‹ Conférences de l'Odéon: les époques du théàtre françaisChapitre 28 sur 35 · TREIZIÈME CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

TREIZIÈME CONFÉRENCE

MESDAMES ET MESSIEURS

Il y a, dans la littérature du xviu' siècle, trois œuvres pour lesqxielles il faudrait inventer, — si par hasard il n'existait pas, — le nom d'étincelantes : ce sont Candide, le Neveu de Rameau et le Mariage de Figaro. Candide a plus de portée peut-être; la plaisanterie y enveloppe une conception entière du monde et de la vie ; et, si ce n'est pas le dernier mot, on peut y voir cependant le testament philosophique de l'homme qui a rempli du hruit de son nom soixante années de son siècle. Le Neveu de Rameau a quelque chose de plus original : c'est ce que les curieux appellent une pièce rare, une planche unique d'anatomie morale, et, selon l'expression d'un grand écrivain de nos jours, la peinture — je dirais volontiers l'écorché — d'une âme « si complexe, si complète, si vivante et si difforme, qu'elle en devient, dans rhistoire naturelle de l'homme, un monstre in-

comparable et un document immortel* ». Et le chefd'œuvre de Beaumarchais, à son tour, brille d'autres mérites, que nous allons tout à Theure essayer de définir... mais, ce que les trois œuvres ont de commun entre elles, qui les rend comme inséparables dans nos mémoires et dans l'histoire, c'est d'être, en même temps que des dates sociales, un feu d'artifice, des « soleils tournants, — l'expression est de Beaumarchais, dans la préface de sa comédie, — qui brûlent, en jaillissant, les manchettes de tout le monde » ; ou, si vous préférez une autre image encore, c'est d'être chargées, saturées, et sursaturées d'une espèce d'électricité dont on ne peut approcher qu'il n'en parte... des traits, des éclairs et des foudres.

Tentons-en cependant l'aventure. Si le Mariage de Figaro^ pour beaucoup de raisons, est, avec ou après Tartufe, l'une des pièces dont il est le plus délicat ou le plus dangereux même de parler, il n'y en a guère aussi, vous le savez, qu'il soit plus amusant d'étudier, d'analyser et de démonter.

Car d'abord il n'y a rien qui soit plus original, quoique d'ailleurs il n'y ait rien qui soit plus imité. Tout au rebours de Sedaine et de Diderot, tout au rebours de ce qu'il a fait lui-même dans ses Deux Anzis ou dans son Eugénie, ce n'est pas seulement jusqu'à Marivaux ■et jusqu'à Le Sage, jusqu'à Molière et jusqu'à Scarron, <î'est bien au delà d'eux que remonte l'auteur du Mariage de Figaro; c'est jusqu'à Rabelais, dont on a plus -d'une fois observé qu'il affectionnait de certains procédés de style, — comme les participes accumulés et les épithètes en cascades ; — et, par delà Rabelais lui-même, •c'est, messieurs, jusqu'au moyen âge, jusqu'au temps

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