Conférences de Mme Annie Besant, à Paris, en 1899
Je viens encore une fois me présenter devant un auditoire parisien, lui parler de la théosophie, de la sagesse antique. Pour exposer un thème si sublime, si grandiose, un orateur doit se servir de toutes les forces de son intelligence, de tous les pouvoirs de son âme et aussi de toutes les séductions d’une éloquence que les ressources de la langue maternelle lui oflrent. J ai donc bien de l’audace de venir ici, moi étrangère, Irlandaise, vous parler dans une langue qui n est pas la mienne.
Permettez que je vous parle, non pas de la bouche aux oreilles, mais du cœur au cœur, non pas en étrangère, mais en sœur ; oublions les dil-
(1) Cette conférence, faite le 24 mai à l'Hôtel des Sociétés savantes, rue Serpente, n’est qu’une légère esquisse d’une œuvre magistrale de M me Besant, la Saqesse antique , dont la traduction française paraîtra prochainement»
férences de nations, de races, de langues, rappelons-nous l’unité humaine, cette fraternité qui embrasse toutes les nations, qui aime toutes les races ; l’unité qui nous joint est plus profonde que la différence qui nous sépare.
En lisant l’histoire de l’humanité, on peut voir, il me semble, que chaque nation a sa mission à remplir dans le monde, et le devoir de la France envers l’humanité est de porter l’étendard des idées. Que de fois la France ne s’est-elle pas sacrifiée sur l’autel de l’idéal ! Le rôle qu’a joué la Grèce dans le monde antique est celui que doit jouer la France dans le monde moderne ; les idées plus que les choses attirent l’esprit français et font appel à son imagination ; donc, les idées de la sagesse antique, -si grandes, si sublimes, doivent être acceptées avec ferveur, avecenthousiasme sur le sol de la France.
La religion subit, en ce moment, les coups de deux ennemis mortels: elle est attaquée d’un côté par la superstition qui s'attache aux formes et ignore la vie qui doit les animer; de l’autre, par le matérialisme, celui des beaux esprits, des hommes de science, qui voient, dans la vie, le produit de la matière et nient l’esprit et l’âme de l’homme, ou celui de l’ignorance qui cherche dans le luxe et dans les jouissances du corps le bonheur humain. Le grand besoin du monde, c’est une religion qui puisse être à la fois et spirituelle et philosophique,
qui puisse justifier le mysticisme en développant làme humaine et la connaissance directe des vérités spirituelles, mais qui puisse les justifier en faisant appel à l’intelligence humaine, en bâtissant une forteresse inexpugnable avec une métaphysique saine et subtile, il lui faut enfin une science basée sur la connaissance des laits du monde visible et des mondes dits invisibles. \ oilà ce dont le monde a besoin, voilà ce que lui apporte la sagesse antique.
La sagesse antique se base sur une existence in. finie, éternelle, insaisissable de l'intelligence, connue seulement par ses manifestations que 1 espace et le temps limitent ; on puise dans la science sans bornes de cette existence tout ce que nous appelons la vie, la conscience ici-bas, mais on ne peut vérifier cette existence ni par la raison, ni par l’observation, c’est par une nécessité imposée à l’intelligence qu’il faut croire à cette existence unique, source de toute vie, de toute conscience.
La science même reconnaît l’unité de l'existence, cherche partout une matière d’où viennent tous les éléments, une seule force d’où viennent toutes les énergies et alors, recherchant toujours l'unité, elle voit une seule existence manifestée deux lois parla matière et par la force. Mais dès que cette existence se manifeste, elle devient vérifiable ; comment ? non pour tout homme évidemment ; on ne peut vérifier des calculs mathématiques sans con-
naissances, ni vérifier les observations de la science sans appareil scientifique, et si Ion veut vérifier les vérités spirituelles, il faut bien développer ce qui est nécessaire pour ces observations. Ce qu on peut vérifier, ce sont toutes les existences contenues dans 1 espace et le temps, c’est-à-dire que, quand Dieu se manifeste, il est possible de le connaître, et cette existence unique, infinie, se manifeste toujours en trinité. On retrouve cette idée comme base de toutes les religions, que ce soit dans la religion chrétienne, la religion de l'Inde, la religion de l’Égypte dans l’antiquité ; on trouve dans toutes cette même idée de Dieu ; les noms sont différents, les idées sont les mêmes, et si nous nous dégageons des noms, si nous voulons contempler les idées, nous voyons toujours cette idée première : l'existence en soi-même du Père de la religion chrétienne ; existence, amour, intelligence, voilà les trois idées de toutes les trinités divines.
Après cette trinité qu'on arrive à connaître en développant l’âme, de même nature qu’elle, viennent d'abord de grands êtres spirituels et l’esprit chef de cette hiérarchie intelligente où sont rangés tous les êtres : anges (lesdévas des Indes), élémentals, hommes, animaux, végétaux, minéraux; tout se divise, dans ces mondes qui ont pour chef cet Esprit de Dieu. Ces hiérarchies d’êtres intelligents et spirituels nous donnent les hommes qui s'incarnent dans notre humanité terrestre pour
révolution humaine ; ils commencent ces hommes comme germe et, par la voie de l’évolution, deviennent des êtres parfaits, l'humanité de notre monde, de notre terre, et du moment que nous faisons partie de cette humanité, que nous suivons cette voie d’évolution, nous pouvons bien étudier l’âme qui se développe en nous, cette âme qui vraiment existe, car le corps n’est que son véhicule.
Faisons ici une petite digression. L’évolution se divise ainsi : évolution de la vie, puis évolution des formes, et c’est ce que nous pouvons étudier en ce monde-ci.
L'évolution de la vie première, de cette vie qui partant d’un germe fabriquera des formes pour que le germe se développe jusqu’à être l'homme parfait, cette évolution, dis-je, est consciente, intelligente, car la vie, c’est la conscience développée en soi, le pouvoir de répondre aux vibrations qui viennent du dehors, et son évolution est bien celle du pouvoir de répondre aux vibrations, de constater par là l'existence des choses, et de les con naître. Je vous vois, mais comment ? Parce que les rayons qui se reflètent de vos corps, ces vibrations que nous appelons la lumière, viennent dans mes yeux frapper ma rétine ; là, il y a une réponse à ces vibrations et elles se propagent encore jusqu’au centre du cerveau , la conscience alors leur ♦répond, et je vois. Mais pour moi et pour vous, les choses auxquelles nous ne pouvons répondre
n existent pas ; elles peuvent exister, mais non pour nous. La conscience, la vie en voie d'évolution, développe par conséquent ce pouvoir de répondre aux vibrations et arrive ainsi à la connaissance des choses ; mais, pour répondre, il faut trouver un véhicule entre la conscience elle-même, enserrée par une matière très subtile, et les objets grossiers du plan physique ; il faut aussi répondre au plan mental, et pour tout cela la conscience devra être enveloppée de la matière de ces plans différents ; pour que les vibrations arrivent des objets physiques à la conscience, il faut trouver des véhicules, des corps formés de la matière de ces plans différents capables de répondre aux vibrations venant des objets et de les transmettre à la conscience.
En étudiant donc les conditions humaines, on constate qu'il y a des corps visibles et invisibles, invisibles seulement à nos yeux, mais non pas aux sens internes, que nous pouvons développer, afin de faire nos observations sur les plans supérieurs aux plans physiques, et nous voyons que la conscience chez l'homme est une trinité comme la conscience divine, image de Dieu. Là aussi, on retrouve : l'existence, l'amour, l'intelligence.
11 faut, pour développer cette conscience, trois choses, c’est-à-dire trois corps: l'un pour l'intelligence ou la pensée, c’est le corps mental; un second pour les émotions, les sensations, c’est le
corps astral ; un troisième pour les actions, c'est je corps physique ; et afin de toucher à ces trois plans : physique, mental et astral, la conscience s’enveloppe de la matière de ces plans et s’en construit un corps physique, un corps astral et un corps mental. Voilà les formes dont se sert la vie, et comme la vie va toujours en se développant, les formes deviennent de plus en plus complexes, elles naissent et se brisent, mais la vie est continue et se développe graduellement ; de ces formes dont je parle, il s’est construit d’abord des corps assez simples, puis, quand la vie se développe et que le corps devient raison plutôt qu instrument, la vie brise le corps et nous parlons de la mort ; ce n’est pas la mort, ce n’est que le corps qui se brise afin que la vie se développe encore, et s’il ne se brisait pas, la vie ne pourrait pas se développer, c’est ainsi seulement que la vie avance dans son évolution.
Revenons donc à ces formes qu’on fabrique ; le corps physique est le premier qui se construit, le premier dont la vie se sert pour développer l'intelligence. Le corps mental est d’abord bien peu organisé, il en est de même pour le corps astral, mais le corps physique s’organise de suite et se met en rapport avec l’âme. L’intelligence se sert par le cerveau du corps physique, et la pensée se lie au corps par le système cérébro-spinal dont le cerveau est la partie principale ; le corps astral se lie au corps physique par le système sympathique*
ce système de nerfs qui gouverne le cœur, les poumons, l’estomac, car, vous le savez très bien, les battements de cœur, les désordres de l’estomac sont produits parles émotions violentés; la matière astrale se lie donc au corps physique au moyen de ce système nerveux dit sympathique. Tels sont les liens qui existent entre les trois corps et la conscience qui les dirige.
La conscience du plan physique se développe par le contact des objets avec le corps physique; alors, ces vibrations qui sont reçues par le système nerveux du corps se propagent par le corps astral et aussi parle corps mental jusqu'à l’âme ; cela éveille l’intelligence, elle commence à répondre à ces vibrations, et ce faisant, elle commence à apprendre les leçons de l’existence sur le plan physique ; arrivé à ce point là, on commence à organiser le corps astral. Pendant le sommeil, le corps astral se sépare du corps physique, mais il ne peut pas servir de véhicule de conscience d’abord ; séparé du corps physique, accoutumé à recevoir des vibrations par ce corps et à les transmettre, accoutumé à recevoir les vibrations de l’âme et à les transmettre au corps physique, il ne peut pas fonctionner séparément sur le plan astral lorsqu’il est libéré par le sommeil. Comme un corps physique paralysé qui ne peut se mouvoir, le corps astral ne peut se mouvoir indépendamment du corps
physique tant que les centres de corrélation entre l’organisme physique et l’organisme astral, centres qu’on appelle en sanscrit chakrams (les roues), ne sont pas vivifiés ; il peut transmettre les vibrations, mais non fonctionner indépendamment sur le plan astral, et c’est seulement quand on apprend à fonctionner sur ce plan astral qu’on arrive à la connaissance des faits de ce plan, qu on peut observer les êtres qui s’y trouvent, qu'on peut en comprendre la vie ; mais il est possible de développer ce corps, il est possible qu'il devienne le véhicule de ces connaissances, et voilà un premier pas pour établir la science des mondes dits invisibles.
On commence à étudier ce corps astral en lisant les théories, viennent ensuite les pratiques, les exercices, et on voit qu’il est possible de lui donner la conscience, de vivifier ces roues qui sont comme un système nerveux pour le corps astral, qu'on peut voir enfin sans les yeux du corps, ouïr sans les oreilles du corps, sentir sans les nerfs du corps. On commence donc à animer le corps aslral ; pour cela, il faut dominer les pensées, purifier les émotions, il faut rompre tous ces liens qui attachent l’homme au monde extérieur, parce qu'on ne peut avoir à la fois l’amour des objets de luxe et la connaissance des vérités intérieures ; il faut donc vivre simplement, rejeter le luxe du corps, penser beaucoup, méditer beaucoup, se détacher de ces jouis-
sances du corps qui attirent toutes les énergies et les forces de l'âme vers le monde extérieur, et il faut que ces forces de l’âme s’attachent aux objets plus rares, plus subtils dont on cherche la connaissance, et qui ne sont pas ceux des sens.
Ceci est une des conditions nécessaires, mais il faut aussi trouver quelqu'un qui puisse nous instruire dans cette science des mondes invisibles ; il y a des gens qui peuvent donner des instructions sur ce sujet-là, mais avant de les rencontrer, il faut toujours purifier sa vie, pratiquer la méditation, éveiller par là les sens intérieurs et la fixité de la pensée ; voilà les tlifficultés à vaincre, aussi faut-il animer le corps mental aussi bien que le corps astral, car ce corps mental doit servir de véhicule à la conscience sur le plan mental, le plan des pensées. Le plan astral est le plan intermédiaire entre le monde et le ciel, où lonctionnent tous les êtres qui ne sont ni hommes ni anges, et que nous appelons les élémentals, êtres intelligents, conscients, quelquefois au-dessous de l’humanité, quelquefois beaucoup plus développés que l’humanité ; c'est dans ce monde intermédiaire que la mort nous fait entrer. Quand on rejette le corps physique, on se trouve dans le corps astral ; mais pour y être vraiment conscient après la mort, il faut l avoir été pendant la vie, il faut l'avoir développé et purifié ; ceux qui l’ont fait sont les mystiques, les saints, les prophètes,
quelquefois aussi les gens qu’on appelle psychiques, d’un rang bien plus inférieur. Mais pour le faire vraiment, pendant l'évolution humaine, il faut employer ces moyens dont je parle : la méditation et la purification, sans quoi, il y a toujours des dangers, des êtres qu'on ne peut pas dominer ; si l’on essaie de pénétrer ce royaume sans la connaissance, sans l'amour, sans la pureté, les périls seront si grands qu'on périrait en les affrontant.
Le corps mental, c'est le corps céleste, le corps dont 1 âme est revêtue lorsqu’elle a rejeté et le corps physique et le corps astral ; ce corps vraiment de la pensée, de l’intelligence se trouve dans le ciel. Quelquefois, en cherchant à connaître laudela, on essaie de le trouver par ce qu'on peut appeler la voie de nos frères les spirites ; nous ne croyons pas, nous qui sommes théosophes, que ce soit le meilleur chemin pour arriver à connaître ce monde. Si on rappelle les âmes au plan physique, après qu’elles l'ont quitté par la mort, on les attache de nouveau à ce plan, à cette terre qu elles ont quittée.
Si nous désirons communiquer avec ces âmes, il nous faut nous développer nous-mêmes plutôt que de tâcher de les attirer vers ce monde qu’elles ont quitté ; on peut, en se purifiant, communiquer avec les âmes, mais on doit s'élever vers les mondes supérieurs, et ne pas les attirer vers le monde infé-
rieur et physique. Voilà ce que dit toujours la théosophie: et si vous voulez constater que la mort n’est rien, qu’elle n'est que la perte de la forme et non l'anéantissement du moi, il faut vous élever vers les mon les supérieurs, et ne pas attirer les âmes vers ce plan physique.
Le développement du corps mental s’opère au moyen de cette méditation dont je parlais tout à l'heure ; on commence tous les jours à méditer sur quelque thème sublime : sur la vertu, sur l'idéal ; on commence à concentrer, à diriger le mental qui change toujours, qui va et vient, qui nous emporte comme les chevaux emportent la voiture ; cette intelligence errante doit être maîtrisée, pour devenir l’instrument de la pensée humaine ; le menla est un instrument très utile, mais quand il nous domine, c’est un torrent qui nous abîme, et nous voyons bien des gens toujours tyrannisés par leurs pensées, ne pouvant dormir à cause d’elles et qui ne sont pas maîtres de leur mental mais leur esclave. Nous devons donc dominer tout à fait notre mental et nous le pouvons en fixant nos idées, en forçant l'intelligence à contempler les choses idéales d’une façon suivie ; on développe ainsi le corps mental jusqu’à ce qu’on puisse le tenir arrêté sur une même pensée, sur une seule chose pendant une, deux et même trois heures consécutives. Quand le mental est un instrument de l'intelligence, on peut fonctionner
sur ce plan mental sans le corps physique, sans le corps astral, dans ce seul véhicule du corps mental ; alors, il n’y a plus de séparation pour nous, les âmes peuvent communiquer les unes avec les autres sans se servir des moyens physiques, matériels ; on peut communiquer sans paroles, par la pensée, corps mental à corps mental ; la distance ne fait plus obstacle, ne sépare pas ces deux corps, les consciences se rejoignent à travers 1 espace, et on peut communiquer parfaitement d’un côté du monde à l'autre.
Mais on commence, même dans l'ordre physique, à comprendre qu'il n’est pas nécessaire d'utiliser, par des objets visibles, les forces des équerres ; on commence, n’est-ce pas? à télégraphier, non par l’éther, mais au moyen des vagues qu’il produit, et c’est dans cet éther que les pensées font les vibrations ; ces vagues de la pensée peuvent se propager d’un pays à l’autre, et les corps mentais communiquent alors l'un avec l’autre, les pensées volent d’un endroit à un autre. Si vous voulez le faire, commencez par discipliner la pensée. Deux personnes qui essaieraient de communiquer ainsi devraient l’une penser fixement à une idée, l’autre se laire réceptive à l'idée qui vient pendant cinq, dix minutes, un quart d’heure ; ces deux personnes sont dans des chambres différentes, l’une pense, 1 autre essaie de saisir la pensée, c’est-à-dire que l'une est dans un état positif, elle pense à une idée iixe, l autre
est dans un état négatif, elle doit recevoir la pensée ; et si Ton fait cet exercice régulièrement, on développe lentement de jour en jour le pouvoir de communiquer par les pensées. Mais la première difficulté à vaincre, c’est de penser avec la fixité nécessaire, pour que les pensées soient assez positives, et d’arriver à produire des vibrations qui se propagent dans l’éther de la pensée. Vous verrez toujours en commençant que vous avez des pensées flottantes, que vous ne pouvez saisir une seule idée, la tenir et l’arrêter pour y réfléchir longuement ; et c'est seulement en pratiquant ces exercices de la pensée qu’on peut trouver la force et de tenir une pensée et de la guider par la volonté.
Ce pouvoir se développe petit à petit ; mais si on peut le développer entre deux êtres, dits vivants, c’est-à-dire qui vivent dens le corps physique, il est tout aussi facile de s'en servir pour communiquer avec un être qui a rejeté le corps physique par ce qu'on appelle la mort, c est-à-dire qu'en établissant ces communications entre les vivants qui'sont dans le corps physique, on établit aussi la possibilité de la communication entre ce corps physique et celui qui est entré, par la porte de la mort, au ciel ; et quand on est arrivé à posséder ce pouvoir de communiquer avec les âmes, on peut apprendre beaucoup de ce monde céleste et on pourra ensuite visiter les mondes qui son! au delà de la mort, et savoir, que non seulement
la mort n'existe pas, que tous les hommes vivent et vivent toujours, mais qu'on peut constater aussi par cette voie les existences non humaines de ces mondes ; on peut communiquer avec les anges, avec ces êtres spirituels et intelligents, on peut les voir, leur parler, s’instruire par leur bouche. Et quand on a développé l’âme à ce point, la mort cesse d’efïYayer l’homme, les mondes au delà de la mort nous deviennent aussi familiers que celuici, ces pays lointains sont comme les patries de l'âme ; on sait, on ne croit pas, on a trouvé la connaissance au lieu de la foi.
Je sais très bien que, pour la plupart des gens, cette connaissance est trop difficile à obtenir, mais je vous demande si ce ne sérail pas un honneur pour la religion s'il y avait un saint, une âme dans chaque pays pouvant constater les faits de la religion par une connaissance directe et personnelle, si l’on pouvait dire enfin : je le sais, au lieu de dire toujours : je le crois ; si l'on pouvait parler comme les saints d’autrefois.
On peut connaître ces mondes invisibles; la sagesse antique enseigne les moyens de développer les corps mental et astral qui sont les enveloppes invisibles de l’âme humaine ; on constatera par là ces faits des mondes invisibles, on connaîtra les existences qui sont au delà du plan physique, on pourra dire : je sais.
Mais pour cela, révolution étant assez longue.
il faut absolument cette continuité de vie dont je parle ; l'esprit humain, la conscience, se développe assez lentement ; une seule forme ne suffit pas pour que la conscience passe de cet état germinal dans lequel elle nous vient de Dieu à l'humanité parfaite : soyez parfaits, a dit le Christ, comme le Père est parfait. C'est un long chemin que celui de l'évolution humaine : les formes se brisent, la naissance, la mort, sont leur construction et leur destruction, mais la conscience persiste et ses modifications, résultat des vibrations qu'elle reçoit et de celles qu'elle envoie en réponse, persistent à travers les formes. Les corps que nous avons en ce moment sont les réflexions de la conscience qui a passé par une longue évolution dans des vies antérieures à celle-ci ; cette doctrine de la préexistence de l'Ame' se retrouve dans la religion chrétienne de l'antiquité, et bien que l'Église catholique ait rejeté ce dogme,tel qu'Origène la posé, elle n’a jamais rejeté toutefois l'idée de cette préexistence de l’âme sous une autre forme que celle donnée par Origène ; cette continuité de la vie est absolument nécessaire à l'Ame pour qu’elle puisse rassembler toutes les expériences que lui offre ce monde ; et les qualités si différentes qu’on trouve dans les Ames qui viennent animer un corps enfantin, qualités si belles chez l’un, si basses chez l'autre, conditions du génie, de l’idiot, du saint, du criminel, qui percent déjà chez
l’enfant, d’où viennent-elles dans ces formes si petites? Si l’on répond à cela que l’âme 'est créée pour habiter cette forme, douée de qualités vicieuses ou vertueuses, quelle injustice terrible pour l'humanité ! il n’est pas possible, il n’est pas croyable que le Père éternel, le Père de la justice et de 1 amour, crée une âme pour le vice ou pour la vertu sans vie précédente, sans responsabilité humaine.
Pour nous, toute conscience, toute âme, commence en germe, tel un grain qu’on sème dans la terre ; toute âme, en germe, est ignorante, elle s’instruit par l’expérience de la vie humaine ; si 1 on rencontre un être criminel, c’est que c’est une âme jeune, enfantine, qui n’a pas encore appris les leçons de l'expérience, qui ne sait pas ce qu’elle fait ; et quand nous voyons, au contraire, une âme héroïque, sublime, un saint, un martyr, un héros, nous voyons là une âme développée, une âme qui a récolté les expériences de plusieurs vies, qui n’est pas ignorante, mais qui sait les choses, et qui est développée, qui est âgée.
C'est la doctrine de la réincarnation de l'âme humaine, doctrine pleine d’espérance pour les races humaines ; nous avons assez de temps pour apprendre toutes choses, nous avons assez de temps pour atteindre à la [perfection humaine. Quand le Christ a dit : « Soyez parfaits comme le Père au ciel est parfait , » il disait ce qui est possible à toute âme ; non dans une seule vie, mais après
une lente évolution. Et toutes ces vies sont sujettes à la loi de la causalité, c’est-à-dire qu’on récolte toujours ce qu’on a semé, pour tous les faits que nous trouvons dans la vie, il y a une cause dans une vie précédente : si nous sommes méchants envers les autres, les souffrances d’une vie future nous apprendront la sympathie, l’amour, la bienfaisance ; si nous sommes paresseux maintenant, nous ne serons pas très intelligents, dans une vie future, nous 11 e comprendrons pas les choses que nous verrons; si nous voulons être intelligents, nous pouvons l’être, car nous avons en nous toutes les possibilités, tous les pouvoirs : il faut les développer, car tous les pouvoirs d’un génie se trouvent dans chaque âme, mais il faut les développer petit à petit, et en cultivant ainsi les pouvoirs du présent, on les rendra plus grands dans l'avenir.
Et quand on comprend que la conscience croît par la pensée et par les émotions pures, on commence à cultiver ces pensées et ces émotions. Voulez-vous devenir meilleurs, plus intelligents que vous ne l’êtes, il faut méditer sur l'intelligence idéale et exercer l’intelligence que vous avez par ces méditaions, créer en vous le pouvoir mental. L'homme crée les choses par la pensée, elle est vraiment le pouvoir créateur chez Dieu et chez l 'homme. En pensant, nous fabriquons de la matière, et si nous méditons sur les vertus, elles se reproduiront en
nous ; voilà le côté scientifique de la méditation religieuse. Quand on médite sur la vie d'un saint ou sur la vie parfaite du Christ, cette méditation est une force créatrice de l'âme qui reproduit en soi-même les vertus qu'on contemple ; la pensée fait des vibrations, les vibrations créent toujours des formes, vous avez là une de ces vérités scientifiques connue de tous. Vous pouvez donc être ce que vous voulez dans le domaine de la pensée, mais il faut penser avec la vérité, avec beaucoup de force et beaucoup de volonté; alors, on crée l’avenir, on devient de plus en plus fort et intelligent ; cette loi de la causalité ne nous trahit jamais, c’est une loi de la nature, c’est la volonté divine, nous pouvons nous donner à elle avec la confiance la plus absolue ; en fabriquant les pensées, il est absolument certain qu’on crée les pouvoirs de l’avenir ; ainsi donc, la vie en se développant fabrique tes formes qui lui sont nécessaires. Elle ne perd jamais ce qu elle a amassé par les expériences, qui grandissent de vie en vie. c’est par là que la vie se développe et que les formes deviennent plus parfaites.
Mais pour le faire il faut : i° comprendre la théorie, c’est-à-dire comprendre la nature de cette vie et l'utilisation de ces forces ; on apprend afin de pratiquer, on répand des idées pour que les autres puissent étudier, et quand nous parlons de ces choses-là, c’est pour attirer les esprits afin qu'ils puissent savoir et pratiquer.
Je vous ai dit en commençant ce discours que lesprit français est attiré plutôt parles idées que par les choses-, que la France peut porter l’étendard des idées parle monde;... mais pour le porter, il faut faire un choix, une distinction entre la vie et la forme; il n’est pas possible de développer à la fois la vie des plans supérieurs dont je parle et celle du luxe et du plaisir ; on ne peut pas donner tout au corps si Y on veut développer l’âme, on ne peut pas se donner tout à fait au monde extérieur si Ton veut développer le monde intérieur, le monde du soi ; et si la France, dans l’avenir, veut développer ces idées, veut connaître les mondes invisibles, les pouvoirs de la vie et de l’âme, il lui faut absolument simplifier la vie matérielle et mettre des bornes au luxe et au plaisir ; on ne peut pas mener ces deux vies en même temps, ni développer les corps supérieurs quand on donne tout au corps physique. La théosophie vous invite à choisir, vous pouvez développer l'une ou l’autre, vous pouvez choisir l'une ou l'autre, mais vous ne pouvez pas choisir à la fois : le royaume de la terre et le royaume des cieux. Il faut opter entre le corps et 1 âme, entre le luxe et l'idée, entre la vie et la forme; choisir les trésors, le luxe, la forme, c’est la mort; choisir l’âme, l'idée, la vie, c’est l’immortalité.
DU CHRISTIANISME (l)