extrait de kina, 4 grammes; bagnols, 100 grammes.)
Morte le 14, à deux heures de l'après-midi.
Autopsie. — Phlébite adhésive des veines du bras droit sans pus ; caillot adhérent. Gangrène superficielle de la peau ; infiltration séreuse du tissu cellulaire.
L ter us du volume du poing du sujet; détritus adhérent à la face postérieure et au fond, comme s'il restait uue portion du placenta. Vers la partie gauche et postérieure du col, à la jonction du corps et du col, on trouve plusieurs veines pleines d'un pus crémeux. Plusieurs de celles qui sont au niveau de l'implantation de la trompe contiennent une sanie purulo-sanguinolente. On trouve aussi plusieurs foyers purulents, qui semblent de véritables abcès du tissu utérin, parce que la communication parait interrompue avec les veines, qui sont revenues complètement sur elles-mêmes. A gauche, au niveau de l'implantation du ligament large, le pus, contenu dans de très-petites veines, semble infiltré dans le parenchyme utérin d'une manière analogue à l'infiltration tuberculeuse des parenchv mes. A la face postérieure, au niveau de la jonction du col et du corps, et même un peu plus haut, vers la gauche, on trouve, sous une couche de tissu utérin de 2 lignes d'épaisseur, un foyer de pus liquide, gros comme une aveline. Dans l'ovaire gauche, deux ou trois foyers purulents, gros comme un puis. Ovaire droit sain. Pas un atonie de liquide dans le péritoine. Congestion passive à la face postérieure des poumons. Les veines variqueuses, enflammées aux cuisses et aux jambes, sont remplies de sanie puriforinc. Dans le tissu cellulaire de la cuisse gauche, on trouve autour dune des veines enflammées du pus qui infiltre le tissu cellulaire. Les noyaux veineux isoles, signales à la jambe gauche, sont purulents. De l'un et de l'autre côte, les veines profondes sont saines des deux côtes. Rien au cerveau.
Obs. 32 bis. Le 22 janvier 18,'JS entre Pigeon (Virginie), femme Magron ; vingt-six ans; laitière, habitant Paris depuis treize ans; réglée à Page de treize ans dans son pa\s ; ses règles furent suspendues pendant un an, puis revinrent régulières, abondantes, sans douleurs. Elle a eu trois grossesses antérieures a celle-ci. Elle n'a éprouvé d'autre indispo-
sition dans la présente grossesse que quelques vomissements au début; pas d'œdème des membres inférieurs, pas de varices, pas de lait dans les seins. Accouche le 22, à dix heures du soir, d'un enfant très-volumineux à terme (fdle). Perte de sang très-considérable, qu'on arrête avec des applications d'eau froide sur le ventre ; le travail a été long ; frisson très-vif avant et après la délivrance.
Le 23, au matin, elle se trouve bien ; pouls à 84 normal ; peau fraîche ; utérus 13 sur 15; douleur assez vive à gauche, où on trouve du gonflement. (20 sangsues àgauebe; 2 bouillons, 2 potages.)
Le 24-. Dans la journée d'hier elle s'est assise et a écrit -, elle a été prise d'un violent frisson, qui a duré de onze heures du soir à sept heures du matin. A la visite, elle est très-affaissée, a un air étonné ; langue sale, bouche mauvaise ; constipation ; mal de tète; le ventre est douloureux à gauche à la pression; pouls 140, petit et dur; peau chaude; respiration un peu plaintive. (0,5u sulfate quinine; 0,20 calom. Mêlez, à prendre en douze paquets; diète.)
Le 25. Elle a eu de fréquentes envies de vomir; bouche toujours mauvaise, langue blanche, ventre un peu ballonné; il est cependant souple, encore douloureux des deux côtes; deux selles liquides; pouls 128; peau brûlante et sèche; très-vive céphalalgie, quelques éblouissements, pas de sommeil; soif vive, parole anhélante, pénible, voix plaintive, respiration anhélantc. ^50 sangsues, 25 (te chaque côte; vésicatoire au milieu du ventre ; glace par petits morceaux ; diète.)
Le 20. Prétend être assez bien ; elle est d"une faiblesse et d'une pâleur extrêmes ; les sangsues ont coule modérément, diarrhée assez abondante ; n'accuse plus de douleur a la pression; l'utérus mesure 1 i sur 10 ; pouls à 132, très-petit; sommeil assez bon. (0,15 extrait aqueux eu 0 prises ; demi-la?, laudanum, 6 gouttes; frictions mercurielles ; diète. J
Morte le 26, à neuf heures du soir. Autopsie le 2i> au malin.— A l'ouverture de l'abdomen, il s'écoule du petit bassin un peu de sérosité sanguinolente ; les circonvolutions qui sont les plus déclives sont fortement colorées en violet par de riebes arborisations. Dans* le tissu de l'utérus, a sa face antérieure, on trouve du pus tres-concret dans les veines qui se rendent aux parties latérales pour gagner les ligaments larges. Plusieurs autres sont bouchées par les caillots noirs et de consistance iibrineuse. A droite, quelques vaisseaux contiennent des caillots, d'autres renferment du pus. Au niveau de la face antérieure du col, on trouve du pus dans beaucoup de vaisseaux. La couleur et la consistance du tissu utérin ne sont pas, du reste, altérées. Rien à noter sur la face interne de l'utérus. La grande veine supérieure et postérieure servant d'anastomose entre les deux latérales est remplie d'un caillot rouge, et tout autour d'elle, en dehors, le tissu utérin est lui-même coloré en rouge violacé; plus bas, au niveau du col, le tissu cellulaire qui entoure l'insertion du vagin est infiltré de lymphe épaisse et purulente, La lésion la plus remarquable est l'aspect
que présente le ligament large du côté gauche, surtout dans sa partie supérieure. 11 est très-épaissi par un dépôt plastique, qui le rend extrêmement dense et très-épais, rouge et comme tuméfié d'une façon considérable ; sa teinte est foncée. Les vaisseaux ont conservé un énorme calibre et s'anastomosent largement entre eux. Ce gonflement induré continue selon le trajet de la veine ovarique gauche jusqu'à son abouchement avec la veine rénale. Cela forme un cordon dur, du volume au moins de l'annulaire, au centre duquel est la veine qui ne contient plus qu'un détritus fibrineux, friable et brunâtre, qui agglutine les parois de la veine. Ce prolongement forme, par rapport à l'engorgement du ligament large, beaucoup plus volumineux, comme une sorte de queue. Sur tous ces points l'injection capillaire est telle qu'on dirait une sorte de tissu érectile, au moins pour l'apparence grossière et extérieure. La trompe est saine, ainsi que l'ovaire, au milieu de cette infiltation plastique, qui semble devoir être rattachée et subordonnée à une altération veineuse, puisqu'elle suit la veine ovarique. A droite, les vaisseaux des annexes sont volumineux et distendus par du pus bien lié, crémeux. Rien dans les vaisseaux hypogastriques ou iliaques. Les poumons sont bruns, congestionnés, mais ils crépitent malgré cela sous le doigt. Le foie est décoloré et un peu mou. Rien aux reins.
Obs. 33. Manchon (Louise-Sophie), vingt et un ans, lingère; accouchée le 8 juin 1857. Elle a été réglée à dix-sept ans; la menstruation est moins régulière depuis deux ans, époque de l'arrivée à Paris ; elle est peu douloureuse. Première approche il y a neuf mois ; pas de vomissements, pas de dégoût, un peu d'œdème aux jambes le soir. Lait dans les seins à sept mois ; pas de varices. L'enfant est du sexe masculin et à terme.
Le 9 juin. Bon sommeil, pas de douleur, peau fraîche, pouls à 88; utérus 14 sur 15 centimètres 1/2, non douloureux; langue blanchâtre; appétit ; les lochies coulent bien. (2 bouillons, 2 potages.)
Le 10. Pouls à 60; peau fraiche ; utérus 15 sur 12 avant le catbétérisnie, 9 sur 12 après. Langue blanche, épaisse, bouche pâteuse; soif assez marquée ; un peu de douleur dans chaque fosse iliaque. (30 sangsues ; ipéca, 1 gramme.)
Le 14. Peau chaude; pouls à 120; inappétence, soif très-vive \ langue blanche et sale ; assoupissement continuel ; il y a eu, la veille, un frisson après un vomissement et une selle diarrhéique ; le frisson a duré toute la nuit; céphalalgie légère. (40 sangsues; onguent napolitain; 2 bouillons ; 2 potages.)
Le 12. Amélioration notable; pouls à 96; peau peu chaude ; peu de douleurs dans l'abdomen; langue sale et humide; pas de garde-robes, pas de nausées; pas de céphalalgie; les lochies sont peu abondantes, mais rouges; seins volumineux et gorgés de lait; utérus 12 sur 12; un peu de douleur de chaque côté. (20 sangsues.)
Le 13. L'amélioration se soutient.
Le \ i. Pouls à 80 ; utérus 8 sur 8 ; le ventre est un peu douloureux à la pression; appétit. (Une portion.)
Le 13. La veille, des douleurs vives apparurent dans le ventre, le pouls était à 120, on appliqua 30 sangsues. Aujourd'hui le pouls est à 9G ; peau fraîche; grande faiblesse. (Extrait de kina, 1 gramme.)
Le 16. Pas de sommeil; rêvasseries; moins de soif; anorexie. (Sulfate de quinine, 0,60.)
Le 17. Peau un peu chaude; pouls à 92, pas de frisson; un peu de diarrhée ; soif vive. (Lavement avec 23 gouttes de laudanum.)
Le 18. Un peu d'amélioration.
Le 19. Dans la nuit, elle a eu un accès de fièvre qui a duré trois heures ; le ventre n'est pas douloureux. (Même prescription ; bordeaux, 130 grammes.)
Le 20. Pouls à 84 ; la peau n'est pas chaude ; les lochies sont peu abondantes, pâles; pas de lait. Faiblesse extrême; besoins fréquents d'aller à la garde-robe, et expulsion de très-peu de matières; un peu de diarrhée. (Ext. théb., 0'r,10 en six doses; ext. de kina, 1 gramme; décoction blanche.)
Le 21 . Dans la nuit, il y a eu cinq ou six selles liquides ; pouls à 92 ; peau un peu chaude; langue blanche et épaisse; sommeil agité. (On ajoute à la prescription 0sr,10 de nitrate d'argent.)
Le 23. Il y a toujours un peu de diarrhée ; peau fraîche ; pouls à 80 ; les lochies sont jaunâtres et modérées ; un peu d'appétit.
Le 24. La diarrhée continuant, on prescrit un demi-lavement avec 2 grammes de tannin et 12 gouttes de laudanum.
Le 26. Plus de diarrhée ; pouls à 92. (Même prescription.)
Le 1er juillet. Pouls à 72 ; peau ^aiche. La diarrhée n'a pas reparu. (Une portion.)
Le 2. La diarrhée est revenue avec abondance ; pouls à 84. (Diète ; potion avec 30 gouttes de laudanum.)
Le 3. La moitié seulement de la potion a été donnée, et la diarrhée a cessé. On fait prendre à la malade le reste de la potion ; la diarrhée ne reparait plus, et malgré sa faiblesse, la malade allait bien ; cela dura jusqu'au 13 juillet.
Le 16. La veille, il y a eu de la fièvre; à l'examen de l'abdomen, on trouve dans la fosse iliaque gauche, très-superficiellement, une tumeur placée dans la direction de l'arcade crurale, ayant 0,03 centimètres de longueur, sur 0,02 de largeur ; pouls à 96; bouche pâteuse. (Bain ; lavement émollient; cataplasmes; onctions mercurielles ; ext. de kina, 1 gramme.)
Le 17. La veille, il y a eu un nouvel accès de fièvre ; le ventre est toujours très-sensible, et la douleur augmente au moindre eflort. Pouls à 108; peau fraîche.
Le 20. Il y a encore eu un accès de fièvre dans la nuit, cependant la tumeur diminue et est indolente.
Le 22. La diarrhée a recommencé; trois selles liquides ; la tumeur a diminué un peu, et la douleur est moins vive ; pouls à 108. (Ext. théb. 0^,02; lavement avec 12 gouttes de laudanum.)
Le 28. La diarrhée persiste, quoique avec moins d'intensité.
Le 31 . Plus de diarrhée ; la malade est allée au jardin, et s'en est bien trouvée.
Le G août. La malade ressent dans la fosse iliaque gauche, près de l'arcade fémorale, uue douleur augmentant par la pression, et on constate une induration au niveau du pubis.
Le 7. Il y a eu un peu de fièvre dans la journée : il y a toujours de la douleur dans la fosse iliaque droite. (Onctions mercurielles.)
Le 12. L'extension du membre inférieur gauche est très-difficile; la douleur de la fosse iliaque est moindre. (Pommade belladonéc.)
Le 16. Même état.
Le 20. Pas de changement.
Le 29. Il y a eu des frissons erratiques ; la diarrhée est abondante. On sent toujours le cordon dur des vaisseaux iliaques gauches. La malade meurt le 8 octobre 1857, dans un état complet de marasme.
Autopsie. — Maigreur considérable; pas d'épanchement péritonéal ; pas de trates de péritonite ancienne ; deux ou trois anses intestinales, au niveau du commencement de l'iléum, sont très-fortement injectées. L'utérus, fort petit (3 sur 3), est blanc et sans injection dans la plus grande partie de son étendue ; seulement, au niveau de ses deux angles supérieurs, il est marbre de larges lignes noires, rappelant la coloration mélanique.
A gauche, cette coloration est beaucoup plus forte, et elle occupe tout le ligament large. Lorsqu'on incise sur ce point, on ouvre un foyer qui ne contient que du pus jaunâtre très-aqueux, très-mal lié. Cette collection, qui commence sur les parties latérales droites de l'utérus, au niveau du col, se continue le long du ligament large jusqu'à son insertion sur le muscle psoas gauche, dans l'épaisseur duquel existe une partie du foyer ; le reste s'étend dans toute la fosse iliaque gauche, dans l'épaisseur du muscle iliaque, dont une couche de fibres intacte, mais imprégnée de lymphe plastique, est comme fibreuse et tapisse l'os iliaque, qui n'est pas altéré. Le foyer en avant s'étend jusque sous l'arcade crurale.
Le pus contenu dans ces différents endroits est toujours jaunâtre et séreux. Lorsqu'on examine l'utérus et les annexes, surtout à gauche, on vuit que les points noirs ne sont autre chose que des veines remplies d'une matière noire, concrète, qui ne s'écoule pas à la coupe. Ces veines sont toutes très-petites, mais très-nombreuses; elles retracent pour ceux qui les examinent des vaisseaux qui, jadis entlammés, sont restés pleius du sang que des changements ultérieurs ont notablement modifié.
La cavité utérine est très-petite, sans altération de la muqueuse, qui présente seulement, non une surface unie, mais une apparence réticulaire et comme feutrée.
Le gros intestin offre dans toute sa moitié inférieure des ulcérations nombreuses, petites et découpées; à la fin du jéjunum, au niveau des anses si injectées, existent, de larges ulcérations faisant le tour de l'intestin; on en rencontre surtout deux plus grandes que les autres, qui siègent toutes au niveau du bord des valvules commentes, peu marquées en cet endroit. La surface de ces ulcérations est forniée par une sorte de fausse membrane pulpeuse colorée en vert par un liquide bilieux.
Rien dans les poumons ni dans les autres organes.
Obs. 34. Bruniau, vingt trois ans, accouebée le 27 avril 1888, à sept heures du soir ; elle offrait, le 28, un gonflement et une douleur marqués de l'annexe droite, le pouls était à 72 pulsations, la peau fraîche, la malade calme et paisible. (10 sangsues au côté droit; 2 bouillons ; 2 potages.)— Les jours suivants, la douleur fut moindre, ainsi que le.gonflement; le pouls restait peu élevé, mais la peau était chaude. Une sorte d'intermittence apparente fit supposer à la personne qui me' remplaça pendant deux jours, qu'on avait affaire à une fièvre intermittente; et le 2 mai, après un frisson violent, suivi de chaleur et de sueur, on administre à la malade 7J centigrammes de sulfate de quinine. Le lendemain, je ne trouvai pas une intermittence bien évidente; la face était jaunâtre; pas de diarrhée, pas de ballonnement du ventre; 90 pulsations sans résistance du pouls. Le sulfate de quinine fut porté à 1 gramme. (Une portion.)
Le 4 mai. Le sulfate de quinine avait été vomi la veille, au moins la première prise; le frisson est revenu sans apparence régulière; même état du pouls ; bourdonnement des oreilles ; lochies régulières, assez abondantes.
Le 5. Frissons répétés depuis la veille; encore un vomissement. Pendant la nuit, a commencé un délire violent qui persiste. Elle croit que ceux qui l'approchent veulent la tuer, et elle les frappe si elle peut les atteindre. L'infirmière seule peut la calmer. Ses forces sont cependant très-diminuées; elle exécute ses divers mouvements en tremblotant. La face est plus jaunâtre que les jours précédents, altérée, sans être grippée ; plaintes incessantes, avec somnolence interrompue par des moments d'agitation. La pression sur le ventre parait pénible; mais il est difficile de se faire une opinion bien arrêtée à ce sujet, la malade repoussant violemment tout examen. Pas de diarrhée. Suspendre le sulfate de quinine. (0,0S opium; frictions mercurielles ; 2 bouillons, 2 potages.) — Cet état persiste jusqu'au septième jour, où les frissons ne se représentent plus, et le délire diminue ; la langue est sèche, couverte d'un enduit noirâtre et dur; pas de selles; ventre in:!olent, un peu ballonné. La diarrhée commence le 0; la faiblesse est extrême; la face de plus en plus
jaune; le pouls, très petit, à 108. La peau sans grande chaleur; pas de sommeil. Aux onctions mercurielles, à l'opium, on ajoute le laudanum en lavements; une potion avec0,o0 de perchlorure de fer; 100 grammes de vin de Bordeaux. — Les phénomènes vont en s'aggrava nt ; la malade est étendue dans son lit, affaissée, sans forces, la face de plus en plus altérée et comme terreuse, sans être grippée ; la langue toujours sèche, noirâtre, tremblotante ; la parole faible, lente ; sans délire ; la respiration très-fréquente; sans réel ballonnement du ventre; la soif plus vive; pouls à 108, petit; peau chaude, sèche; pas de sommeil; la diarrhée reste très-répétée, involontaire ; les matières rendues sont d'une fétidité excessive, et la malade succombe le 15 mai, dans un état qu'il eût été tout à fait impossible de distinguer, quant aux symptômes généraux, de celui que présente un amputé atteint d'infection purulente.
Le 16. A l'autopsie, nous avons constaté qu'il n'existait aucun épanchement abdominal, aucune fausse membrane. L'utérus, déjà revenu sur lui-même, n'offrait, non plus que les ovaires, d'ailleurs peu volumineux, aucune trace de pus dans ses vaisseaux veineux, pas plus aux parties latérales que dans l'épaisseur du col. Pas de gangrène, pas de plaques diphthéritiques à la face interne de cet orgaue, que recouvre un mucus légèrement grisâtre et un peu sanguinolent par plaques. — Le plexus pampiniforme du côté droit est entouré d'un tissu cellulaire un peu épaissi ; dans une des grosses veines qui le composent, on trouve un pus épais, crémeux, jaunâtre. Cette veine est bien du volume d'une grosse plume de corbeau. Ses parois sont épaissies, nullement transparentes et injectées de petits vaisseaux rouges très-nombreux et très-apparents. Elle ne saurait être prise pour un vaisseau lymphatique. Aucun de ces derniers n'est perceptible dans tout le bassin. — Le foie est pâle, plus décoloré par plaques, sans offrir rien qui ressemble à du pus. — Les poumons sont on ne peut plus sains et n'offrent pas même de congestion passive et ultime à leur partie postérieure. — Tout le rectum, le colon ascendant et une partie du colon transverse offrent une altération profonde de la muqueuse, laquelle parait, comme dans certaines formes de dysenterie, remplacée par une couche épaisse de fausses membranes d'un gris verdàtre, inégales, profondément déchiquetées sur certains points, exhalant partout une odeur des plus fétides, comme gangreneuse. — Les ganglions du mésentère, dans les points correspondants, sont développés depuis le volume d'un gros pois jusqu'à celui d'une petite noisette, et offrent tous, ou à peu près, une couleur noire. — Le cerveau, de consistance excellente, ne porte aucune trace d'altération, non plus que les méninges parfaitement saines. — Nous allions en rester là de l'autopsie, lorsque, ouvrant la vessie, dont la surface interne était rouge piqueté très-intense, marbré même çà et là de petits épanchements sanguins sous-muqueux, et rencontrant à l'intérieur de ce réservoir une urine puriforme, l'idée me vint d'examiner les reins. Je
les trouvai tous deux d'un rouge foncé, tirant sur le violet, d'un volume un peu au-dessus du volume normal. Leur surface extérieure présente sur plusieurs points, tant pour le rein droit que pour le rein gauche, de larges boursouflures d'une teinte plus louche, circonscrites par des ligues plus jaunâtres. Lorsqu'on incise les reins et qu'on tente d'enlever leur capsule fibreuse, on reconnaît que leur tissu est généralement ramolli, que la substance corticale est plus épaisse, plus développée, enfin que les soulèvements, visibles par l'examen extérieur, correspondent à de vastes foyers circonscrits par une couche pseudo -membraneuse , d'aspect purulent, non régulièrement continue dans toute l'étendue du foyer, et renfermant dans son intérieur une pulpe, une sorte de magma d'un rouge sombre, louche, mêlé de tons jaunâtres, véritable pus coloré par un peu de sang. Ces collections ne siègent pas seulement à la périphérie des reins ; elles existent inégalement répandues dans toute l'épaisseur de ces organes. Plusieurs, commencées dans la substance corticale, ne se portent pas à l'extérieur, de manière à venir à la surface, elles se plongent, au contraire, dans le sens des cônes de substance tuliuleuse, dont elles semblent écarter les conduits par un prolongement qui donne à l'ensemble de cet abcès une forme trilobée comme les feuilles de certains végétaux, à l'exception que ce qui représente la foliole centrale dans l'abcès est très-prolongé en pointe. Plusieurs de ces abcès occupent le centre des cônes et sont généralement plus petits ; enfin on en trouve quelques-uns au sommet des cônes eux-mêmes. Ces collections sont beaucoup plus nombreuses dans le rein gauche, et présentent partout l'apparence que j'ai décrite tout à l'heure.
Obs. 35. Le 21 mai 1801 est entrée la nommée Debieuve (Marie), vingtsept ans, domestique Elle a été réglée à seize ans : la menstruation est régulière et abondante; elle a de la leucorrhée. La grossesse a été trèsheureuse, et la malade accouche à la Clinique, le 3 mai, d'une fille à terme, son second enfant. Les suites de couches furent régulières, et la malade sort bien portante le 19 mai.
Le 22. En arrivant chez elle, elle est prise de frissons qui depuis sont régulièrement revenus tous les jours ; un peu de diarrhée ; pas de douleurs abdominales, quelques légères douleurs lombaires. Les lochies coulent encore un peu; peau chaude; pouls à 144. La malade se plaint d'une douleur clans le mollet gauche ; par la palpation on constate l'existence d'un noyau dur, qui est probablement un abcès en voie de formation. (Bouillons; sulfate de quinine, 2 grammes; glace sur le mollet ; frictions mercurielles.)
Le 2o. Toute la peau a pris une teinte ictérique très -prononcée ; langue rouge, sèche; délire calme; peau brûlante; pouls à 144. La diarrhée continue. (Même prescription.)
Le 26. Il n'y a à noter que l'exagération des accidents ci-dessus.
Le 27. Mort.
Autopsie. — Pas de péritonite. Le plexus pampiniforme du coté droit est plein de pus. Toutes les veines ont. suppuré et sont plongées au milieu d'un tissu cellulaire densifîé par l'infiltration plastique. Toutes les veines du col utérin sont pleines de pus, qui s'écoule par l'incision ; l'ovaire gauche est transformé en une vaste poche purulente. L'ovaire droit est à l'état normal. Le foie est ramolli, diffluent et s'étalant sur la table. Deux gros abcès existent à la base du poumon gauche. 11 y en a deux aussi, mais plus petits, à la base du poumon droit.
Obs. 36. Triquet (Vital) vingt ans, piqueuse de bottines, née à Seton (Orne), fille; elle habite Paris depuis quatre ans. Réglée à quinze ans dans son pays, sans indisposition; trois mois d'intervalle entre la première et la deuxième époque, puis très-régulièrement le 15 de chaque mois ; peu abondantes (deux ou trois jours), bien rouges. Première approche, dix-neuf ans, sans effet sur les règles. L'arrivée à Paris les suspend pendant trois mois. — Pendant la grossesse, mauvais goût à la bouche, dégoût pour tousles aliments, excepté pour les fruits. Quelques vomissements au commencement seulement ; pas d'oedème, pas de varices ; au début vive douleur dans la cuisse gauche pendant huit jours ; lait dans les seins, les trois derniers jours seulement. Accouchée le 21 avril 1857, à deux heures du soir, d'un garçon à terme ; premier enfant. Frisson intense cinq minutes après l'accouchement ; perte assez abondante.
Le 22. Se dit bien, malgré quelques coliques erratiques ; elle n'a pas uriné. Pouls, 56; peau fraîche ; utérus, 6 sur 1 1 . Gonflement et légère douleur des deux côtés de la pression, surtout à gauche ; lochies bien ; elle vient de rendre beaucoup de caillots. (40 sangsues, 20 de chaque côté ; 2 bouillons, 2 potages.)
Le 23. Se dit bien ; pouls, 84; peau médiocrement chaude ; utérus, 6 sur 8 ; plus aucune douleur ; lochies, bien rouges ; annexes très-souples. Les sangsues ont saigné considérablement, elle a eu plusieurs syncopes ; lait abondant. (Un potage.)
Le 24. Se dit bien; pouls, 1 12; le 23, à quatre heures du soir, elle a vu le lait monter violemment; lochies normales, pas de douleurs. (2 portions.)
Le 25. Se dit bien ; pouls, 100; utérus, 7 sur 8; lait abondant ; lochies, bien.
Le 26. Pouls, 104 ; utérus, 7 sur 11; lait abondant ; lochies, bien, mais pâles. — - La malade tousse beaucoup depuis hier, sans en connaître la cause. Elle souffre dans la poitrine, mais ne peut cracher ; pas d'appétii, soif vive ; elle n'a pas été à la selle depuis sa couche ; un peu de douleur. (2 potages.)
Le 27. Se dit bien ; pouls, 104; utérus, 8 sur 9 avant d'uriner, 7 sur 9 après; lait très-abondant; lochies régulières; de l'œdème delà vulve et des petites lèvres surtout donne une sensation de cuisson quand elle se
ève; pas de douleurs abdominales ; pas d'appétit. (Kina, 1 gramme; bordeaux, 100; un potage.)
Le 28. Même état ; pas d'appétit ; pas de selles depuis l'accouchement. (Bouteille d'eau de Sedlitz ; une portion).
Le 29. Elle a été vigoureusement purgée. Utérus, 8 sur 1 1, avec un peu de gonflement et de douleur à droite. (Frictions, onguent napolitain ; vésicatoire au-dessus des sangsues. Une portion.)
Le 30. Pouls, 120; peau peu chaude ; se dit mieux, mais faible. (Une portion.)
Le 1er mai. Pouls, 120 ; douleurs de chaque côté. (20 sangsues, 10 de chaque côté; une portion.)
Le 2. Pouls, 100; lochies très-peu marquées ; diarrhée. (Lavement, avec 30 gouttes de perchlorure de fer au trentième; une portion.)
Le 3. Pouls 120, vif; inappétence; muqueuse buccale et lèvres trèspàles ; diarrhée un peu diminuée depuis hier, pas de selles la nuit; lochies très-peu abondantes, pâles; se plaint toujours de prurit en urinant. (Même prescription.)
Le 4. Pouls, 104 ; peau fraîche ; pas d'appétit, un peu moins ; n'a plus de diarrhée ; le lavement n'a pas été rendu ; mêmes douleurs eu urinant ; perte en blanc; commence à avoir mal à la gorge. Bordeaux, 100 grammes ; kina, 2 grammes en potion; 10 gouttes perch. fer dans un demilavement ; une portion.)
Le 5. Pouls, 112; peau chaude ; pouls petit; n'a eu qu'une seule selle liquide ; le ventre est indolent et souple ; elle n'a pas d'appétit et a dormi assez bien. (Potion avec 10 gouttes de perchlorure de fer au trentième; lavement avec 20 gouttes de la même substance ; une côtelette ; une portion; 100 grammes de bordeaux ; 2 grammes de kina.)
Le 6. Pouls, 108; peau chaude et sèche; n'a eu qu'une selle liquide pendant la nuit; pas de sommeil, faiblesse; mal de gorge ; un peu de rougeur seulement; faiblesse extrême, rêves fatigants pendant la nuit. (Gargarisme alumineux; même prescription du reste.)
Le 7. Pouls, 108; peau chaude et sèche; la diarrhée est revenue; mauvaise bouche, langue décolorée, tremblante; faiblesse. (Potion ; 30 gouttes de perchlorure fer; bain.)
Le 10. Pouls, 101; peau chaude ; diarrhée successive ; pas de sommeil; langue décolorée, tremblotante. (10 centigrammes d'extrait aqueux thébaïque ; suspendre les bains qui ont été donnés depuis le 7.)
Le 11. Se dit mieux; pouls, 96 ; peau chaude et sèche, soif extrême, pas d'appétit; beaucoup moins de diarrhée; matières noires, attribuées au perchlorure ; sommeil bon, mais un peu agité; sueurs abondantes ; elle a vomi un peu de bile ce matin. (10 centigrammes d'extrait aqueux tbébaïque ; 4 grammes de sous-nitrate de bismuth ; une portion.)
Le 12. Va mieux, mais cependant se plaint de nausées; a beaucoup moins de diarrhée; 108 pulsations; peau chaude; pas de douleurs de
tète, pas d'envie de vomir; elle a un peu vomi après les pilules d'opium. Se plaint aussi du mal de gorge. On trouve sur l'amygdale gauche une plaque escharifiée jaunâtre, pulpeuse, qui est placée entre les deux piliers gauches ; l'amygdale est peu gonflée et la plaque s'enlève assez facilement avec le doigt. (Même prescription.)
Le 13. Même diarrhée, même faiblesse ; pas d'appétit ; elle ne peut garder les lavements. (Même prescription ; plus, décotion blanche; un quart de potage ; 4 bouillons.)
Le 14. Pouls, 104 ; peau un peu chaude ; toujours langue tremblotante ; diarrhée très-fréquente, peu de matières sont rendues à la fois. (Un quart de lavement avec 6 gouttes laudanum et amidon, à répéter quatre fois aussitôt qu'il sera rendu; même prescription du reste; 2 portions.)
Du la au 22 mai. L'état est le même, et la malade va s'affaiblissait. Ni le tannin, 2 grammes par quart de lavement, ni le nitrate d'argent, o centigrammes en potion, ne peuvent arrêter ou même modérer la diarrhée.
Le 22. Un peu moins de diarrhée ; légères traces sur la face interne de la lèvre inférieure d'une éruption qui est ou un aphthe ou du muguet. (Même prescription, et, de plus, compresse froide sur le ventre pendant une heure; recommencer le soir; se gargariser avec 4 grammes de bicarbonate de soude, eau, 100 grammes.)
Le 23. Frisson qui fait trembler tous les membres ; bouche mauvaise, langue hésitante et tremblante ; respiration pénible et anxieuse ; douleurs vives dans la région des reins ; faiblesse excessive. (Même prescription.)
Le 24. Exactement même état; de plus, gonflement assez considérable de la région parotidienne gauche, en avant du creux maxillaire ; peau un peu rouge au même niveau. Mort à quatre heures du soir, le 24.
Autopsie, le 26, à neuf heures du matin.
Pas de traces de purulence, ou, pour mieux dire, pas de traces d'épanchement au niveau de l'annexe gauche ; vers la trompe on trouve quelques plaques pseudomembraneuses sèches, non adhérentes, purement plastiques, non puriformes; de même, à la partie postérieure de l'utérus, au niveau du repli recto-utérin, on observe quelques fausses membranes fibrineuses sèches, peu étendues, peu adhérentes : c'est la seule trace de l'existence d'une péritonite antérieure, bien restreinte et bien limitée; nulle trace d'injection. On cherche à enlever le paquet intestinal, et pour cela on fait sur le col descendant, un peu au-dessus du commencement de l'S iliaque, une première ligature, qui, au moment où elle est serrée, coupe complètement l'intestin ramolli. On voit déjà par cette section que la paroi intestinale est épaissie, blanchâtre, et que la surface muqueuse est inégale, anfractueuse par le fait d'un état d'ulcération. Les ligatures étant appliquées de nouveau, la partie moyenne du colon descendant se déchire parle fait d'une traction, assez modérée, cependant exercée dans le but de le détacher; le tissu cellulaire de l'abdomen est tout à fait
sain, sans infiltration aucune. L'utérus est caché au fond du bassin ; il ne présente que 7 centimètres de hauteur sur 8 de largeur ; les trompes et les ovaires sontsains. En le détachant du bassin, le scalpel arrive au niveau du côté droit vers le col ou à peu près, dans deux ou trois foyers de pus véritablement phlegmoneux, d'un jaune verdàtre très-lié, foyers qui sont environ du volume d'une petite noisette. L'utérus enlevé, il est facile de trouver au milieu de ces foyers des veines du volume d'une plume de corbeau, remplies elles-mêmes de pus dans une petite étendue : c'est autour d'elles que le pus s'est développé ; ces foyers occupent le tissu cellulaire ; les veines purulentes appartiennent au plexus pampiniforme du côté droit ; une ou deux d'entre elles s'abouchent avec les veines rompues dans l'utérus au niveau du col. La grande veine transversale au niveau du col est du volume d'une petite plume d'oie, elle est rougeàtre et ne contient pas de sang. Il en est de même du sinus latéral, qui est beaucoup plus volumineux et qui remonte dans l'épaisseur du bord droit de l'utérus; il ne contient ni caillot ni pus, mais ses parois sont d'une teinte rouge, que le grattage et le lavage n'enlèvent point. La veine hypogastrique du ce côté et les deux veines iliaques n'offraient aucune altération appréciable. A gauche on ne trouve pas de pus dans les veines, au niveau du col de l'utérus, mais l'hypogastrique, la veine sacrée moyenne et plusieurs des veines du plexus pampiniforme sont remplies de caillots, sur l'apparence desquels nous allons insister. Ces caillots se continuent par l'hypogastrique jusqu'à l'abouchement de celle-ci à la veine iliaque, au niveau du point ou l'artère iliaque croise la veine. La veine elle-même est pleine d'un énorme caillot blanchâtre, visible au travers des parois veineuses, qui ne sont pas épaisses; ce caillot se prolonge en bas, jusqu'en l'arcade crurale, où il se termine en pointe et se continue jusque dans ia fémorale, sous forme d'une corde rouge, mince, et qui est très-loin de boucher la lumière du vaisseau de la circonférence, duquel elle n'occupe pas le cinquième. Aucun œdème n'existe au membre inférieur de ce côté. Ce caillot présente donc un corps principal qui siège dans la veine iliaque et qui offre sa plus grande épaisseur au niveau du passage de l'artère iliaque sur la veine. Laie caillot remplit complètement le vaisseau dans une étendue d'environ 6 centimètres; au niveau du passage de l'artère iliaque droite, ce caillot se termine nettement par un bord mousse, aplati, comme festonné par de petits enfoncements assez réguliers : ce caillot est d'un blanc jaunâtre, d'apparence fibrineuse. Vers la partie postérieure cette apparence jaunâtre est beaucoup plus étendue, tandis qu'à sa face antérieure, après 4 centimètres environ, commence une couche, effilée d'abord, mais plus large à mesure qu'on descend vers la veine crurale, de matière colorante rouge. Presque au niveau du point où finit ce caillot, vers la partie supérieure, on trouve l'insertion de la veine sacrée moyenne, qui est elle-même remplie d'un caillot blanc continu avec le plus gros du caillot iliaque. Ce dernier, examiné de plus près et retiré de la veine
d'abord, ne présente avec la paroi veineuse aucune adhérence lorsqu'on, l'incise, on trouve qu'il constitue une sorte de coque fibrineuse allongée; dont le centre est occupé par un liquide purulent jaune et bien caractérisé. Les couches les plus intérieures du caillot en contact avec le pus sont beaucoup moins consistantes que les couches les plus extérieures et sont presque demi-liquides, d'une constance graduellement augmentée à mesure qu'on se rapproche de l'extérieur ; si bien que, le pus chassé, il ne reste plus, pour ainsi dire, qu'un tube fibrineux intérieur demi- consistant. Le caillot contenu dans la veine sacrée moyenne offre d'abord une apparence blanchâtre et une grande consistance dans le point en contact avec le gros du caillot iliaque plus bas, au niveau de la courbure du sacrum; c'est un mélange de concrétion fibrineuse, de matière colorante en petite proportion et de pus véritable, dont les caractères ne sont pas équivoques. De même dans la veine hypogastrique un caillot purulent peut être suivi ; on en trouve aussi une trace sensible dans le commencement de la veine azygos, qui s'étend le long de la colonne lombaire à gauche. Les veines du plexus pampiniforme sont remplies par des caillots fibrino-sanguins non adhérents, mais très-volumineux et qui, dans une ou deux ramifications offrent une apparence puri forme mal précisée. Dans aucun point de la veine iliaque on n'observe d'adhérence du caillot ou d'épaissisement des parois. Les parois de la veine hypogastrique et celles de la veine sacrée moyenne semblent plus épaisses, mais sans que cette altération soit très-manifeste. Les veines qui, à gauche, rampent dans l'épaisseur de l'utérus, ne sont pas altérées au col ; une d'elles renferme un peu de pus phlegmoneux, sans caillot obturateur apréciable, mais aussi sans qu'on puisse saisir ailleurs, soit au delà, soit en deçà, de continuation purulente; cette veine est du reste d'un très-petit calibre, environ un demi-millimètre, et elle est très-isolée. — L'intérieur de l'utérus offre une teinte noirâtre produite par un mucus mêlé de matière noire ; quelque traces de fausse membranes grisâtres sur quelques points de la cavité, très-rétrécie du reste, de l'utérus. La trace de l'incision placentaire est constituée par une surface granuleuse inégale. Quand on y regarde de très-près, on voit que quelques-uns de cesgrumeaux sont constitués par du pus concret jaunâtre, et quand on dissèque attentivement ces points, on constate facilement qu'ils ne sont autre chose que la terminaison de vaisseaux dont la lumière est obturée, dans l'étendue d'un demi-centimètre au moins, par un cylindre de pus concret.
L'intestin grêle, non plus que l'estomac, ne présente aucune altération appréciable; rien sur les plaques de Peyer. Vers le milieu du colon ascendant commencent des ulcérations d'abord rares, comme discrètes, inégales, mais à bords découpés; puis ces ulcérations sont bientôt remplacées par de larges plaques au niveau desquelles la muqueuse, comme convertie en eschares grisâtres de la largeur d'une pièce de vingt sous, est soulevée par une couche de pus qui la décolle. Ces eschares, sur
un ou deux points, circonscrivent un îlot de muqueuse encore saine de la largeur d'une pièce de vingt centimes. Vers le commencement du colon descendant, presque toute la circonférence de l'intestin est ainsi escharifiée. A partir du milieu du colon descendant jusqu'au rectum, la muqueuse est enlevée ; il ne reste plus que la tunique musculaire mise à nu, offrant une apparence feutrée et comme réticulée par le gonflement des fibres injectées. Dans la cavité de cette portion de Fintestin, un trouve un tube grisâtre de 25 centimètres de largeur environ, constitué par un détritus filamenteux et rugueux, qui n'est autre que la muqueuse dé toute cette partie de l'intestin convertie en une esebare tabuleuse. La tunique musculeuse qui forme la face interne de l'intestin repose sur un tissu cellulaire infiltré de lymphe plastique, qui donne à la totalité de la paroi intestinale une épaisseur de 0,02 centimètres, mais en même temps cette paroi ainsi épaissie est très-friable et très-facilement déchirée; la coloration de ces parois, vue dans leur épaisseur, est d'un blanc demi-laiteux grisâtre. La surface interne de l'intestin, inégale, striée dans le sens de la circonférence intestinale, offre une apparence rosée analogue à celle d'une plaie qui, d'abord blafarde et grisâtre, commence à s'animer et à se déterger. Ce n'est autre chose que la membrane musculeuse eu voie de bourgeonnement cicatriciel. Rien dans le foie, dont le tissu est pale, rien dans la rate, rien dans le poumon droit. A gauche, épanchement purulent de quantité médiocre, fausses membranes formant une couche purulente au niveau du médiastin antérieur. Toute la partie inférieure du poumon gauche est dense, opaque, lourde, non revenue sur elle-même, non crépitante, marbrée de jaune par larges plaques sur un fond rouge. Quand on incise le poumon, ort voit que son tissu est infiltré de pus concret très-visible, quant à ses caractères, mais qui nulle part n'est réuni en véritables foyers; cette infiltration purulente est injectée ça et là de taches rouges. Dans certains points, le tissu pulmonaire est presque ramolli, mais sans apparence de collection liquide; cette vaste infiltration purulente est très-friable à la pression, il s'écoule alors un pus rosé sous le doigt qui 'comprime et détruit le tissu pulmonaire, dont les éléments ne sont plus appréciables : c'est une vaste infiltration véritable. Pas de plaques pseudo-membraneuses sur la plèvre, au niveau des points jaunâtres les plus visibles, lesquels ne font nullement saillie au-dessus du niveau du reste du poumon. Ces mêmes points ne sont pas non plus déprimés. — A la face, le gonflement, au niveau de la parotide gauche, observé pendant la vie, est constitué par une infiltration de sérosité rougeàtre clans toute l'épaisseur de la glande, sans trace de suppuration. — Rien au cœur.
Obs. 36 6m. Ulle R*** élève sage-femme, constitution très-robuste, bonne santé habituelle, a eu ses règles dans les premiers jours du mois de mai; l'écoulement menstruel a été irrégulier et incomplet. Depuis ce temps, malaise général, perte des forces, inappétence, bouche mauvaise,
G8i MALADIES DES FEMMES EN COUCHES.
pas de douleurs de ventre. — Le 9 mai, entre le soir à l'infirmerie. Fièvre, peau chaude, céphalalgie, bouche mauvaise ; rien ne peut faire présager une maladie grave. (Limonade, deux pots.) Le 10. Fièvre, peau animée, face rouge, céphalalgie, langue sale : aucun autre symptôme local. (Ipéca, 2 grammes; émétique, 5 centigrammes; divisez en trois paquets.) Le soir, a bien vomi ; se trouve soulagée ; souffre encore de la tête ; fièvre moins vive. — Le 11. Fièvre vive; a eu un frisson intense; un peu de douleur dans le ventre ; 120 pulsations; nausées. (Limonade, deux pots ; julep avec opium, 5 centigrammes, et alcoolature d'aconit, 3 grammes; cataplasme abdominal; glace, 3 kilogrammes; deux lavements émollients). — Le 12. Etat grave ; fièvre très-vive ; douleur dans le ventre ; vomissements verdàtres ; faciès altéré ; agitation ; respiration gênée ; rien à l'examen des poumons par la percussion ou par l'auscultation. (Limonade, deux pois ; julep opium, 5 centigrammes; alcool, d'aconit, 3 grammes ; cataplasme abdominal ; glace ; vingt sangsues à la face externe des grandes lèvres.) Le soir, état excessivement grave; les vomissements continuent; la fièvre est très-vive ; pouls petit, faible ; faciès très-altéré ; respiration très-gènée ; cyanose, refroidissement des extrémités; rien aux poumons. (Thé au rhum, vin de Malaga.) Le 13. Pouls très-fréquent, presque insensible ; prostration complète ; respiration très-génée ; refroidissement des extrémités, avec teinte bleuâtre 5 mort imminente. (Thé sucré, deux pots; julep opium, 10 centigrammes; punch au rhum, 400 grammes; alèzes chaudes ; un quart de lavement avec 10 gouttes laudanum.) Mort à midi. — Autopsie, trois heures après la mort. L'abdomen seul a été examiné, sur la demande de la famille. Cavité péritonéale contenant une grande quantité de sérosité purulente sans grumeaux ; quelques plaques purulentes de consistance crémeuse adhèrent aux viscères abdominaux ; injection du péritoine viscéral ; foie volumineux tacheté de jaune, très-gros ; l'utérus et ses annexes ont été coupés par tranches extrêmement minces, et leurs tissus étaient parfaitement sains et fermes ; la cavité utérine était intacte et contenait un peu de mucus épais, filant, onctueux, transparent. (Tarnier, Recherches sur Vêlât puerpéral et sur les maladies des femmes en couches. Thèse, Paris, 17 avril 1857.) (Prise textuellement.)
Obs. 36 1er. Chevill.... primipare, vingt-trois ans, domestique. Elle est depuis dix jours à l'infirmerie des femmes enceintes, pour de la diarrhée. Le 10 octobre, la fièvre est intense ; dyspnée ; douleurs sous-sternales; pouls à 140 ; la face est assez colorée; constipation ; matité à droite ; égophonie ; on entend la respiration très-obscurément et encore au sommet. (Vésicatoirc ; purgatif salin ; limonade, deux pots.) — Le IL Dyspnée ; même fréquence du pouls, plus de douleurs dans le ventre ; la face est pale ; les battements du cœur du fœtus ne sont pas modifiés. (Huile de ricin ; limonade, deux pots). — Le 12. Elle accouche naturellement ; l'enfant est vivant ; le pouls est à 110 ; douleur sous-sternale ;
plus de murmure vésiculaire à droite; rien du doté du ventre ; la dyspnée est moins considérable. — Le 13. Même état; langue blanche. — Le 14. Fièvre de lait ; frisson ; état saburral. (Ipéca, stibié, ut suprà.) Soir, va un peu mieux; le pouls est à 100 ; môme épanchcinent. — Le 15. Même état. Soir, frissons erratiques. — Le 16. On pratique la thoracentèse ; quelques gouttes de sérosité purulente, visqueuse ; matité considérable ; on agite le trocart, qui a été introduit entre le septième et huitième espace intercostal. On pousse une injection très-légère pour dégager la canule. Pas de liquide. — Le 17. Les symptômes s'aggravent ; orthopnée. — Le 18. Mort. — Autopsie. Rien clans les intestins; ecchymoses souspleurales; cœur mou ; épanchement purulent très-épais; pseudo-membranes très-épaisses ; liquide d'une sérosité très-considérable ; flocons fibrineux. (Charrier. De la fièvre puerpérale. Epidémie observée en 1854 à la Maternité de Paris. Thèse, 24 décembre 1853. Paris.) (Copie textuelle.)
Obs. 37. Martinel (Marie), vingt-trois ans, modiste; entrée le 8 mars 18G2 à L'hôpital delà Pitié, salle Saint-Charles, n° 6.
Voici ce que la malade raconte sur les antécédents de sa maladie :
11 y a huit mois, elle est accouchée, au huitième mois, d'une fille, qui est morte au bout de huit jours. L'accouchement fut facile. Les lochies d'abord suivirent leur cours régulier et cessèrent tout à fait vers le trente-cinquième ou le quarantième jour. La malade, au bout de neuf jours, commença à reprendre ses occupations journalières ; mais quinze jours à peine s'étaient écoulés depuis son accouchement, qu'elle fut obligée de se remettre au lit; elle avait des coliques violentes et de la fièvre, sans ballonnement du ventre, sans frisson. Au bout de quatre jours, elle se leva de nouveau, mais elle était faible, mal à l'aise, et, en marchant, elle sentait, assure-t-elle, une pesanteur dans le bas-ventre, avec de la douleur au-devant des cuisses. La défécation devint pénible.
Quinze jours avant son entrée à l'hôpital, elle fut prise d'une diarrhée assez intense, et en même temps elle vit disparaître une petite tuméfaction, de la grosseur d'une noix environ, qu'elle portait dans l'aine du côté gauche ; elle ignore à quelle époque cette tumeur était apparue.
Les règles revinrent six semaines après la couche, et furent aussi régulières qu'elles l'avaient été avant sa grossesse.
Etat actuel le 8 mars : Hier, après un repas, la malade fut prise d'un frisson intense, qui dura deux heures environ, et fut suivi de chaleur, de sueur, de vomissements verdàtres et de syncopes. Le ventre devint ballonné, très-sensible à la pression ; le poids des draps même est insupportable. Dans l'aine gauche, et sur les côtés de l'utérus, il semble exister de l'empâtement, que la sensibilité du ventre empêche d'explorer complètement. On ne constate rien par le toucher vaginal. La diarrhée existe encore, et la malade dit n'avoir rien remarqué de particulier dans ses garde-robes. Pouls, 120-124; peau chaude et sèche; faciès
grippé; les yeux, excavés, expriment l'anxiété. La respiration est normale, la langue est sèche et rouge; la sclérotique est le siège d'une coloration ictérique plus marquée sur le reste de la peau. La miction s'exécute régulièrement ; intelligence nette. (Application de deux vessies de glace sur le ventre ; 2 bouillons ; 2 potages.)
Le 9 mars. La malade a été notablement soulagée par l'application de la glace; la peau est moins chaude qu'hier ; pouls, 120, 124, toujours assez petit. L'état général est bien plus satisfaisant. (Même prescription.)
Le 11. Le mieux continue, le pouls est tombé à 90 ou 94 ; la peau est moite ; cependant l'inappétence continue, la langue est toujours sèche et rougeàtre; bouche mauvaise. (Même prescription.)
Le 17. La malade est très-abattue; la face est très-grippée. Les vomissements ont repris depuis la veille ; ils se répètent à de courts intervalles. Le ventre est ballonné, mais presque insensible. ( Injection à l'hypogastre de 10 gouttes de chlorhydrate de morphine au centième. (Même prescription du reste.)
Le 18. 11 n'y a eu aucun symptôme d'intoxication opiacée; les vomissements n'ont pas diminué; la malade s'affaiblit déplus en plus, et meurt sans délire, sans convulsions, le 21 mars 1862.
Autopsie. — En ouvrant l'abdomen, il s'écoule à peu près deux ou trois litres d'un liquide brun, trouble, sans aspect purulent, exhalant une odeur des plus fétides. Dans toute la région hypogastrique, le péritoine a acquis une épaisseur d'un demi-centimètre à peu près. Sa surface est complètement noire. Tout le petit bassin et la surface de toutes les anses intestinales de cette région présentent des altérations semblables ; il est complètement impossible de faire aucune recherche cadavérique, parce que toutes ces parties ne forment plus qu'un magma putrilagineux d'une odeur à la fois gangreneuse et fécale. Les parois intestinales, dans certains points, sont extrêmement amincies. Derrière l'utérus, qui est complètement revenu sur lui-même, existe un espace en forme de poche, paraissant limité de tous les côtés par le péritoine épaissi, mais ne contenant aucune autre espèce de liquide que celui qui s'est écoulé à l'ouverture de l'abdomen. Cette poche a le volume du poing à peu près. Si de chaque côté, à partir des fosses iliaques, on soulève les intestins, on rencontre les mêmes lésions du péritoine qu'à l'hypogastre. La pâtrefaction remonte de chaque côté jusqu'au foie et à la rate, qui ne présentent rien à noter, si ce n'est quelques adhérences. Dans toute la région épigastrique, l'estomac et les intestins libres d'adhérences ont leur aspect normal. Bien qu'on n'ait retrouvé sur aucun point la communicatiuii qui existait entre le colon et la cavité péritonéale, la nature tout a fait 'fécale des matières contenues dans l'abdomen et l'odeur toute spéciale qui s'exhalait de ces surfaces, ne peuvent permettre aucun doute sur la réalité de cette communication.
Obs. 38. Le 2 mars 1857 est entrée à l'hôpital Menard (Louise), vingt-
deux ans, blanchisseuse, née à Cloyes (Eure-et-Loir); habite Paris depuis deux ans. Fille. Réglée à quinze ans, sans indisposition. Règles tout d'abord régulières, peu abondantes, durant peu 'deux ou trois jours). Première approche, dix-neuf ans, sans effet sur les règles. Pendant la grossesse, ni dégoût, ni vomissements; étourdissements presque tous les jours pendant les trois ou quatre premiers mois. Œdème aux; deux: jambes dans les trois derniers mois ; varices aux deux jambes et aux deux cuisses à la même époque ; plus nombreuses à gauche. La première grossesse a présenté les mêmes symptômes ; la faiblesse et les étourdissements ont été plus marqués.
Accouchée, le 3 mars 1857, à une heure du soir, d'une fille à terme, deuxième enfant. L'accouchement a été bon, et n'a été suivi d'aucun accident.
Le 4. Pouls à 76; utérus, 11 sur 13, avec gonflement et douleurs à droite, souplesse à gauche. (30 sangsues, 20 à droite, 10 à gauche; 2 bouillons ; 2 potages.)
Le 5. Se dit bien; pouls à 84, peau fraîche ; lochies, bien; utérus, 6,5 sur 9,5, sans gonflement ni douleur. (Une portion.)
Le 6. Se dit bien ce matin ; mais hier soir, elle a eu la fièvre, de quatre heures à huit; cette fièvre a débuté par un frisson qui a été suivi de sueurs. Lochies, bien ; lait. Pouls, 120 ; peau chaude ; utérus, 7 sur 12, ni douleur ni gonflement. (40 sangsues disséminées sur l'abdomen ; puis frictions avec l'onguent napolitain. Ce traitement est employé à cause de la chaleur de la peau, du frisson, etc. Une portion.)
Le 7. Mieux. Pouls, 120 ; utérus, 8 sur 9,5 ; état général bien amélioré ; peau moins chaude, pas de douleurs. (Un potage.)
Le 8. Pouls, 128 ; peau chaude. Toute la nuit, elle a eu des vomissements de bile et de la diarrhée. Ce matin, la bouche est mauvaise. (Riz, sirop de coings ; lavements avec 2 grammes d'extrait de ratanhia et 12 gouttes de laudanum; frictions d'onguent napolitain; potion de !îivière ; 100 grammes de bordeaux ; 2 bouillons; 2 potages.)
Le 9. Se dit mieux; pouls, 1 12 ; peau moins chaude ; utérus, 7 sur 8. Elle n'a vomi qu'une fois; bouche mauvaise , langue sale et blanche ; les piqûres de sangsues suppurent. (Cataplasmes de fécule; extrait aqueux thébaïque, 0,02 ; un demi-lavement avec 6 gouttes de laudanum ; eau de Seltz; 2 bouillons; 2 potages.)
Le 10. Pouls, 120; peau fraîche, pas de coliques, pas de vomissements; bouche sèche, sans mauvais goût; langue blanchâtre, utérus impalpable, pas de douleur de ventre. (Même prescription.)
Le 11. Pouls, 120 ; peau moins chaude, peu de diarrhée, pas de vomissements ; bouche sèche; utérus impalpable; ventre un peu ballonné. (200 grammes de bordeaux ; 1 gramme d'extrait de kina; une portion.) Le 12. Hier elle a vomi de nouveau, et elle a eu plusieurs selles liquides ; pas de ballonnement, pas de douleur de ventre. (Vésicatoire à
l'épigastre, le panser avec 0,01 de morphine ; potion de Rivière ; frictions d'onguent napolitain ; lavement avec 30 gouttes de perchlorure de fer.)
Le 13. Plus de vomissements ; la diarrhée avait cessé toute là journée, mais elle a recommencé à minuit, et les selles ont été très-fréquentes. Elle tousse ; cependant l'auscultation ne révèle rien à la poitrine. (Sousnitrate de bismuth, 15 grammes ; deux demi-lavements avec 30 gouttes de perchlorure de fer ; potion de Rivière ; tisane coupée avec eau de Seltz.)
Le 14. Moins de diarrhée, surtout depuis le lavement; même état du reste. Elle se plaint d'une douleur dans chaque côté de la poitrine, mais l'auscultation ne révèle rien. (Même prescription; plus, gargarisme avec citron à cause de la sécheresse de la bouche.)
Le 15. Hier on lui a donné un lavement avec 2 grammes de ratanhia et 25 gouttes de laudanum ; depuis, pas de diarrhée ; 120 pulsations, peau sans chaleur. (Supprimer les boissons et les médicaments, ne donner que le lavement.)
Le 16. Pouls, 104 ; pas de selles ; elle se sent mieux ; la peau est plus fraîche. (Même prescription.)
Le 18. Se sent mieux, maisd'une faiblesse extrême. (Même prescription.)
Le 19. Pas de selles depuis le 15 ; sécheresse de la langue ; pouls, 104 ; peau sans chaleur. (4 bouillons ; tilleul sucré.)
Le 24. Elle se sent bien. Appétit ; mange peu, à cause du mauvais goût qu'elle a dans la bouche. Elle crache souvent, sans cependant avoir dégonflement ni de congestion réelle vers les gencives. (Gargarisme avec 0 grammes de chlorate de potasse; une portion.)
Le 25. Mieux ; se dit même bien ; bouche moins mauvaise, mais digestion difficile ; éruption sudorale. (Même prescription.)
Du 20 mars au 2 avril, rien à noter de nouveau.
Le 3 avril. Etat général meilleur ; mais le ventre est ballonné et renferme du liquide. Dans la journée du 2, elle s'est aperçue que le membre inférieur gauche tout entier était œdématié ; la pression y cause de la douleur, et laisse une légère empreinte du doigt. 11 est évident qu'il y a là une oblitération veineuse. (Frictions avec onguent mercuriel et belladone. (Une portion.)
Le 5. Le membre abdominal gauche est de plus en plus tuméfié ; le ventre est aussi très-ballonné. (Même prescription.)
Le 7. Le membre inférieur diminue un peu de volume. (Même proscription.)
Le 8. Le membre inférieur gauche continue à diminuer un peu de volume. (Kina, 1 gramme ; continuer tout le reste.)
Le 9. Membre inférieur gauche moins tendu, moins volumineux ; les mouvements sont redevenus possibles. (Continuer les frictions avec la pommade, en ayant soin de bien laver les surfaces au préalable ; bordeaux, 100 grammes ; extrait de kina, 1 gramme ; une portion.)
Le 10. Bien moins de tension du membre. (Même prescription ; y ajouter spa, deux verres.)
Le 11. Les mouvements sont faciles aujourd'hui; mieux sensible. (Continuer la prescription.)
Le 13. La cuisse gauche surtout est moins volumineuse. Le pied est encore bien tuméfié, mais non tendu, comme les jours précédents. A peine reste-t-il de l'œdème au genou; le ventre est moins ballonné. (Môme prescription.)
Le 14. Hier, elle a eu de la diarrhée, et le matin, elle a vomi en toussant. Bouche mauvaise, gorge sèche; pouls, 104, peau sans chaleur; même état du ventre et de la jambe gauche, urines faciles. (Riz, sirop de coing ; extrait aqueux thébaïque, 0,02, en deux pilules ; demi-lavement avec extrait de ratanhia, 2 grammes, et laudanum, 10 gouttes ; gargarismes avec miel rosat ; 2 bouillons, 2 potages.)
Le 15. Plus de diarrhée ; elle a encore vomi un peu de bile le matin. (Même prescription.)
Le 17. Elle a vomi beaucoup de bile pendant la nuit ; en même temps la diarrhée est revenue. Le ventre est un peu plus ballonné, il est douloureux. Soif vive, fièvre intense. (Riz, sirop de coing ; julep diacodé ; extrait aqueux thébaïque, 0,02; sous-nitrate de bismuth, 15 grammes; lavement avec 12 gouttes de laudanum ; diète.)
Le 18. Toujours diarrhée. (Extrait aqueux thébaïque, 0,05 en cinq prises; 15 grammes de sous-nitrate de bismuth; petit vésicatoire à la fosse iliaque gauche ; diète.)
Le 19. Dans la journée du 18, pas de diarrhée ; ce matin, elle a eu de nouveau la fièvre, les mêmes douleurs de ventre; état grave. (Même prescription.)
Le 20. Le matin, dix selles liquides. (Même prescription.)
Le 21. Même diarrhée ; affaiblissement extrême. Morte à onze heures du soir.
Autopsie, le 23, à dix heures du matin. — A l'ouverture de l'abdomen, on trouve, en avant du paquet intestinal, une sorte de poche dont les parois sont formées par une fausse membrane d'un jaune verdàlre, rugueuse, et de 2 à 3 millimètres d'épaisseur. L'utérus et les organes du petit bassin sont placés en dehors et au-dessous de cette poche pseudomembraneuse. Dans deux ou trois points, une des anses intestinales sous-jacentes semble recouverte d'une fausse membrane moins épaisse, mais il est impossible de découvrir une seule perforation, soit par l'examen direct extérieur, soit même plus tard, quand on les recherche en examinant la face interne de l'intestin. Cependant, cette poche, qui remonte jusque vers l'épigastre, et qui occupe toute la largeur de l'abdomen, est remplie : 1° par des gaz d'une fétidité extrême et d'une odeur fécale, qui s'échappent à l'ouverture de l'abdomen ; 2° d'un liquide d'un noir verdàtre grumeleux, également d'une fétidité fécale excessive. La
quantité en est assez considérable, deux litres et demi à trois litres environ ; 3° d'une bouillie d'un noir verdâtre, véritable purée sans apparence de forme alimentaire, sans détritus à forme saisissable. La quantité de cette masse boueuse est telle, que l'hypogastre en est plein, et que les deux lianes en sont envahis. Sous cette poche, la totalité des anses intestinales est soudée par des fausses membranes souvent fort épaisses et assez adhérentes. Les anses intestinales sont, du reste, distendues par des gaz et une certaine quantité de sérosité purulente qui se trouve cà et là enfermée dans des replis intestinaux par des fausses membranes injectées et parcourues même par des vaisseaux assez volumineux.
Sous cette vaste poche fécale, l'utérus et ses annexes sont accolés ensemble par des fausses membranes épaisses, au milieu desquelles il faut rechercher ces parties. On reconnaît que l'utérus est presque revenu à sa grandeur normale ; sa cavité est très-rétrécie et renferme un mucus d'un brun rosé sans fausses membranes. Le tissu des parois est engénéral blanchâtre ; les sinus ne sont plus représentés que par de petits vaisseaux dont plusieurs conservent, dans leur lumière, quelques caillots rougeàtres; autour d'autres vaisseaux, on voit une teinte rouge assez marquée, comme s'il y avait eu là quelque travail antérieur. On trouve également, au niveau du point où la trompe gauche s'insère à l'utérus, une coloration verdâtre du tissu utérin, sans pus appréciable, et qui parait bien retracer une maladie antérieure de cette partie.
En examinant les veines du bassin, on constate que, au niveau du point où la veine iliaque primitive gauche est croisée par l'artère, la veine présente un volume considérable et une épaisseur de parois telle, qu'elle ressemble beaucoup plus à une artère qu'à une veine. Cette augmentation d'épaisseur s'étend jusqu'au point où la saphène interne s'abouche dans la fémorale ; au-dessous, le volume de la veine, poursuivie jusqu'au delà du jarret, est toujours considérable : là, comme plus haut, elle est distendue par du sang, et très-dure au toucher ; mais, à partir de la saphène, les parois n'ont plus la même épaisseur. La veine hypogastrique et ses branches principales participent à ce volume et à cet epaississement de l'iliaque. 11 en est de même des veines que l'on trouve dans le cùte gauche du paquet que représentent l'utérus et ses annexes soudes ensemble. Au punit uii l'oblitération commence, au niveau de l'artère iliaque, lorsqu'on ouvre la veine, on trouve que le caillot est limite en haut par une sorte de toile séreuse très-fine, qui ressemble tout à fait à des adhérences pleuretiques très -anciennes. Cette toile, aussi mince qu'une séreuse, n'est pas tout à fait continue; elle est en quelque sorte composée de petits filaments réunis çà et là entre eux par de petits prolongements très-minces. Ces adhérences s'étendent d'un cote de la veine à l'autre, et elles voilent pour ainsi dire le caillot qui se trouve dans l'intérieur du vaisseau, lequel caillot n'est vu qu'à travers cette toile légère. Au même point, en dehors de cette adhérence organisée,
OBSERVATIONS. G9t
on trouve une tache oblongue, d'un noir bistreux, directement au niveau de la bifurcation de la veine ; cette tache ne s'efface pas par le frottement. Au delà de l'adhérence, et dans toute la partie de la veine iliaque que nous avons trouvée épaissie à la manière d'une artère, comme aussi dans la veine hypogastrique, on trouve un caillot noirâtre pour une portion, jaunâtre pour une autre, surtout dans la partie qui est en contact avec la partie postérieure de ces veines ; mais ce contact n'est pas immédiat, car presque toute l'étendue de la veine, surtout dans sa partie postérieure, mais çà et là aussi, dans d'autres points de sa circonférence, est recouverte par une fausse membrane d'un gris rosé, très-adhérente à la face interne de la veine, laquelle surface reste inégale et rugueuse lorsque le grattage a enlevé la fausse membrane. Le caillot, dans toute l'étendue de la veine, jusqu'au niveau de la saphène, est grumeleux, peu coloré, friable, sans grande quantité de matière colorante, tandis que, au-dessous, il est entièrement composé de matière d'un rouge noirâtre, véritable sang coagulé, mais non altéré, comme la partie du caillot qui précède.
Rien dans les poumons, ni de l'un ni de l'autre côté ; un peu de fausses membranes à la base du poumon du côté droit. Aucune trace d'altération dans le parenchyme lui-même ; pas de pus. Rien dans le foie, dans les reins, ni clans la rate. Obs. 39. (Je joins cette observation aux précédentes, bien qu'elle ait été relevée en dehors de toute influence puerpérale, parce qu'elle montre d'un manière claire le mécanisme de formation de ces collections fécales du péritoine.)
Le o mai 1801 est entrée, salle Sainte-Monique, n° 8, hôpital Beaujon, la nommée Peudepièce (Victoire), trente-quatre ans, ouvrière : elle est à Paris depuis neuf années ; elle a été réglée à quatorze ans, et depuis, la menstruation a toujours été régulière et assez abondante. Flueurs blanches depuis l'arrivée à Paris. Bonne santé habituelle. Elle a eu deux enfants ; le dernier est né il y a cinq ans.
Le 15 avril 1861, pendant le ilux cataménial, elle éprouva de trèsvives contrariétés, au sujet d'affaires de famille. Ses règles s'arrêtèrent. 11 survint de violentes coliques ; le ventre se ballonna considérablement en très- peu de temps ; la malade, malgré de très-vives souffrances, continua ses occupations journalières jusqu'au 5 mai, jour de son entrée.
Le 6 mai. L'abdomen est distendu et très-douloureux; faciès péritonéal ; pouls petit, langue un peu sale ; il y a un peu de diarrhée, pas d'épanchement abdominal appréciable. Depuis deux jours, la malade vomit de la bile, soif très-vive. (Quatre pilules de cynoglosse ; glace sur le ventre et dans la bouche.)
Du 6 au 15 mai, il n'y a rien a noter, si ce n'est un peu de mieux. (Même traitement.)
Du 15 au 25, les vomissements cessent ; le ventre diminue beaucoup; les traits sont moins tirés.
Du 25 au 31. Le mieux continue ; un peu d'appétit.
Le 1er juin. Le ventre s'est complètement affaissé ; bon sommeil.
Le 2. Ventre indolent; grande faiblesse. (Un peu de viande; vin de Bordeaux.)
Le 4. Le mieux continue. La malade éprouve quelques coliques, qui, selon elle, indiquent l'apparition de ses règles.
Le 6. La malade est moins bien que les jours précédents. Quelques légers frissons sont survenus et ont précédé le développement d'un état adynamique véritable. Très- grande faiblesse; pâleur très-marquée. (Extrait de kina, 1 gramme ; bordeaux, 100 grammes.)
Le 7 juin. La face est bouffie et pâle; la faiblesse a augmenté; les paroles sont difficilement articulées ; la maigreur est extrême ; la faiblesse croit toujours ; pas de douleurs de ventre ; la malade semble trop déprimée par l'adynamie pour les percevoir. (Même prescription.)
Morte le 12, sans accidents graves, elle s'est éteinte graduellement.
Le 13. Autopsie. — Traces de péritonite généralisée : des adhérences faibles, filamenteuses, relient la plupart des anses intestinales entre elles.
En arrière de l'utérus et en avant du rectum, on trouve une vaste poche bien circonscrite, tapissée de fausses membranes imbibées de pus et de matières fécales très-liquides. A la partie supérieure de cette poche, on trouve une ouverture grande comme une pièce de 1 franc, et qui conduit dans l'intestin grêle. Les bords en sont déchiquetés, noirâtres, gangrenés. L'adhérence entre le péritoine et l'intestin est très-intime. Les recherches les plus attentives ne permettent de retrouver aucun corps étranger dans la cavité péritonéale. La communication semble résulter de l'ouverture d'une collection rétro-utérine dans l'intestin, lequel a versé ultérieurement des matières fécales dans la cavité accidentelle.
Obs. 40. Kergoite, âgée de vingt-deux ans, couturière, née à Saint- Brieuc (Côtes-du-.Nord) , non mariée ; a été réglée à l'âge de quinze ans. Ses règles ont toujours été régulières et duraient d'habitude pendant huit jours. Il y a deux ans, elle a eu un premier enfant du sexe féminin, et pendant cette grossesse elle a eu des vomissements depuis le début jusqu'à quatre mois. Pendant sa deuxième grossesse elle n'a eu ni vomissements, ni varices, ni œdème des membres inférieurs. Elle est accouchée d'un garçon à terme, le 4 juin 1856, à neuf heures du soir.
Le 5 juin. 108 pulsations, pendant la nuit quelques douleurs de ventre suivies d'émission de caillots sanguins mêlés aux lochies. Les dimensions de l'utérus sont 20 sur 17, sans gonflement ni douleur avant d'uriner. Une quantité modérée d'urine ayant été retirée par le cathétérisme, les dimensions tombent à 14 sur 2. (12 bouillons, 2 potages.),
Le 6. 92 pulsations ; 18 sur 19 ; gonflement et douleur à droite ; le lait
commence à gonfler les seins ; les lochies sont abondantes et rouges. (20 sangsues seulement, la femme étant faible et petite.)
Le 7. Hier, frisson très-violent, qui a duré dix minutes et s'est répété pendant la nuit. Le matin, vomissement peu abondant; 144 pulsations; peau chaude; face pâle, jaunâtre ; lochies toujours abondantes; l'enfant tette bien ; les seins contiennent du lait, mais sont cependant assez mous. L'utérus a 18 sur 19 ; le ventre est douloureux à la pression. Des deux côtés de l'utérus, au niveau de ses annexes, on trouve à la palpation une corde saillante ; la pression à ce niveau est si douloureuse, que la malade fait alors involontairement un mouvement rapide. (60 sangsues; extr.de kina, 2 grammes; bagnols, 12 grammes; cataplasmes de fécule et frictions sur le ventre avec de l'onguent napolitain.)
Le 8. La malade s'est trouvée assez bien après l'application des sangsues ; la douleur de ventre a diminué ; un peu de diarrhée, survenue dans la journée, a cédé hier au soir à 0,05 d'extrait aqueux thébaïque. (Ext. kina, 2 grammes; bagnols, 120 grammes; frictions mercurielles ce soir; extr.aq. théb.,0,05.)
Le 9. 104 pulsations, la peau est moins chaude; un peu de diarrhée ; un peu de stomatite mercurielle ; utérus, 14 sur 16; peu de douleur à droite. (Ext. kina, 2 grammes; ext. de ratanhia, 4 grammes; 2 portions.)
Le 10. 124 pulsations; dyspnée; peau moite et mouillée de sueur (mais la température est très-élevée.) L'utérus a 14 sur 16, avec un peu de douleur ; les cornes de l'utérus sont dures et volumineuses; nausées, diarrhée très-abondante. (Même prescription, et de plus un large vésicatoire au-dessus des piqûres de sangsues.)
Le H . 112 pulsations ; peau moins brûlante ; pas de nausées, pas de vomissements ; la diarrhée est moins abondante ; ventre indolore ; bon sommeil. Même état des annexes. (Même prescription.)
Le 1 3 . 1 00 pulsations ; un peu de diarrhée cette nuit seulement ; encore un peu de lochies; pas de nausées; refroidissement des extrémités inférieures sans frissons; toux grasse peu prolongée; utérus, 11 sur 13 ; peu de douleur à droite. (Même prescription.)
Le 14. Beaucoup de dévoiement, cependant la malade prétend se trouver mieux et dit respirer plus facilement; 108 pulsations; peu de chaleur à la peau, ni nausées, ni frissons; le vésicatoire marche bien. A droite, on trouve dans le tiers inférieur de la poitrine de la matité avec diminution du bruit respiratoire, qui est mélangé d'un peu de râle sibilant; on perçoit aussi une égophonie légère. A gauche, il n'y a que du râle sibilant. La langue est humide, la soif vive; anorexie, rêvasseries. (Dissertation sur le cidre de son pays et la bonne santé dont on jouit, parce qu'on n'y boit jamais d'eau.) (Même prescription.)
Le 15. Même état, moins de diarrhée. (Vésicatoire en arrière de la poitrine, à droite.)
Le 16. La diarrhée a augmenté, cependant la malade prétend se
trouver mieux. Pas de délire ; plaintes en dormant ; oppression ; le vésicatoire a bien pris ; 100 pulsations sans grande chaleur à la peau. (Même prescription , et, de plus,, demi -lavement avec nitrate d'argent, 0,10.)
Le 1 7. Une seule selle ; pas de délire ; un peu d'écorchure au siège ; le vésicatoire est sec.
Le 27. La diarrhée continue ; hier beaucoup de toux, qui est complètement cessée. (Prescription : Décoction blanche ; acétate de plomb en lavement, goutt. 12.)
Le 6 juillet. Diarrhée toujours abondante ; œdème de la main droite ; faiblesse très-marquée. (Même prescription, et en outre sesquinitrate de de fer, 0,20.)
Le 8. Diarrhée beaucoup moins forte ; sur l'épaule droite on trouve un abcès indolent, sans rougeur, du volume d'une petite pomme d'api. (Même prescription.)
Le 12. L'abcès s'ouvre et donne un pus assez bien lié, mais clair.
Le 23. Mieux sensible ; pas de diarrhée ; les forces reviennent ; la malade mange une côtelette et deux œufs depuis le 14. L'abcès s'est vidé, la peau est recollée, le mieux semble devoir s'établir.
Le 25. Eruption générale de taches de purpura.
Le 2 août. Douleur dans le côté droit de la poitrine ; matité ; gros râles des deux côtés; retentissement notable de la voix à droite. Un vésicatoire de ce côté ; même prescription du reste.)
Le 4. Elle a tout à coup expectoré du pus en abondance pendant la toux. ] 32 pulsations ; chaleur très-modérée de la peau.
Le 1 1 . Elle crache toujours beaucoup de pus ; pas de diarrhée, pas d'cschares nouvelles, mais affaiblissement très-marqué ; altération profonde des traits , amaigrissement ; pas de frissons cependant. (Même prescription.)
Le 13. Mort.
Autopsie le 14. — Pas de traces de péritonite ; l'utérus est revenu sur lui-même, et on ne trouve pas de pus dans les veines ; mais à droite, au moment où la veine qui se détache de la corne droite de l'utérus va s'aboucher avec la veine ovarique qu'elle constitue en grande partie , on trouve que cette veine est restée encore dilatée, mais elle est oblitérée par un caillot lîbrineux adhérent, par les deux tiers de son diamètre, à la face interne de la veine qui, dans ce point, a certainement été altérée, comme l'indique sa surface inégale et réticulée. Dans la poitrine, on trouve dans le côté droit des fausses membranes épaisses occupant une large surface vers la base et vers la partie postérieure du poumon; nulle part il n'est possible de trouver la trace d'abcès du poumon ou de communication avec la plèvre des bronches, qui sont pleines de mucus puriforme. Le gros intestin est le siège de nombreuses ulcérations; la muqueuse, sur certains points, est comme dentelée et découpée. Un liquide puriforme et fétide est mêlé aux matières fécales.
Obs. 41. Jarrissard (Clémence), femme Mercier, âgée de vingt-six ans, journalière, d'un tempérament lymphatique, d'une bonne constitution, a déjà eu, à terme, trois accouchements heureux, d'enfants bien portants, le dernier il y a vingt et un mois. Le 21 mars 1862, quatrième accouchement, mais cette fois avant terme, à sept mois trois quarts. Le travail dura sept heures. L'enfant était mort ; depuis deux jours, les mouvements spontanés du fœtus n'étaient plus perçus par la mère. Cette cessation des mouvements avait été précédée de mouvements violents de l'enfant, très pénibles pour la mère ; ces mouvements avaient duré pendant six jours. La malade attribue ces accidents à un travail excessif auquel elle avait dû se livrer.
La grossesse jusque-là avait été régulière, la délivrance fut naturelle. Selon cette femme, pendant onze jours, les suites de couches restèrent assez bonnes. Cependant le gunflement des seins fut presque nul, la fièvre de lait passa inaperçue. Le cinquième jour, elle put se lever. Ce jour même, elle fit une lieue à pied et sortit encore les jours suivants.
Le onzième jour (1er avril 1862), à six heures de l'après-midi, après un repas qui n'avait pas été plus copieux qu'à l'ordinaire, et sans que cette femme se fût fatiguée ce jour-là ni la veille, elle fut prise de douleurs avec pesanteur à l'hypogastre, dans le vagin et dans le rectum. Le soir, frissons violents de deux heures, suivis de chaleur. La nuit, coliques violentes; le lendemain, vomissements bilieux, diarrhée. Lntréele jour même à la Pitié, salle Saint-Charles, n° 37. (Applications de glace sur le ventre ; 0,10 d'extrait aqueux thébaïque.)
Dès le lendemain (3 avril), amélioration des symptômes locaux. Ventre moins douloureux, non météorisé ; lochies non modifiées. Dans la soirée, frisson violent pendant quatre heures ; pas de selles.
Le 4. Affaissement, respiration gênée, suspirieuse ; pouls vif, peu élevé, déprcssible, à 120 pulsations par minute. Faciès altéré, pas de météorisme abdominal ; amendement des symptômes locaux.
Le 5. Même état, pas de selles. A midi, frissons qui se répètent presque sans interruption jusqu'à six heures du soir.
Le 6. Prostration plus marquée; teinte subictérique des téguments et de la sclérotique. L'abdomen n'est pas météorisé, la palpation détermine à peine quelque douleur dans les annexes. Le pouls est petit, fréquent, irrégulier. Subdélirium.
Le 7. L'état local est le même, la coloration de la peau devient plus franchement ictérique ; l'état général est meilleur ; le pouls, toujours fréquent, est devenu régulier ; la respiration n'est plus embarrassée, le faciès est meilleur. (La glace a toujours été continuée, ainsi que l'opium.)
Le 8 et les jours suivants, l'état général s'amende graduellement ; les frissons cessent ; la teinte ictérique disparaît ; la respiration se régularise ; le pouls se ralentit. La constipation ayant persisté, on a prescrit, le
9 avril, 15 grammes d'huile de ricin, qui ont été rejetés par un vomissement. Pas de selles. On cesse l'emploi de l'opium. La glace est continuée par précaution jusqu'au 25 avril. On cesse alors brusquement son emploi, sans qu'il en résulte aucun accident. La malade sort guérie vers le 10 mai.
Obs. 42. Malpass (Louise), âgée de quinze ans et demi, casquettière. Entrée le 28 juin 1862. Réglée à onze ans et demi, et depuis, ses règles parurent très-régulièrement avec une grande abondance. Elle accouche le 10 juin 1862, après une grossesse très -heureuse. L'accouchement fut facile. Cependant, dans les six premiers jours qui le suivirent, elle eut des douleurs abdominales assez vives pour faire craindre le développement d'une péritonite. Elle se leva le neuvième jour ; les suites de couches étaient redevenues normales, lorsque le 20 juin, c'est-à-dire après dix jours, elle perdit son enfant. Les lochies s'arrêtèrent alors : frissons répétés assez violents, du délire pendant quelques minutes. Le 24, nouveaux frissons, à la suite desquels les douleurs abdominales reparurent. Le 27. Les douleurs persistent ; écoulement sanguin. Le 28, elle entre à l'hôpital. Le 29. L'utérus est complètement revenu sur lui-même et caché derrière la symphyse pubienne ; à gauche de la ligne blanche, dans la région hypogastrique, le palper permet de circonscrire une masse résistante, tuméfiée, ovale, à grand diamètre transversal et de la grosseur d'un œuf de poule. La pression sur ce point est très-douloureuse. Une vessie de glace est appliquée sur le point douloureux. Les règles cessent de couler pendant le jour ; les douleurs sont moindres. Mais pendant la nuit, grâce à la maladresse des filles de service, la malade reste quatre ou cinq heures sans glace. Aussitôt les douleurs reparaissent plus violentes, la malade se plaint beaucoup.
Le 30. La glace est reprise et maintenue sans aucune interruption. Les douleurs diminuent graduellement dans la journée.
Le 1er juillet. Douleurs presque nulles; appétit excellent.
Le 4. Plus de douleur, même à la pression. 11 reste cependant un point résistant et tuméfié, mais très-restreint. Les règles reviennent, mais très faiblement.
Le 10. Aucun changement n'étant survenu, la glace est enlevée.
Le 19. La guérisonest complète. Exeat.