TRENTE-CINQUIÈME CONFÉRENCE
DE L INFLUENCE DE LA SOCIETE CATHOLIQUE SUR LA SOCIÉTÉ NATURELLE QUANT A l' AUTORITÉ
Monseigneur ,
Messieurs ,
Nous avons constaté l'influence de la société catholique sur la société naturelle quant au droit général , quant à la propriété et quant à la famille ; et nous avons reconnu que , sous ces trois rapports fondamentaux, la société catholique avait exercé une faction heureuse sur la société naturelle , en y créant une protection efficace des faibles contre les forts. Mais il est un autre élément de la société humaine où il ne s'agit plus seulement de protéger les faibles contre les forts , élément complexe où se rencontre tantôt surabondance de force, et tantôt surabondance
de faiblesse : je veux parler de l'autorité. L'autorité a ce caractère particulier d'être tour à tour ce qu'il y a de plus fort et ce qu'il y a de plus faible, de pouvoir, dans un jour donné, tout écraser, et, le lendemain, d'être foulée aux pieds, de sorte que toute son histoire en ce monde se réduit à cette parole d'un orateur fameux : « Il n'y a qu'un pas du Capitole à la roche Tarpéienne. » Le Capitole enivre , la roche Tarpéienne avilit, et l'autorité oscille entre ces deux termes, qui lui sont également funestes. Il s'agit de la défendre contre l'un et l'autre, et de lui assurer entre ces deux écueils l'honneur de la durée et l'empire de la stabilité. Voyons ce que la société naturelle a pu toute seule pour l'établissement de cet équilibre, et le secours qu'elle a reçu de la société catholique pour y arriver en effet.
Jusqu'ici, Messieurs, j'ai marché sur des cendres chaudes, aujourd'hui je vais marcher sur des charbons ardents. Je n'ensuis point ému. J'ai des choses difficiles à dire ; je les dirai avec autant de retenue que de franchise , mais je les dirai.
Nulle société ne saurait être conçue sans unité, sans ordre, sans puissance. Par l'effet de l'unité, des millions d'hommes divisés d'intérêts, de passions, d'idées, de lieux, de temps, se rencontrent en un seul centre, et se meuvent comme s'il n'y avait pour eux qu'un temps , qu'un lieu, qu'une idée, qu'une passion, qu'un intérêt, qu'une vie. Par l'effet de l'ordre, les relations des citoyens entre eux, telles qu'elles ont été définies par les lois, se maintiennent avec une inviolable régularité, et si, çà et là, dans
l'ombre flottante des masses sociales, quelque malfaiteur se prend à attaquer les droits reconnus , l'esprit d'ordre qui est dans la société l'arrête et en obtient justice. Par l'effet de la puissance, les citoyens dispersés sur un vaste territoire reposent tranquilles, insouciants de l'ennemi. Nul d'entre eux, pour ainsi dire , n'est à la frontière , et derrière ce rempart qui ne semble pas défendu , tout le monde dort en paix , parce qu'il y a quelque part une force qui veille, qui, même dans le silence des nuits , a l'oreille ouverte sur sa couche solennelle, et, par un seul mouvement de ses lèvres, transportera magiquement devant l'ennemi une armée où seront le courage , la fortune et la majesté de la patrie.
Voilà, Messieurs, la société telle que la font l'unité , l'ordre et la puissance. Mais qui lui donnera cette unité, qui lui créera cet ordre et cette puissance? Il faut arriver toujours à quelques hommes, et même généralement à un seul homme, en qui se résument et résident la puissance, l'ordre, l'unité. Et jugez ! Trente millions d'hommes respirant dans une seule poitrine , empreints sur un seul visage , et lui confiant toute leur force avec toute leur gloire et tout leur destin ! Mais comment un homme, comment quelques hommes pourront-ils s'approprier fermement une telle grandeur et la porter d'un siècle à l'autre, toujours subsistante, toujours égale aux besoins de la société , passant avec le même caractère du front d'un héros au front d'un enfant, du succès au revers , et chargé de composer, avec la fragilité d'une vie, l'immortalité d'une nation?
11 semblera peut-être à quelques-uns que rien n'est plus simple, et qu'ulie armée fidèle sous un général heureux a , au bout de ses lances , tout le secret d'un gouvernement durable. Mais une armée fidèle et un général heureux sont , comme tout le reste des choses humaines, dans la main capricieuse du sort, et l'histoire témoigne très-haut qu'aucun gouvernement n'a été moins solide que le gouvernement des soldats. Par une providence de Dieu, dont il faut lui rendre grâces , dès que le casque domine , l'unité , Tordre et la puissance sont atteints mortellement. Après que le sénat romain , sous sa toge civile , eut longtemps pourvu à la stabilité du peuple- roi, du jour où le pouvoir des légions succéda au sien, on ne vit plus à Rome que des maîtres arrivant de l'Euphrate et du Rhin , et passant par l'arc de triomphe pour aller à l'égout. Le peuple , amusé de ce spectacle, regardait venir le nouvel élu, et l'applaudissait avec d'autant plus de fureur qu'il voyait déjà sur son front, à travers l'auréole de l'empire, la place réservée à l'insulte du lendemain.
La force militaire, si imposante au premier coup d'œil, est la dernière à pouvoir constituer l'unité, l'ordre et la puissance, parce qu'étant plus corps qu'esprit, elle est à la vie ce que l'organe est au sang. Un souffle étranger lui est nécessaire pour l'animer et la diriger, sans quoi elle écrase comme un roc qui ne sait pas ce qu'il fait, ou elle se disperse comme une poussière qui écoute le vent. La société n'est pas fille de la violence, elle est fille de l'intelligence et de la liberté , et ne respecte rien que
ce qui sort de cette double source ou y prend sa mission. Ce n'est pas la force qui la fonde , c'est l'autorité.
Mais qu'est-ce que l'autorité? L'autorité est une supériorité qui produit l'obéissance et la vénération : l'obéissance d'abord, c'est-à-dire la soumission spontanée d'une volonté à une autre volonté. « Capitaine, mettez-vous là , avec votre monde , et faites-vous-y tuer. — Oui, mon général. » Voilà, Messieurs, l'obéissance, et, vous le sentez, une obéissance d'homme libre, où celui qui commande et celui qui obéit sont .également grands. L'un a trouvé simple de demander une vie pour le pays, l'autre a trouvé simple de la donner; l'un n'a conçu le dévouement que parce qu'il en était capable, l'autre n'en a été capable que parce qu'il l'a conçu. Il y a eu action et réaction de deux âmes qui se valaient. Quand ces fameux Spartiates des Thermopyles se préparaient dans leur cœur à mourir pour le salut de la Grèce, ils gravèrent sur un rocher cette inscription : « Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts ici pour obéir à ses saintes lois. » Voilà encore l'obéissance, et non pas une obéissance portée au delà du nécessaire, propre seulement à quelques héros, mais une obéissance telle qu'il la faut à la société pour vivre, telle que Sparte l'avait dans ses beaux jours. C'était Sparte tout entière qui avait parlé aux Thermopyles , les vivants comme les morts , et il n'y avait pas dans la république une âme qui n'eût répondu à l'âme des trois cents.
Sans la soumission spontanée de la volonté à une
autre volonté , et même quelquefois sans une soumission enthousiaste, l'unité est impossible, l'ordre et la puissance aussi. Car comment voulez-vous que tant de volontés séparées ne fassent qu'une , s'il n'existe pas une volonté souveraine qui les rassemble en soi? Gomment aurez-vous l'ordre , si toutes les volontés ne concourent pas par l'obéissance à maintenir les relations établies par les lois , et sans cesse menacées par tous les intérêts mécontents ? Et comment y aurait- il puissance, si chaque citoyen n'était pas prêt à prendre, au premier ordre, le poste où il est appelé ?
La vénération est un autre élément de l'autorité , qui lui est aussi nécessaire que l'obéissance. Car la vénération n'est qu'un respect mêlé d'amour, et nous n'obéissons pas longtemps à qui ne nous inspire ni amour ni 'respect. La volonté a déjà bien de la peine à se soumettre, même quand elle aime et respecte sincèrement; et, si ce double sentiment vient à lui manquer, tôt ou tard elle n'obéit plus. La nécessité ni la contrainte ne sauraient y pourvoir qu'un moment, et la première occasion favorable sera le signal où l'unité, l'ordre et la puissance périront avec l'autorité. Tout pouvoir qui ne produit pas l'obéissance et la vénération ne prépare que sa mort.
Mais ces principes ne nous mènent pas fort loin dans l'explication du mystère qui nous occupe. Si l'obéissance et la vénération , en fondant l'autorité , sont la cause de l'unité, de l'ordre et de la puissance, qu'est-ce qui produira l'obéissance et la vénération?
Je comprends très - bien que l'unité , l'ordre et la puissance soient le résultat de l'obéissance et de la vénération ; mais comment un homme ou quelques hommes inspireront-ils à trente millions d'hommes obéissance et vénération ? Voilà le mystère. Sur ce point, le monde antérieur à Jésus-Christ s'est partagé en deux systèmes : le système oriental et le système occidental.
Le système oriental consiste en ceci : L'homme ne peut pas obéir à l'homme , ni vénérer l'homme. L'homme ne peut pas obéir à l'homme, parce que toute volonté en vaut une autre ; et l'homme ne peut pas vénérer l'homme, parce que l'homme est trop petit devant son semblable , trop égal à lui par l'infirmité de la vie et de la mort. Il faut donc que l'autorité soit plus haute que l'homme ; il faut qu'elle ait un caractère inaccessible, qu'elle soit enveloppée du prestige de la toute-puissance, qu'il y ait entre le sujet et le souverain un tel abîme, que le regard même n'ose pas le franchir : en un mot, il faut que l'autorité soit Dieu. L'Orient s'est reposé dans cette fiction , ou plutôt dans cette réalité , la seule qui , à ses yeux , constitue le pouvoir, en le rendant vénérable et saint. Qu'en est-il résulté? L'obéissance et la vénération , je l'avoue, mais une obéissance et une vénération abjectes, dont l'histoire fait horreur. L'Orient n'a pas voulu se soumettre à l'homme, estimant un tel acte incompréhensible autant que vil , et il s'est soumis à des monstres. Car la fiction ne changeait pas la nature humaine dans l'idole qui en avait le profit, ou plutôt, par un effet contraire au but, elle
la changeait en l'empirant et la dégradant. L'homme pliait sous le poids de la divinité dont on chargeait ses épaules , et , faute de limites qui l'arrêtassent quelque part, il poussait aisément jusqu'à l'extravagance son orgueil et son immoralité.
Mais du moins, à ce prix, l'Orient obtenait-il l'unité, l'ordre, la puissance, la stabilité? Nullement ; en aucune autre contrée les révolutions de peuples et de dynasties n'ont présenté un spectacle plus sanglant et plus vite renouvelé. Les races souveraines n'ont pu s'y asseoir, et y trouver dans l'adoration une terre propice à la longévité. Ce ciel ardent les a dévorées. C'est qu'en effet, rien ne finit plus vite que ce qui n'a pas de bornes ; une heure dévore un siècle entre les mains d'un prince qui peut tout et qui n'est pas Dieu. En vain l'idolâtrie promet l'éternité, elle ne la donne pas , elle est la première à la ravir. Il vient un moment où la société ploie sous le faix de la démence couronnée , et alors s'accomplit ce qui est imphcitement renfermé dans le contrat des peuples et des rois de l'Orient , et ce qu'a heureusement exprimé le comte de Maistre dans cette phrase fidèle : « Faites tout ce que vous voudrez, et quand nous serons las, nous vous égorgerons. » Rarement les peuples y ont manqué.
Le système occidental est tout autre que celui de l'Orient , plus sensé , plus vrai , digne de réussir, si ]*homme tout seul pouvait réussir en de si grandes choses. L'Occident consent à être gouverné par l'homme, et à lui vouer par conséquent obéissance et vénération; mais néanmoins il a peur de lui; il
s'effraie de remettre en ses mains le sceptre etl'épée; il veut qu'il soit grand sans l'être trop, puissant avec mesure, laissant un espace entre la révolte et une absolue soumission. L'Occident calcule, pondère, limite le pouvoir. Il cherche à créer entre le prince et le peuple une sorte de pénétration réciproque , qui fasse de l'un et de l'autre une seule âme , où la souveraineté ait quelque part à l'obéissance, et l'obéissance quelque part à la souveraineté. Telles ces républiques de la Grèce , gouvernées , dans leurs jours de gloire, par des citoyens tirés momentanément de la foule et exerçant le pouvoir comme les mandataires et les représentants de la cité. L'obéissance et la vénération furent produites sans doute dans ce système compliqué, mais elles ne le furent qu'insuffisamment. Le siège en était trop mobile et trop étroit pour donner aux nations toute la stabilité dont elles avaient besoin.
Certes, nous avons de ce régime un mémorable modèle , et le plus achevé de tous , dans la république romaine. Le sénat romain est la plus merveilleuse assemblée qui gouverna jamais un peuple, et l'on ne sait qu'admirer le plus en lui, de l'esprit de suite et de persévérance , de la profondeur de vues , du courage dans les revers , de la foi nationale , de la dignité, de la religion, et de tous ces hommes consulaires qui , après avoir commandé les armées et parlé au Forum , rapportaient au sein de leur corps la gloire personnelle qu'ils avaient méritée, ajoutant ainsi à la majesté du pouvoir autant qu'ils avaient ajouté à la grandeur du peuple , afin qu'il y eût tou-
jours entre l'un et l'autre accroissement un équilibre qui les soutînt tous deux. Eh bien, le sénat romain , ce chef-d'œuvre profane du monde occidental, combien a-t-il duré? Entre le poignard qui tua Lucrèce et le poignard qui tua César, combien comptez-vous de siècles? Environ cinq siècles. Au bout de ce temps, maître enfin du monde , le sénat romain fit dire à un capitaine qui s'appelait César de ne point passer la limite de son département militaire : César réfléchit un moment, et passa. Ace premier acte de désobéissance tout fut dit : Rome n'existait plus , ou , si elle continua de porter ce nom , ce fut pour tomber d'Auguste en Tibère , de Tibère en Caïus , de Caïus en Néron , de Néron en Héliogabale, de l'obéissance d'Occident à l'obéissance d'Orient, et encore avec aggravation dans la solennité de l'extravagance.
Voilà tout ce que l'art le plus savant , les circonstances les plus heureuses , la simplicité des mœurs la plus remarquable, et le bonheur de conquêtes le plus grand qu'on ait vu , ont produit d'obéissance et de vénération, selon le système occidental. Voilà le plus grand corps humain qui ait jamais existé : cinq cents ans de durée ! un peu plus que le tiers de la monarchie française ! Il y avait donc dans ce système insuffisance d'obéissance et de vénération , par conséquent insuffisance d'unité, d'ordre et de puissance, par conséquent encore , insuffisance sociale.
Mais quelle était la cause de ces deux écueils si différents l'un de l'autre , où ont échoué l'Orient et l'Occident? C'est, Messieurs, qu'en Occident comme en Orient, il n'y avait que l'homme, rien que l'homme.
Or l'homme tout seul est incapable de s'assurer l'obéissance et la vénération dans la mesure qui est nécessaire pour conduire une société. L'homme est trop peu pour un si grand ouvrage. Veut-on l'enfler au delà de sa portée naturelle, on l'appellera bien du nom de Dieu , on lui dira bien : Votre Éternité; mais il n'en restera pas moins un homme , et , si grand qu'il soit par hasard , fût- il Titus ou Nerva , il aura pour héritier quelque illustre misérable , en qui la fiction surhumaine ne sera qu'une faiblesse de plus. Hébété par ce comble d'honneur et de puissance, l'homme y succombe; il se fait au dedans de sa misère une répercussion de cette majesté fausse qui le change en un monstre , et une fois qu'il en est là , l'idolâtrie qui le soutenait s'affaisse sur elle-même et emporte dans sa chute tout cet édifice insensé. Les dynasties succèdent aux dynasties, et les peuples eux-mêmes suivent le sort de leurs chefs. Car, quand le pouvoir est incertain et mal assis , la société elle-même chancelle comme un homme ivre. La cause de la souveraineté est la cause même de la société. C'est pourquoi , Messieurs , ne rions pas de ces catastrophes sanglantes des rois ; ne rions pas de cette impuissance où est l'humanité de produire, autant qu'elle en a besoin , l'obéissance et la vénération. C'est l'un de ses grands malheurs : car de l'obéissance et de la vénération dépendent l'unité, l'ordre, la puissance, la durée, la stabilité. Ne broyons pas si facilement sous le poids de notre parole des destinées à qui les nôtres sont unies. Sachons comprendre notre impuissance et la regretter. Une partie
du genre humain a voulu des dieux pour chefs : les dieux ont péri. L'autre partie a choisi des hommes : les hommes ont succombé. Trop grands ou trop petits, ils ont croule par insuffisance ou par excès. Que voulez -vous, l'homme n'avait que l'homme.
Si jamais, plébéiens que vous êtes, par un de ces coups que le temps amène, vous êtes appelés au gouvernement d'un peuple, ne comptez pas sur vous ni sur l'humanité pour vous soutenir. Tôt ou tard l'humanité vous trahira; l'obéissance et la vénération se retireront de votre œuvre, et vous serez étonnés d'avoir fait si peu avec tant de génie. Malheur à vous alors! mais aussi malheur à nous! le malheur est commun, et c'est pourquoi nous n'en triomphons pas. Cherchons -en plutôt le remède en Celui que nous avons déjà vu si ingénieux à guérir nos maux. Voyons, contre cette force et cette faiblesse exagérées' du pouvoir, ce que la société catholique aura apporté de secours à la société naturelle.
La société catholique a ouvert dans le monde deux sources inépuisables d'obéissance et de vénération : l'une publique , l'autre secrète.
La source publique d'obéissance et de vénération ouverte par la société catholique, c'est, Messieurs, l'autorité de sa hiérarchie. Depuis dix- huit cents ans, la papauté, l'épiscopat, le sacerdoce chrétiens sont obéis et vénérés de la plus grande union d'hommes qui soit ici-bas, sans avoir besoin jamais de la force pour incliner un front ou une volonté. L'obéissance y est libre, la vénération y est libre; chaque fidèle peut à toute heure refuser ou rétracter son
hommage, et toutefois cet hommage subsiste inaltérable et saint , malgré les vicissitudes de faveur ou de persécution, malgré les efforts persévérants du monde pour flétrir dans sa source un amour qui le gêne , un respect dont il est ofl'ensé. La hiérarchie catholique, sans autre ressource que la persuasion, se fait obéir et vénérer comme nulle part et en aucun temps n'a été obéie et vénérée aucune humaine majesté. Le fait est sensible, il est éclatant; il n'a besoin d'aucune démonstration; il suffît de l'énoncer pour convaincre et étonner l'esprit. Mais si j'avais besoin d'une démonstration, ou plutôt d'un exemple, rappelez-vous ce qui s'est passé ici même à l'inauguration du siècle présent.
Nous avions tout détruit, même le passé; nous avions, dans notre haine contre tout objet de pieux culte , ouvert les tombeaux où reposaient , désarmés par la mort et sous la seule garde de nos souvenirs , les grands serviteurs de la patrie , et , pour le seul plaisir de braver la majesté jusque dans le cercueil, nous avons jeté leurs cendres au vent et au mépris. Jamais, à aucun moment de l'histoire, l'obéissance et la vénération n'avaient été plus loin des cœurs. Un vieillard vint dans ce temps- là; il était appelé par un jeune homme qui avait tout le prestige de la gloire, mais qui avait besoin de s'agenouiller devant le vicaire du Christ pour recevoir de cet abaissement le sceau d'une plus haute autorité. Le vieillard vint armé de sa seule bénédiction; il vint au milieu de ce peuple qui avait foulé aux pieds, dans un seul jour, toutes les générations de ses rois : il parut aux fe-
nêtres des Tuileries. On ne l'eut pas plutôt vu, portant sur sa figure plus de malheur encore que d'âge, qu'à l'instant même, par ce coup magique qui rouvre les cœurs à leur bon endroit , tout Paris se précipita pour avoir un bonheur qu'il ne connaissait plus, le bonheur de vénérer en recevant cette bénédiction qui, depuis tant de siècles, fait tomber l'homme à genoux. Et. pendant que ce spectacle se passait au dehors, plus haut, dans l'intérieur même des Tuileries, un homme célèbre qui vient de mourir poussait son voisin, en lui disant avec la joie de l'admiration : (( Enfin , Monsieur, nous voyons une autorité ! Voilà une autorité ! »
La source secrète de l'obéissance et de la vénération ouverte dans le monde par la société catholique, c'est; Messieurs, la confession.
Tout homme, quel qu'il soit, prince par le pouvoir ou par l'esprit , s'il veut avoir part au mystère du Christ, à la certitude et à l'avenir qui sont en lui, est obligé d'avouer ses fautes à genoux , d'en demander pardon et d'en recevoir pénitence : exercice d'obéissance et de vénération qui le relève à lui-même, le purifie, l'humanise et l'assouplit sans l'abaisser. Car il est libre dans cette action plus qu'en aucune autre, on ne prend sur lui que le pouvoir qu'il donne de son plein gré ; il peut se lever et s'en aller si la vérité qu'il cherchait lui semble trop dure, si la paix et l'honneur de la conscience lui reviennent trop cher à ce prix. Mais il persiste volontiers , une fois qu'il a connu le charme de l'humilité et de la sincérité entre Dieu et lui; il apprend avec joie, dans une
obéissance et une vénération qu'il a choisies, à obéir encore là où il n'a plus le choix , à vénérer encore là où Dieu le lui demande par un commandement qui n'admet plus l'élection. Cet esprit altier consent à l'empire ; ce cœur sauvage, toujours prêt à la révolte, accepte l'unité , l'ordre et la puissance sous la seule forme où ils soient possibles , sous la forme de l'autorité. La confession ne cesse d'agir en ce sens d'un bout du monde à l'autre, par une influence secrète et perpétuelle, qui, jointe à l'action publique de la hiérarchie , crée dans le genre humain, s'il m'est permis de parler ainsi , une quantité énorme d'obéissance et de vénération, mais d'une obéissance et d'une vénération spontanées, qui sont l'effet de la conviction, et qui rendent l'homme sociable en le consolant et en l'élevant.
Or il est impossible que le contre-coup d'une création semblable ne se soit pas fait sentir dans la société purement naturelle, et n'y ait pas modifié d'une manière remarquable les rapports réciproques du sujet au souverain. Évidemment, Messieurs, quelque grande transformation a dû s'opérer là ; vous attendez que je vous la signale, el vous n'attendez pas vainement. L'esprit catholique a produit dans le monde, quant à l'autorité même humaine, quelque chose de tout à fait nouveau , de tout à fait inconnu à l'antiquité , le terme moyen entre le système occidental et le système oriental : il a produit la monarchie chrétienne. Et qu'était-ce que la monarchie chrétienne ?
La monarchie chrétienne avait dans chaque pays
un chef unique, centre et moyen de l'unité, de l'ordre et de la puissance. Ce chef était sorti des entrailles de la société par une venue et une croissance naturelles , comme le chêne sort d'un germe qui se développe avec le temps. Rien de brusque et de violent ne se sentait dans son origine, quel qu'en eût été le mode ou l'occasion ; et, quoi qu'il advînt, le principe de l'obéissance à son égard n'était pas contesté. On pouvait, on devait refuser d'obéir dans certains cas, lorsque le commandement était illégitime, c'està-dire contraire à la loi de Dieu ou à la loi du pays. La loi de Dieu et la loi du pays étaient la double limite delà souveraineté; mais en résistant, pour les défendre, on ne contestait pas le droit général de commander, ni le devoir d'obéir. La vénération se joignait à l'obéissance pour faire du chef chrétien un père autant qu'un magistrat. Le respect et l'amour allaient le chercher naturellement, et, du cœur de son peuple au sien , il y avait une réciproque effusion dont les monarchies antiques n'avaient pas même le soupçon. Le peuple pardonnait des fautes au prince, comme l'enfant pardonne des faiblesses à son père ; il compatissait au levain de l'humanité demeuré en lui aussi bien que dans le dernier des mortels. Enfin tous ces sentiments se traduisaient en un sentiment final, qui était le premier fondement de la monarchie chrétienne, et qui s'appelait la fidélité. Le souverain avait foi dans son peuple, et le peuple avait foi dans son souverain. Ils croyaient l'un à l'autre; ils s'étaient donné la main, non pour un jour, mais devant Dieu et pour tous les siècles , au
nom des morts et des vivants , au nom des ancêtres et de la postérité. Le prince descendait tranquille dans la tombe, laissant ses enfants à la garde de son peuple, et le peuple , les voyant petits et sans force, les gardait en attendant d'être gardé par eux.
L'honneur était le second sentiment sur qui reposait la monarchie chrétienne, sentiment plus nouveau , plus inconnu encore à l'antiquité que le précédent. L'honneur était un regard élevé du chrétien sur soi, une pensée de sa noblesse. Par l'honneur, le chrétien se rapprochait de son maître; il avait plus que des droits à son égard ; il faisait subsister sa personnalité devant la sienne avec une délicatesse infinie, qui était la chose la plus respectée du monde dans un temps où tant d'autres l'étaient. L'honneur protégeait tout et sauvait tout. Il jouait, surtout en France, un rôle presque souverain, qui a fait dire à Montesquieu , personnage peu suspect , si je ne me trompe , que la France était une monarchie gouvernée par l'honneur.
En voulez-vous quelques exemples qui vous feront sentir la différence de la souveraineté chrétienne à la souveraineté antique? Je ne les choisirai même pas aux bonnes époques, mais à l'époque où déjà la monarchie chrétienne tombait vers son couchant.
Louis XIV s'entretenait avec sa cour dans ces appartements de Versailles où désormais la peinture seule est assez grande pour habiter; on vint à parler du schah de Perse, et de je ne sais quelle exécution qu'il avait faite des grands de son royaume. Le roi dit : « Voilà ce qui s'appelle régner ! — Oui , Sire ,
répliqua le duc d'Estrées, qui avait été ambassadeur en Perse, mais j'en ai vu étrangler trois dans ma vie. »
Sous Louis XV, un ministre est disgracié. Le lendemain , le roi sort de sa chambre , et , trouvant les salons déserts , il demande à un serviteur : « Où est donc la cour? — Sire , répond le serviteur, elle est à Chanteloup. )> Chanteloup était la maison de campagne du ministre disgracié, à quarante lieues de Versailles. En ce temps-là. Messieurs, on allait visiter à quarante lieues les ministres disgraciés; il y a des temps où Ton ne fait pas quatre pas pour cela.
Permettez-moi encore une anecdote.
Le roi Louis XVI , de douloureuse et vénérable mémoire, faisait un voyage en Normandie. Une paysanne s'approche et lui demande la permission de lui baiser la main. « Eh! pourquoi pas la joue? » répond le monarque.
Telle était , Messieurs , dans la monarchie chrétienne la familiarité du grand et du pauvre avec le souverain. L'obéissance et la vénération s'étaient changées en une fidélité tempérée par l'honneur. On était loin des mœurs de l'Asie, on ne l'était pas moins des mœurs de la Grèce et de Rome. Tout était nouveau comme l'Église et comme Jésus - Christ, d'où procédaient ces rapports déUcats.
J'ajoute que la liberté était aussi un élément de la monarchie chrétienne.
Tout le monde sait les travaux de FÉglise pour maintenir sous ce régime les droits de la conscience.
Elle y a rencontré sans doute de grands obstacles, parce que le mal a toujours dans le libre arbitre de l'homme et dans l'ensemble des choses humaines les moyens de se produire au jour. Mais la monarchie chrétienne considérée dans les éléments divers qui la constituaient , n'en a pas moins prêté secours au droit évangélique et assuré son règne en faveur des faibles pendant longtemps. Chaque pays chrétien avait ses droits , ses franchises , ses associations défendues contre l'arbitraire par une force commune mise au service du plus pauvre et du plus petit , et qui leur donnait, avec plus de régularité dans la vie, une somme plus grande de dignité. Nul alors n'était seul ; nul ne se trouvait seul et désarmé en présence de la société totale ou de ceux qui la représentaient. On a bien pu , dans d'autres temps , décorer du nom de liberté le désarmement moral des faibles ; l'avenir, encore mieux que le présent, dira de quel côté il y eut plus de justice et de vrai affranchissement. Mais, dès aujourd'hui, je suis en droit de conclure que, sous la monarchie chrétienne, la liberté avait sa part assurée , et que , pour définir cette institution , il faut dire , en complétant le mot de Montesquieu : La monarchie chrétienne est une monarchie gouvernée par la fidélité, l'honneur et la liberté. Vous pouvez, Messieurs, avoir oublié ces choses-là; mais l'histoire ne les a pas oubliées, et les dira un jour très-haut.
Gomment s'était opérée cette transformation? Gomment le pouvoir était-il devenu à la fois divin et humain ? Car c'était là son double caractère : il était
obéi et vénéré comme divin, et cependant, au fond , il était humain. Il était supérieur et égal , père et frère tout à la fois. Par quels secrets ressorts l'avaiton conduit à ce point de perfection, si éloigné du système oriental et du système occidental? Je le dirai en peu de mots.
L'Évangile avait posé ce principe , que l'homme est trop grand pour obéir à l'homme; que l'homme est trop misérable pour être vénéré de l'homme par sa propre substance et sa propre vertu. Ce principe renversait le système oriental. Mais , en revanche , l'Évangile avait dit qu'il faut obéir à Dieu dans l'homme , servientes sicut Domino , et non hominibus (1). Ce principe renversait le système occidental. Le prince n'était plus seulement le mandataire du peuple, il était le mandataire de Jésus-Christ; on n'obéissait plus seulement à l'homme , mais à Jésus- Christ lui-même , présent et vivant dans celui qu'avait élu la société. Je dis dans celui qu'avait élu la société : car l'Évangile n'avait pas ravi à la société son droit naturel d'élection; il n'avait pas même déterminé si le gouvernement devait être une monarchie, une aristocratie ou une démocratie. 11 avait laissé la question de forme et de choix au cours de l'expérience et des événements ; il avait dit aux nations : Mettez à votre tête un consul , un président , un roi, qui vous voudrez; mais souvenez-vous qu'au moment où vous aurez assis votre magistrature suprême, Dieu viendra dedans. Le pouvoir sort de
(1) Épîlre aux Éphésiens, chap. vi, vers. 7.
terre par une germination naturelle , comme les fleurs sortent d'un champ , non pas toutes avec la même couronne et la même couleur ; la grande affaire n'est pas la naissance du pouvoir, c'est surtout son sacre. Quand donc, du sein d'une nation, le pouvoir sera sorti par une floraison naturelle, comme un palmier sort du Liban, moi, Jésus-Christ, je descendrai sous son ombre, j'entrerai sous son écorce; je serai son sang, sa vie, sa gloire, sa force, sa durée : vous l'aurez fait, je le sacrerai. Vous l'aurez fait mortel, je lui ôterai le germe de la mort; vous l'aurez fait petit, je le ferai grand ; vous l'aurez fait à votre image, je le ferai à la mienne : il sera Dieu et homme comme moi. ^
Vous entendez, Messieurs, le pouvoir restera homme ; s'il a le bénéfice du Christ , il en aura aussi la charge. Il ne sera pas, si haut qu'il soit, exempt de compter avec l'Évangile et l'humanité, avec Jésus-Christ vivant aussi ailleurs qu'en lui. S'il domine par le côté divin , il est égal et frère par le côté humain; il porte avec Jésus-Christ la ressemblance du pauvre , et , par cette face de sa majesté , il reste devant Dieu et devant le monde sur le plan de l'humilité, de la douleur, de l'expiation. J'ai dit autrefois, dans cette chaire , que nous étions les cousins des rois ; on s'est beaucoup étonné de cette expression. Je la rétracte donc ; nous ne sommes pas les cousins des rois, nous n'en sommes que les frères. C'est assez pour nous. C'était assez pour changer de fond en comble tous les rapports des sujets au souverain , et pour fonder la mona'rchie chrétienne avec
son triple élément de fidélité, d'honneur et de liberté. Entre le prince et le peuple , il y avait une loi authentique, supérieure à tous les deux, acceptée de tous les deux, un médiateur vivant au ciel et sur la terre, qui était Jésus-Christ. Louis XIV, malgré tout son orgueil , quand les fêtes de Pâques venaient, était obligé de rendre un hommage solennel aux mœurs qu'il avait outragées, et de répudier M"^® de Montespan. Il fallait qu'il comptât, un jour ou l'autre, avec l'Évangile, ne fût-ce qu'à son lit de mort ; et encore que cette barrière et cette responsabilité se fussent affaiblies , du moins jusque dans les temps les plus mauvais , le prince était préservé de l'extravagance de l'Orient. Aucun prince catholique, même le pire , même à l'époque de la décadence, n'a laissé un nom tel que les noms de l'Orient ou de Rome dégénérée.
Cette triste gloire était réservée à l'hérésie ; il fallait rompre avec la société catholique pour qu'une terre chrétienne portât des rois comme Henri VIII d'Angleterre, et comme tous ces monstres qui ont inauguré en Europe le règne de la puissance moscovite.
Messieurs , la monarchie chrétienne n'existe plus : elle s'est éteinte avec Louis XIV, qui en a été le dernier représentant ; non pas un représentant sans reproche ; non pas un représentant égal à Charlemagne et à saint Louis , il s'en faut beaucoup trop; mais, enfm, le dernier représentant qu'ait eu la monarchie chrétienne. Après lui, l'Évangile et Jésus-Christ ont quitté les trônes de l'Europe ; le
rationalisme, plus ou moins déguisé, y est monté à leur place, et, avec le rationalisme, tous ces événements dont le monde, par une réaction qu'on peut appeler légitime, a été le théâtre, le témoin et l'acteur. Pourquoi cette grande création a-t-elle péri ? C'est, d'abord , qu'elle était fille de la vérité , mais non pas la vérité elle-même ; fille de la justice et de la charité, mais non la justice et la charité en soi. Elle était du monde , elle était mêlée à un élément humain, et il était impossible que tôt ou tard, par le cours des choses , il ne s'y introduisît pas quelque source de ruine et d'anéantissement. C'est ce qui est arrivé. Si Dieu eût permis que la monarchie chrétienne , cette alliée de la société catholique, subsistât toujours à côté d'elle , vous auriez cru , on aurait cru peut-être dans l'avenir que la force de l'Église était dans un pouvoir humain. On aurait dit que Gharlemagne , saint Louis , tel autre grand prince , de siècle en siècle , avait porté le Christ et lui avait fait sa destinée. Il ne le fallait pas. Le temps a donc reçu de Dieu permission de faire là son œuvre comme ailleurs. Mais le temps a-t-il seul tout fait? Est-il seul coupable des ruines que nous voyons? Le respect que je dois à la cendre des morts m'empêchera -t- il de dire toute la vérité? Vous l'avez entendu , je n'ai pas profité des idées de ce temps-ci pour reculer devant mon devoir, je n'ai pas été assez lâche pour flatter vos passions et vos préjugés, et leur sacrifier quatorze cents ans de l'histoire de la patrie, parce que ces quatorze cents ans ne ressemblent pas à ces cinquante années dont vous êtes les fils.
Non , à chaque chose sa gloire , à chaque temps sa puissance ; je n'ai pas maudit le passé, je ne maudirai pas le présent. Je sais pourquoi vous faites ce que vous faites ; je sais les raisons qui vous soutiennent et qui donnent à votre œuvre un caractère que je suis obligé de respecter. Il faut que je fasse plus, il faut que je dise en faveur de notre temps ce qui doit être dit, il faut que je le dise clairement, hautement , avec autant d'indépendance que j'en ai mis en traitant le passé.
La monarchie chrétienne était fondée sur une alliance dont Jésus-Christ était l'âme et le médiateur, dont l'Évangile était le baptême de cœur perpétuel. Le jour où la souveraineté devait abuser de l'obéissance et de la vénération qui lui avaient été communiquées par l'Évangile et Jésus-Christ, ce jour-là la souveraineté se détruisait de ses propres mains , elle creusait un abîme sous elle , elle retournait vers l'Orient. Jésus-Christ l'a vu, il s'est levé, il a replié sous sa poitrine ses bras crucifiés pour nous, ilest descendu du trône , et cette monarchie chrétienne n'a plus été qu'un cercueil ouvert , dont la cendre a été jetée au vent. Jésus-Christ était la force ; on n'a pas respecté la liberté du Christ et de l'Évangile. Les passions conjurées s'attaquaient à la chrétienté, la chrétienté s'est retirée ; elle a pris ses bras , et s'en est allée. Elle a dit à la société humaine : « Moi, j'ai mes destinées éternelles ; toi , reste avec le temps , et deviens ce que tu peux ! »
Et de ce divorce, de cette séparation, le temps moderne est sorti ; il est sorti comme une protesta-
tion du peuple en faveur de l'Évangile ; il est sorti parce que le peuple n'a pas voulu de l'Orient ; il est sorti parce que la fraternité se retirant , la paternité n'était plus , parce que l'honneur et la liberté n'étaient plus saufs.
Maintenant qu'arrivera-t-il? La monarchie chrétienne se réformera-t-elle ? Sera-ce sous un autre mode que le droit évangélique reprendra son empire dans le monde? Je l'ignore. Ce que je sais bien, c'est que je ne désespère pas de la Providence; ayant trouvé Dieu dans ce qui m'a précédé, j'espère le trouver dans ce qui me suivra , et , pour me servir d'une expression d'un grand poëte allemand : Je suis citoyen des temps à venir.