FEB
SEPTIÈME CONFÉRENCE
L'ÊTRE DIVIN
SEPTIÈME CONFÉRENCE
L'ÊTRE DIVIN
Credo in Deum Pat rem omnipoteniem.
Eminentissime Seigneur ', Monseigneur % Messieurs,
Nous avons étudié ensemble une question fondamentale, qui porte tout l'édifice de la vérité : la question de l'existence de Dieu. Des effets créés, nous nous sommes élevés à la cause suprême et nous l'avons saluée de ce premier cri de la foi : Credo in Deum. — Dieu est ; vérité certaine pour tout esprit capable de construire ce simple raisonnement : — Il n'y a pas d'effets sans cause. Or, tous les êtres qui peuplent le monde, leurs mouvements, leur vie, leurs perfections, leur merveilleuse ordonnance
* Son Éminence le cardinal Guibert, archevêque de Paris.
* Monseigneur de Marguerie, ancien évêque d'Aulun.
L ETRE DIVIN
ne sont que des effets. Donc, il existe une cause ; et cette cause, c'est celui que nous appelons Dieu.
Dieu est; mais quel est-il ? Quelle sa nature? Quelles ses opérations ? Quelle sa vie intime ? Quel l'acte mystérieux par lequel il produit hors de lui tous les êtres? Voilà, Messieurs, les questions qui se présentent à nous cette année et que je n'aborde qu'en tremblant.il me semble entendre la voix du vieux Job qui rae crie : Que vas-tu faire ? Dieu est plus haut que les cieux, plus profond que les abîmes. Gomment le connaîtras-tu ? ' L'adoration muette convient mieux à notre impuissance que les hymnes téméraires. Le silence est la vraie louange de Dieu \ Et pourtant, Messieurs, je ne me tairai pas. Je ne me tairai pas à cause de mon Dieu et à cause de vous. A cause de mon Dieu, parce que j'estime que le connaître, si imparfaitement que ce soit, vaut mieux que .posséder toutes les sciences humaines ; à cause de vous, parce que vous avez été calomniés et que je veux vous
1 Excelsior rrplo i>«t, !•! 'juici lacies? piolundior im'erno, cl undr cogru )-(■•-. (.luii., l. xr, ? ,' 1 b'Icuuuui ni' la'
l'être dite*.
fournir l'occasion d'une illustre vengeance. On a prétendu que, fascinés par la matière, appliqués à vos intérêts, emportés par le flot des événements qui tourmentent notre vie sociale, vous ne pouviez avoir d'attention que pour ces faciles élucubrations qu'on appelle des actualités. L'exposition du dogme catholique, c'était, pour vos esprits ma! préparés, le désert avec ses aridités: il vous faudrait un dictionnaire pour comprendre ma parole, et ses vibrations sans échos devaient vous abreuver d'un mortel ennui. Malgré cela, j'ai osé parce que j'ai eu confiance en vous, et déjà vous vous êtes vengés par votre empressement et votre intelligente attention. Achevez, Messieurs, et prouvez, en vous appliquante la connaissance de Dieu, que vos esprits robustes ne craignent pas les ascensions difficiles, que votre pensée tend vers les hauteurs qui la rapprochent du monde divin, que ce monde n'est pas pour votre àme le désert où elle s'attriste et se décourage; mais la patrie où elle s'enivre de joies et d'espérances. Je commence par cette question. Qu'est-ce que l'être divin ?
L'ÊTRE DlVIIi
Monseigneur,
Je sais combien il est pénible à votre modestie de recevoir les louantes des hommes, même celles de vos enfants. Je ne me permettrai donc pas de vous féliciter de la récente distinction qui a récompensé vos travaux et vos mérites. Ma:s puisque nous devons reconnaître Les bienfaits de Dieu, j'use d'un droit sacré en le remerciant, au nom de cette grande assemblée, d'avoir appelé parmi les princes de son Église un homme qui rend à la pourpre ce que la pourpre lui donne : honneur pour honneur. C'est une gloire pour nous, une grâce pour l'Église entière.
Je voudrais, Messieurs, pouvoir définir en quelques mots l'être divin; mais il échappe, comme nous l'avons déjà dit, à toute définition, parce qu'il n'est aucune intelligence qui le cornprenne. Devant l'apparition de l'essence divine elle-même, notre concept ne saurait exprimer, par sa propre force, l'objet de notre vision, car
LÈTRE DIUN.
il est impossible que le concept d'une intelligence créée représente toute la perfection de l'essence divine *. Si nous chantons un jour le vrai et unique nom de Dieu,: c'est qu'il nous aura été révélé et non que nous l'aurons nousmêmes formé. 11 en est qui pensent avoir trouvé à priori la raison constitutive de l'Être divin, le propre et le formel d'où dérivent les attribuls infinis; pour les uns c'est Y être par soi, pour les autres l'intelligence ou bien l'unité ; mais ne se trompent- ils pas? Que pouvons-nous dire à priori d'un être que nous ne voyons pas ? Pouvons-nous même comprendre ce qu'on nous dit de lui ? Par exemple; cetle sublime parole de Dieu à Moïse : Ego sum qui sum, je suis celui qui suis, ne serait-elle pas le plus profond des mystères si elle surprenait notre intelligence avant toute réflexion sur l'être divin? Nous la . trouvons admirablement expressive; mais quand nous l'avons médkée, quand nous avons appris par une ascension laborieuse et
1 Si inteilfctiis videns Deum per essentiam imponeret nomem rei qn m viderei, et Obmitiaret mediante conceptione quam de ea liaberet oporteret ; Ihuc quod imponeret plura nomma; quia impossinile est, quod conceptio inttdlectus creati repi'.'esemet iota m pert'ectioneui divinae essenliae. (S. Thomas, in Distinct.. 2. q. 1, a. 3.)
l'être divin.
pleine d'émolions comment il faut entendre ce mot : Être. Ce n'est pas un terme générique et abstrait qui confine le néant, c'est, selon un Savant commentateur de Platon, la réalité suprême qui domine toute existence actuelle et possible '. Tout ce que contient cette réalité, Dieu nous le montrera un jour ; mais, en attendant ce jour nous devons humblement parcourir les voies que la miséricordieuse Providence a mises à la portée de notre infirmité 2.
Quelles sont ces voies ? Messieurs; je vous les ai indiquées, et déjà elles nous ont conduits à l'affirmation ^certaine d'une première cause. Nous voulons aujourd'hui savoir quelle est cette cause ; procédons toujours par l'induction, puisque l'intuition nous fait défaut, et partons de ce principe : — Tout ce qu'il y a dans les effets doit être contenu d'une manière supérieure
1 Sicut enim ipsu'm quod dicitur nihil occurnt nobis ut expera oinnino essendi, ita esse occurrit ut expers pœnitus non
ii. (Marsile Ficin, Theologia platonica, xn, 7 )
2 Tarn clementer Deus consuluil humanas infirmitati, ut quia eum, sicuti est, non possumus agnoscere, nostrae locutionis more seipsum insinuare velit : Quatenus ad sua per nostra nos iraheret; et dnm <onscendit, per pietatem, nostrae infirmitati, ascendamus nos per inteiligentiae paritatem ad illiun, secunduai sua; dunum gratis. (Alcuinus, 2, lib. de ïrinilate.)
dans la cause, surtout lorsque cette cause est première, universelle et totale ; — ce qui veut dire : allons encore à Dieu par les créatures. Affirmons de Dieu jusqu'à l'eminence tout ce qu'il y a d'être dans les créatures, nions de Dieu toute imperfection et toute limite de l'être. Affirmons mais surtout nions ; la négation est plus sûre et plus digne de l'être divin «. En affirmant, nous restons toujours en deçà de l'inaccessible majesté de Dieu ; en niant, nous la dégageons de tout ce qui pourrait l'amoindrir et la couvrons d'un voile mystérieux qui la relève en notre estime. C'est pourquoi les chantres des perfections divines ont toujours voulu que l'esprit humain procédât, dans la définition de ces perfections, par des affirmations discrètes, précisées et corrigées par des négations respectueuses.
1 Est ;iuiem via remolionis utendum, praecipue in conside ralionc divins sulistaniiae. Nain divina subsianlia. omnem formain, quam inlcllecius nost.r altingil, sua inimensitate excedit; el sic ipsum apprehendere non possumus cojjnoscendo quid esi, sed aliqiialcm tjus haliemus noiiliam cognoscendo quid non esl. Tjiiio enim ejus nonnae inagis appropinquainus, qtianio plura per iniellecium nosiruin ab eo pouMiinus reiiiovcre ; lanio enim unumquodque peiftcnus cognosciraus, quanio diiïerenhas ejus ad aua plenius iuluemur ; liabei enim rcs unai|ua''iue m seipsa e»se nropriutn ab oiuniuus alns dis* ii ttc loin. (bum:n. coni. Genl., Iib 1, cap. xiv./ \t
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J'obéis, Messieurs, à cette règle de me.s maîtres, et considérant que les créatures sont quelque chose, qu'elles ont toutes une certaine perfection mesurée par quatre grands multiples : l'espace, le mouvement, le temps, le nombre, je me demande, en regard de cet être, en regard de ces perfections, en regard de ces multiples, qu'est-ce que l'être divin ?
Et d'abord. Messieurs, les créatures sont ; c'est un fait évident. Mais il n'est pas moins évident qu'elles nous renvoient, de cause en cause, jusqu'à la source de l'être» parce qu'aucune ne possède en elle-même la raison de son existence. Puis-je dire de la source de l'être ce que je dis des créalures?Lescréatures sont, mais un jour elles n'étaient pas; les créatures sont, mais, si la source avait retenu au dedans d'elle « même les flots de l'être, las créatures ne seraient pas ; les créatures sont, mais elles ont reçu tout ce qu'elles ont d'être, et actuellement elles cesseraient d'être si elles cessaient de recevoir. Au cun traire, la source ne reçoit rien, la source ne peut pas ne pas être, puisque sans elle rien ne serait, la source n'a pas ce source, le principe n'a pas de principe, le premier auteur n'a pas
d'auteur; ia source est sa source, le principe est son principe, le premier auteur est son auteur. Ah, mon Dieu! je commence à comprendre, à cette première lueur, la belle parole que vous avez dite à Moïse : Je suis celui qui suis : Ego sum qui sum.Yous êtes par vous-même x> tandis que les créatures ne sont que par vous ; vous êtes l'être au-dessus de tout être2 et les créatures, si grandes qu'elles soient, sont toujours infiniment au-dessous de vous ; vous êtes l'immense océan de l'être 8 et la créature est à peine la frêle vapeur du nuage sorti de votre sein sans rien retrancher de sa plénitude ; vous êtes, selon les fortes expressions de saint Augustin, l'être vrai, l'être sans mélange de nonêtre, l'être de source, esse verum, esse sincerum esse germanum 4, et je ne vois que le néant aux extrémités de l'être emprunté des créatures. Enfin votre essence est d'être l'être même ; vous
1 Dieu est appelé par les platoniciens aÛToy-'vyjroç xxt
rj.W 077 y.TCÙO.
2 Quand les philosophes platoniciens et les Pères grecs disent de Dieu qu'il est au-dessus de l'être to ou xmêp fô eûcti, ils entendent parler de notre être participé.
3 itûayoç ry; ovaizç. (Greg. Nazienz., Orat., 38.)
4 Lib I, de fide et symbolo.
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êtes celui qui est, et considérant ce que signifie ce mot — être — quand je vous l'applique, je mesenspressé dédire avec une grande et sainte âme : — « la créature est ce qui n'est pas, j> — car est-ce bien être que d'être par un autre et d'avoir toujours besoin que cet autre nous maintienne l'existence ?
Dieu est par lui-même parce qu'il est le premier être ; mais encore une fois qui est-il? -Ne vous imaginez pas, Messieurs, une vaste composition de toutes les existences ; l'être premier doit être simple, précisément parce qu'il est premier. Rien ne le précède, il est cause de tout, il ne peut pas ne pas être puisque tout dépend de lui, tandis que le composé est fatalement postérieur aux parties qui le composent et dépendant de leur nature et de leur arrangement, le composé ne devient une seule chose que parce que les cléments divers qui le conslitueni sont amenés à l'unité par une force supérieure cl antécédente, maîtresse du mouvement et de l'ordre. Li.fin le composé peut ne pas £ïre f. Arrière donc le corps cl ses infirmités. La dernière des choses ne peut pas as-
1 Cf. SiMiim. Iheo1., I, p. quaesi 3, a. 7.
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pirer aux honneurs de la primauté. Si' grand, si précieux, si beau qu'il soit, le corps est vil quand je le compare à la force mystérieuse que je sens en moi-même, force active et indivisible sans laquelle leplus magnifique des corps, le corps humain, voit se dissoudre les merveilles de son organisme. Que feriez-vous, mes membres, si mon esprit ne vous communiquait à chaque instant le mouvement qui vous anime ? Comment respirerais-tu, ma poitrine, si mon esprit n'ouvrait les portes par où l'air se précipite? Où irais-tu, mon sang, si mon esprit ne te conduisait par tous les chemins du labyrinthe où tes flots de pourpre ne s'égarent jamais9 Comment verriez-vous, mes yeux, si mon esprit n'entretenait la clarté de vos mobiles miroirs et ne saisissait les images qu'ils reflètent? Comment parlerais-tu, ma langue, si mon esprit ne préparerait les mots que tu dois dire et ne dirigeait tous tes mouvements? Ah ! pauvre corps, tu n'es rien sans mon esprit. Qu'il t'abandonne, tu tombes misérablement, tes membres froids et livides deviennent en se décomposant un objet d'horreur ; tout disparaît jusqu'à tes os, dans une aride poussière.
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Donc, Messieurs, l'esprit est premier par rapport au corps, par conséquent l'être premier est esprit, s'piritus est Deus.
Cependant l'Écriture semble s'appliquer à nous le représenter comme une sorte de géant invisible qui remplit le monde. De temps en temps, il fait resplendir la lumière de sa face; son pas retentit dans les sentiers fleuris de l'Eden ; son oreille attentive écoute les cris de la veuve et de l'orphelin, les plaintes et les gémissements des misérables, les prières des peuples désespérés; son œil perçant voit ce qui se passe dans les ombres de la nuit, les profondeurs des abîmes et les impénétrables replis de la conscience humaine ; sa voix puissante ébranle le désert, brise les cèdres, épouvante l'impie, appelle les étoiles par leur nom, et les étoiles lui répondent : — nous vuici ; son bras redoutable poursuit le pécheur, lance contre lui des flèches ardentes et répand sur sa tète rebelle le calice d'amertume qu'il invoque par ses crimes; sa majesté sainte parcourt le monde sur le char de la tempête ou se. repose sur un trône de lumière.
Pourquoi toutes ces peintures qui ravalent
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jusqu'à l'anthropomorphisme nos conceptions de la divinité? Le livre de la foi serait-il moins parfait que les livres de la raison? On l'a dit, Messieurs, mais gardez-vous de le croire. Parpitié pour notre faiblesse, Dieu se fait petit dans sa parole, afin de se mettre à la portée de nos moindres facultés. Sa touchante bonté s'adresse par des figures à nos sens et à notre imagination. Que voulez-vous, nous sommes ainsi faits que les sens et l'imagination veulent avoir leur part proportionnelle dans les plus hautes connaissances. Laissons-les se repaître d'apparitions et d'images qui nous éloigneraient de la réalité si nous nous y arrêtions, et prêtons toute notre attention à la parole qui s'adresse à notre intelligence.
Or, l'Écriture parle à notre intelligence et a soin de nous prémunir contre les idées grossières qui naîtraient des figures dont elle se sert p.our représenter à notre imagination les attributs divins. Elle nous apprend que Dieu est de tous les êtres le plus caché, le plus insaisissable, le pius incompréhensible quant à sa nature; elle déclare que rien ne Lut est semblable sur la terre et dans les cieux, elle en—
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seigne qu'il faut l'adorer avec l'esprit, qui seul peut approcher de la vérité de son être \Or, la vérité de l'être divin, c'est qu'il est esprit, uniquement esprit. Dens spiritus est. Toute matière, si subtile et éthérée qu'on la suppose, toute matière ajoutée à cet esprit est une chose seconde; or, en Dieu il n'y a rien de second, il est premier et tout premier. Donc, il est pur esprit ; ce sont les termes dont vous vous serviez dans votre enfance pour le définir, si vous vous en souvenez bien. Alors vous faisiez de la haute philosophie sans le savoir 2.
Réfléchissons bien, Messieurs, sur ces deux mots : — pur esprit , — et tâchons d'obtenir par des déductions successives la plus haute expression de la simplicité divine. Un esprit est pur quand il est entièrement dégagé dans ses opérations du contact de la matière ; mais c'est le minimum de sa pureté. Il peut y avoir encore en lui certaines compositions qui, sans l'altérer, le maintiennent à un rang inférieur dans l'échelle des êtres. Par exemple, un esprit
1 Spiritus esl Deus : et eos qui adorant eum, in spirilu et veritate oporteî adorare. (Joan , cap. iv, v. 24.) • Cf. Surnm. Theol., I, p. quaest. 3, aa. 1 et 2.
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pense, et vous distinguez en lui la puissance de penser et l'acte de penser. La puissance précède l'acte. Cela est manifeste dans l'esprit humain, qui attend des sens les images et les formes sur lesquelles s'exerce son activité. Notre vie intellectuelle commence par le sommeil de la puissance et ne procède que lentement vers sa perfection, incessamment accrue par les actes. Bien qu'on ait dit de l'àme de l'homme qu'elle est en quelque sorte toutes choses, à cause de son aptitude à recevoir par la connaissance les formes de toutes choses *, nous devons reconnaître que l'aptitude n'est pas la connaissance et, dans nos opérations) intellectuelles, le temps sépare si bien ces deux choses qu'il est impossible de les confondre. Mais si la distinction est évidente, et, pour ainsi dire, palpable dans l'esprit humain, cela ne vient-il pas de ce qu'il n'opère qu'en union avec les sens? Séparez-le de ces instruments grossiers où la mesure du temps s'impose fatalement, faites-en un pur esprit, est-ce que vous pourrez distinguer encore entre la puissance et l'acte de penser? — Certainement, Messieurs,
1 Arislot., de Anima, lib. III. text. 3. T. H>
s'il s'agit d'un esprit créé. Car, quand bien môme il n'y aurait aucun intervalle appréciable de temps entre l'existence actuelle de la puissance et l'acte de penser, nous ne pouvons pas nous empêcher de concevoir que la puissance est au moins logiquement antérieure à l'acte, que penser est plus parfait que d'avoir simplement la puissance de penser, que, par conséquent, l'acte perfectionne la puissance et forme avec elle une sorte de composition intellectuelle, enfin, que l'esprit serait plus parfait s'il était la pensée même *. J'en dis autant du vouloir et de toutes les opérations spirituelles.
Sur ces données, j'affirme, Messieurs, que Dieu est tellement pur esprit qu'il faut écarter de lui toute composition de puissance et d'acte. Si cette composition existait en son essence, il aurait quelque chose de premier et quelque chose de second, et le premier, la puissance, serait moindre que le second, Pacte, dans l'ordre de la perfection. Cela est impossible. Dieu est premier, tout premier, conséquemment il csl premièrement ce qui est plus parfait : Il esl tout acte, et sai.it Thomas a bien dit de
» Cf. Suiuiii. TlicuL, I, [). quaesl. 04, aa. 1, 2, 3 el 4.
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lui: Deus est actus punis: Dieu est un acte pur.
Des intelligences superficielles pourraient se plaindre que je les amuse à de vaines subtilités, mais vous, Messieurs, vous reconnaissez à celle analyse profonde de i'ètre notre grand et sublime maître, suivez-le, je vous prie, et, par un dernier effort, pénétrez avec lui jusqu'au fond du mystère de la simplicité divine. Tout être a une ess< nce par laquelle il est ce qu'il est. Or, cette essence ne se confond point avec l'existence, car nous pouvons concevoir ces deux choses l'une après l'autre. Je suis sculpteur, par exemple, et j'ai rêvé de faire un chefd'œuvre. Ooyiz-vous que je pétrisse l'argile du modèle que je dois livrer au praticien avant d'avoir contemplé mon ouvrage au dedans de moi-même? Rien n'est commencé et déjà tout est lait. Mon àme, livrée aux sublimes tourments de l'inspiration, cherche, saisit, arrête les lignes, les contours, le plan, l'expression du dieu, du héros, de la scène qui doivent vendre un bronze célèbre, un marbre immortel. L'idée de mon chef-d'œuvre précède son existence. L'idée est un acte de mon àme ; mais en re-
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gard de l'ouvrage extérieur qui la fixe ce n'est qu'une puissance. Transportez, s'il vous plaît, ces notions dans tous les êtres créés quels qu'ils soient et vous vous convaincrez que l'essence se sépare de l'existence, que, par conséquent, aucun être n'est son essence. L'essence d'un être, conçue par la cause première avant que l'existence soit donnée, se comporte par rapport à l'existence, comme la puissance par rapport à l'acte, et toutes les deux ensemble peuvent être considérées comme la limite extrême du composé. Or, Messieurs, l'être divin franchit par sa nature cette extrême limite. Car, je vous le demande, par qui son essence serait-elle conçue avant l'existence, puisqu'il est premier? De qui son essence recevrait-elle l'existence, puisque, source de l'être, il est par lui-même? Il est premier, il est par lui-même, donc il est son essence même. C'est la dernière expression de la simplicité et vous devez comprendre maintenant jusqu'à quel point Dieu est pur esprit*.
On me dira peut-être que toutes ces éliminations nous mettent en présence d'une insaisis-
» Cf. Suinni. TVol., I, p. quaest. 3, aa. 3, 4 et 7.
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sable monade qui ressemble fort à une abstraction. Je le nie, Messieurs. Puisque Dieu est esprit, il est substance ; non pas dans le sens étymologique de ce mot qui nous représente un sujet toujours caché sous les phénomènes, car en Dieu il n'y a pas de phénomènes \ mais dans le sens propre qu'un controversiste des premiers siècles définissait en ces termes : « On « appelle substance ce qui toujours est de soie même, c'est-à-dire, ce qui subsiste au dedans « de soi par une vertu propre, laquelle ne cont vient parfaitement qu'à Dieu seul. *»
En quoi un être qui subsiste en soi, par une vertu propre, ressemble-t-il à une abstraction qui ne peut subsister que dans un autre être ? Si Dieu vous paraît abstrait, vide et nu parce que je l'ai dépouillé de tout ce qui tombe sous les sens et de tout ce qui repose, en la divisant, l'attention de nos esprits imparfaits, c'est que vous n'êtes pas habitués à voir sous la négation des limites de l'être l'affirmation de sa plénitude. La négation vous fait illusion, vous croyez
*• Cf. Summ. Theol. I, p. quaest. S.
* Suhsianlia dicitur id quod seitper ex sese est : hoc est quod propria inira se virlute subsista. Qu.e vis uni et soli Deo competiu (Saebadius. lib. conl. Arium.)
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que l'on supprime les eaux de l'Océan lorsqu'on élargit ses rivages. Ne restez pas, je vous prie, sur cette illusion. La simplicité n'est pas une réduction, mais bien une ampliation de l'être divin. Dieu est appelé simple, dit saint Augustin, parce qu'il est tout ce qu'il a : Deus ideo simplex diciiur quia quidquid habet hoc est *. Il s'agit donc maintenant de savoir ce que Dieu a, c'est-à-dire quelle plénitude d'être il possède dans sa simplicité, pour répondre entièrement à la question que nous avons posée au commencement de cette conférence : — Qu'est-ce que l'être divin ?
La plénitude de l'être divin, c'est sa perfection, car un être est parfait quand il a sa plénitude, c'est-à-dire, quand rien ne manque à ce qu'il doit être, quand il possède au plus haut degré tout ce qui convient à sa nature, quand tout ce qu'il y a en lui de puissance est passé à l'acte 2. Sans doute, ce nom de parfait est
» S. A«g.f lib. II, de Civil, Dei, cap. x. * CF. Su mm. Tlieol.* I, p. cuiaesi. i. a. t.
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propre aux choses qui ont été faites et auxquelles une force supérieure donne la dernière main. L'appliquer à Dieu, c'est une équivoque, Dieu premier être et première cause ne pouvant rien recevoir; mais, encore une fois, résignons-nous à notre impuissance vis à-vis des choses divines et, puisque nous ne pouvons autrement faire, soumettons à la tyrannique faiblesse de notre langage l'inexprimable plénitude de l'être divin *.
Dieu est donc parfait. Il ne peut pas ne pas l'être puisque c'est de lui, nous l'avons vu, que dérive tout ce qui est, et quoique je ne puisse pas dire ce qu'il est en lui-même, il faut que je lui accorde toutes les perfections que je connais et que je conçois car,, s'il ne les avait pas, il n'y aurait rien à connaître, rien à concevoir. Dieu est parfait, et, comme premier être, il l'est à un degré éminent et souverain, c'est-à-dire, Messieurs, qu'il possède éminemment et souverainement la bonté, la beauté, la béatitude, car
t Neque enim quod factura non est proprie dicitur esse perfecium, sed ejus pleniiudinem per quaindarn afcgu&tiam nottr;t lucutionis exprimimus. (S. Greg. pap., iib. XXili, Moraiium, cap xi '
LETRE DIVIN
c'est en cela que consiste la perfection des êtres créés.
Ils ont tout leur bien, les astres superbes qui parcourent l'étendue du firmament, et ils me le font voir dans la splendeur de leur lumière et l'harmonieuse régularité de leurs mouvements. Elle a tout son bien, la terre qui me porte, et elle me le fait voir dans l'immense variété de ses parures et la prodigieuse fécondité de son sein. lia tout son bi 311, le large et profond Océan! et il me le fait voir dans la majesté de ses flots, la puissance de ses colères et la bienfaisance de ses émanations qui montent vers les cieux pour aller, portées par les brises, rafraîchir la terre fatiguée. Elle a tout son bien, la fleur charmante des prairies, des bois et des parterres, et elle me le montre dans l'originalité de son dessin, la grâce de ses formes, la transparence ou le velouté de sa robe fragile, les nuances délicates ou la vivacité de ses couleurs, les chastes amours qui la fécondent. Elle a tout son bien, l'humble graine dans laquelle se concentrent les patients efforts de la plante et, si elle prend soin de me le cacher, je le découvre en son germe, où j'aperçois des semences de semences,
des moissons de moissons, des forêts de forêts. Il a tout son bien, le fier animal que j'ai dompté, et il me le montre dans les lignes hardies de son corps, la souplesse et l'impétuosité de ses mouvements, l'ardeur de son courage et la fidélité de ses services. Il a tout son bien, et déjà l'instinct lui permet d'en jouir; toutefois, sa jouissance, fugitive comme la sensation, ne peut pas s'appeler encore la béatitude.
Ainsi donc tous ces biens du ciel, de la terre et des vivants, tous ces biens qui rayonnent et resplendissent, tous ces biens dont je vois la beauté manquent de leur couronnement dans les êtres qui les possèdent : la béatitude. Pourquoi cela, Messieurs? Ah pourquoi? mais parce que tous ces biens vous sont destinés, parce que vous devez en faire votre bien propre par la connaissance et en accroître effectivement votre vie, qui déjà les possède éminemment. Vous avez en vous un bien supérieur à tous les biens de la nature4, ne serait-ce que votre corps qui gravite, végète et vit d'une manière plus parfaite que tous les corps. Mais
* Natura cognoscens habet majorem amplitudinem et exte?»sionem. (S. Th. Summ. Tbeol.. I. *>. quaset. 14, a. 1,)
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votre corps n'est rien en comparaison de votre âme, monde immatériel où peuvent vivre tous les êtres inférieurs sous leur forme la plus pure, la plus élevée, la plus inaltérable: l'idée. L'âme saisit le monde, le transforme, le fait participer à sa dignité et l'emporte avecelle dans la sphère sans rivages des choses éternelles. Là, elle voit l'invisible et règle librement sa vie sur les lois immuables du vrai, de l'honnête, du juste et du saint. Qu'elle est belle quand, inondée des splendeurs de la science et de la vertu, elle aspire au repos final de toutes ses facultés. Si nous pouvions la voir, dit Platon, nous serions tellement ravis que les plus beaux spectacles de la nature ne pourraient plus nous arracher à la contemplation de nous-mêmes. Lorsque, à travers le voile mobile qui l'enveloppe, l'àme du sage laisse passer un reflet de sa perfection, on reconnaît en lui le roi du monde, et les beautés de la terre et du firmament ne sont plus devant la sienne que de vulgaires beautés. Ce front large et serein, ces yeux doux et profonds, cette bouche où la bonté a fixé son sourire, cette physionomie tranquille que ne tourmentent plus les passions domptées, cette parole
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grave et suave comme une musique céleste, tout nous révèle Tordre d'une grande âme, où la science, la sagesse, la force, la justice, l'amour, la bienveillance, la miséricorde, toutes les vertus enfin, vivent dans la royale paix de la sainteté, en attendant leur plénitude. Le saint n'est pas encore béatifié; mais il jouit de sa sainteté comme du gage assuré de sa béatitude. Vous le voyez, Messieurs, la créature a son bien, l'éclatdeson bien, la jouissance de son bien, sa bonté, sa beauté, sa béatitude : sa perfection enfin; il faut absolument que je contemple toutes ces choses en Dieu, à l'état où elles doivent préexister dans leur cause première et universelle. Eh quoi! je retrouve dans lalumière, peintre de la nature, toutes les couleurs et leurs nuances infinies, et je ne retrouverais pas en Dieu les perfections qu'il a produites? Je vois se concentrer d'une manière éminente dans les êtres supérieurs de la création, les biens d'un monde inférieur qu'ils n'ont point faits, et il n'y aurait pas dans le sein du créateur, de l'être par luimême, une surabondance de tous les biens? Mais où irais-jc donc les chercher s'ils n'étaient pas en lui? Dieu est bon, Dieu est beau, Dieu
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est heureux, Dieu est parfait! Il Test éminemment, parce que toutes les perfections mélangées se dégagent en lui de leur forme spécifique pour prendre la forme divine ; il Test souverainement, parce que toutes les perfections simples répondent en lui à la plus haute pureté de leur concept.
Si donc vous rencontrez ici-bas la grandeur et la majesté, elles sont en Dieu; la vie et la fécondité, elles sont en Dieu ; l'intelligence, la science, la sagesse, elles sont en Dieu ; la puissance et la liberté, elles sont en Dieu ; la justice, la charité, la bienveillance, la miséricorde, elles sont en Dieu ; tous les biens imaginables sont en Dieu. Ils y sont, parfaits dans leur ensemble et parfaits sur chaque ligne de bien et de perfection '.
Quel ordre admirable ! Quelle splendeur de l'ordre ! Quelle beauté de tous ces biens ! Ils se pénètrent mutuellement dans le même être, car ils sont un seul acte; aucun ne s'accroît, comme
1 Les saints Pères appellent Dieu ipsumbonum, avroaya^ÔTîjî. Siinl Jean Damascène ô ùyy.^6;, xA 7ravâya9oç, xcù ùmpiyaQot Icûç, ô o).o; 6jv dtyoQéngç. Bonus et omnibonus et superbonus. Tutus existens bonitas.
Cf. Summ. The-ol., i. i> «\Uresi b, ». I, -! eiî<
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on le voit souvent dans les créatures, au détriment de l'autre; à leur source même, ils ont leur perfection. L'activité féconde ne saurait nuire au majestueux repos, la liberté à l'immutabilité, la justice à la miséricorde, la force à la bénignité, l'amoureuse effusion à la constante et inépuisable plénitude. Spectacle grandiose, en présence duquel nous chanterons éternellement: Saint, saint, saint est le Seigneur. Il est saint parce qu'il n'y a point de taches en sa beauté, saint parce que l'ordre admirable dont cette beauté est la splendeur est affermi par des lois immuables, saint parce que ravi par l'éclat de sa gloire Dieu l'aime plus qu'elle ne peut être aimée par tous les êtres ensemble.
Sainteté de mon Dieu, vous n'êtes pas, vous ne pouvezpas être le simple gage d'un bonheur qu'il faut attendre; tous les biens dont vous êtes l'accumulation et la splendeur, Dieu les connaît parfaitement c'est assez pour qu'il en jouisse parfaitement : il est heureux *.
Il est bon, il est beau, il est heureux. N'allez pas, je vous prie, l'isoler dans sa perfection, comme si, après avoir tout reçu de sa plénitude,
i Cf. ftumm. Tlieol., I, p. quaesl 26, a. I.
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vous pouviez posséder quelque chose sans lui. Dieu, dit saint Augustin, est le bien de tout bien, bonum omnis boni.
Toute créature est bonne de sa bonté, belle de sa beauté, heureuse de sa béatitude. Il n'est pas un atome, pas un mouvement, pas une forme, pas une puissance, de quelque ordre qu'elle soit, qui ne doive son existence à l'acte divin par lequel un exemplaire éternel devient une réalité. Il n'est pas un être réel auquel ne s'attache la ressemblance du bien suprême, et, dans une si grande multitude de biens dont le monde est rempli, il est vrai de dire qu'il n'y a qu'un seul bien : le bien de Dieu. Les astres emportent avec eux dans l'espace le bien de Dieu, la fleur qui s'entr'ouvre développe le bien de Dieu, notre corps et notre âme vivent du bien de Dieu. Toute tendance vers une plus grande perfection est commandée par l'appétit du bien de Dieu ; car Dieu seul peut parfaire ce qu'il a fait. Tout rayonnement de la perfection est le rayonnement du bien de Dieu, un effort que fait la créature pour représenter Pin imitable beauté de son créateur. Enfin la jouissance éternellement reposée des êtres capables
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du félicité n'a pas d'autre objet que celui qui béatifie Dieu lui-même ».
Dieu est bon, Dieu est beau, Dieu est heureux, il est la bonté, la beauté, la béatitude de toute créature. Maintenant, Messieurs, cherchez le nom qui convient à sa perfection. Je l'ai appelée éminente et souveraine, et vous vous êtes peut-être imaginé une sorte d'excès, de surabondance qui dépasse la perfection totale de l'univers, mais qui cependant a sa mesure. Laissez là cette idée grossière. La perfection divine est sans mesure. Si l'impuissance de notre langage ne nous permet pas de la définir en des termes qui lui soient propres, essayons au moins de la mieux concevoir en la dégageant des grands multiples qui mesurent la perfection des créatures : l'espace, le mouvement, le temps, le nombre.
La perfection générale du monde visible est circonscrite par l'espace où chaque être, quelle que soit l'extension de sa substance et de son action, occupe une place déterminée qui ne peut appartenir à aucun autre qu'à lui. Delà une division en quelque sorte infinie. La per-
* Cf. Summ. Tiieol., I, p. quaest. 6, a. 4, qua±»t. 26, a. 3.
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fection divine est-elle soumise à cette division? H est certain, Messieurs, qu'elle remplit le ciel et la terre ; Nonne cœlum et terrain ego repleo, dic'U Dominas ? i « Si je monte vers les hauteurs « du firmament, s'écrie le Prophète, tu es là, « ô mon Dieu, si je descends au fond des « abîmes, c'est toi que je rencontre, si je dét ploie mes ailes pour m'enfuir aux dernières a limites des rivages habitables, c'est ta main « qui me conduit. 2 » Dieu est partout. Tous les êtres ont besoin de lui, tous les êtres l'appellent. 11 faut qu'il les gouverne, qu'il les voie, qu'il leur conserve l'existence. S'il se retire en lui-môme, aussitôt les tendances vers le bien n'ont plus d'objet, l'ordre et la proportion du monde manquent de régulateur, l'unité disparaît, toute beauté s'efface, l'être se disperse et se fond ; il n'y a plus rien. Dieu est partout, mais il ne se divise pas avec le lieu; il n'y a pas, ici une partie de la perfection divine, là, une iutre partie ; comme mon âme est tout entière là où elle meut et vivifie, l'être simple de Dieu
i Jerem., cap xxiii, 24.
2 Si ascendero in cœlum tu illic es si descendero in infernum ades. Si sumpsero pennas meas diluculo, et habitavero in extremis maris : et enim manus tua deducet me : et tenebit me daxiera lua. (Ps. cxx.xvui.)
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est tout entier là où il agit, et il agit en toutes les plus intimes divisions de l'espace. Dieu est partout ; mais il ne sort pas de lui même \ Ce ne sont pas les espaces qui le saisissent et le contiennent, c'est lui qui saisit et qui contient toutes choses2, et au lieu de dire qu'il est partout, peut-être serait-il mieux de dire, avec les anciens, qu'il est Je partout lui-même, ipsum ubique 3. Si nous ne comprenons pas encore ce mystère, au moins savons-nous avec certitude qu'il en doit êlre ainsi \ La perfection de Dieu est immense, immense en tout l'espace réel et possible, immense en chaque point indivisible de l'espace 5.
L'immensité suppose la présence intime de Dieu en toutes choses. Tout vit, se meut et
1 Perstat in sese erectum et slahile lumen divinum et tamen omnia pénétrât; percurrit omnia ; a seipso autem nunquani excurrit. (Jamblique de myster et provident.)
2 Omnia in Deo, Deus in semelipso (llilarius de Trinit., lib. III, 31.) Quomodo ubique si in seipso? Ubique sciiicet, quia nusquam eslabsens; in seipso autem, quia non continetur ab eis quibus est prœsens, tanquam sine eis esse non possit. lAug. Epist., 187.)
3 Deus minus est ubique quam ipsum ubique.
4 Quod Deus ubique si t scimus ; quomodo autem, nondum intclligiinus. (Joan. Chrysost., in Epist. ad fleb, homil. II, n. 1.)
« Cf. Sunim. Theol., I, p. quaest. 8, aa. I, 2, 3 et 4.